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17 mai 2016 2 17 /05 /mai /2016 08:45

Episodes précédents.

 

Droits culturels : continuons le débat.

Le mérite des contributions évoquées dans cette note est de constituer un appel à la vigilance : la récente inclusion des droits culturels dans l’article 103 de la loi NOTRe, désormais une loi de notre République, ne saurait en aucune manière clore le débat.

 

Droits culturels : une longue histoire

 

Il est peut-être utile de situer le débat récent sur l’inscription ou non dans la législation française du concept de droits culturels dans un horizon historique plus large que celui de la signature par la France, dans les années 2000, de conventions internationales portant sur la nécessité de reconnaître, protéger et promouvoir la diversité culturelle.

 

Je voudrais continuer le parcours engagé dans ces notes précédentes, de façon à attirer l’attention sur l’histoire des notions successives ou sédimentées qui ont fondé et légitimé l’intervention publique dans les affaires culturelles.

Toutefois, je ne suis en aucune manière historien. Il ne s’agit que « d’arrêts sur image » et, pour des approches mieux fondées et documentées, il conviendrait, par exemple, de se reporter aux travaux de Pascal Ory et Laurent Martin.

 

L’Entre-deux-mai : Histoire culturelle de la France (mai 1968-mai 1981), Paris, Le Seuil,? 1983, Pasccal Ory

 

 

L’Enjeu culturel. La réflexion internationale sur les politiques culturelles, Paris, La Documentation française, 2013. Laurent Martin.

 

 

Il importe aussi de profiter du consistant dossier ( chronologie, anthologie des écrits sur la démocratisation culturelle) réalisé par Pierre Moulinier dans le cadre des travaux du séminaire que j’ai animé avec lui. On peut le retrouver sur les pages du Comité d'histoire du ministère de la culture te de la communication.

.

 

Cette période de « l’entre deux mai » (1968,1981), post De Gaulle et post Malraux est celle d’une intense reformulations des objectifs des politiques culturelles, dans le sillage de La Nouvelle société, prônée par Chaban-Delmas et la substitution au référentiel de la démocratisation culturelle de celui du développement culturel (Jacques Duhamel).

L’un des inspirateurs majeurs de ces changements est Augustin Girard, chargé dès 1963 (donc par André Malraux) de créer le Service des études et de la recherche du ministère de la Culture.

Mais il a aussi été, et dans le même temps, un acteur particulièrement important des échanges internationaux sur les questions de politique culturelle et c’est ce double rôle qu’étudie avec rigueur Laurent Martin dans l’ouvrage cité ci-dessus.

 

Ce double regard objectivant et « internationalisant » va infléchir le paradigme français et républicain.

 

Pour reprendre la piste de la reconnaissance de la diversité et des droits culturels, arrêtée dans mes précédentes notes en 1968 (avec la double référence au manifeste de Villeurbanne et à la déclaration de l’UNESCO sur les droits culturels), je « saute » au « moment d’Arc et Senans » (1972).

 

Sur le thème « Prospective du développement culturel », un important colloque européen a réuni une vingtaine de participants futurologues, et chercheurs de diverses disciplines venus d’une dizaine de pays

L’objectif était de proposer à l’attention des Ministres de la Culture, qui se réuniront à Helsinki en juin 1972, les fondements de stratégies de la culture. Il ne s’agissait donc pas d’un symposium supplémentaire sur « Qu’est-ce que la culture ? » mais d’une action destinée à faire partie de stratégies de développement.

 

Exposé des motifs et objectif de l’étude.

Commande d’Augustin Girard, Service des études et de la recherche du ministère des affaires culturelles à Michel de Certeau.

Les participants seront invités à traiter trois thèmes :

1. Pourquoi l’effort de démocratisation de la culture déployé dans plusieurs pays a-t-il abouti à de si médiocres résultats ?

2. Le rôle des institutions culturelles traditionnelles n’est-il pas à réévaluer compte tenu de cet échec ?

3. Quels sont les modes d’intervention qui permettraient de faire participer à une vie culturelle active et créatrice non plus seulement une élite déjà cultivée mais la grande majorité de la population.

 

Extraits des observations portées lors de ce colloque

La réalité culturelle telle qu’elle est vécue aujourd’hui par la grande majorité de la population dépasse de beaucoup l’art et les humanités classiques.

Parler aujourd’hui de culture signifie parler des systèmes scolaires, des grands moyens de communication de masse, des industries culturelles (du journal au livre, du disque à la vidéo-cassettes, du cinéma, de la publicité, de l’habitat, de la mode). On ne peut donc s’en tenir à une démocratisation de la culture qui vise à étendre à tous la diffusion et la consommation des beaux-arts.

(…) Toute politique culturelle a pour objectif fondamental la mise en œuvre de l’ensemble des moyens capables de développer les possibilités de l’expression et d’assurer la liberté de celle-ci. Il s’agit de reconnaître à l’homme le droit d’être auteur de modes de vie et de pratiques sociales qui aient signification. Il y a lieu en conséquence de ménager les conditions de la créativité où qu’elles se situent, de reconnaître la diversité culturelle en garantissant l’existence et le développement des milieux les plus faibles.

Extraits des conclusions du colloque

 

- donner la priorité à la restauration de l’accord entre l’homme et son milieu ;

- passer d’un système culturel qui ne vise qu’a reproduire l’état de fait actuel pour s’orienter vers la protection – y compris aux niveaux politique et technique – des groupes et des personnes dont les facultés créatrices constituent le meilleur moyen de faire face aux situations provoquées par le choc du futur.

 

Télécharger la déclaration finale du colloque d'Arc et Senans -1972

 

 

Lorsque François Mitterrand devient le premier président de gauche de la Vème République, le décret d’attribution du ministère crée par De Gaulle et Malraux adopte un ton résolument nouveau qui semble reprendre à son compte les acquis de la période « développement culturel », tout en leur donnant une formulation « démocratie culturelle »

 

MINISTÈRE DE LA CULTURE. ORGANISATION Décret n° 82-394 du 10 mai 1982

Le ministère chargé de la culture a pour mission :

de permettre à tous les Français de cultiver leur capacité d'inventer et de créer, d'exprimer librement leurs talents et de recevoir la formation artistique de leur choix ;

de préserver le patrimoine culturel national, régional ou des divers groupes sociaux pour le profit commun de la collectivité tout entière ;

de favoriser la création des œuvres de l'art et de l'esprit et de leur donner la plus vaste audience ; de contribuer au rayonnement de la culture et de l'art français dans le libre dialogue des cultures du monde.

 

Une telle définition des responsabilités de l'Etat en matière de culture est unique dans la série de ces décrets d’attribution (on reviendra par la suite à des énoncés plus proches du décret initial de 1958).

 

Certes, dans cet esprit, Jack Lang crée une Direction du développement culturel mais on ne peut pas dire que son action et celle de la majeure partie de son administration aient été profondément marquées par cette mise en avant de la démocratie, de la diversité et des droits culturels.

 

Interrogé bien plus tard sur la formulation de ce décret, Lang explique.

 

« Malgré les défauts de rédaction de ce texte, je continue de partager sincèrement ce constat.

Je pense qu'aujourd'hui encore il y a dans ce pays, en art, mais aussi en science, en intelligence créative, des réserves insoupçonnées de création et d'invention. Malheureusement, nous ne faisons jamais assez dans ce domaine. Les pays d'Asie, la Chine, la Corée, consacrent aujourd'hui des efforts gigantesques à l'éducation des enfants, aux universités, à la formation d'artistes, et pendant ce temps-là les pays européens ont tendance à baisser quelque peu leur garde et à régresser. C'est une folie car l'avenir, le levain du futur est là. La culture européenne n'est malheureusement pas immortelle. Il reste absolument indispensable de redonner à l'école, à l'art, à l'éducation, à la recherche, une place de choix ».

 

 

 

Source : JACK LANG, BATAILLES POUR LA CULTURE, DIX ANS DE POLITIQUES CULTURELLES

Comité d’histoire du ministère de la Culture – Maryvonne de Saint-Pulgent 
Paris, La Documentation française et France Culture 

 

 

Au cours de ce même entretien diffusé sur France Culture (en 1911, soit 30 ans après son arriuvée rue de Valois) dans une série d’émissions animées par Maryvonne de Saint-Pulgent, Jack Lang est invité à revenir sur l'épineuse question de la démocratisation culturelle. Il défend certes son bilan (y compris sur la question de l’école) mais ajoute cette intéressante réflexion (un peu inattendue, me semble-t-il).

 

« Une des premières mesures à prendre pour démocratiser l'école ou la culture réside dans un changement total de notre système d'urbanisme, grâce à des transferts d'argent des régions riches vers les régions pauvres, comme cela est fait en Allemagne. Il faudrait aujourd'hui qu'un nouveau Haussmann soit chargé de reconstruire une partie des villes et des banlieues, car demander au seul ministère de la Culture ou au seul ministère de l'Education nationale de réparer les injustices sociales causées par une politique d'ensemble qui met au chômage des millions de gens et qui refuse de donner leur chance à de nombreux enfants, c'est une illusion. Pourquoi culpabiliser à ce point les artistes ou les éducateurs qui font ce qu'ils peuvent ? Les limites de la démocratisation sont liées au déterminisme des lieux de vie, aux déterminismes sociaux et économiques. »

 

Où l’on passe, en matière de fondements de l’action politique, de l’aide à la création (à la diffusion, à la démocratisation de la culture) à la question de l’urbanisme et à l’urbanité.

 

 

"Reconstruire l’urbanité, c’est reconstruire la coexistence des groupes sociaux, des cultures, des langues, des religions, des âges et des activités, et cela à l’intérieur du périmètre physique qui définit l’espace de la ville. Cette coexistence est le fondement aussi de l’intelligence comme de la liberté car le resserrement dans l’espace, le rapprochement des êtres et des activités produisent l’étincelle née du choc de la diversité .

 

La coexistence permet donc à la ville d’être le lieu non de la rencontre des semblables par la famille ou la culture mais d’être par excellence le lieu de la rencontre de la différence dans la liberté et l’égalité, grâce à quoi il est possible, au moins pour partie de dépasser les contraintes et les limitations de la fortune, de l’appartenance culturelle et même ethnique ".

 

ANSAY Pierre, SCHOONBROT René, Penser la ville, Ed. AAM, Bruxelles.

 

Par où l'on approche d'un possible référentiel : la laïcité culturelle.

 

Et donc : à suivre

 

 

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Auteur(s) : Pompougnac, Jean-Claude (1946-.... ). Auteur du texte
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Publication : [Fresnes] : [Cité des sens], 2006-

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Published by J.C. POmpougnac Jean-Claude Pompougnac - dans Les politiques culturelles en débat Ressources
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Michalon 22/05/2016 16:17

Merci de cet intéressant rappel historique.

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  • : La Cité des sens. Culture et politique.
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  • : Les politiques culturelles aujourd'hui et leur histoire. Culture et politique, ressources, documents, analyses et débats par Jean-Claude Pompougnac .
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  • Jean-Claude Pompougnac
  • Responsable du service de la recherche à la BPI (Centre Pompidou) puis conseiller au cabinet du Ministre de la culture (Jack Lang), j'ai dirigé ensuite la Délégation au développement et aux formations de ce même ministère. A l’issue d’une alternance politique, très élégamment remercié par Jacques Toubon arrivé rue de Valois je me suis vu offrir le poste de directeur de l'Institut français de Barcelone. Quatre ans après, le ministère des affaires étrangères a jugé mes compétences insuffisamment diplomatiques. En conséquence, à partir de 1999, j'ai dirigé la DRAC Centre à Orléans. Remercié par la Droite,. j'ai ensuite crée l'un des premiers EPCC, ARCADI en Île-de-France. Remercié par la Gauche je suis devenu  DAC de la ville de BONDY (93). Aujourd'hui consultant. Membre de l'Institut de coopération pour la culture et correspondant du Comité d'histoire du MCC où j'ai contribué à la conception de séminaires et de journées d'études.
  • Responsable du service de la recherche à la BPI (Centre Pompidou) puis conseiller au cabinet du Ministre de la culture (Jack Lang), j'ai dirigé ensuite la Délégation au développement et aux formations de ce même ministère. A l’issue d’une alternance politique, très élégamment remercié par Jacques Toubon arrivé rue de Valois je me suis vu offrir le poste de directeur de l'Institut français de Barcelone. Quatre ans après, le ministère des affaires étrangères a jugé mes compétences insuffisamment diplomatiques. En conséquence, à partir de 1999, j'ai dirigé la DRAC Centre à Orléans. Remercié par la Droite,. j'ai ensuite crée l'un des premiers EPCC, ARCADI en Île-de-France. Remercié par la Gauche je suis devenu DAC de la ville de BONDY (93). Aujourd'hui consultant. Membre de l'Institut de coopération pour la culture et correspondant du Comité d'histoire du MCC où j'ai contribué à la conception de séminaires et de journées d'études.

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