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22 février 2010 1 22 /02 /février /2010 18:23

 

Il est inutile, je pense, de rappeler ici le franc succès qu’a rencontré le président du Conseil général de Seine-Saint-Denis en lançant l’appel La culture en danger qui a très vite connu un écho national.

C’est au département du Gers d’emboîter le pas, nous apprend La Dépêche du midi du 20 février dernier (au fait, Philippe Martin, le président du CG 32 n’appartiendrait-il pas à la même tendance que Claude Bartolone au sein du PS ???)

 Le président du conseil général a invité, hier, 200 représentants du monde de la culture gersois dans l'hémicycle du conseil général afin d'évoquer devant eux son inquiétude quant à l'avenir de la décentralisation culturelle. « Avec l'asphyxie programmée des collectivités locales, nous sommes dans la situation où la décentralisation culturelle telle qu'elle a été mise en place en 1982 est en danger, explique Philippe Martin. C'est cette politique, dit-il, qui a permis la naissance de nombreux festivals, qui a entraîné la création de nombreuses associations (1) qui font l'identité du Gers d'aujourd'hui ». Après une présentation des politiques culturelles du département, le président a tenu à rassurer son auditoire : « En 2010, nous reconduirons à l'identique toutes les aides de 2009 au monde culturel, ce qui, dans le contexte actuel, constitue pour nous un effort considérable ». La réunion s'est achevée par un appel qui dénonce « l'abandon culturel dans lequel l'Etat nous place ». « La compétence culturelle n'est certes ni automatique ni strictement obligatoire au plan du droit, mais au plan de l'intérêt public du Gers, de ses communes tout comme de l'ensemble du territoire national, il en va tout autrement », proclame ce document dans lequel les signataires, « citoyens, artistes, a acteurs culturels, élus territoriaux, refusent la remise en cause profonde de la politique culturelle française aujourd'hui menacée par les réformes en cours ». Cette initiative est la reproduction de l'appel lancé le 19 décembre dernier par le président du conseil général et député de Seine-Saint-Denis, Claude Bartolone, appel qui a déjà recueilli plus de 10.000 signatures.

1- 133 associations à caractère culturel perçoivent des subventions du conseil général.


Pour en revenir à la Seine-Saint-Denis, voici le courrier que j’ai reçu vendredi dernier. Il confirme l’épisode qui a précédé l’appel sur la Culture en danger : une série de mauvaises nouvelles annoncée par le CG 93 aux structures aidées auparavant.

Bonjour,

Même si nous sommes encore bien loin du prochain Salon qui aura lieu cette année du 1 au 6 décembre 2010 dans la Halle Marcel Dufriche à Montreuil, nous tenions à vous faire part d’une information importante pour la vie de notre association. En effet, pour faire face à ses difficultés financières, le Conseil général de la Seine-Saint-Denis, notre principal financeur jusqu’à aujourd’hui, évoque l’hypothèse de réduire fortement ses subventions et en appelle aux autres partenaires de l’association pour réévaluer leurs aides.

Le Salon lui-même, fortement porté par la présence des éditeurs, n’est pas menacé. Désormais son équilibre financier est assuré par ses ressources propres.  Ce qui pourrait l’être, en revanche, ce sont les centaines d’actions littéraires (expositions, malles de livres, lectures, notamment dans les centres sociaux, rencontres d’auteurs, ateliers d’illustrateurs, formations….) qui se mènent le reste de l’année en Seine-Saint-Denis, ainsi que le travail de préparation des groupes scolaires, de centres de loisirs ou de centres sociaux réalisé en amont de la manifestation. Car dans ce département, le plus jeune de France, les difficultés sociales des familles sont fortes, et ces multiples « petits salons itinérants » relayés par de très nombreux partenaires sont indispensables dans les domaines de l’éducation, de la culture et dans le domaine social.

Sans préjuger de ce qui n’est encore qu’une hypothèse, sans présager du niveau de la réponse qu’apporteront les autres partenaires, cette situation incite à la réflexion.

La révolution numérique qui débute à peine dans le domaine du livre, l’évolution de la création artistique et littéraire, les mutations des pratiques de lecture, les modifications de la formation des enseignants devraient tout au contraire appeler à innover, à rechercher, à défricher, à prendre des risques, osons le mot à investir  dans les possibles rencontres de la littérature et de la jeunesse.

Qu’il faille encore, en ce début de 21e siècle, alerter, se battre pour que tous les enfants accèdent aux livres, aux images, aux histoires, y compris ceux qui en sont le plus éloignés pour des raisons sociales, culturelles ou même symboliques, en dit long sur la fragilité culturelle de notre société.

Que faut-il faire ou dire de plus pour qu’enfin soit pris en compte cet enjeu majeur et mesurer combien notre avenir commun dépend aussi de ce simple droit pour les nouvelles générations ?

Nous vous proposons donc, sans attendre, de contribuer à éclaircir l’horizon.

Par votre histoire, votre relation au Salon, vous pouvez illustrer mieux que personne la nécessité des lectures d’enfance et de la rencontre précoce avec les images, les textes et les territoires de l’imaginaire.

Merci de vos contributions et du relais que vous pourrez faire de cet appel.
Nous espérons que le blog www.pouvoirdeslivre-slpj.fr, que nous avons créé à cette occasion, au-delà de la situation ponctuelle de notre association, contribue à faire réfléchir largement à l’absolue nécessité du développement des médiations littéraires à tous les niveaux.

L'équipe du Salon du livre et de la presse jeunesse en Seine-Saint-Denis.

On comprend mieux dès lors, les raisons qui ont poussé l’actuel (mais pas nécessairement futur) vice-président à la culture du Conseil régional d’Ile-de-France à signer l’autre appel, celui de la revue Cassandre Horschamp.

Réaction de Francis Parny après l’appel « Impossible absence »

J’ai signé l’appel lancé par la revue Cassandre-Horschamp parce que je ressens je crois la même exaspération que celles et ceux qui l’ont initié sur le manque infini que représente l’effacement de la question artistique dans le débat public, c’est-à-dire politique.

Comme si l’accès de toutes et de tous aux arts et à la culture aujourd’hui était devenu l’affaire de responsabilité individuelle et de bonne volonté personnelle ; comme si le développement des grands moyens de communication et d’échange offrait toute garantie de respect de la diversité culturelle ; comme si toutes les pratiques artistiques étaient reconnues sur nos lieux de vie qu’on appelle territoire pour mieux les opposer, dans une concurrence sans limite, aux cultures qui s’épanouissent dans d’autres lieux dans d’autres pays et qui pourtant sont présents partout aujourd’hui comme une chance immense d’enrichissement mutuel.

Oui j’enrage de voir l’intervention publique en faveur des arts et de la culture « mégotée » à chaque nouvel exercice budgétaire des collectivités publiques. Sommes-nous dans une dépense publique pharaonique ? Le budget du ministère de la culture a-t-il doublé pour atteindre 2% du budget de la nation ? Quelqu’un, à part les organisations professionnelles du spectacle vivant, a-t-il osé envisager de porter à 0,60% du PIB, l’effort du gouvernement pour les arts et la culture ?

Non seulement je n’entends pas de tels engagements mais les responsables politiques de droite et malheureusement souvent de gauche, continuent de s’habituer à ne plus considérer les arts et la culture comme des questions essentielles à qui veut porter un projet de société. Comme force d’imaginaire et comme réalité de travail, par les pratiques qu’ils induisent, par les œuvres produites et leur mise en partage ils sont pourtant consubstantiel des questions de transformation de société. Par la diversité des représentations qu’ils font émerger, par l’autonomisation des savoirs et l’émancipation collective qu’ils permettent, par leur approche sensible aussi, qui fait de l’homme la référence ultime, ils nous permettent d’échapper à la normalisation et à la réduction de la vie par l’évaluation chiffrée, uniquement quantitative que l’ultra libéralisme essaye de nous imposer comme seule valeur de notre activité. Toutes celles et tous ceux qui signent cet appel, artistes, créateurs, acteurs sociaux, s’efforcent, il me semble, de redonner cette valeur à leur travail.

J’ai signé cet appel comme citoyen, mais aussi comme élu en charge de ces questions. Le texte de l’appel situe bien l’enjeu des véritables coups de boutoir de la droite et de son président contre l’intervention publique dans tout le champ social comme dans le champ artistique et culturel. La déconstruction progressive du ministère de la culture en témoigne, c’est bien de la destruction des politiques publiques dont il s’agit. Face à ce danger qui laisserait le champ libre au tout marchand et au règne sans partage des industries culturelles il est grand temps que tous les élus de gauche se ressaisissent pour affirmer que le développement des arts et de la culture, le partage de la création est un investissement indispensable à toute civilisation au bénéfice de chacun et de chacune pour son émancipation. La compétence culture n’est pas une compétence qui se négocie. Elle devrait être assumée comme prioritaire par toutes les collectivités publiques comme un véritable investissement dans nos humanités. S’il y a des économies à faire, ne les faisons pas sur ce qui nous parait indispensable, faisons-les en refusant d’accompagner des politiques nationales inspirées des modèles libéraux dominants dans certains champs d’activité pourtant non obligatoire.

Francis Parny

Vice-président à la Culture de la Région Ile de France

Nota Bene : Cette situation rend indispensable de travailler ensemble, artistes, acteurs culturels et élus. C’est ce qui m’a conduit a proposer dans cette élection régionale à nombre d’amis, l’organisation de rencontres publiques et la création d’un site (1) pour ouvrir un lieu de réflexion partagée et de débat afin de construire ensemble une politique publique en faveur des arts et de la culture en Ile-de-France.

(1) www.sansreserve.net

* * * *

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Published by J.C. POmpougnac Jean-Claude Pompougnac - dans Les politiques culturelles en débat
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  • Responsable du service de la recherche à la BPI (Centre Pompidou) puis conseiller au cabinet du Ministre de la culture (Jack Lang), j'ai dirigé ensuite la Délégation au développement et aux formations de ce même ministère. A l’issue d’une alternance politique, très élégamment remercié par Jacques Toubon arrivé rue de Valois je me suis vu offrir le poste de directeur de l'Institut français de Barcelone. Quatre ans après, le ministère des affaires étrangères a jugé mes compétences insuffisamment diplomatiques. En conséquence, à partir de 1999, j'ai dirigé la DRAC Centre à Orléans. Remercié par la Droite,. j'ai ensuite crée l'un des premiers EPCC, ARCADI en Île-de-France. Remercié par la Gauche je suis devenu  DAC de la ville de BONDY (93). Aujourd'hui consultant. Membre de l'Institut de coopération pour la culture et correspondant du Comité d'histoire du MCC où j'ai contribué à la conception de séminaires et de journées d'études.
  • Responsable du service de la recherche à la BPI (Centre Pompidou) puis conseiller au cabinet du Ministre de la culture (Jack Lang), j'ai dirigé ensuite la Délégation au développement et aux formations de ce même ministère. A l’issue d’une alternance politique, très élégamment remercié par Jacques Toubon arrivé rue de Valois je me suis vu offrir le poste de directeur de l'Institut français de Barcelone. Quatre ans après, le ministère des affaires étrangères a jugé mes compétences insuffisamment diplomatiques. En conséquence, à partir de 1999, j'ai dirigé la DRAC Centre à Orléans. Remercié par la Droite,. j'ai ensuite crée l'un des premiers EPCC, ARCADI en Île-de-France. Remercié par la Gauche je suis devenu DAC de la ville de BONDY (93). Aujourd'hui consultant. Membre de l'Institut de coopération pour la culture et correspondant du Comité d'histoire du MCC où j'ai contribué à la conception de séminaires et de journées d'études.

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