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29 avril 2016 5 29 /04 /avril /2016 14:40

Article Premier
1. Toute culture a une dignité et une valeur qui doivent être respectées et sauvegardées.
2. Tout peuple a le droit et le devoir de développer sa culture
3. Dans leur variété féconde, leur diversité et l'influence qu'elles exercent les unes sur les autres, toutes les cultures font partie du patrimoine commune de l'humanité.

UNESCO, juillet 1968

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Chapitre précédent.

Droits culturels : continuons le débat !

Il n'est peut-être pas inutile de situer le débat récent sur l’inscription ou non dans la législation française du concept de droits culturels dans un horizon historique plus large que celui de la signature par la France, dans les années 2000, de conventions internationales portant sur la nécessité de reconnaître, protéger et promouvoir la diversité culturelle.


 

Il renvoie, en effet, à la consolidation au cours de ces 60 dernières années, d’une conception française des politiques culturelles marquée par l’affirmation du rôle primordial de l’État en la matière, de sa légitimité à intervenir de manière « régalienne » dans le champ complexe de la pluralité des intervention publiques et privées en matière d’éducation, d’art et de culture.

La mission confiée à André Malraux à partir de 1958 s’accomplit par une rupture idéologique, politique et administrative avec d’une part les politiques municipales (jugées moyennes, sinon médiocres) et d’autre part avec les politiques d’instruction publique, d’éducation nationale et le monde de l’éducation populaire.

D’où cette formule de Malraux : « Il faut bien admettre qu'un jour on aura fait pour la culture ce que Jules Ferry a fait pour l'instruction : la culture sera gratuite ».

(9 novembre 1967 : Discours à l'Assemblée nationale)


 

Or si Jules Ferry fut l’artisan de l’instruction publique, gratuite et laïque, il faut aussi l’un de ceux qui menèrent à bien l’entreprise qui devait aboutir à la construction de l’Empire colonial français.

Et, à l’inverse, le Général de Gaulle, inventeur d’un ministère des affaires culturelles et protecteur de l’auteur de La Condition humaine, fut lui, l’artisan de la décolonisation.

C’est évidemment ce paradoxe qu’il faut aujourd'hui rappeler .

Dix ans après la création du dit ministère, le monde entier, comme la France, sont agités de soubresauts, de mouvements révolutionnaires, de guerres d'indépendance, de subversions conduites au nom de la contre-culture et de l'anti-impérialisme.

Pour la première fois, le projet prêté à Malraux de démocratisation culturelle est explicitement considéré comme un échec. Y compris par ceux chargés d’y contribuer. Dans le sillage du mouvement étudiant et des occupations d’usines par ce qui était encore, la classe ouvrière, le monde du théâtre public fait son A.G.


 

Les États généraux de la Culture réunissent au Théâtre de la Cité de Villeurbanne, du 21 mai au 11 juin, autour de Roger Planchon et de Francis Jeanson, les directeurs des Centres dramatiques et des Maisons de la culture.

¤

Hubert Gignoux et Patrice Chéreau¤

Le "Manifeste de Villeurbanne", adopté le 24 mai, est un texte autocritique et de prise de conscience qui met au centre de la réflexion le concept du "non-public" - les exclus de la culture -, qui signale un déficit démocratique de l’action culturelle. La déclaration contient aussi une plate-forme revendicatrice et réformiste sur le statut des établissements culturels, qui doivent être dégagés de la double tutelle de l’État et des municipalités et qui demandent, classiquement, des moyens supplémentaires.

"D’un seul coup la révolte des étudiants et la grève des ouvriers sont venues projeter sur cette situation familière et plus ou moins admise, un éclairage particulièrement brutal. Ce que nous étions quelques-uns à entrevoir, et sans trop vouloir nous y attarder, est devenu pour tous une évidence : le viol de l’événement a mis fin aux incertitudes de nos fragiles réflexions. Nous le savons désormais, et nul ne peut plus l’ignorer : la coupure culturelle est profonde, elle recouvre à la fois une coupure économico-sociale et une coupure entre générations. Et dans les deux cas, c’est - au plan qui nous concerne - notre attitude même à l’égard de la culture qui se trouve mise en question de la façon la plus radicale. Quelle que soit la pureté de nos intentions, cette attitude apparaît en effet à une quantité considérable de nos concitoyens comme une option faite par des privilégiés en faveur d’une culture héréditaire, particulariste, c’est-à-dire tout simplement bourgeoise.

Il y a d’un côté le public, notre public, et peu importe qu’il soit, selon les cas, actuel ou potentiel (c’est-à-dire susceptible d’être actualisé au prix de quelques efforts supplémentaires sur le prix des places ou sur le volume du budget publicitaire) ; et il y a, de l’autre, un "non -public" : une immensité humaine composée de tous ceux qui n’ont encore aucun accès ni aucune chance d’accéder prochainement au phénomène culturel sous les formes qu’il persiste à revêtir dans la presque totalité des cas".

 

Accéder au texte de la déclaration de Villeurbanne grâce au site de la Bibliothèque municipale de Lyon

 

 

 

Mais qui est donc Francis Jeanson à qui l'on attribue la rédaction de cette synthèse (travail d’écriture qui n'a pas du être simple après des jours et des nuits d'assemblées générales) ?

 

Francis Jeanson, né à Bordeaux le 7 juillet 1922, mort à Arès le1er août 2009, est un philosophe français, notamment connu pour son engagement et faveur du FLN pendant la guerre d'Algérie.

Lors de la Seconde Guerre mondiale, il s'évade par l'Espagne pour fuir le STO et rejoint l'Armée française de la Libération en 1943.

Reporter à Alger républicain en 1945, il rencontre Albert Camus et Jean-Paul Sartre et ce dernier lui confie la gérance de la revue Les Temps modernes de 1951 à 1956.

Il se lie d'amitié avec Emmanuel Mounier, qui lui ouvre en 1948 les portes de la revue Esprit, où règne alors un certain « philocommunisme », et qui facilite son entrée dans le sérail intellectuel de l'après-guerre.

À partir de 1957, au plus fort de la guerre d'Algérie, il met en pratique ses idéaux anticolonialistes en créant le Réseau Jeanson chargé de transporter des fonds à destination du FLN. Ce réseau clandestin de militants sera démantelé en 1960. En fuite à l'étranger, Francis Jeanson sera jugé par contumace, reconnu coupable de haute trahison, et condamné en octobre 1960 à dix ans de réclusion.

Il revient s'installer à Paris à l'occasion de son amnistie, en 1966, puis travaille avec le Théâtre de Bourgogne (dirigé par Jacques Fornier) et est chargé de préfigurer la politique culturelle de la Maison de la culture de Chalon-sur-Saône (1967-1971). Il propose et élabore à travers cette expérience la notion de "non public", qui sera reprise en mai 1968 dans la Déclaration de Villeurbanne, dont il est le principal rédacteur.

(Source WIkipedia).

¤

Il se trouve que quelques semaines après la publication de la déclaration de Villeurbanne, Jeanson participe à un colloque de l'Unesco, organisé à Paris du 8 au 13 juillet 1968 dont le titre est Les droits culturels en tant que droits de l'homme.

 

Sa communication porte sur... la notion de non-public.

 

¤

Elle figure en page 99 de la publication « Politiques culturelles : études et documents » de l'UNESCO 1970 qui reprend les actes de cette Rencontre.

 

Télécharger ce document.

 

Déclaration sur les droits culturels en tant que droits de l’homme

Préambule.

La réunion a été organisée pour étudier les droits culturels en fonction des droits de l’homme. Elle devait offrir l’occasion d’examiner ce que ces droits signifient pour l’individu et les responsabilités qui incombent aux individus et aux États membres pour leur mise en œuvre.

 

Texte complet de le déclaration page 109 de la publication « Politiques culturelles : études et documents » UNESCO 1970

 

 

 

 

Déclaration des principes de la coopération culturelle internationale

 

ARTICLE PREMIER

I. Toute culture a une dignité et une valeur qui doivent être respectées et sauvegardées.

2. Tout peuple a le droit et le devoir de développer sa culture.

3. Dans leur variété féconde, leur diversité et l’influence réciproque qu’elles exercent les unes sur les autres, toutes les cultures font partie du patrimoine commun de l’humanité.

ARTICLE II

Les nations s’efforceront de poursuivre le développement parallèle et, autant que possible, simultané de la culture dans ses divers domaines, afin que s’établisse un harmonieux équilibre entre le progrès technique et l’élévation intellectuelle et morale de l’humanité.

ARTICLE III La coopération culturelle internationale s’étendra à tous les domaines des activités intellectuelles et créatrices relevant de l’éducation, de la science et de la culture.

ARTICLE IV La coopération culturelle internationale, sous ses formes diverses - bilatérale ou multilatérale, régionale ou universelle - aura pour fins:

(…)

ARTICLE V La coopération culturelle est un droit et un devoir pour tous les peuples et toutes les nations, qui doivent partager leur savoir et leurs connaissances.

 

Texte complet de le déclaration page 127 de la publication « Politiques culturelles : études et documents » UNESCO 1970

 

 

 

Or, dans le Document de travail rédigé par le Secrétariat, (page 12 du document téléchargeable ci-dessus), on peut lire ceci :

 

 

 

 

 

¤

D'où le rapport entre affirmation des droits culturels et prise en compte des effets d'un mouvement général de décolonisation.

D'où également l'importance de sortir d'une vision franco-française des politiques culturelles (d'une propension à confondre exception culturelle et exception française, terre des Arts, patrie des Lumières et fille aînée de la Culture...)

Et l'intérêt de mieux comprendre qu'à partir du moment historique qu'on vient de rappeler, la construction du référentiel du ministère français de la culture (qui va continuer et continue à se penser et se présenter comme « le » modèle) va avoir à se confronter à une approche plurielle et à des échanges internationaux sur les questions de politiques culturelles.

On y reviendra.

 

¤

Lecture et bibliothèques.

°

 

 

 

Votre blog a donné lieu à une création de notice bibliographique dans le catalogue de la Bibliothèque nationale de France.

Il lui a été attribué un numéro international normalisé

ISSN : 2270-3586

Type : document électronique, publication en série
Auteur(s) : 
Pompougnac, Jean-Claude (1946-.... ). Auteur du texte
Titre clé : La Cité des sens

Titre(s) : La Cité des sens [Ressource électronique] : le blog de Jean-Claude Pompougnac
Type de ressource électronique : Données textuelles et iconographiques en ligne
Publication : [Fresnes] : [Cité des sens], 2006-

Note(s) : Blogue. - Notice rédigée d'après la consultation de la ressource, 2013-11-14
Titre provenant de l'écran-titre
Périodicité : Mise à jour en continu
Indice(s) Dewey : 
020.5 (22e éd.) ; 301.094 4 (22e éd.)
ISSN et titre clé : ISSN 2270-3586 = La Cité des sens
ISSN-L 2270-3586
URL : 
http://cite.over-blog.com/. - Format(s) de diffusion : HTML. - Accès libre et intégral. - Consulté le 2013-11-14

Notice n° : FRBNF43711075

http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb43711075f/PUBLIC

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Published by J.C. POmpougnac Jean-Claude Pompougnac - dans Les politiques culturelles en débat Ressources
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  • : La Cité des sens. Culture et politique.
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  • : Les politiques culturelles aujourd'hui et leur histoire. Culture et politique, ressources, documents, analyses et débats par Jean-Claude Pompougnac .
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  • Jean-Claude Pompougnac
  • Responsable du service de la recherche à la BPI (Centre Pompidou) puis conseiller au cabinet du Ministre de la culture (Jack Lang), j'ai dirigé ensuite la Délégation au développement et aux formations de ce même ministère. A l’issue d’une alternance politique, très élégamment remercié par Jacques Toubon arrivé rue de Valois je me suis vu offrir le poste de directeur de l'Institut français de Barcelone. Quatre ans après, le ministère des affaires étrangères a jugé mes compétences insuffisamment diplomatiques. En conséquence, à partir de 1999, j'ai dirigé la DRAC Centre à Orléans. Remercié par la Droite,. j'ai ensuite crée l'un des premiers EPCC, ARCADI en Île-de-France. Remercié par la Gauche je suis devenu  DAC de la ville de BONDY (93). Aujourd'hui consultant. Membre de l'Institut de coopération pour la culture et correspondant du Comité d'histoire du MCC où j'ai contribué à la conception de séminaires et de journées d'études.
  • Responsable du service de la recherche à la BPI (Centre Pompidou) puis conseiller au cabinet du Ministre de la culture (Jack Lang), j'ai dirigé ensuite la Délégation au développement et aux formations de ce même ministère. A l’issue d’une alternance politique, très élégamment remercié par Jacques Toubon arrivé rue de Valois je me suis vu offrir le poste de directeur de l'Institut français de Barcelone. Quatre ans après, le ministère des affaires étrangères a jugé mes compétences insuffisamment diplomatiques. En conséquence, à partir de 1999, j'ai dirigé la DRAC Centre à Orléans. Remercié par la Droite,. j'ai ensuite crée l'un des premiers EPCC, ARCADI en Île-de-France. Remercié par la Gauche je suis devenu DAC de la ville de BONDY (93). Aujourd'hui consultant. Membre de l'Institut de coopération pour la culture et correspondant du Comité d'histoire du MCC où j'ai contribué à la conception de séminaires et de journées d'études.

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