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16 septembre 2011 5 16 /09 /septembre /2011 19:10

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La Cité des sens poursuit son exercice de mise en mémoire et en perspective des nombreuses et (parfois intéressantes) tribunes et contributions publiées  cet été dans un double contexte :

- au titre des routines saisonnières, les discussions sur la « culture » s’épanouissent ordinairement  dans la douce chaleur des festivals

- plus exceptionnellement, à l’occasion de la campagne présidentielle déjà engagée.

 

Retour sur un des textes qui a plutôt bien circulé sur les réseaux sociaux ; j’en donne le début et la fin pour susciter l’envie de le (re) lire dans son entier.

Un nouveau souffle pour la politique culturelle. Rencontre avec Jean-Louis Fabiani Sociologue.

  Par SYLVAIN BOURMEAU

Directeur d’études à l’EHESS et professeur à la Central European University de Budapest, le sociologue de la culture Jean-Louis Fabiani fut aussi, un temps, directeur des affaires culturelles en Corse. A l’occasion du Forum de Libération à Avignon, dont il observe depuis de longues années le Festival, il tente une mise à plat de la politique culturelle.

Pourquoi le cadre général de la politique culturelle nationale, fixé il y a trente ans lors de l’arrivée de la gauche au pouvoir, demeure-t-il la référence ?

Il y a là une sorte d’énigme. Dans un livre publié en 1996 et réédité en 2004 (1), Philippe Urfalino a fait le constat impeccable de l’épuisement de la notion spécifiquement française de «politique culturelle», inventée en 1959 sous le ministère d’André Malraux puis requalifiée à gauche et dotée de moyens supplémentaires durant le premier ministère de Jack Lang, entre 1981 et 1986. Durant ce gros quart de siècle, des moyens d’action spécifiques et des formes de justification idéologique ont été mis en place. L’action culturelle d’André Malraux et le développement culturel de Jack Lang ont eu en commun trois piliers. D’abord, un partage entre l’éducatif et le «sensible», qui assurait à la Culture un domaine spécifique, beaucoup plus vaste que celui que commandait l’ancien secrétariat aux Beaux-Arts sous les Républiques précédentes: l’école n’était pas en mesure d’assurer la transmission des valeurs esthétiques et devait être suppléée par l’action culturelle. C’est le sens du célèbre adage malrucien : «L’école apprend à connaître Racine, la culture apprend à l’aimer.»

Ensuite, il s’agit de «rendre accessibles les chefs-d’œuvre de l’humanité au plus grand nombre de Français», c’est l’impératif de démocratisation, dont il faut signaler qu’il s’appuie sur la solidité d’un canon culturel ; il existe un stock bien défini de valeurs culturelles universelles, qu’il s’agit de diffuser. Enfin, troisième pilier, peut-être moins connu du grand public, c’est l’impératif de professionnalisation des intervenants de la culture, artistes et autres opérateurs. La culture est une affaire aussi sérieuse que les autres dans l’espace des professions, et la légitimité de l’intervention ministérielle est à ce prix. Ce socle d’origine va être intensifié lorsque Jack Lang va arriver au ministère de la Culture. On assiste à la réaffirmation du partage entre l’ordre du sensible et l’ordre scolaire, à la transformation de l’action en développement culturel et à la reconnaissance accrue des artistes professionnels par le pouvoir politique.

(…)

Si la politique culturelle nouvelle peine à émerger, n’est-ce pas lié à son incapacité à véritablement penser les publics ?

Evidemment. Il faut ici entendre public au pluriel, comme une série de collectifs rassemblés autour d’une œuvre, d’un genre ou d’une forme, et prendre acte de leur irréductible diversité aussi bien que de leur redéfinition permanente, bien que les fidélités culturelles soient ordinairement plus mises en relief par les sociologues. Il faut partir ici de la notion de droit à la culture définie en 1948 comme droit humain. S’il est facile de nourrir cette définition par la notion de dignité culturelle, qui a été un puissant moteur de politiques régionales, particulièrement dans l’Espagne postfranquiste, il est plus compliqué de penser ce que pourrait être la composition de tous ces publics en un public universel, qui pourrait être construit à partir de la constitution d’un bien commun culturel.

La participation à la vie culturelle reste la meilleure manière de mettre en tension les choix esthétiques individuels et les engagements collectifs. La notion de sphère culturelle publique, développée par Jim McGuigan, me paraît un outil intéressant pour penser les potentialités critiques ouvertes par la vie culturelle en ce qu’elle rend possible la mise en question des formes standardisées de la consommation culturelle. C’est le sens de mon travail sur le public des Cemea à Avignon, qui élabore collectivement une forme d’élaboration critique qui devient un outil civique. Il ne faut jamais désespérer de l’action culturelle. L’observation sociologique, en montrant les limites et les illusions des politiques publiques, ne condamne jamais à l’inaction ni à la délectation morose. Elle invite simplement les citoyens à se constituer comme public, au sens de John Dewey, et à exercer leurs responsabilités critiques.

(1) L’Invention de la politique culturelle, «Pluriel», Hachette

 

 

Dans le même temps et le même contexte (Avignon), le magazine gratuit La Terrasse publiait un dossier La politique culturelle en question qui donnait la parole à une quinzaine d’experts ou d’acteurs parmi lesquels Vincent Dubois, politiste et sociologue, professeur à l’Université de Strasbourg, spécialiste des politiques culturelles.

 

Quand apparaît véritablement la politique culturelle comme champ d’intervention de l’Etat en France ?


Vincent Dubois : L’intervention publique dans le domaine des arts et de la culture, ne serait-ce que sous la forme du mécénat royal ou de la censure, est à peu près aussi ancienne que l’Etat moderne. Ce qu’on appelle aujourd’hui « politique culturelle » est pour une part constitué de cet héritage mais ne peut évidemment y être réduit. La culture est véritablement constituée comme catégorie de l’intervention étatique quand trois processus convergent : la structuration d’une administration spécifique à la culture, la spécialisation progressive d’un groupe d’agents qui, en paraphrasant Max Weber, vivent « de » et « pour » la politique culturelle, et la formalisation d’un discours avec ses propres notions (action culturelle, développement culturel, non public, etc.), et ses propres orientations, fussent-elles générales, comme la « démocratisation culturelle ». Cette convergence s’opère à partir de la création du ministère des Affaires culturelles en 1959. S’il n’y a pas lieu d’en faire un commencement absolu, ni de surestimer l’importance que revêt cette innovation institutionnelle en elle-même, il faut en revanche prendre la mesure des processus non programmés ni même forcément prévisibles d’institutionnalisation et de légitimation de l’intervention publique qui se sont engagés à sa suite

(…)

Pensez-vous qu’il existe une différence entre la droite et la gauche en matière de politique culturelle ?

 

V. D. : Difficile de répondre à cette question en évitant la prise de position politique ! (…) Le fait d’insérer les questions culturelles dans ce qu’il est convenu d’appeler un projet politique est longtemps resté un marqueur de la gauche. Ce n’est plus vraiment le cas depuis maintenant assez longtemps. Depuis une vingtaine d’années, chacun peut facilement constater que les orientations de l’action publique en matière culturelle sont assez peu consistantes, à gauche comme à droite.  LA SUITE... 

 

Vincent Dubois a publié récemment, pour une revue québécoise, une intéressante synthèse historique et politique sur les politiques culturelles à la française  Le “modèle français” et sa “crise” : ambitions, ambiguïtés et défis d'une politique culturelle in Saint-Pierre (D.), dir., Tendances et défis des politiques culturelles dans les pays occidentaux, Québec, Presses universitaires de Laval.

 (texte que l’on peut télécharger ici).

On lira ce texte avec grand intérêt en attendant la publication de Le politique, l’artiste et le gestionnaire (Re)configurations locales et (dé)politisation de la culture à paraître en février 2012 aux éditions du Croquant dans la collection Champ social.

 Le site consacré aux publications de Vincent Dubois  

 

 

Post scriptum :

à propos de sociologie, de publics et de festivals, une info fraîche du jour...  

 

 

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Published by J.C. POmpougnac Jean-Claude Pompougnac - dans Les politiques culturelles en débat
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  • Jean-Claude Pompougnac
  • Responsable du service de la recherche à la BPI (Centre Pompidou) puis conseiller au cabinet du Ministre de la culture (Jack Lang), j'ai dirigé ensuite la Délégation au développement et aux formations de ce même ministère. A l’issue d’une alternance politique, très élégamment remercié par Jacques Toubon arrivé rue de Valois je me suis vu offrir le poste de directeur de l'Institut français de Barcelone. Quatre ans après, le ministère des affaires étrangères a jugé mes compétences insuffisamment diplomatiques. En conséquence, à partir de 1999, j'ai dirigé la DRAC Centre à Orléans. Remercié par la Droite,. j'ai ensuite crée l'un des premiers EPCC, ARCADI en Île-de-France. Remercié par la Gauche je suis devenu  DAC de la ville de BONDY (93). Aujourd'hui consultant. Membre de l'Institut de coopération pour la culture et correspondant du Comité d'histoire du MCC où j'ai contribué à la conception de séminaires et de journées d'études.
  • Responsable du service de la recherche à la BPI (Centre Pompidou) puis conseiller au cabinet du Ministre de la culture (Jack Lang), j'ai dirigé ensuite la Délégation au développement et aux formations de ce même ministère. A l’issue d’une alternance politique, très élégamment remercié par Jacques Toubon arrivé rue de Valois je me suis vu offrir le poste de directeur de l'Institut français de Barcelone. Quatre ans après, le ministère des affaires étrangères a jugé mes compétences insuffisamment diplomatiques. En conséquence, à partir de 1999, j'ai dirigé la DRAC Centre à Orléans. Remercié par la Droite,. j'ai ensuite crée l'un des premiers EPCC, ARCADI en Île-de-France. Remercié par la Gauche je suis devenu DAC de la ville de BONDY (93). Aujourd'hui consultant. Membre de l'Institut de coopération pour la culture et correspondant du Comité d'histoire du MCC où j'ai contribué à la conception de séminaires et de journées d'études.

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