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3 mars 2007 6 03 /03 /mars /2007 10:49

 

 

referencement google 

La chose artistique (8)

Hier encore, j'ai reçu un message qui m’interpellait 
sur la grande absente de la campagne, la culture
Voilà le discours de Pascale Ferran aux Césars 2007 à propos de la lutte des Intermittents 
et plus largement de l'évolution du cinéma et de la politique culturelle 
bien absente du débat en ce moment....!
 C'est synthétique, intelligent et juste.
 

 

Voila deux mois que j’entends cette litanie sur la présence/absence de la culture dans le débat présidentiel.

Selon loizorare, la campagne accélère et il cite un certain nombre de rendez-vous et de rencontres à venir. Peut-être que l’un ou l’autre des candidats se retient et attend le moment opportun pour frapper les esprits en mettant la question au cœur de son projet, de son contrat ou de son pacte. On peut rêver, non ?

Mais que veut dire Pascale Ferran lorsque pendant la grande fête annuelle de la belle famille du cinéma (les professionnels de la profession, selon Godard), elle déclare en conclusion :

C’est aussi une question de volonté politique : elle est, aujourd’hui, désespérément muette. Il reste cinquante-cinq jours aux candidats aux élections présidentielles pour oser prononcer le mot culture.

Certes, mais ça dépend comment on le prononce et dans quel contexte J’ai ironisé ici même sur la rencontre organisée au Sénat par le candidat qui murmure à l’oreille des chevaux (en béarnais) parce qu’il l’avait intitulée : Rencontre avec les acteurs du monde de la culture.

Et bien, je demande pardon au candidat démocrate chrétien. En effet, le dossier consacré le 20 février dernier par le journal l’Humanité emprunte le même vocabulaire.
Par exemple, dans son éditorial Pierre Laurent écrit :

Lancé à l’automne par la revue Cassandre pour tirer la sonnette d’alarme sur la faiblesse du débat culturel dans l’élection présidentielle, un appel aux candidats s’est couvert en quelques semaines de plus de 1200 signatures de personnalités du monde de la culture.

 

 

 

Quant à M.J.S. (1)., il (ou elle) rend compte des rencontres organisées au théâtre d’Aubervilliers (2) en ces termes :

Quand les acteurs de la culture s’interrogent

Rencontre à Aubervilliers entre artistes et hommes politiques. La grande salle du théâtre de la commune d’Aubervilliers est pleine à craquer. Ce soir-là, il s’agit d’évoquer « quelle politique pour la création artistique en France ». Étaient conviés des artistes et, bien sûr, des hommes politiques

Toujours ces «acteurs de la culture . Ca veut dire quoi, au juste ?

On peut en avoir une petite idée en consultant la liste des  signataires de l’appel aux candidats lancé par Cassandre.

 

NOUS INTERPELLONS AUJOURD'HUI CHAQUE CANDIDAT POTENTIEL AUX ÉLECTIONS PRÉSIDENTIELLES FRANÇAISES SUR SA TRÈS GRANDE RESPONSABILITÉ EN CE MOMENT HISTORIQUE

Nous sommes particulièrement inquiets de l’absence de véritable projet culturel dans les différents programmes des candidats aux élections françaises. La France est le pays du monde occidental où, depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, un certain nombre de combats menés par des acteurs de toutes sensibilités politiques, ont permis à un service public de la culture assez exemplaire de se développer.

Lire l’appel et la liste des signataires.

 

 

 

Ces acteurs de la culture sont pour l’essentiel des artistes, des professionnels de l’action culturelle, quelques responsables d’institutions, des intellectuels ou des citoyens

 

Et jeudi dernier, coup de théâtre, l’hebdomadaire social traître Le Nouvel Observateur publie un texte signé par 150 intellectuels invitant à voter pour la candidate socialiste dès le premier tour. L’affaire avait été préparée par un Rebond de Jacques Julliard dans Libération (tout aussi social traître, mais en plus quotidien) où il expliquait en substance que ses collègues, les intellectuels compliquaient très inutilement les choses et que le seul choix pour battre Nicolas c’était Ségolène. (2).

Considérons la liste des 150 intellectuels. On y trouve Jacques Audiard (un collègue de Pascale Ferran), Samuel Benchetrit, Dominique Besnehard, Didier Bezace, Patrice Chéreau, Bernard Faivre d’Arcier, Anouk Grinberg, François Marthouret, Arianne Mnouchkine, Bernard Murat, Jean-Paul Scarpitta…

De deux choses l’une : ou je ne sais plus compter jusqu’à 150, ou je ne sais pas ce que c’est qu’un intellectuel (déjà que je ne savais pas ce que c’est que ce monde de la culture)

Ce que je sais c’est que ces 150 noms ne viennent pas du seul carnet d’adresse de l’intellectuel tendance « deuxième gauche »chroniqueur au Nouvel Observateur. Il a été aidé c’est sûr. Les plus perspicaces chercheront le nom de la personnalité du « monde de la culture » absente de liste (c’est le contraire de La lettre volée, d’Edgar Poe).

 

Avant de comparer la liste des 1637 personnalités du monde de la culture qui ont signé l’appel de la Revue Cassandre avec celle de nos 150 artistes-intellectuels, d’importantes précautions linguistiques, épistémologiques et historiques s’imposent.

 

Il s’agit de deux exercices démocratiques obligés différents : dans le premier cas, une interpellation lancée par un « monde », (un secteur de la société, un groupe de pression, une corporation, un front, un forum, un comité de salut public ???) à des candidats à l’exercice du pouvoir. Dans l’autre un groupe de « personnalités » (qui a choisi, en l'occurence, de se présenter sous l’étiquette d’intellectuels afin de rendre public son soutien à l’un des candidats. Cette démarche est supposée lui rendre service en mobilisant un capital de notoriété, de compétence, de conviction et d’engagement.

 

D’où une perplexité possible sur l’usage des mots et des mondes sociaux qu’il tentent de désigner.

S’agissant des intellectuels la place manque ici pour rappeler comment cette catégorie est constitutive d’une exception française liée à une histoire qui commence, bien avant l’affaire Dreyfuss par les origines culturelles de la Révolution française (voir le livre de Roger Chartier qui porte ce titre) et la construction d’une opinion publique.

Pour le monde de la culture, tel qu’on le désigne selon les conventions linguistiques en usage, c’est beaucoup plus récent, moins enraciné et relève pour l’essentiel, de la généalogie du divorce entre l’éducation populaire et les « affaires culturelles » initié par André Malraux (artiste et intellectuel mais pas de gauche).

Mais, pour en revenir au texte des 150 en faveur de la candidate du PS , Ariane Mnouchkine avec Jean-Pierre Azéma (historien), Anouk Grinberg avec Maurice Godelier (anthroplogue), Sarah Moon avec Julia Kristéva (universitaire-psychanalyste), Helène Cixous avec Thomas Piketty (économiste), ça rappelle quand même de bons souvenirs.

Et un passé peut-être révolu.

Celui où le Parti communiste français avait ses intellectuels et ses artistes solidaires et compagnons de route : Picasso et Henri Wallon , Aragon et Paul Langevin, Yves Montand et Jean-Paul Sartre.

Cela aussi appartient à notre histoire même si, comme l’écrivait Simone Signoret (très bienvenue en ce point de la démonstration) la nostalgie n’est plus ce qu’elle était.

Pour l'instant, je ne veux retenir qu’une chose : la fidélité critique à notre histoire (nécessairement conflictuelle donc, pourquoi pas à nos histoires respectives) nous autorise à être impitoyables avec les routines sociales et langagières. Elles seules rendent possible le vain « dialogue » entre la grandiloquence des politiques et le pathos des artistes qui assigne les citoyens à la position de spectateurs.

 

*** *** ***

 

(1)     Désolé, je ne connais pas le nom de tous (toutes) les journalistes de l’Humanité et, pour la deuxième fois je demande pardon.

(2) J’ai bien  écrit Ségolène et pas Pimprenelle : encore un indice !

(3) Cette même rencontre qui a donné lieu à un post très irrespectueux envers « les cultureux ».

 

 

 

 

______________________

 

 

 

 

 

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Published by J.C. POmpougnac Jean-Claude Pompougnac - dans La chose artistique
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  • Responsable du service de la recherche à la BPI (Centre Pompidou) puis conseiller au cabinet du Ministre de la culture (Jack Lang), j'ai dirigé ensuite la Délégation au développement et aux formations de ce même ministère. A l’issue d’une alternance politique, très élégamment remercié par Jacques Toubon arrivé rue de Valois je me suis vu offrir le poste de directeur de l'Institut français de Barcelone. Quatre ans après, le ministère des affaires étrangères a jugé mes compétences insuffisamment diplomatiques. En conséquence, à partir de 1999, j'ai dirigé la DRAC Centre à Orléans. Remercié par la Droite,. j'ai ensuite crée l'un des premiers EPCC, ARCADI en Île-de-France. Remercié par la Gauche je suis devenu  DAC de la ville de BONDY (93). Aujourd'hui consultant. Membre de l'Institut de coopération pour la culture et correspondant du Comité d'histoire du MCC où j'ai contribué à la conception de séminaires et de journées d'études.
  • Responsable du service de la recherche à la BPI (Centre Pompidou) puis conseiller au cabinet du Ministre de la culture (Jack Lang), j'ai dirigé ensuite la Délégation au développement et aux formations de ce même ministère. A l’issue d’une alternance politique, très élégamment remercié par Jacques Toubon arrivé rue de Valois je me suis vu offrir le poste de directeur de l'Institut français de Barcelone. Quatre ans après, le ministère des affaires étrangères a jugé mes compétences insuffisamment diplomatiques. En conséquence, à partir de 1999, j'ai dirigé la DRAC Centre à Orléans. Remercié par la Droite,. j'ai ensuite crée l'un des premiers EPCC, ARCADI en Île-de-France. Remercié par la Gauche je suis devenu DAC de la ville de BONDY (93). Aujourd'hui consultant. Membre de l'Institut de coopération pour la culture et correspondant du Comité d'histoire du MCC où j'ai contribué à la conception de séminaires et de journées d'études.

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