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20 novembre 2014 4 20 /11 /novembre /2014 17:04

La production exponentielle de connaissances ne trahit-elle pas une crise des outils de gouvernement et de conduite des politiques publiques ?

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L'une des nombreuses causes de la crise structurelle de nos « démocraties » réside dans un déficit d’instruction civique et la méconnaissance des citoyens concernant les modes de fonctionnement et les « méthodes » de travail des puissances publiques (ministères, assemblées délibérantes et administrations).

Pour paraphraser les situationnistes : tout ceux qui parlent de « culture » sans se référer explicitement aux pratiques de ceux qui nous gouvernent ont des chamallows plein la bouche.

Soucieux de ne pas tomber sous le coup d'une telle condamnation, ce blog poursuit donc modestement son œuvre d’instruction civique.

 

Voir , par exemple, sur La Cité des sens :

 

Gouvernement et mécanique des ministères.

 

Le travail gouvernemental vu de l'intérieur.

 

Qui peut nier toutefois que l'intelligence stratégique est le pétrole de certaines de nos administrations. C'est bien la cas du Commissariat général à l'égalité des territoires.

 

Service du Premier ministre, le CGET a été créé par le décret n° 2014-394 du 31 mars 2014, par regroupement de la Délégation à l’aménagement du territoire et à l’attractivité régionale (Datar), du Secrétariat général du comité interministériel des villes (SGCIV) et de l’Agence nationale pour la cohésion sociale et l’égalité des chances (Acsé). Il est chargé de concevoir et de mettre en œuvre la politique nationale d’égalité des territoires et d’en assurer le suivi et la coordination interministérielle.

 

J'ai attendu que la date limite de remise des plis soit dépassée pour publier ici le préambule du Cahier des Clauses Particulières (CCP) de l'appel d'offres lancé il y a peu par ce Commissariat sous le titre Production de connaissances et action publique : Revue de littérature.

 

"La production et valorisation de connaissances occupe une place croissante au sein des organisations publiques. Le nombre des études et des observations conduites à des fins d’état des lieux, de diagnostic, d’analyse, de prospective, d’évaluation, etc. est en augmentation croissante. Au-delà des services ou directions qui lui sont traditionnellement dédiés, elle imprègne progressivement l’ensemble des organisations publiques et détermine très largement leurs modes de faire (construction de leurs objets et modalités d’interventions). Ces multiples travaux donnent lieu à des usages, interne et externe, d’une extrême diversité interrogeant en retour la notion même d’expertise, et ses liens avec la décision et l’action publiques.

 

La production de connaissances se présente comme une condition de pertinence et de réussite de l’action publique au point même d’en apparaître parfois comme la principale composante, à la fois support et contenu de son pilotage, son animation et sa conception. Pour autant les conditions d’usage et d’appropriation de ces connaissances paraissent assez difficiles à objectiver, leurs effets sur les capacités de conception de politiques publiques incertains. A bien des égards le séquençage connaissance => réflexion => décision => action dans lequel s’inscrivent théoriquement les liens entre connaissance et action ne résiste guère à l’épreuve des faits.

 

Il en résulte une situation, en apparence paradoxale, de doute récurrent quant à l’efficacité de ces démarches de production de connaissances (« encore une étude… pour quoi faire… ») et pourtant de recours systématique à ce mode de faire pour appréhender le réel sur lequel agir (« il nous faudrait faire une étude sur… »). De manière générale, la question du lien à l’action (publique) de l’ensemble de ces connaissances est posée, avec des niveaux variables selon les formes qu’elle emprunte (la statistique semble moins critiquée, de même que l’évaluation) et les producteurs mobilisés (chercheurs, consultants, experts). Il n’est plus sûr que l’accroissement de la quantité de connaissances rendue disponible auprès des agents d’une organisation publique augmente mécaniquement la qualité de sa réflexion, de sa capacité à proposer et susciter de l’action publique visible, pertinente, efficace, légitime, etc…

 

Au-delà de ces quelques constats, on observe par ailleurs une sorte d’effet de saturation, les acteurs concernés n’hésitant plus à se dire dépassés par le nombre et la diversité des supports de connaissances disponibles (études, évaluations, diagnostics, observations, etc.), ce qui entraîne, a minima, une réorientation des modes classiques de réappropriation des travaux (au premier rang desquels la lecture : pour paraphraser le titre d’un récent ouvrage de Pierre Bayard, faut-il vraiment avoir lu une étude pour s’y référer ?).

 

Pour certains, la solution au problème serait l’amélioration de la qualité du système de production des connaissances. Cette approche reposerait notamment sur une meilleure identification des besoins, une réorganisation des conditions de commande et surtout d’appropriation par les « décideurs » ou les opérationnels. La transformation des conditions mêmes de production de la connaissance (et/ou expertise) est aussi une voie explorée, sous des modes notamment transdisciplinaires, numériques, participatifs ou délibératifs. Toutes ces pistes méritent notre attention et semblent porteuses de vrais progrès : comment produire des connaissances plus et mieux en prise avec les réalités sur lesquelles vouloir agir ? Mais n’y-a-t-il pas là confusion entre deux démarches différentes : la production de connaissances et la conception d’action (publique) ? ou bien report direct de la contrainte d’utilisation des connaissances sur les seuls « décideurs », en donnant une importance démesurée à la décision que tous les travaux de sociologie politique interrogent depuis des décennies ?

 

Pour d’autres, il conviendrait d’explorer ce que tente de pallier (en matière de politique publique) la production de connaissances : quel est réellement ce manque d’informations ressenti qui empêcherait d’agir et/ou d’agir bien ? Ne fait-on pas peser sur la connaissance une attente exagérée de contact avec la réalité, de capacité de mobilisation et de pilotage, d’anticipation, de rencontre du national avec le local, de mise en relation, de coopération, etc. ? La tendance à la production exponentielle de connaissances ne trahit-elle pas en fait une crise des outils de gouvernement et de conduite des politiques publiques… Autant de questions (fort nombreuses mais tout à fait déterminantes) que le Commissariat général à l’égalité des territoires (CGET)souhaite aborder sous un angle à la fois pratique et épistémologique, selon les deux voies que nous venons d’indiquer et qu’on pourrait résumer comme suit : à la fois une attention sur les processus de production et d’utilisation des connaissances au sein du CGET, visant à améliorer ceux-ci et leurs résultats ; et une interrogation sur le rôle exact de l’activité de production de connaissances dans l’action publique, ses nombreux attendus sous-jacents et les évolutions possibles de celle-ci au sein du CGET.

 

Dans le cas précis du CGET, ces questions se posent dans la mesure où il accorde une place centrale à l’activité de production de connaissances : celle-ci est en effet à la fois la vocation d’une des trois directions principales (la direction des stratégies territoriales), mais également une activité présente dans presque toutes les entités du Commissariat (certes à des niveaux divers : commandes d’études, production de notes faisant état de réflexions internes au CGET, participation à des colloques, des réseaux d’échanges…). La forte présence de cette activité constitue le point de départ d’une démarche dans laquelle s’inscrit le présent marché.

 

Cette démarche repose sur une mobilisation interne du CGET sur ces questions, afin de construire et mettre en place collectivement une approche plus stratégique et plus efficiente de son activité de production et d’utilisation des connaissances. Ce travail est appuyé notamment par trois marchés publics ayant lieu en parallèle, dont celui-ci ; les deux autres ayant respectivement pour objet : l’accompagnement du CGET dans cette démarche d’ensemble (via une analyse approfondie de son activité de production et d’utilisation de connaissances, et l’aide à la définition de pistes d’évolution) ; une étude sur la demande et la réalisation des diagnostics territoriaux, considérés comme un outil d’action publique illustratif des problématiques de lien entre connaissance et action publique.

 

Dans ce contexte, le présent marché vise donc à accompagner cette réflexion engagée par le CGET. Ces questions ayant fait l’objet de nombreux travaux de recherche, le CGET souhaite disposer d’un recensement et d’une analyse de ces travaux. Il s’agit d’aider le CGET à appréhender et s’approprier le contenu de ces travaux, ainsi que les enjeux et débats épistémologiques, idéologiques et méthodologiques qui traversent ce domaine de recherche".

 

 

Voir aussi sur ce blog : Actualités des politiques culturelles

 

 

 

 

 

 

 

 

Votre blog a donné lieu à une création de notice bibliographique dans le catalogue de la Bibliothèque nationale de France. Il lui a été attribué un numéro international normalisé (ISSN) :


 Titre : La Cité des sens

 ISSN : 2270-3586
 

 

  

 Paperblog : Les meilleurs actualités issues des blogs

 

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Published by J.C. POmpougnac Jean-Claude Pompougnac - dans Actualité
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  • Jean-Claude Pompougnac
  • Responsable du service de la recherche à la BPI (Centre Pompidou) puis conseiller au cabinet du Ministre de la culture (Jack Lang), j'ai dirigé ensuite la Délégation au développement et aux formations de ce même ministère. A l’issue d’une alternance politique, très élégamment remercié par Jacques Toubon arrivé rue de Valois je me suis vu offrir le poste de directeur de l'Institut français de Barcelone. Quatre ans après, le ministère des affaires étrangères a jugé mes compétences insuffisamment diplomatiques. En conséquence, à partir de 1999, j'ai dirigé la DRAC Centre à Orléans. Remercié par la Droite,. j'ai ensuite crée l'un des premiers EPCC, ARCADI en Île-de-France. Remercié par la Gauche je suis devenu  DAC de la ville de BONDY (93). Aujourd'hui consultant. Membre de l'Institut de coopération pour la culture et correspondant du Comité d'histoire du MCC où j'ai contribué à la conception de séminaires et de journées d'études.
  • Responsable du service de la recherche à la BPI (Centre Pompidou) puis conseiller au cabinet du Ministre de la culture (Jack Lang), j'ai dirigé ensuite la Délégation au développement et aux formations de ce même ministère. A l’issue d’une alternance politique, très élégamment remercié par Jacques Toubon arrivé rue de Valois je me suis vu offrir le poste de directeur de l'Institut français de Barcelone. Quatre ans après, le ministère des affaires étrangères a jugé mes compétences insuffisamment diplomatiques. En conséquence, à partir de 1999, j'ai dirigé la DRAC Centre à Orléans. Remercié par la Droite,. j'ai ensuite crée l'un des premiers EPCC, ARCADI en Île-de-France. Remercié par la Gauche je suis devenu DAC de la ville de BONDY (93). Aujourd'hui consultant. Membre de l'Institut de coopération pour la culture et correspondant du Comité d'histoire du MCC où j'ai contribué à la conception de séminaires et de journées d'études.

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