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26 juin 2008 4 26 /06 /juin /2008 08:35

Thse_dmv

Il s'appelle Damien Malinas Veux et son blog Transmission de données.
Sous ce titre prennent forme et sens quelques éléments qui l'ont amené à la soutenance de sa thèse :

TRANSMETTRE UNE FOIS ? POUR TOUJOURS ? PORTRAIT DES FESTIVALIERS D'AVIGNON EN PUBLIC

sous la direction de Jean-Louis Fabiani (Directeur d'études à l'EHESS) et Emmanuel Ethis (Professeur des Universités UAPV).

Le contexte :

Depuis 1994, un programme d’enquêtes sur les publics du Festival d’Avignon a été mis en œuvre. Les objectifs de ce programme inscrits dans la durée – les enquêtes ont été reconduites régulièrement entre 1994 et 2005 - étaient de mesurer durant chaque saison du festival les effets socio-morphologiques concrets quant à la constitution et à la transformation des publics qui participent à la manifestation. Sous la direction d’Emmanuel Ethis et Jean-Louis Fabiani, la thèse est inscrite dans la ligne générale de ce programme. Elle a eu pour objectif de mieux comprendre ce que sont les rythmes de venues des uns et des autres, mais également de rendre compte ce qui se joue dans la diversité des participations au festival : la conquête d’une certaine autonomie culturelle et certaines modalités de la transmission d’une relation aux arts de la scène

Ce travail a donné lieu à un ouvrage rédigé à trois mains et fraîchement publié aux Editions l'entretemps, dans la collection Le Champ théâtral : Avignon ou le public participant.

Jamais l’on n’avait consacré quinze ans d’enquête, quinze ans à un seul et même terrain d’observation pratiqué et porté par trois générations de sociologues autour d’une volonté commune de comprendre ce que sont les « publics du Festival d’Avignon ». Nombre d’artistes – metteurs en scène, comédiens ou techniciens – décrivent leur passage par « Avignon » comme une expérience relevant presque d’un rituel professionnel. Nous découvrirons ici qu’il en est de même côté « public »… Faire le Festival d’Avignon relève d’une expérience singulière, idéale et idéalisée dans une carrière de spectateur. Et pour cause, le projet du Festival d’Avignon s’est bâti en affichant une volonté originale dans la manière de « fabriquer » son public. Cette part du contrat pensée en direction du « public » constitue, en effet, un des moteurs de la forme festivalière à l’œuvre. Si l’idéologie qui baignait le développement de la culture d’après-guerre l’espère « populaire », le public, lui, n’a eu de cesse de se réinventer au gré des métamorphoses du Festival. L’objectif de départ d’Avignon, revendiqué comme tel par l’équipe Vilar, fut d’attirer dans l’ancienne cité des Papes des spectateurs écartés jusque-là du théâtre, auxquels il s’agissait de rendre le goût du spectacle vivant et de donner des motifs de curiosité pour l’art dramatique. « Un art collectif comme celui du théâtre ne peut témoigner valablement dans l’unique Paris », déclare Vilar. Il faut à cette fin être en mesure de « réunir, dans les travées de la communion dramatique, le petit boutiquier et le haut magistrat, l’ouvrier et l’agent de change, le facteur des pauvres et le professeur agrégé ». C’est ainsi que s’élabore la légende d’Avignon et de son public. En s’évadant des théâtres clos, le théâtre du Festival s’impose comme un fait exemplaire et symbolique de décentralisation culturelle. Construit dans la longue durée, le public d’Avignon est entré dans le XXIe siècle, doté aujourd’hui d’une expertise sans précédent, qui fait de lui, ce public dont Vilar avait rêvé et avec lequel Archambault et Baudriller travaillent désormais : le public participant.

Autre publication, celle de la thèse elle-même :

Portrait des festivaliers d'Avignon. Transmettre une fois? Pour toujours?

Presses universitaires de Grenoble

Collection Arts Cultures Publics, 2008

Livre_dmv_2

Ce sont majoritairement des femmes, mais ce sont aussi des hommes. On les dit vieillissant, on veut les renouveler: ils sont fidèles et assidus tout au long de leur vie.
Ils sont avocat, étudiant à l’université, au conservatoire d’art dramatique, en cinéma, technicien du spectacle en formation, lycéen, comédien, secrétaire administrative, retraité de l’Éducation Nationale, animatrice, éducateur, enseignante de lettres, professeur des écoles, institutrice à la retraite, universitaire, responsable culturel, retraitée-commerciale, gérant d’une SARL dans l’événementiel, chirurgien-dentiste, gérant de société, réputés parisiens, souvent avignonnais, parfois anglais ou encore vivant au Québec. Durant plusieurs mois de juillet, ils ont été les festivaliers d’Avignon, spectateur, professionnel, touriste que nous avons écouté, vivre, se souvenir, raconter leur première fois au Festival d’Avignon, mais laquelle ?

Car si nos expériences culturelles nous permettent de nous raconter, au-delà de ce terrain très particulier, cet ouvrage montre en quoi une première fois doit correspondre à une expérience esthétique, car c’est seulement à cette condition qu’elles se prolongent, se transmettent
.

On trouve un nombre incroyable de choses passionnantes sur ce blog, des analyses épistémologiques et sociologiques comme, entre beaucoup d'autres bijoux, cette très jolie note intitulée Publiquement blonde

où il est très justement affirmé :

Une «fausse blonde» n’est pas une «non brune»

La formule vise cette curieuse notion de « non-public », née, comme l'auteur le rappelle, dans la mouvance de la décentralisation théâtrale

La bizarrerie conceptuelle de cette notion réside dans le fait de penser le non-public en fonction du public comme si l’on pense la non-tomate ou le non-rôti au regard la tomate ou du rôti. Muriel Robin dans un sketch intitulé « le peintre » s’adresse à son mari artiste peintre qui vient de faire un portrait de sa non-présence « Va dans la cuisine et regarde bien au milieu, il y a un non-rôti ». Le public est une catégorie spécifique qui ne peut définir le non-public. Comme « la fausse blonde est une catégorie spécifique, un style à part. Ce que n’est pas la fausse brune. La fausse brune est d’ailleurs improbable, on ne lui voit pas de raison de l’être. Elle ne crée pas l’événement comme peut faire une fausse blonde, qui a choisi sa couleur dans ce seul objectif. Donc la teinture ne scandalise qu’à sens unique ».

Ou encore une tonique mise au point sur la notion de transmission culturelle

Et aussi, une superbe collection de photos du festival et des festivaliers (cela faisait partie du protocole de l'enquête) dont certaines de l'édition 2003 de triste mémoire.

Festival_2003

Vous pouvez utiliser ces photos en les citant :
« Enquête sur les publics du Festival d’Avignon » Emmanuel Ethis, Jean-Louis Fabiani, Damien Malinas-Veux – photo prise par Christophe De Saint Denis.
Veuillez nous signaler leur utilisation : damien.malinas@univ-avignon.fr Merci.

Et en plus, le festival d'Avignon dans les archives de l'INA

un authentique procès verbal de soutenance de thèse,

une imoposante bibliographie de sociologie de la culture et des publics

et ce très beau fragment de journal (réel ou fictif, peu importe) :

Jeudi 25 juillet 1956 -

Hier, avec maman, je suis allée au festival d’Avignon voir jouer « Dom Juan » qui était fort bien rendu par Jean Vilar. Il y avait de jolies toilettes, des robes habillées, des costumes de villes, des blues jeans, des duffle-coats, cette ambiance me plaît beaucoup.
J’ai revu avec plaisir les rues d’Avignon, les boutiques illuminées, j’ai croisé des camarades, des figures connues, la rue de la « Ré » regorge plus que jamais de jeunes, de gaîté. Hier, encore je me disais : « Au fond, si tu restais tranquillement à Roquemaure avec tes parents » mais en revoyant Avignon et ses rues, la petite vie de village et de popotte ne m’a plus rien dit ».

Journal de Mireille V.

Si vous allez au festival, avant de partir, laissez tomber le Guide du routard et promenez vous dans Transmission de données. Vous festivalerez moins idiot.

bas de page

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Published by J.C. POmpougnac Jean-Claude Pompougnac - dans Les politiques culturelles en débat
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  • Jean-Claude Pompougnac
  • Responsable du service de la recherche à la BPI (Centre Pompidou) puis conseiller au cabinet du Ministre de la culture (Jack Lang), j'ai dirigé ensuite la Délégation au développement et aux formations de ce même ministère. A l’issue d’une alternance politique, très élégamment remercié par Jacques Toubon arrivé rue de Valois je me suis vu offrir le poste de directeur de l'Institut français de Barcelone. Quatre ans après, le ministère des affaires étrangères a jugé mes compétences insuffisamment diplomatiques. En conséquence, à partir de 1999, j'ai dirigé la DRAC Centre à Orléans. Remercié par la Droite,. j'ai ensuite crée l'un des premiers EPCC, ARCADI en Île-de-France. Remercié par la Gauche je suis devenu  DAC de la ville de BONDY (93). Aujourd'hui consultant. Membre de l'Institut de coopération pour la culture et correspondant du Comité d'histoire du MCC où j'ai contribué à la conception de séminaires et de journées d'études.
  • Responsable du service de la recherche à la BPI (Centre Pompidou) puis conseiller au cabinet du Ministre de la culture (Jack Lang), j'ai dirigé ensuite la Délégation au développement et aux formations de ce même ministère. A l’issue d’une alternance politique, très élégamment remercié par Jacques Toubon arrivé rue de Valois je me suis vu offrir le poste de directeur de l'Institut français de Barcelone. Quatre ans après, le ministère des affaires étrangères a jugé mes compétences insuffisamment diplomatiques. En conséquence, à partir de 1999, j'ai dirigé la DRAC Centre à Orléans. Remercié par la Droite,. j'ai ensuite crée l'un des premiers EPCC, ARCADI en Île-de-France. Remercié par la Gauche je suis devenu DAC de la ville de BONDY (93). Aujourd'hui consultant. Membre de l'Institut de coopération pour la culture et correspondant du Comité d'histoire du MCC où j'ai contribué à la conception de séminaires et de journées d'études.

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