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31 janvier 2012 2 31 /01 /janvier /2012 18:46

Résumé du chapitre précédent (Urgence de la transmission) : puisqu’il s’agit, au moins pour le moment, d’éclairer d’une lumière transversale les grandes déclarations sur la culture au coeur des politiques publiques, je rappellerai dans les jours qui viennent quelques textes déjà évoqués ici (mais pas toujours là) qui sortent des sentiers battus.

 

On y va, on commence.

 

Principe n° 1 : remettre politiquement en question l’approche sectorielle de « la culture »


Pour un grand service public de la recherche, de l'enseignement, de la culture et de l'éducation populaire par Christian Maurel


Point de vue | LEMONDE.FR | 23.11.11 | 

Le débat de la prochaine campagne présidentielle peut-il et doit-il se réduire à une dispute sur la création de 60 000 postes d'enseignants ? Certainement pas. La question des moyens budgétaires est déterminante mais elle ne saurait constituer l'alpha et l'oméga d'une réflexion politique qui entendrait concerner l'ensemble des citoyens sur ce thème central qu'est l'éducation.

Nous plaidons en faveur d'un grand service public – le premier de la nation par ses missions et ses moyens – de la recherche, de l'enseignement, de la culture et de l'éducation populaire. Pour répondre de quels enjeux et pour remplir quelles missions ?

(…)

 Il s'agit, bien plus, de promouvoir une intelligente articulation de la démocratie culturelle donnant "droit de cité" aux différentes cultures et une démocratisation (Paul Vaillant-Couturier parlait de "popularisation") des grandes œuvres de l'Humanité, de ne plus opposer pratiques amateurs et pratiques professionnelles, de considérer, comme le revendique le comédien Robin Renucci (Le Monde du 8/9/2011), que "le rapport à l'art, la construction culturelle de soi passent par la pratique, par une relation sensible, développée et valorisée dès le plus jeune âge". Ainsi conçue, l'action culturelle ne se limite plus à un accès aux œuvres mais fait en sorte que "les œuvres œuvrent" selon la belle formule de Bernard Stiegler reprise par le même Robin Renucci qui en fait tous les ans l'expérience en Corse dans le cadre des rencontres de l'ARIA (...).

© Le Monde

Christian Maurel sociologue, cofondateur du collectif national Education populaire et transformations sociale, délégué régional des Maisons des jeunes et de la culture et professeur associé à l'université Aix-Marseille-I.

Il est l'auteur de l'ouvrage Education populaire et puissance d'agir. Les processus culturels de l'émancipation (Editions L'Harmattan, Paris 2010) et du roman Le châtaignier aux sabots ou les longs hivers (Editions de l'Officine, Paris 2010).

N.B. : à propos d’école et d’enseignement, voir Démocratisation-scolaire.fr, site en tous points remarquables, j’y reviendrai.


Principe n° 2 : certes, il faut « défendre » la création mais les questions de la transmission et de la formation sont fondamentales.

C’est ce que rappelait le texte de Robin Renucci Pour une autre politique de l’art, publié dans Le Monde pendant l’été 2011 et relayé par L’Oizeau rare.

 

(...)

L'éducation artistique et culturelle est un enjeu central de notre temps. La " société de la connaissance " ne se construira pas sans une exigence de pratique. Former les enseignants et non pas fermer les instituts universitaires de formation des maîtres (IUFM), impliquer les artistes et les institutions culturelles dans des formations croisées. Enseigner l'histoire de l'art ne répond pas aux exigences du " partage du sensible ", selon l'expression du philosophe Jacques Rancière. L'histoire de la natation apprend-elle à nager ?

L'historien
Roger Chartier écrivait ici même il y a vingt ans : " Il y a quelque chose de pathétique à vouloir dresser une digue étanche, infranchissable, entre les études et les oeuvres dont se délectent "les amateurs habituels des choses de l'esprit" et les "pratiques culturelles" du plus grand nombre, alimentées par le marché des loisirs. Le lien qui les unit (...) réside dans la trajectoire même qui donne leur sens aux oeuvres les plus puissantes " (" Pas d'oeuvre sans pratique ", Le Monde du 26 septembre 1991).

(...)

 © Le Monde

Je rappelle que ce texte de Roger Chartier, introuvable sur la toile, semble-t-il, a été remis en circulation par La Cité des sens.

Télécharger " Pas d'oeuvre sans pratique "

  

Principe n° 3 : si l’on veut que le service public soit non seulement « défendu » mais développé, il faut s’engager dans une démarche résolument européenne.

Prise de position CNAJEP (Comité pour les relations nationales et internationales des Associations de Jeunesse et d’Education Populaire); SEP-UNSA Education (Syndicat de l’Education Populaire); UNSA (Union nationale des Syndicats Autonomes).

 

La Commission européenne actualise depuis plusieurs mois des règlements concernant les règles de la concurrence. Ces textes sont dénommés «Paquet Almunia», du nom du Commissaire en charge de la concurrence. Ce paquet, présenté le 20 décembre prochain, vise à clarifier et simplifier la situation des services publics locaux. Il s’agit de la révision du paquet Monti-Kroes de 2005, qui arrive à échéance. L’objectif de la Commission est de simplifier la décision tout en construisant un nouveau système de contrôle proportionné à l’impact des services d’intérêt général sur le marché intérieur. La Commission admet désormais que certains services d’intérêt économique général n’ont aucun impact sur le marché. Ainsi, le nouveau règlement exempte, sous certaines conditions les Services Sociaux d’Intérêt Général des règles de mise en concurrence. La France s’est positionnée en faveur de cette règle sur le secteur de la culture.

Nous demandons que les secteurs de la Jeunesse, de l’Éducation populaire et de la Culture puissent bénéficier des mêmes exemptions et sortir du champ de la concurrence. Historiquement, ces secteurs vivent et se développent grâce à un fort engagement d'associations. Cet ancrage associatif constitue une spécificité culturelle et sociale, identitaire pour la France. Il n'est pas imaginable que les associations œuvrant dans les secteurs de la jeunesse, de l'éducation populaire et de la culture puissent être mises en concurrence les unes contre les autres et puissent relever d'un cadre commercial. La France avait choisit sur les transpositions précédentes de mettre ces secteurs en concurrence. Le gouvernement français doit aujourd'hui se positionner clairement sur cette question. Enfin nous constatons que l’exemple du modèle Allemand est régulièrement mis en avant. Il faut ainsi rappeler que l’Allemagne avait décidé de sortir du champ de la concurrence le secteur de la petite enfance contrairement à la France dans les transpositions précédentes.

C’est pourquoi, nous appelons les citoyens, les associations, les syndicats, les partis politiques, et toutes les instances à se mobiliser pour que l’État français et la Commission européenne se positionnent sur l’exemption de ces secteurs du champ de la concurrence et des règles qui s'y appliquent.

 
     Le CNAJEP (Comité pour les relations nationales et internationales des Associations de Jeunesse et d’Education Populaire), le SEP-UNSA Education (Syndicat de l’Education Populaire), l’UNSA (Union nationale des Syndicats Autonomes).

 

 

Principe n° 4 : Promouvoir le développement culturel durable c’est mettre la responsabilité, la démocratie et la solidarité au poste de commandement.

 

Chaire "développement humain durable & territoires" (Hélène Combes).

 

Les thèmes de recherche-action prioritaires (extrait de la note de juillet 2011)

La Chaire "développement humain durable & territoires" a pour vocation d'offrir aux partenaires qui la composent un espace d'échanges, d'expérimentation et de capitalisation pour avancer ensemble dans le sens de la mise en oeuvre d'un nouveau modèle de développement.

Dans ce contexte, la Chaire inscrit ses chantiers dans une approche résolument humaine du développement durable, considérant que l'enjeu des transformations sociétales à opérer repose sur une ré-interrogation de nos représentations du monde et des autres, de nos activités et de nos comportements individuels et collectifs.

C'est, en effet, dans ce cadre que nous pourrons investir chacun(e) et ensemble les différentes dimensions clefs du développement durable, à savoir, notamment :

- La responsabilité (être conscient des actes que l'on pose, des impacts qu'ils ont (pour nous, pour les autres, pour notre territoire et pour le monde) et faire des choix en conscience)

- La solidarité (au sens littéral, en Latin "en solido" = en entièreté) qui nous rappelle que l'équilibre du développement ne peut reposer que sur le bien-être de tous et sur une répartition des richesses plus juste)

- La préservation de nos biens communs de base (eau, biodiversité, mais aussi diversité culturelle, éducation, …)

- La prise en compte des incertitudes et des vulnérabilités (économiques, environnementales, sociales, démocratiques, …)

- Un nouveau rapport à l'expertise (reconnaissance à valeur égale et articulation des savoirs académiques et des savoirs issus du vécu et de l'expérience)

- L'apprentissage collectif d'un nouveau rapport au temps et à la prospective (la projection dans le temps ne repose plus sur des modèles stabilisés et implique la définition des valeurs communes, la lisibilité des décisions, une souplesse dans le pilotage, la mise en oeuvre d'actions de transition pour aller dans le sens d'une transformation de fond)

- L'urgence d'une démocratie collaborative - ou "contributive" (cf. Brest Métropole Océane) impliquant la négociation d'un projet commun entre acteurs aux intérêts potentiellement divergents, et la répartition des engagements dans les actions à mettre en oeuvre par les organisations et les individus (au niveau de la sphère publique et de la sphère privée).

Les travaux de la Chaire seront principalement centrés sur deux grands domaines de recherche-action, complémentaires et intimement liés, à savoir l'éthique de l'économie territorialisée et la mobilisation de territoires solidaires, la question de l'évaluation en développement durable intervenant en filigrane.

Ces différents volets seront traités en privilégiant une approche "Grand Ouest" en termes d'ancrage territorial, et une vision résolument axée sur l'ouverture au monde, c'est-à-dire tenant compte des interdépendances et des interactions existantes et potentielles.

Conformément au principe de la recherche-action, les travaux seront conduits en optant pour le postulat selon lequel l'expérimentation en développement durable servira de base à la conceptualisation, voire à la modélisation et à la théorisation "open source".

(extrait « Chaire développement humain durable et territoires » de 2 Juillet 2011)

 

Voir aussi sur le site le point d’étape décembre 2011.

 

 

Principe 5 : créer les conditions politiques qui facilitent la dissipation du désenchantement morose (quand il n’est pas cynique) qui affecte le « monde de l’art »

 

(...)

“Le vrai devoir de l’artiste c’est celui de sauvegarder le rêve”, nous  dit Modigliani. Et le rêve, dans un monde devenu marchandise, se rend lui-même mercantile. Rêve de consommation, d’un avoir en tant  que synonyme de bonheur. Bien loin du rêve préconisé par Modigliani. Rêve d’artiste, d’un art qui entraîne le dévoilement d’un monde  et la création d’un autre, comme le souhaitait Octavio Paz. C’est bien dans ce monde de plus en plus disproportionné, rempli d’inégalités  et dépourvu de charmes, que l’artiste se doit de relever le défi de  son réenchantement. Ce qui veut dire tout mettre en œuvre afin de  transformer la société par le truchement de l’art, en cherchant à faire  marcher ensemble Don Quichotte et Sancho Pança: un rêve bien ancré  sur le réel. L’art c’est le lieu par excellence de la subjectivité et de la  création, en procurant la possibilité à tous ceux qui s’en approchent de  changer leur vision du monde.

Serait-il possible de rêver d’un monde poétiquement habitable? Un  monde qui ne serait plus aride? Un monde dégagé de la violence et des  fondamentalismes, où les hommes s’entre-tuent? Un monde qui ne se  laisse pas faire par l’âpreté du gain, du profit, et où la liberté et la paix soient le patrimoine le plus prisé de la vie? Un monde qui ne rende pas le prochain, ni soi-même, une “chose”?  

Nous indiquons les chemins,  mais nous n’avons pas de réponses toutes faites.

(...)

Nous savons que l’art fait partie intégrante de la société, en  trouvant son cadre, finalement, dans l’éthique d’une vie reliée au  paradigme-terre, au paradigme-rêve, au paradigme-émerveillement.

Peut-être, pourrions-nous nous acheminer vers cette direction afin  d’essayer d’obtenir des réponses aux questions que nous venons de  poser ci-dessus (...)

 

CHARTE DES RESPONSABILITÉS DE L’ARTISTE  AU SEIN DE NOTRE HUMANITÉ, préconisée par l’Alliance pour un monde responsable,  pluriel et solidaire.

 

 à suivre...

 

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Published by J.C. POmpougnac Jean-Claude Pompougnac - dans Divergences
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  • : Les politiques culturelles aujourd'hui et leur histoire. Culture et politique, ressources, documents, analyses et débats par Jean-Claude Pompougnac .
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  • Jean-Claude Pompougnac
  • Responsable du service de la recherche à la BPI (Centre Pompidou) puis conseiller au cabinet du Ministre de la culture (Jack Lang), j'ai dirigé ensuite la Délégation au développement et aux formations de ce même ministère. A l’issue d’une alternance politique, très élégamment remercié par Jacques Toubon arrivé rue de Valois je me suis vu offrir le poste de directeur de l'Institut français de Barcelone. Quatre ans après, le ministère des affaires étrangères a jugé mes compétences insuffisamment diplomatiques. En conséquence, à partir de 1999, j'ai dirigé la DRAC Centre à Orléans. Remercié par la Droite,. j'ai ensuite crée l'un des premiers EPCC, ARCADI en Île-de-France. Remercié par la Gauche je suis devenu  DAC de la ville de BONDY (93). Aujourd'hui consultant. Membre de l'Institut de coopération pour la culture et correspondant du Comité d'histoire du MCC où j'ai contribué à la conception de séminaires et de journées d'études.
  • Responsable du service de la recherche à la BPI (Centre Pompidou) puis conseiller au cabinet du Ministre de la culture (Jack Lang), j'ai dirigé ensuite la Délégation au développement et aux formations de ce même ministère. A l’issue d’une alternance politique, très élégamment remercié par Jacques Toubon arrivé rue de Valois je me suis vu offrir le poste de directeur de l'Institut français de Barcelone. Quatre ans après, le ministère des affaires étrangères a jugé mes compétences insuffisamment diplomatiques. En conséquence, à partir de 1999, j'ai dirigé la DRAC Centre à Orléans. Remercié par la Droite,. j'ai ensuite crée l'un des premiers EPCC, ARCADI en Île-de-France. Remercié par la Gauche je suis devenu DAC de la ville de BONDY (93). Aujourd'hui consultant. Membre de l'Institut de coopération pour la culture et correspondant du Comité d'histoire du MCC où j'ai contribué à la conception de séminaires et de journées d'études.

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