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18 janvier 2012 3 18 /01 /janvier /2012 19:03

C’est bien volontiers que je vais participer, la semaine prochaine, à Lyon, aux Premières assises régionales Culture et Régions, organisées par l’Association des Régions de France (A.R.F.).

C'est tout de même moi, alors directeur d'ARCADI, qui ai été à l’initiative, il y a quelques années déjà, comme le temps passe..., d’un premier travail de repérage sur les différentes politiques de toutes les Régions en matière de spectacle vivant, travail confié à l’OPC et conduit en partenariat avec l’ARF. 

 Mais non, rien, de rien, c’est payé, balayé, oublié…, je ne regrette rien. 

Il est possible de télécharger ici le programme de ces deux demi-journées dans lequel on peut lire :

Quels sont les  traits communs, mais aussi les spécificités des politiques régionales en matière  artistique et culturelle ? Sur quels sujets

ont-elles particulièrement marqué leurs efforts? Quels nouveaux horizons pourraient-elles chercher à atteindre ? Comment se situent-elles désormais dans  l’architecture du partenariat public ?

Aujourd’hui, au-delà de l’apport financier – près d’un milliard d’euros – les  Régions représentent plus qu’elles-mêmes.

Dans ce mouvement de décentralisation  qui semble irréversible, elles apparaissent comme l’échelon pertinent au service  d’une autre configuration du paysage  culturel et artistique français. Quelles  que soient les évolutions de cette décentralisation culturelle, il faudra passer par  elles.

C’est l’objet de ces Assises : mettre  en valeur à partir des expérimentations  réussies sur de nombreux territoires, de  nouvelles pistes susceptibles de modifier  des approches convenues, de tracer des  perspectives inédites.

C’est aussi un rendez-vous souhaité  qui devrait capitaliser le travail des commissions culturelles de l’ARF qui, particulièrement depuis 2004, se sont réunies  régulièrement, ont travaillé et n’ont eu  de cesse d’imposer l’échelon régional au  sein des instances partenariales. À l’aube  d’une nouvelle étape de la décentralisation – quelle qu’en soit la configuration  – cette réflexion collective qui embrasse  l’ensemble du champ artistique et culturel – à la fois bilan et projection – apparaît plus qu’utile, indispensable.

Un rendez-vous de « haute nécessité »  comme le diraient nos amis d’outre-mer.*

 

* Manifeste pour les « produits » de haute  nécessité, E.Breleur, P.Chamoiseau, S.Domi,  G.Delver, É.Glissant, G.Pigeard de Gurbert,  O.Portecop, O.Pulvar, J.-C. William, 2009.

 

Or, il se trouve que ce programme vient de susciter un billet d’humeur de haute volée (de bois vert) de la part de Jean-Michel Lucas aux analyses duquel la Cité des sens  (qui est un peu à Jean-Claude Pompougnac ce que le Dr. Kasimir Bisou est à Jean-Michel Lucas) trouve toujours un authentique intérêt intellectuel et politique.

 

Sans aucunement bouder mon plaisir de participer activement à ces assises (comme permet de le constater cette autre partie du programme) :

 

Artistes et projets culturels  de territoire

intervenants :

Région Centre /Olivier Cayatte, directeur  de la Culture,

Région Limousin /Stéphane Cambou,  vice-président délégué à la Territorialité  et au Lien social pour les associations,  la culture et le sport,

Région Basse-Normandie /Xavier  Gonzales, directeur de l’usine Utopik, relais culturel régional de Tessy-sur-Vire.

Avec la contribution de l’Assemblée  des Départements de France.

animateur: Jean-Claude Pompougnac,  consultant, ancien directeur régional  des affaires culturelles.

rapporteure : Marie-Christine Bordeaux,  maître de conférences en Sciences de  l’Information et de la Communication,  Université Grenoble III.

 

Comment les Régions favorisent-elles  la présence des artistes sur leur territoire? Quelles sont les politiques de  soutien à la création et à la diffusion artistiques mises en œuvre? Selon quelles modalités sont-elles élaborées? À quels dispositifs d’action publique donnent-elles lieu? Qu’est-ce qu’un projet culturel de territoire pour une Région? En quoi cette échelle territoriale se distingue-t-elle des autres niveaux d’intervention? Comment les Régions envisagent-elles la dimension culturelle de l’aménagement du territoire? Quel rôle jouent-elles en  matière de coordination interrégionale?  Quelles formes d’action collective observe-t-on? Comment les Régions prennent-elles  en compte les disparités de leur territoire?

 

Sans aucunement regretter, donc, d’aller porter mon attention éveillée et ma liberté de propos à ces assises, je relaie bien volontiers les vives remarques critiques que leur programme suscite chez mon ami Jean-Michel. Allez savoir si ça n’est pas une belle bande annonce (un teaser disent les branchés).

 

Billet d'humeur : L'Arf a décidé d'organiser ses  premières Assises nationales des Régions consacrées aux questions de culture. Elles  se dérouleront à Lyon, , le 25 janvier prochain (à partir de 14h) et le 26 janvier (jusqu’à 13h30). Elles donneront lieu à un vaste échange d’expériences et viseront à mettre en débat les questions de gouvernance territoriale et de recomposition des politiques culturelles à l’échelle régionale. 

 


Il y a bien longtemps que l'on attendait une telle initiative, mais à bien regarder le programme, on ne peut pas ne pas s'étonner.

J'ose donc communiquer mon étonnement..

D'abord , étonnantes sont ces assises lyonnaises par le rideau de fumée des questions qu'elles posent : en un jour,  68 questions, enfilées comme des perles,  prouvant ainsi que l'ARF  n'en a pas résolu beaucoup auparavant, (malgré les changements de législation sur la décentralisation !!).  

Admettons que ce soit le réveil de la belle au bois dormant. Mais alors, mauvaise surprise !

Car les régions ne se posent que les questions relatives à la vitalité du secteur culturel. La culture dans le programme est simplement réduite à un secteur d'activités  produisant des biens et des services culturels grâce aux professionnels. Comment organiser l'offre, avec de l'argent public et de l'argent privé ; comment faire connaître nos produits aux consommateurs actuels et futurs ? Comment ces offres (créatives) vont-elles  augmenter l'attractivité de chaque territoire, donc la compétition entre eux ! Exportation des produits, mobilité des producteurs ( artistes),  emploi, diffusion des spectacles ( ventes), valorisation du patrimoine et gouvernance de toutes ces richesses ..Toute la panoplie de l'entrepreneur culturel public y est !!

Mais, au delà, le vide : rien sur les "droits culturels", rien sur la reconnaissance des identités culturelles des êtres en dignité sur chaque territoire (et entre les territoires), rien sur  les enjeux de confrontation des identités culturelles dans un monde de tensions. En somme, rien sur la créolisation du monde et le Vivre ensemble. Rien sur la solidarité, la démocratie, les  réciprocités nécessaires pour construire l'humanité par la diversité des cultures. En somme, une réflexion collective qui évite de s'interroger sur la sens et la valeur, disons sur les enjeux éthiques des interventions culturelles publiques pour parvenir à un meilleur développement humain.

Alors, pourquoi citer Vilar, il ne mérite pas ça, et Glissant encore moins, car le texte de justification des assises fait référence à un manifeste collectif signé par Edouard Glissant et par huit autres personnalités (Ernest Breleur, Patrick Chamoiseau, Serge Domi, Gérard Delver,  Guillaume Pigeard de Gurbert, Olivier Portecop, Olivier Pulvar, Jean-Claude William) voir : http://www.afrik.com/article16280.html;

Car ces assises se présentent sans complexe comme  : un "rendez-vous de « haute nécessité » comme le diraient nos amis d’outre-mer.".

On n'en croit pas ses yeux  quand on se rappelle ce qui est écrit dans le manifeste  de "ces amis d'Outre-mer", cité en exergue . Lisons : "Alors que mettre dans ces "produits" de haute nécessité ? C’est tout ce qui constitue le cœur de notre souffrant désir de faire peuple et nation, d’entrer en dignité sur la grand-scène du monde, et qui ne se trouve pas aujourd’hui au centre des négociations en Martinique et en Guadeloupe, et bientôt sans doute en Guyane et à la Réunion."

Pourquoi l'ARF cite ce texte qui nous parle de "Dignité", au sens des droits humains fondamentaux,  alors que ces références sont  inconnues ou ignorées par les assises régionales !  Pour être cohérentes avec ce texte, ces premières assises auraient dû se mettre à distance de la logique consommatrice du secteur culturel (combien de publics,  combien de touristes, quel chiffre d'affaire, comment gagner plus !). Quitte à voler des textes à Glissant, Chamoiseau et les autres, il aurait fallu avoir l'honnêteté de tout prendre...., car le Manifeste  en dit long sur ses exigences politiques . Il est  à méditer pour les apprentis sorciers des citations :"Ensuite, il y a la haute nécessité de comprendre que le labyrinthe obscur et indémêlable des prix (marges, sous-marges, commissions occultes et profits indécents) est inscrit dans une logique de système libéral marchand, lequel s’est étendu à l’ensemble de la planète avec la force aveugle d’une religion. Ils sont aussi enchâssés dans une absurdité coloniale qui nous a détournés de notre manger-pays, de notre environnement proche et de nos réalités culturelles, pour nous livrer sans pantalon et sans jardins-bokay aux modes alimentaires européens."

Ou encore, 

"L’autre très haute nécessité est ensuite de s’inscrire dans une contestation radicale du capitalisme contemporain qui n’est pas une perversion mais bien la plénitude hystérique d’un dogme. La haute nécessité est de tenter tout de suite de jeter les bases d’une société non économique, où l’idée de développement à croissance continuelle serait écartée au profit de celle d’épanouissement ; où emploi, salaire, consommation et production serait des lieux de création de soi et de parachèvement de l’humain. Si le capitalisme (dans son principe très pur qui est la forme contemporaine) a créé ce Frankenstein consommateur qui se réduit à son panier de nécessités, il engendre aussi de bien lamentables "producteurs" – chefs d’entreprises, entrepreneurs, et autres socioprofessionnels ineptes – incapables de tressaillements en face d’un sursaut de souffrance et de l’impérieuse nécessité d’un autre imaginaire politique, économique, social et culturel. Et là, il n’existe pas de camps différents. Nous sommes tous victimes d’un système flou, globalisé, qu’il nous faut affronter ensemble."

Ainsi, avant de faire référence à "nos amis d'Outre -mer", il aurait fallu relire la critique et ne pas faire comme si elle  n'avait pas d'importance ! Et il aurait été rassurant que ces assises la comprenne : les régions auraient pu affirmer que la culture ne pouvait se limiter au stock des marchandises sur les rayons des épiceries culturelles, publiques ou privées, mais que l'enjeu culturel est  plutôt d'engager les interactions  entre des personnes reconnues d'égale dignité et d'égale liberté ( dont la liberté artistique),  en vue de faire ensemble un peu mieux "humanité". . Mais sans doute, les  rédacteurs ne connaissent-ils pas la Déclaration de Fribourg et pas plus la Convention Unesco sur le PCI -  patrimoine culturel immatériel  qui concerne pourtant aussi les régions - et, encore moins, les 7 premiers articles de la Déclaration universelle de 2001 de l'Unesco.( L'usage qui est fait de "diversité  culturelle " dans l'annonce du programme le montre assez clairement !). 

Ces assises en restent, en fait, au programme d'un bricoleur pragmatique !  Avec "boite à outils", mais pour quelles valeurs culturelles, pour quel sens de la politique culturelle ? Celle des droits culturels pour plus d'humanité ou celle de la directive "services" de l'Union européenne  pour  répondre aux attentes des consommateurs,  donc aux soucis d'émotion des abonnés à Télérama ? Refus du débat éthique, ces assises font peur à refuser l'essentiel de l'enjeu culturel : l'émancipation qui est pourtant le credo du texte  cité en exergue : "Ce mouvement se doit donc de fleurir en vision politique, laquelle devrait ouvrir à une force politique de renouvellement et de projection apte à nous faire accéder à la responsabilité de nous-mêmes par nous-mêmes et au pouvoir de nous-mêmes sur nous-mêmes. " 

Là, je ne vois pas les présidents de régions et leurs services culturels  applaudir !

Bon courage quand même aux régions dans leur réflexion sur leur mission publique de faire culture ensemble, c'est à dire faire plus humanité en société de liberté !  ça viendra un jour ! Peut-être pour les secondes assises ?  Mais quand le changement lucide viendra-t-il vraiment sur le front de la politique culturelle publique ? 


Jean Michel Lucas et Doc Kasimir Bisou

 

 Ce n’est qu’un débat, continuons le début !

 

 

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Published by J.C. POmpougnac Jean-Claude Pompougnac - dans Les politiques culturelles en débat
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  • Jean-Claude Pompougnac
  • Responsable du service de la recherche à la BPI (Centre Pompidou) puis conseiller au cabinet du Ministre de la culture (Jack Lang), j'ai dirigé ensuite la Délégation au développement et aux formations de ce même ministère. A l’issue d’une alternance politique, très élégamment remercié par Jacques Toubon arrivé rue de Valois je me suis vu offrir le poste de directeur de l'Institut français de Barcelone. Quatre ans après, le ministère des affaires étrangères a jugé mes compétences insuffisamment diplomatiques. En conséquence, à partir de 1999, j'ai dirigé la DRAC Centre à Orléans. Remercié par la Droite,. j'ai ensuite crée l'un des premiers EPCC, ARCADI en Île-de-France. Remercié par la Gauche je suis devenu  DAC de la ville de BONDY (93). Aujourd'hui consultant. Membre de l'Institut de coopération pour la culture et correspondant du Comité d'histoire du MCC où j'ai contribué à la conception de séminaires et de journées d'études.
  • Responsable du service de la recherche à la BPI (Centre Pompidou) puis conseiller au cabinet du Ministre de la culture (Jack Lang), j'ai dirigé ensuite la Délégation au développement et aux formations de ce même ministère. A l’issue d’une alternance politique, très élégamment remercié par Jacques Toubon arrivé rue de Valois je me suis vu offrir le poste de directeur de l'Institut français de Barcelone. Quatre ans après, le ministère des affaires étrangères a jugé mes compétences insuffisamment diplomatiques. En conséquence, à partir de 1999, j'ai dirigé la DRAC Centre à Orléans. Remercié par la Droite,. j'ai ensuite crée l'un des premiers EPCC, ARCADI en Île-de-France. Remercié par la Gauche je suis devenu DAC de la ville de BONDY (93). Aujourd'hui consultant. Membre de l'Institut de coopération pour la culture et correspondant du Comité d'histoire du MCC où j'ai contribué à la conception de séminaires et de journées d'études.

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