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11 janvier 2016 1 11 /01 /janvier /2016 09:45

Retour sur quelques unes des notes publiées sur La Cité des sens en 2015.

 

Comme ce dernier retour en arrière (publié pour la première fois le 9 novembre 2015 sous le titre Le fantôme de la rue de Valois), elles sont pour l'essentiel liées à ma participation aux travaux de l' Institut de coopération pour la culture et du Comité d'histoire du ministère de la culture et de la communication.

 

Bonne lecture

9 novembre 2015

Le fantôme de la rue de Valois

Dans l’exposition organisée pour le cinquantenaire de l’assassinat de Jean Zay, sont montrés, et dans le catalogue, reproduits, deux documents de la main de Jean Zay. Le premier est un tableau sur trois colonnes qui s’intitule « Ministère de la vie culturelle », et qui en propose une organisation, le second est un schéma fléché qui porte en titre : « Organisation de l’enseignement ».

Culture et expression nationale

¤

L’OCM (Organisation civile et militaire) est un des grands mouvements de résistance de la zone occupée ; elle publie peu de presse clandestine, mais quatre volumes de Cahiers, de petit format (12,5 x 16 cm), consacrés à des études sur les réformes à mettre en oeuvre à la Libération. (...)

Dans l’exposition organisée pour le cinquantenaire de l’assassinat de Jean Zay, sont montrés, et dans le catalogue, reproduits, deux documents de la main de Jean Zay. Le premier est un tableau sur trois colonnes qui s’intitule « Ministère de la vie culturelle », et qui en propose une organisation, le second est un schéma fléché qui porte en titre : « Organisation de l’enseignement ».

 

Culture et expression nationale

¤

Ces deux documents viennent des archives de la famille de Jean Zay. Or ils se trouvent imprimés dans le cahier clandestin de l’OCM. C’est évident instantanément pour le premier document, car ce que publie le Cahier de l’OCM, aux pages 153 et 154, est une simple composition typographique du tableau de Jean Zay. Qui plus est, à côté de l’original manuscrit de ce tableau, figure, sur une autre feuille accolée, ce qui apparaît comme le sommaire d’un texte, disposé en une colonne. La colonne est divisée en deux parties ; la première est intitulée « EN » (pour Éducation nationale, on s’en doute), elle est subdivisée en 14 sous-parties ; la deuxième partie s’intitule « Expression nat », et comprend 11 sous-parties. Le tout est suivi de l’annonce de deux documents.

Or ceci est, exactement, à la numérotation près, le plan du Cahier de l’OCM. Les seules variations concernent des majuscules en plus ou en moins. Ce plan ne figure d’ailleurs pas dans le Cahier clandestin qui se contente d’un sommaire bien plus bref. Pour le second document exposé (le schéma fléché), mon exemplaire des Cahiers clandestins étant incomplet, il m’a fallu consulter celui d’un des survivants ; il y apparaît que le schéma, encarté dans la publication résistante à la page 152 bis, a le même titre que le dessin de Jean Zay, que c’en est clairement une frappe à la machine.

Catherine Zay m’a montré une série de trois feuillets pliés, écrits de la main de son père, et qui concernent la politique de l’enseignement. Le premier est un résumé des instructions ministérielles de l’année scolaire 1937-1938, le second un plan de travail utilisé pour la rédaction des passages de Souvenirs et solitude consacrés aux questions de la politique éducative. Mais le troisième, donc écrit de la main de Jean Zay, est l’ossature de la première partie du Cahier de l’OCM, celle qui s’intitule « Les bases de la réforme de l’enseignement ».

Par ossature, j’entends un plan développé. La numérotation et le vocabulaire coïncident à nouveau totalement (exemple clair : la comparaison du début de cette note – document 3 – avec les pages 22 et 23 du Cahier clandestins.

Si l’on peut envisager, à la limite, que l’organigramme du grand ministère ou le schéma fléché soient des héritages communs d’une même expérience ministérielle, entraînant par une coïncidence bien extraordinaire des projets communs à Jean Zay et aux rédacteurs clandestins, par contre, on ne voit pas comment les similitudes de rédaction et de plan peuvent s’expliquer autrement que par un travail commun.

L’hypothèse que Jean Zay est coauteur de cette étude de l’OCM paraît donc fondée. Il semble que l’on puisse affirmer, en distinguant parmi les documents utilisés :
– qu’il a participé à l’établissement du plan du Cahier, peutêtre effectivement comme consultant, à qui on demanderait ensuite une contribution sur des points précis ;
– qu’il est au minimum l’inspirateur, mais plutôt le rédacteur, de l’organigramme du grand ministère ;
– qu’il est le rédacteur du schéma fléché et de la première sous-partie du cahier, intitulée « Les bases de la réforme de l’enseignement ». Cela revient bien à considérer Jean Zay comme un coauteur, à qui le groupe qui entreprend la rédaction de ce Cahier de l’OCM, aurait demandé de prendre en charge les parties les plus synthétiques (schéma, organigramme et réflexions de base), pendant que les développements seraient rédigés par d’autres.

(...)

Au terme de cette étude, il semble établi que Jean Zay, depuis sa prison de Riom, a été au minimum un contributeur, mais plutôt un coauteur d’un texte publié clandestinement par un important mouvement de résistance, en septembre 1942. Le silence de la mémoire résistante contraste cruellement avec l’éclat dans lequel Vichy et les collaborateurs ont voulu faire un exemple de mise en cause de la République.Au fond, on peut se demander si, même pour ses amis, Jean Zay n’a pas été en permanence embarrassant. Pour Vichy qui l’a condamné à la déportation et le garde à Riom. Pour des résistants clandestins en recherche de renouvellement : ceux d’entre eux qui savent que Jean Zay partage leur choix ont tendance à se taire, provisoirement, sans doute. Pour les Français libérés, hâtés de retrouver leurs clivages préférés. Quelle plus grande injustice peut-on imaginer, pour celui qui s’est révélé, comme le dit l’introducteur de Souvenirs et solitude : « Par-delà le jeune et brillant ministre… un républicain et un homme de culture, un humaniste assurément. Mais encore ? » Mais encore : un résistant.

Verny Benoît,« Chapitre 13. Jean Zay et la Résistance », in Antoine Prost , Jean Zay et la gauche du radicalisme, Presses de Sciences Po (P.F.N.S.P.) « Académique », 2003 p. 209-224.

Source

 

 

Pour ceux qui ne désepèrent pas de voir les politiques publiques de la culture sortir des routines artistico-technocratiques, rappelons aussi un passé plus récent que l'époque de Jean Zay

 

MINISTÈRE DE LA CULTURE. ORGANISATION

Décret n° 82-394 du 10 mai 1982


 

Article premier.-Le ministère chargé de la culture a pour mission : de permettre à tous les Français de cultiver leur capacité d'inventer et de créer, d'exprimer librement leurs talents et de recevoir la formation artistique de leur choix ; de préserver le patrimoine culturel national, régional ou des divers groupes sociaux pour le profit commun de la collectivité tout entière ; de favoriser la création des œuvres de l'art et de l'esprit et de leur donner la plus vaste audience ; de contribuer au rayonnement de la culture et de l'art français dans le libre dialogue des cultures du monde.


 

Voir aussi sur La Cité des sens

Histoire, culture et politique

C'est en prison que l'on comprend Proust.

°

 

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°°°°°°

Votre blog a donné lieu à une création de notice bibliographique dans le catalogue de la Bibliothèque nationale de France. Il lui a été attribué un numéro international normalisé

ISSN : 2270-3586

Type : document électronique, publication en série
Auteur(s) : Pompougnac, Jean-Claude (1946-.... ). Auteur du texte
Titre clé : La Cité des sens

Titre(s) : La Cité des sens [Ressource électronique] : le blog de Jean-Claude Pompougnac
Type de ressource électronique : Données textuelles et iconographiques en ligne
Publication : [Fresnes] : [Cité des sens], 2006-

Note(s) : Blogue. - Notice rédigée d'après la consultation de la ressource, 2013-11-14
Titre provenant de l'écran-titre
Périodicité : Mise à jour en continu
Indice(s) Dewey : 020.5 (22e éd.) ; 301.094 4 (22e éd.)
ISSN et titre clé : ISSN 2270-3586 = La Cité des sens
ISSN-L 2270-3586
URL : http://cite.over-blog.com/. - Format(s) de diffusion : HTML. - Accès libre et intégral. - Consulté le 2013-11-14

Notice n° : FRBNF43711075

http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb43711075f/PUBLIC

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  • Jean-Claude Pompougnac
  • Responsable du service de la recherche à la BPI (Centre Pompidou) puis conseiller au cabinet du Ministre de la culture (Jack Lang), j'ai dirigé ensuite la Délégation au développement et aux formations de ce même ministère. A l’issue d’une alternance politique, très élégamment remercié par Jacques Toubon arrivé rue de Valois je me suis vu offrir le poste de directeur de l'Institut français de Barcelone. Quatre ans après, le ministère des affaires étrangères a jugé mes compétences insuffisamment diplomatiques. En conséquence, à partir de 1999, j'ai dirigé la DRAC Centre à Orléans. Remercié par la Droite,. j'ai ensuite crée l'un des premiers EPCC, ARCADI en Île-de-France. Remercié par la Gauche je suis devenu  DAC de la ville de BONDY (93). Aujourd'hui consultant. Membre de l'Institut de coopération pour la culture et correspondant du Comité d'histoire du MCC où j'ai contribué à la conception de séminaires et de journées d'études.
  • Responsable du service de la recherche à la BPI (Centre Pompidou) puis conseiller au cabinet du Ministre de la culture (Jack Lang), j'ai dirigé ensuite la Délégation au développement et aux formations de ce même ministère. A l’issue d’une alternance politique, très élégamment remercié par Jacques Toubon arrivé rue de Valois je me suis vu offrir le poste de directeur de l'Institut français de Barcelone. Quatre ans après, le ministère des affaires étrangères a jugé mes compétences insuffisamment diplomatiques. En conséquence, à partir de 1999, j'ai dirigé la DRAC Centre à Orléans. Remercié par la Droite,. j'ai ensuite crée l'un des premiers EPCC, ARCADI en Île-de-France. Remercié par la Gauche je suis devenu DAC de la ville de BONDY (93). Aujourd'hui consultant. Membre de l'Institut de coopération pour la culture et correspondant du Comité d'histoire du MCC où j'ai contribué à la conception de séminaires et de journées d'études.

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