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6 juillet 2016 3 06 /07 /juillet /2016 08:35

 

Dans une note du 28 septembre dernier, Démocratisation culturelle, le retour ?,

je portais à la connaissance des lecteurs de ce blog une initiative du Secrétariat général pour la modernisation publique , installé auprès du Premier ministre.

Ce dernier écrivait à celle qui occupait alors les bureaux de la rue de Valois :

Madame Ia ministre,

Le gouvernement s'est fixé une ambition forte pour une action publique plus efficace, plus économe et plus juste.

 (…)

J'ai décidé de retenir votre proposition d'engager une évaluation de Ia politique de démocratisation culturelleVous en assurerez la maîtrise d'ouvrage dans le cadre et selon les modalités que vous avez précisées dans la fiche ci-jointe...

 

On attend les conclusion de cette mission dans les plus brefs délais (c'est à dire avec un certain retard voire un retard certain).

Entre temps, la Fondation Jean Jaurès publiait : LA CULTURE POUR TOUS. DES SOLUTIONS POUR LA DÉMOCRATISATION, étude réalisée par Jean-Michel Tobelem

 

A-t-on vraiment tout tenté pour accueillir un public plus diversifié dans des institutions culturelles encore réservées à des privilégiés ? Jean-Michel Tobelem répond en formulant des propositions concrètes et nouvelles. Oui, une plus grande démocratisation culturelle est possible !

 

On peut télécharger le rapport à cette adresse.

 

Or, le 27 juin dernier, le Conseil économique, social et environnemental, publiait sur son site le texte d'une nouvelle saisine, intitulée : Vers la démocratie culturelle.

 

 

Argumentaire :

Depuis la création du Ministère de la Culture à la fin des années 1950, la politique culturelle française -initiée par André Malraux- a été fondée sur trois piliers : soutenir la création, préserver le patrimoine, démocratiser la culture. 

La finalité de ce dernier volet était simple : donner à tou.te.s un accès à la culture –et plus tardivement à son sens, à son esthétique, à son histoire–, en mettant l’accent sur la valeur civilisatrice et éducative des arts. Mais cet axe induisait également, dans sa conception, la définition et la mise en application d’une politique publique par un seul type d’acteur – la puissance publique – suivant une logique verticale descendante ainsi qu’un choix a priori des œuvres culturelles qu’il fallait connaître et aimer. (...) Cependant, force est de constater que cette politique a produit des résultats mitigés en matière d’accès de tous à la culture.

Au fil des décennies, cette vision et cette méthode ont été remises en question. Idéologiquement, la critique de la « démocratisation culturelle » a porté sur son parti pris élitiste d’homogénéisation « du haut vers le bas » et sur la minoration voire la négation d’une culture plurielle. D’autres évolutions d’ordre politique, sociétal, économique et technologique sont venues s’ajouter avec le temps : le pouvoir, les connaissances et l’influence ont été disséminés entre des acteurs multiples et hétérogènes (la société civile a pris une place inédite, la mondialisation s’est accélérée, l’Etat s’est décentralisé) ; incorporée dans la consommation de masse, la culture est devenue un bien marchand ; la capacité d’action et le budget de l’Etat alloué à la culture se sont amoindris alors que, dans le même temps, le concours financier des collectivités territoriales s’est accru et que de nouvelles sources de financement (mécénat, sponsoring, financement participatif) ont émergé ; les structures culturelles publiques se sont parfois « rigidifiées » ; les pratiques culturelles et les publics se sont diversifiés et enrichis ; la participation du public à la création et à la diffusion des œuvres s’est démultipliée avec l’avènement du numérique ; les droits culturels ont été reconnus au plan international ; enfin, la démocratie participative a connu un regain d’intérêt avec l’apparition de structures de co-construction politique. Pour toutes ces raisons, il est devenu difficile pour la puissance publique d’assumer à elle seule toutes les fonctions qu’elle remplissait jusqu’alors.

(...)

Poursuivant toujours l’objectif de rendre la culture accessible à chacun, mais déployant un potentiel d’action plus important, la démocratie culturelle participe à l’émancipation des citoyens et au renforcement de la cohésion sociale. En invitant chacun à prendre part à la construction d’un projet local ou d’une politique publique nationale, elle transforme et élargit le sens même de la culture : perçue initialement à travers un rapport principalement individuel entre l’œuvre et la personne (créateur ou spectateur / auditeur / lecteur, etc.), la culture, une fois co-construite devient support de lien social et d’inclusion. Ainsi, elle donne à tous un accès au patrimoine et à la possibilité de participer à la vie de la cité.

(...)

Ce faisant, la démocratie culturelle présente un cadre d’action propice à l’intégration et à la coexistence de toutes les cultures ; elle offre ainsi la possibilité pour chacun d’être acteur de sa propre culture, autrement dit de forger son humanité, en réalisant la synthèse d’une histoire à la fois individuelle et collective, dans une logique de continuité temporelle entre passé, présent et avenir. De ce fait, la démocratie culturelle établit un pont entre les deux principales acceptions de la culture : de l’accès aux œuvres « artistiques » (au sens large), jusqu’à notre système de valeurs et de représentations, et donc notre façon d’appréhender le monde.

(…)

Sans déposséder l'élu de sa parole politique ou de son pouvoir décisionnaire, comment impliquer les citoyens à la vie de la cité ? Quelles articulations imaginer entre tous les acteurs ? Comment assurer un processus de concertation équitable et continu, tout en garantissant la prise en compte de l’intérêt général ? Par quels moyens et de quelle manière offrir aux citoyens ce qu'ils attendent en termes de culture, mais aussi ce qu'ils n'attendent pas ? Comment garantir l’absence de toute dérive communautariste (par laquelle la participation de quelques-uns pourrait déboucher sur l’exclusion des autres) ? Voici pour partie les interrogations qui animeront l’élaboration de cette saisine.

(…)

En savoir plus

 

On notera avec intérêt qu'alors qu'il existe au C.E.S.E. une section de l'éducation, de la culture et de la communication, cette saisine Vers la démocratie culturelle émane de la section des affaires européennes et internationales.

Dans le même esprit d'ouverture européenne et internationale, les lecteurs avisés auront remarqué que le titre du présent billet invite à découvrir (ou mieux connaître) l'excellent travail de nos amis belges au sein de Culture et démocratie.

Sur la pertinence de cette opposition démocratisation/démocratie, sur la réelle difficulté d'un débat de fond qui ne fasse pas fi de la complexité de l'histoire des politiques culturelles « à la française - et qui ne soit pas dupe du présentisme dominant - il est vivement conseillé de se reporter aux documents réunis sur le site du Comité d'histoire du ministère de la culture, et en particulier aux très consistantes contributions de Pierre Moulinier.

En particulier à l'ensemble de textes réunis sous le titre Écrits sur la démocratisation culturelle, téléchargeable à cette adresse.

 

Extrait :

Un animateur culturel suisse, Jean-Marie Moekli, explicite le rapport démocratisation/démocratie dans un document de travail destiné à une réunion d’experts sur « le développement des politiques culturelles en Europe » qui se tient en décembre 1980 à Helsinki (Moekli, 1980). Selon lui, la politique de démocratisation culturelle a pour objectif de « garantir au plus grand nombre l’accès à la “culture d’héritage”, à la culture “d’élite”. Une politique de démocratisation consiste donc à veiller que le patrimoine culturel et la création en train de se faire ne soient pas le seul apanage d’un cercle restreint d’initiés, que les investissements publics consentis ne profitent pas à une seule minorité favorisée ». (...)

La conférence définit ainsi la démocratie culturelle :

« Constatant que la culture n’est plus seulement une accumulation d’œuvres et de connaissances qu’une élite produit, recueille et conserve pour les mettre à la portée de tous, ou qu’un peuple riche en passé et en patrimoine offre à d’autres comme un modèle dont leur histoire les aurait privés ; que la culture ne se limite pas à l’accès aux œuvres d’art et aux humanités, mais est tout à la fois acquisition de connaissances, exigence d’un mode de vie, besoin de communication ; qu’elle n’est pas un territoire à conquérir ou à posséder, mais une façon de se comporter avec soi-même, ses semblables, la nature ; qu’elle n’est pas seulement un domaine qu’il convient de démocratiser, mais qu’elle est devenue une démocratie à mettre en marche ».

(...)

on retrouve ici la notion Unesco de « dimension culturelle du développement », car le développement ne saurait être seulement économique, et la notion d’ « identité culturelle », qui « suppose la pluralité des cultures à l’intérieur d’une même société ». Dans les années 1980, une politique de démocratie culturelle doit être attentive aux besoins suivants : la relation au TiersMonde, le « développement global », c’est-à-dire « un type de développement où l’économique n’est qu’une composante à côté d’autres (l’éducatif, le culturel, l’environnement, etc.) » mené par « l’engagement conscient, voulu, actif, lucide, d’une population dans son développement, résultat que seule une politique démocratique peut obtenir », la priorité à la vie quotidienne, les potentiels d’imagination à exploiter, le besoin de créativité, la qualité de la vie dans la relation sociale quotidienne, le développement endogène « porté par les cellules de base », la décentralisation, c’est-à-dire « l’encouragement à l’autonomie des groupes et des personnes », la culture comme communication, c’est-à-dire la maîtrise par chacun de sa communication avec autrui. Dans un numéro de Futuribles (Prospective, 1978) sur la « prospective du développement culturel », Jean-François Collinet plaide pour « la mobilisation des consciences qui permettrait progressivement l’accession à une civilisation de la qualité, de la participation et de la libre formation, autant de conditions nécessaires si l’on veut que le changement ne soit pas vécu comme un traumatisme collectif conduisant à la passivité mais comme un phénomène pris en charge par l’ensemble des acteurs de la vie sociale. Il faut susciter le développement d’une culture qui permette le passage d’une société de la majorité silencieuse à une société de la majorité de la prise de parole, d’une société du pouvoir abstrait et subi à une société du pouvoir vécu et compris » (p. 525). Dans La culture des autres (de Varine,1976), Hugues de Varine s’élève contre l’impérialisme culturel, la culture des riches, « le monopole de quelques-uns », et prône « une politique de libération et de conscientisation, non d’intégration », sur le modèle de Paolo Freire : il demande « la suppression de toute institution culturelle d’Etat et la remise des responsabilités culturelles (avec les moyens de financement correspondants) aux collectivités locales et à l’initiative privée collective, le contrôle étant remis à des organismes coopératifs susceptibles d’apprécier et de réprimer les menaces à la liberté collective et les tentatives d’oppression ».

(...)

 

Écrits sur la démocratisation culturelle

 

L'affaire n'est donc pas nouvelle, comme on l'a déjà expliqué ici même.

 

Opposer démocratisation de la culture à démocratie culturelle sans interroger la notion même de démocratie (et les pratiques politiques qui s'en réclament à plus ou moins bon droit) c'est se condamner à un interminable ressassement.

Ce que signalait déjà Emmanuel Wallon en 2009, en ouverture de son article La Démocratisation culturelle, un horizon d'action (CAHIERS FRANÇAIS, N° 348, LA DOCUMENTATION FRANÇAISE, PARIS, JANVIER-FÉVRIER 2009).

 

Le terme de “démocratisation” a pris une telle résonance dans les controverses sur les politiques culturelles au cours des années 90 que l’on ne prend plus la peine de s’accorder sur une définition qui prête à équivoque. Les lexicographes lui attribuent une double signification : “A) Action de rendre démocratique au point de vue politique, institutionnel ; son résultat. B) Action de mettre un bien à la portée de toutes les classes de la société ; son résultat. ” Cette dualité est bien soulignée par les exemples tirés de la neuvième édition du Dictionnaire de l’auguste Académie française : “La démocratisation d’un régime autoritaire. La démocratisation de l’enseignement. ”

 

Cet article est disponible sur son site.

 

Pour boucler cette note en revenant à la question initiale de l’évaluation des politiques publiques dans le domaine culturel (mais ,pas que...) je me dois de renvoyer à l’excellent dossier documentaire réalisé par ARCADI

C'est ICI

 

 

Votre blog a donné lieu à une création de notice bibliographique dans le catalogue de la Bibliothèque nationale de France.

Il lui a été attribué un numéro international normalisé

ISSN : 2270-3586

Type : document électronique, publication en série
Auteur(s) : Pompougnac, Jean-Claude (1946-.... ). Auteur du texte
Titre clé : La Cité des sens

Titre(s) : La Cité des sens [Ressource électronique] : le blog de Jean-Claude Pompougnac
Type de ressource électronique : Données textuelles et iconographiques en ligne
Publication : [Fresnes] : [Cité des sens], 2006-

Note(s) : Blogue. - Notice rédigée d'après la consultation de la ressource, 2013-11-14
Titre provenant de l'écran-titre
Périodicité : Mise à jour en continu
Indice(s) Dewey : 020.5 (22e éd.) ; 301.094 4 (22e éd.)
ISSN et titre clé : ISSN 2270-3586 = La Cité des sens
ISSN-L 2270-3586
URL : http://cite.over-blog.com/. - Format(s) de diffusion : HTML. - Accès libre et intégral. - Consulté le 2013-11-14

Notice n° : FRBNF43711075

http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb43711075f/PUBLIC

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Published by J.C. POmpougnac Jean-Claude Pompougnac - dans Actualité Les politiques culturelles en débat Ressources
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  • Jean-Claude Pompougnac
  • Responsable du service de la recherche à la BPI (Centre Pompidou) puis conseiller au cabinet du Ministre de la culture (Jack Lang), j'ai dirigé ensuite la Délégation au développement et aux formations de ce même ministère. A l’issue d’une alternance politique, très élégamment remercié par Jacques Toubon arrivé rue de Valois je me suis vu offrir le poste de directeur de l'Institut français de Barcelone. Quatre ans après, le ministère des affaires étrangères a jugé mes compétences insuffisamment diplomatiques. En conséquence, à partir de 1999, j'ai dirigé la DRAC Centre à Orléans. Remercié par la Droite,. j'ai ensuite crée l'un des premiers EPCC, ARCADI en Île-de-France. Remercié par la Gauche je suis devenu  DAC de la ville de BONDY (93). Aujourd'hui consultant. Membre de l'Institut de coopération pour la culture et correspondant du Comité d'histoire du MCC où j'ai contribué à la conception de séminaires et de journées d'études.
  • Responsable du service de la recherche à la BPI (Centre Pompidou) puis conseiller au cabinet du Ministre de la culture (Jack Lang), j'ai dirigé ensuite la Délégation au développement et aux formations de ce même ministère. A l’issue d’une alternance politique, très élégamment remercié par Jacques Toubon arrivé rue de Valois je me suis vu offrir le poste de directeur de l'Institut français de Barcelone. Quatre ans après, le ministère des affaires étrangères a jugé mes compétences insuffisamment diplomatiques. En conséquence, à partir de 1999, j'ai dirigé la DRAC Centre à Orléans. Remercié par la Droite,. j'ai ensuite crée l'un des premiers EPCC, ARCADI en Île-de-France. Remercié par la Gauche je suis devenu DAC de la ville de BONDY (93). Aujourd'hui consultant. Membre de l'Institut de coopération pour la culture et correspondant du Comité d'histoire du MCC où j'ai contribué à la conception de séminaires et de journées d'études.

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