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3 juin 2011 5 03 /06 /juin /2011 09:30

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C'était il y a quelques temps, lors d'un de ces forums dont Libération a le secret, deux anciens ministres dissertaient sur la liberté de création, sous le titre : L’artiste doit-il être irrespectueux ?

 

Dans son Lisez Flaubert, parfait parangon de la littérature irrespectueuse, Roger Vailland dit tout : «L’engagement particulier de l’artiste, c’est de descendre aux entrailles des choses…» Etre «irrespectueux» (peu importe les nuances sémantiques, l’évidente relativité du mot), apparaît comme attitude consubstantielle à la qualité d’artiste. Des concessions avec soi-même devant les risques de censure ? Un artiste qui recule ne trahit pas : il se trahit (Jean Cocteau).

 

 Lire la tribune de Jack Lang 

 

 

Et l'un de ses successeurs d'affirmer :

 

Pour ma part, je considère que c’est à l’artiste seul à rester le maître de ses choix et à ceux qui ont la responsabilité de présenter ses œuvres dans l’espace public d’évaluer ce qui est compatible avec l’état des sensibilités qu’elles rencontreront. J’aimerais en tout cas qu’on sache échapper à la désinvolture et à la censure à la fois, y compris à l’autocensure qui est la pire, et que l’on évite de sombrer dans la judiciarisation de la vie culturelle à laquelle invitent les initiatives désormais trop fréquentes de saisine des tribunaux par des individus ou des associations qui s’estiment lésées par la présentation de telle ou telle œuvre qui ne leur convient pas ou qui les choque.



Lire la tribune de Jean-Jacques Aillagon

 

 

Voir aussi le verbatim de la confrontation entre les deux ministres-esthètes par Mathilde BOIREAU,  Master II Journalisme, reportage, enquête Science Po Rennes, sous le titre Une question Pyquante – (car telle était la petite polémique de l'époque).

 

 

 

Digression sur cette déjà lointaine polémique printanière

 

 

Les directeurs des théâtres nationaux occupent le sommet de la pyramide du monde artistique. Ils sont nommés directement par le ministre de la Culture et entretiennent des liens étroits avec le pouvoir central. (Il n’est pas rare que le ministre leur téléphone directement et leur confie son numéro de portable.) Cette petite élite est donc très intégrée dans les rouages du pouvoir d’Etat. Par comparaison, je rappellerai que les présidents d’université sont élus par leurs pairs (par le conseil d’administration de l’université, qui est composé de représentants des enseignants-chercheurs, du personnel administratif, etc.) et non pas nommés par le ministre. La dépolitisation du milieu artistique, dont témoigne le consensus journalistique sur l’affaire Py, s’explique en bonne en partie par cette dépendance à l’égard du pouvoir d’Etat.

 

Se rafraîchir la mémoire sur la forte analyse de Gérard Noiriel, sur son blog  

 

 

C'était il y a plus longtemps encore (fin 2010), Yves Michaud était invité à participer à l'un de ces forums dont Libération a le secret et, dans une table ronde intitulée : L'artiste a-t-il un avenir? livrait une fort utile mise au point sur la situation de l'art dans la sphère sociale et culturelle

 

On était habitué à une distinction assez claire entre la culture haute et la « pop culture ».

(…)

Cette distinction est en grande partie vestigiale et battue en brèche sur de nombreux fronts.

Je diagnostique en effet l’apparition récente d’un nouveau paradigme dans notre relation à l’art et à la culture.

En voici les traits principaux sans les nuances qui seraient nécessaires.

- Cette relation est une relation de divertissement et d’hédonisme, pas d’exemplarité morale ou politique. Au demeurant, on constate un affaiblissement net de l’engagement artistique, voire sa disparition.

- La relation du spectateur-usager-consommateur est une relation d’immersion dans des "ambiances" et des "atmosphères" synesthésiques : plusieurs sens sont concernés qui participent à une expérience diffuse et enveloppante, fortement marquée par le partage d’émotions.

- La créativité au sein de cette culture et de ces formes d’art est individuelle ou tribale mais en tout cas non canonique. Culture et arts sont pratiqués, goûtés, produits au sein de réseaux. Ils sont porteurs de marquages identitaires, individuels ou de groupe, forts - par opposition à la quête d’universalité de l’art moderne.

- Les prescripteurs-connaisseurs sont en position de faiblesse et le primat va à la communication sur l’évaluation.

Ces changements de notre relation à la culture et à l’art vont de pair avec un mouvement d’esthétisation grandissante de la vie sociale en général.


Lire ce texte (et son contexte) sur le blog d'Yves Michaud.  

 

 

Dans la même rubrique :

 

 

La chose artistique (un)

 

   

La chose artistique (deux)

 

 

La chose artistique (trois)

 

   

La chose artistique (quatre)

 

 

 

 

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Published by J.C. POmpougnac Jean-Claude Pompougnac - dans La chose artistique
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  • Jean-Claude Pompougnac
  • Responsable du service de la recherche à la BPI (Centre Pompidou) puis conseiller au cabinet du Ministre de la culture (Jack Lang), j'ai dirigé ensuite la Délégation au développement et aux formations de ce même ministère. A l’issue d’une alternance politique, très élégamment remercié par Jacques Toubon arrivé rue de Valois je me suis vu offrir le poste de directeur de l'Institut français de Barcelone. Quatre ans après, le ministère des affaires étrangères a jugé mes compétences insuffisamment diplomatiques. En conséquence, à partir de 1999, j'ai dirigé la DRAC Centre à Orléans. Remercié par la Droite,. j'ai ensuite crée l'un des premiers EPCC, ARCADI en Île-de-France. Remercié par la Gauche je suis devenu  DAC de la ville de BONDY (93). Aujourd'hui consultant. Membre de l'Institut de coopération pour la culture et correspondant du Comité d'histoire du MCC où j'ai contribué à la conception de séminaires et de journées d'études.
  • Responsable du service de la recherche à la BPI (Centre Pompidou) puis conseiller au cabinet du Ministre de la culture (Jack Lang), j'ai dirigé ensuite la Délégation au développement et aux formations de ce même ministère. A l’issue d’une alternance politique, très élégamment remercié par Jacques Toubon arrivé rue de Valois je me suis vu offrir le poste de directeur de l'Institut français de Barcelone. Quatre ans après, le ministère des affaires étrangères a jugé mes compétences insuffisamment diplomatiques. En conséquence, à partir de 1999, j'ai dirigé la DRAC Centre à Orléans. Remercié par la Droite,. j'ai ensuite crée l'un des premiers EPCC, ARCADI en Île-de-France. Remercié par la Gauche je suis devenu DAC de la ville de BONDY (93). Aujourd'hui consultant. Membre de l'Institut de coopération pour la culture et correspondant du Comité d'histoire du MCC où j'ai contribué à la conception de séminaires et de journées d'études.

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