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17 décembre 2012 1 17 /12 /décembre /2012 10:06

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Numérique, mondialisation  et diversité  sont dans un bateau…

 

Tel était le joli titre de l’un des trois ateliers des Rencontres  européennes de l’Adami  organisées à Cabourg  les 6 & 7 décembre derniers.

 

 

Les intervenants étaient :

 

Lorena Boix Alonso, Chef d'unité des médias et des contenus convergents, DG Connect Commission européenne

Jean-françois Dutertre, musicien

Jacques Fansten, président de la SACD

Jean-Michel Lucas, consultant en déformation culturelle

Thu-Lang Tran Wasescha, conseillère à la division de la propriété intellectuelle, OMC

Marcel Rogemont, Député PS, commission des affaires culturelles et de l'éducation, Assemblée nationale

 

Ainsi commence le papier de Jean-Michel Lucas :

 

J'ai failli trouver cette entrée assez plaisante .. J'ai cherché à savoir qui était le « Pincemi » qui tombe dans l'eau et se noie ! Et qui était le

« Pincemoi », qui lui, reste dans le bateau et berne l'auditeur trop attentif à l'histoire qu'on lui raconte !

Et c'est là que ça finit d'être drôle... car la seule signification que je peux donner à cette comptine est dramatique : sur ce bateau de la mondialisation, de la numérisation et de la diversité, « Pincemi » ne peut être que le musicien. C'est lui qui tombe dans l'eau , il se débat presque submergé par les flots.

Il essaye de sortir la tête de l'eau. Il a besoin d'aide. Qui reste au sec dans le bateau pour feindre de lui apporter secours ? La réponse est cruciale pour sauver le musicien éploré et sans attendre la fin de l'histoire, le consommateur répond ému : « Taxe- moi ! ».

Trop subjugué par le vendeur des musiques perdues dans le vaste océan des économies du monde, il n'a pas pensé qu'il y avait d'autres manières pour le genre humain, de sauver le musicien !

Finalement, la comptine n'est qu'une mauvaise histoire de bouée de sauvetage dans un univers marchand désemparé par l'accès sans frein aux musiques et aux images. Avec ce titre, on voudrait presque que nous racontions une nouvelle fois, cet après midi, l'histoire de la licence globale et de la taxe de plus qu'elle nécessite. Ce qui ne va pas plaire au PDG de Free et de quelques autres qui le rapporteront certainement à l'oreille de Pierre Lescure !

Pour ma part, je voudrais raconter autrement l'histoire de ce bateau en me demandant d'abord dans quel « bon » sens il devrait aller ? Son parcours dans les vagues tumultueuses d'une rentabilité en berne, mènent-ils à l'enfer ou au paradis ? J'ose ainsi vous dire que la première question est effectivement celle du sens collectif, celle donc des « bonnes » valeurs d'intérêt général à protéger, pour garantir que le bateau de la mondialisation, de la diversité, de la numérisation et de la musique chemine dans la « bonne » direction, quitte à ajuster le cap au gré des tempêtes.

Pour fixer ce cap, je vous propose de prendre comme références les valeurs universelles

(...)

Au cœur de son analyse, on trouve ce très beau passage (car enfin, s’il s’agit  vraiment de « défendre » l’art et les artistes, comme le prétendent les tenants de « l’excellence », autant citer les bons auteurs !!!).

Si la valeur n'est plus réduite au prix, où se cache-t-elle ? Pour ma part, je considère que la bonne réponse a été apportée par Vladimir Jankelevitch. Je vous rappelle son analyse qui va si bien avec notre préoccupation de diriger le navire des musiciens dans la bonne direction du progrès humain :

D'abord, nous dit Jankelevtitch , pour les humains, la musique est pouvoir. Déjà Platon affirmait : « elle pénètre à l'intérieur de l'âme et s'empare d'elle de manière la plus énergique ». Et, tout autant, « la musique agit sur l'homme sur le système nerveux de l'homme et même ses fonctions vitales. »

Pouvoir réel, mais qu'il est inutile de chercher à maîtriser, à rationaliser car cette emprise de la musique est une « opération irrationnelle et même inavouable qui s'accomplit en marge de la vérité : aussi tient-elle plus de la magie que de la science démonstrative ». Jankelevitch s'emploie alors à démonter toutes les tentatives de donner un sens à la musique (et aux expressions musicales) parce que l'exercice est vain : « l'homme est d'autant plus tenté d'attribuer au discours musical une signification métaphysique que la musique n'exprimant aucune sens communicable se prête avec une docilité complaisante aux interprétations les plus complexes et les plus dialectiques ».

Nous voulons justifier son importance, pour nous et pour autrui, prôner par exemple plus d'éducation musicale pour adoucir les moeurs de l'Humanité, pourquoi pas, « La musique a bon dos ! Ici, tout est plausible, les idéologies les plus fantastiques, les herméneutiques les plus insondables… Qui nous démentira jamais ? La musique « crée le monde », dit le grand poète russe Alexandre Blok ».

La musique est donc « expressive », mais peut tout autant devenir « inexpressive », violente et sereine, « le contraire, autre chose », et, pour aller à l'essentiel : « la musique signifie donc quelque chose en général sans jamais vouloir dire rien en particulie . Elle exprime l'inexprimable à l'infini ».

Si l'on suit Jankelevitch, il faut alors admettre que faire de la musique, entendre de la musique, acheter de la musique, vivre de la musique a pour implication d'assumer cette part de mystère, qui échappe à la rationalité.

Notre bateau s'emplit donc de ce mystère et il doit en éprouver une fierté manifeste car « ce mystère que la musique nous transmet n'est pas l'inexprimable stérilisant de la mort, mais l'inexprimable fécond de la vie, de la liberté, de l'amour ; plus brièvement, le mystère musical n'est pas l'indicible mais l'ineffable ».

Avec cette précision qu'il va nous falloir prendre en charge si nous voulons donner sa place à la musique dans la conduite du progrès collectif : « Est indicible ce dont il est absolument rien à dire et qui rend l'homme muet en accablant sa raison et en médusant son discours. Et l'ineffable tout à l'inverse est inexprimable parce qu'il y a sur lui infiniment, interminablement à dire : tel est l'insondable mystère de Dieu, tel l'inépuisable mystère d'amour qui est mystère poétique par excellence ».

Nous voilà ramené au coeur du propos, peut on avec la musique finir de discuter ? « Tout est dit ? Non, jamais personne n'en aura fini avec un charme que d'interminables paroles et d'innombrables musiques n épuiseraient pas ; ici beaucoup à dire, et en somme et sans cesse tout à dire. Avec les promesses incluses dans l'ineffable, c'est l'espérance d'un vaste avenir qui nous est donnée. »

Je n'en rajoute pas : la musique est ineffable, elle est incommensurable, impondérable, imprenable par la Raison et ses raisonnements.

Permettez moi encore une citation pour nous reposer des vagues comptables qui ont fait tanguer notre bateau : « Si nous convenons enfin qu'il s'agit d'un mystère, et non point d'un secret matériel, d'un charme et non d'une chose, si nous comprenons que ce charme tient tout entier dans l'intention et le moment du temps et le mouvement spontané du coeur, si nous reconnaissons que la fragile évidence liée à d'impondérables et innombrables facteurs, dépend d'abord de notre sincérité, alors nous connaîtrons peut-être ce consentement au charme qui est, en musique, le seul et véritable état de grâce ».

 

Comme à l’accoutumée, l’ensemble de la démonstration est d’une très grande rigueur.

 

Télécharger la version intégrale de la contribution de Jean-Michel Lucas.

 

La table ronde et le débat avec la salle, c’est ici.


Voir aussi, sur La Cité des sens, une récente intervention du même consultant en déformation culturelle sur la décentralisation et les positions de la FNCC

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Fils d'actualités très vivement conseillés :

 

La lettre du réseau culture sur Territorial.fr


Le "netvibes" de l'Observatoire des politiques culturelles

 

Complément d'objet, la page d'actualités du Ministère sur de développement culturel


Les net-actualités sur le site d'Arteca 


Le tableau de bord des Think tank (Netvibes)


Le calendrier francophone en sciences humaines et sociales, Calenda


 et si vous êtes abonné Twitter : http://twitter.com/cultureveille


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Published by J.C. POmpougnac Jean-Claude Pompougnac - dans Divergences
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  • Jean-Claude Pompougnac
  • Responsable du service de la recherche à la BPI (Centre Pompidou) puis conseiller au cabinet du Ministre de la culture (Jack Lang), j'ai dirigé ensuite la Délégation au développement et aux formations de ce même ministère. A l’issue d’une alternance politique, très élégamment remercié par Jacques Toubon arrivé rue de Valois je me suis vu offrir le poste de directeur de l'Institut français de Barcelone. Quatre ans après, le ministère des affaires étrangères a jugé mes compétences insuffisamment diplomatiques. En conséquence, à partir de 1999, j'ai dirigé la DRAC Centre à Orléans. Remercié par la Droite,. j'ai ensuite crée l'un des premiers EPCC, ARCADI en Île-de-France. Remercié par la Gauche je suis devenu  DAC de la ville de BONDY (93). Aujourd'hui consultant. Membre de l'Institut de coopération pour la culture et correspondant du Comité d'histoire du MCC où j'ai contribué à la conception de séminaires et de journées d'études.
  • Responsable du service de la recherche à la BPI (Centre Pompidou) puis conseiller au cabinet du Ministre de la culture (Jack Lang), j'ai dirigé ensuite la Délégation au développement et aux formations de ce même ministère. A l’issue d’une alternance politique, très élégamment remercié par Jacques Toubon arrivé rue de Valois je me suis vu offrir le poste de directeur de l'Institut français de Barcelone. Quatre ans après, le ministère des affaires étrangères a jugé mes compétences insuffisamment diplomatiques. En conséquence, à partir de 1999, j'ai dirigé la DRAC Centre à Orléans. Remercié par la Droite,. j'ai ensuite crée l'un des premiers EPCC, ARCADI en Île-de-France. Remercié par la Gauche je suis devenu DAC de la ville de BONDY (93). Aujourd'hui consultant. Membre de l'Institut de coopération pour la culture et correspondant du Comité d'histoire du MCC où j'ai contribué à la conception de séminaires et de journées d'études.

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