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5 novembre 2016 6 05 /11 /novembre /2016 16:51

 

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Chapitres précédents

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Droits culturels : continuons le débat.

 

Le mérite des contributions évoquées dans cette note est de constituer un appel à la vigilance : la récente inclusion des droits culturels dans l’article 103 de la loi NOTRe, désormais une loi de notre République, ne saurait en aucune manière clore le débat.

 

Droits culturels : une longue histoire

 

Il est peut-être utile de situer le débat récent sur l’inscription ou non dans la législation française du concept de droits culturels dans un horizon historique plus large que celui de la signature par la France, dans les années 2000, de conventions internationales portant sur la nécessité de reconnaître, protéger et promouvoir la diversité culturelle.

 

Des droits culturels (1968) aux droits culturels (2015)

 

Je voudrais continuer le parcours engagé dans ces notes précédentes, de façon à attirer l’attention sur l’histoire des notions successives ou sédimentées qui ont fondé et légitimé l’intervention publique dans les affaires culturelles.Toutefois, je ne suis en aucune manière historien. Il ne s’agit donc que « d’arrêts sur image »...

 

Droits culturels : débat public ou théâtre d'ombres ?

 

"Le défi lancé est tout autre : penser, ensemble, la différence par laquelle toutes les sociétés (en des modalités variables) ont séparé et séparent du quotidien ordinaire, un domaine particulier de l'activité humaine, et les dépendances qui inscrivent (de diverses manières) l'invention esthétique et intellectuelle dans ses conditions de possibilité et d'intelligibilité".

(Roger Chartier, 1991).

 

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Arts de la scène et cinéma au prisme du développement durable

COLLOQUE INTERNATIONAL

Universités Lumière Lyon 2, Sorbonne Nouvelle Paris 3, Bourgogne Franche-Comté - ESC Dijon-CEREN
Paris (Théâtre de la Cité Internationale) - 8 au 10 mars 2017

 

Appel à communication

La transposition, dans le champ des pratiques culturelles et artistiques, des notions de « soutenabilité » et de « développement durable » signale de nouveaux points d’attention et de préoccupation. Elle souligne l’émergence d’un paradigme à la fois économique, politique, esthétique et philosophique, mais prête à discussion, et mérite que l’on s’y arrête.

Cette transposition prend racine dans un processus de sédimentation des discours de justification des dépenses culturelles publiques depuis les années 1950 (Menger 2011). Le paradigme dominant de l’acculturation artistique de la population (y compris des néophytes) au contact de l’excellence de l’offre était encore dominant au tournant des années 1960 (Throsby et Withers, 1979 ; Urfalino, 1996). Le référentiel de la démocratisation culturelle a été ensuite contesté pour son manque d’efficacité dans la réduction des inégalités sociodémographiques des publics (Bourdieu et Darbel, 1966 ; Baumol, Bowen, 1966).

Parallèlement, un deuxième idéal de démocratie culturelle a cherché à mieux légitimer la diversification du soutien des collectivités publiques à des activités culturelles au-delà du périmètre des arts savants, en résonance avec une vision anthropologique de la diversité des cultures. Il s'agissait d'accorder une reconnaissance esthétique à d'autres pratiques artistiques (comme les arts de la rue, le cirque, les danses urbaines, les spectacles des amateurs, etc.). Le paradigme du développement culturel, orienté par les valeurs de la démocratie culturelle, est entré en relation avec l’attention internationale accrue portée aux conditions d’un développement durable, depuis le rapport Brundtland (1987) jusqu’aux Déclarations de l’Unesco sur la diversité culturelle (2001, 2005), la fondation de l’Union des Cités et Gouvernements Locaux pour le développement culturel (Agenda 21 de la culture) et la Déclaration de Fribourg sur les Droits Culturels (2007).

Enfin, la doctrine d’action des « industries créatives », diffusée à partir du milieu des années 1990, a repris le thème du multiculturalisme en l’articulant avec une justification économique : le dynamisme des activités culturelles constitue un terreau de stimulation pour le développement d’innovations productives dans les autres secteurs économiques. Tout ceci, sans vraiment remettre en cause la distribution nationale des subventions publiques, fondée d’abord sur l’appréciation des mérites artistiques.

L’enjeu de ce colloque est de s’interroger sur le degré de pertinence des liens à établir entre arts de la scène, cinéma et développement durable, et sur les spécificités des pratiques se référant au registre du développement culturel durable. Ces liens peuvent être appréhendés selon trois perspectives (COST, 2015).

  • -  Les arts de la scène et le cinéma dans le développement durable. La culture peut être pensée comme un quatrième pilier du développement durable, en complément de ses piliers économique, social et environnemental, notamment par une volonté de reconnaître l’égale dignité des cultures (Hawkes, 2001 ; Lucas, 2010) ou d’accorder une valeur patrimoniale à des objets et pratiques culturelles locaux (Boltanski, Esquerre, 2014).
  • -  Les arts de la scène et le cinéma pour le développement durable. Ces productions artistiques pourraient contribuer aux trois vecteurs du développement durable : réduction de l’empreinte environnementale par toutes les parties prenantes dans la production et la diffusion des spectacles en stimulant des attitudes conformes à la norme ISO 20121 (Herry, 2014) ; renforcement de la cohésion sociale par les formes d’expression en harmonie avec la diversité culturelle de la population (Wallach, 2006 ; Goldbard, 2010 ; Throsby, 2010) ; retombées économiques positives, grâce à leurs effets sur l’attractivité territoriale et les innovations productives selon la perspective des « industries créatives ». Cette contribution peut être également pensée dans une perspective esthétique et/ou philosophique : certains artistes s’emparent de la question du développement durable comme d’un matériau thématique et dramatique, dont la scène est susceptible de devenir l’un des lieux d’élaboration et de réflexion, voire de transmission, dans une posture parfois militante.
  • -  Les arts de la scène et le cinéma par le développement durable. Cette tendance se manifeste par une recherche de liens plus solidaires dans les mondes de l’art, notamment : 1) dans la valorisation d’une mise en relation plus symétrique des artistes avec les non professionnels impliqués dans des créations artistiques (Urrutiaguer, 2014) ; 2) par l’activation des liens de solidarité inter et intra-organisationnelle dans un contexte récurrent de précarité économique, souvent occultée dans les visions œcuméniques d’une démocratie culturelle fédérative (Henry, 2015). Cette deuxième démarche prône la coopération et la mutualisation de ressources.

Plusieurs axes de réflexion peuvent être suggérés.

1. Conventions et doctrines d’action culturelle

Quelles sont les inflexions observées dans les différents pays pour les discours de justification des dépenses culturelles publiques, dans le sens d’une meilleure prise en considération de la diversité culturelle? Quels liens s’y tissent entre soutien à la diversité culturelle et développement durable? Dans quelle mesure les références à ce nouveau paradigme modifient-elles les priorités dans l’évaluation institutionnelle de la production artistique ?

L’analyse sociologique de la domination se fonde notamment sur la «grammaire de justification politique et morale » des différents « mondes » ou « cités » (Boltanski et Thévenot, 1991). Peut-on caractériser la « grammaire de justification politique et morale » d’un « monde du développement culturel durable » ? Quelles en seraient les frictions avec les logiques d’action et d’évaluation d’autres mondes, notamment le monde marchand ou le monde inspiré ?

2. La dynamique des démarches artistiques partagées

La recherche de relations plus symétriques entre artistes et non professionnels s’inscrit dans un idéal de créations partagées. Celles-ci peuvent prendre plusieurs formes, de l’insertion d’amateurs dans une distribution professionnelle à la recherche d’une distribution égalitaire des compétences artistiques et culturelles. En quoi cette dynamique relationnelle participe-t- elle du développement culturel durable ?

Quels sont les apports et les limites du processus d’écriture (ou de création) scénique ou cinématographique sur le développement personnel des participants ? Comment les équipes artistiques impliquées se positionnent-elles, entre la contribution attendue par les collectivités publiques à une meilleure intégration sociale et la contestation politique de l’ordre social ? Quel bilan tirer des résidences d’artistes en milieu scolaire qui se réfèrent à une démarche de co-construction égalitariste ? Quels sont les obstacles à la pérennisation de ces expériences ?

Quelles sont les initiatives prises pour associer les spectateurs à la production ou à la programmation (de spectacles ou de films) dans des cercles favorisant la réflexion collective ?

3. Solidarité et pérennité des équipes artistiques

Les démarches de création tournées vers le partage des compétences entre artistes et participants sont habituellement reconnues pour leur valeur ajoutée sociale et non pas esthétique. Les logiques d’évaluation marchande et institutionnelle sont la source d’une différenciation très inégalitaire des niveaux de réputation et de notoriété, en fonction de l’appréciation des qualités esthétiques des spectacles et des films. Cela constitue un obstacle à la pérennisation des équipes artistiques qui optent pour les idéaux du développement culturel durable. Comment ces équipes construisent-elles des modes de coopération solidaire pour renforcer la viabilité économique de leur démarche ?

Les bureaux de production (ou « d’accompagnement ») se sont développés dans le domaine du spectacle vivant. Une logique d’économie solidaire, mise en avant par certains d’entre eux, peut-elle renforcer la durabilité des équipes artistiques et administratives ?

Quelles sont les motivations instrumentales, idéologiques des acteurs des collaborations inter- organisationnelles telles que partages de ressources, de compétences, des risques entre artistes, équipes et/ou compagnies ? Quelles sont les conditions de leur réussite ? Quels éclairages peut nous apporter l’analyse de nouveaux modèles d’affaires au sein des entreprises culturelles ? (Spence et al., 2007 ; Sinapi, Juno-Delgado, 2015). Les débats sur les enjeux économiques, environnementaux, sociétaux d’un entrepreneuriat culturel durable renvoient à différents paradigmes dans le champ de l’entrepreneuriat (Dean et al., 2007 ; Sheperd et al., 2011).

4. Les festivals en arts de la scène et cinéma

L’Association européenne des festivals (EFA, 2015) attribue aux festivals trois fonctions majeures : la facilitation de la circulation internationale des artistes, le soutien aux innovations et l’entretien de la diversité culturelle sur le territoire d’implantation. Dans quelle mesure la

promotion de la diversité culturelle peut-elle affilier certains festivals au monde du développement culturel durable ?

Plusieurs axes peuvent être :

-  les initiatives prises pour réduire l’empreinte environnementale, courantes dans les festivals

musicaux ;

-  les rapports participatifs instaurés avec la population ;

-  le degré de prise en compte de la diversité culturelle dans la programmation ;

-  les partenariats avec les acteurs culturels du territoire local afin de déconcentrer

l’organisation ;

-  les relations de coopération avec les artistes programmés, notamment les moins réputés.

 

En savoir plus

 

Votre blog a donné lieu à une création de notice bibliographique dans le catalogue de la Bibliothèque nationale de France.

Il lui a été attribué un numéro international normalisé

ISSN : 2270-3586

Type : document électronique, publication en série
Auteur(s) : Pompougnac, Jean-Claude (1946-.... ). Auteur du texte
Titre clé : La Cité des sens

Titre(s) : La Cité des sens [Ressource électronique] : le blog de Jean-Claude Pompougnac
Type de ressource électronique : Données textuelles et iconographiques en ligne
Publication : [Fresnes] : [Cité des sens], 2006-

Note(s) : Blogue. - Notice rédigée d'après la consultation de la ressource, 2013-11-14
Titre provenant de l'écran-titre
Périodicité : Mise à jour en continu
Indice(s) Dewey : 020.5 (22e éd.) ; 301.094 4 (22e éd.)
ISSN et titre clé : ISSN 2270-3586 = La Cité des sens
ISSN-L 2270-3586
URL : http://cite.over-blog.com/. - Format(s) de diffusion : HTML. - Accès libre et intégral. - Consulté le 2013-11-14

Notice n° : FRBNF43711075

http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb43711075f/PUBLIC

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Published by J.C. POmpougnac Jean-Claude Pompougnac - dans Les politiques culturelles en débat Actualité Ressources
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commentaires

kasimir 25/07/2016 10:47

c'est bizarre ces gens qui vous classent dans le tiroir qui les arrangent alors que l'on a écrit le contraire. c'est bien du Dijon ! je n'ai rien à voir avec le quatrième pilier ! encore une petite dose de mauvaise foi de plus.

Jean-Claude Pompougnac 25/07/2016 16:27

Dijon, y en a plein des unités et des labos : pour la bonne information de mes lecteurs, j'ai vérifié et c'est édifiant.Il s'agit de l'Ecole supérieure de commerce et plus précisément de l'
Équipe en Management des Entreprises Culturelles et des Industries créatives (sic)

Au sein du laboratoire CEREN de l'École Supérieure de Commerce de Dijon, l'équipe de Recherche MECIC, formellement constituée en 2012, s'intéresse aux problématiques traversant le champ du management et de l'entrepreneuriat culturel.
L'équipe MECIC privilégie une approche pluridisciplinaire. Elle vise à produire des résultats de recherche inscrits à la fois dans les débats scientifiques actuels du champ et dans les enjeux professionnels contemporains du secteur des arts et de la culture.
Nous nous donnons pour objectif d'associer à nos réflexions, études et questionnements, les professionnels et institutionnels de la culture ainsi que les étudiants de nos programmes (Spécialisation de M2 CIC du Master Grande école et MS MECIC). À cet effet, aux objectifs de contribution scientifique et de diffusion académique de nos travaux, s'ajoutent des objectifs de développement de projets et de partenariats avec institutions académiques, acteurs des politiques culturelles, entreprises et entrepreneurs culturels, ainsi qu'une volonté de prendre part aux débats qui traversent le secteur.

Présentation

  • : La Cité des sens. Culture et politique.
  • La Cité des sens. Culture et politique.
  • : Les politiques culturelles aujourd'hui et leur histoire. Culture et politique, ressources, documents, analyses et débats par Jean-Claude Pompougnac .
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  • Jean-Claude Pompougnac
  • Responsable du service de la recherche à la BPI (Centre Pompidou) puis conseiller au cabinet du Ministre de la culture (Jack Lang), j'ai dirigé ensuite la Délégation au développement et aux formations de ce même ministère. A l’issue d’une alternance politique, très élégamment remercié par Jacques Toubon arrivé rue de Valois je me suis vu offrir le poste de directeur de l'Institut français de Barcelone. Quatre ans après, le ministère des affaires étrangères a jugé mes compétences insuffisamment diplomatiques. En conséquence, à partir de 1999, j'ai dirigé la DRAC Centre à Orléans. Remercié par la Droite,. j'ai ensuite crée l'un des premiers EPCC, ARCADI en Île-de-France. Remercié par la Gauche je suis devenu  DAC de la ville de BONDY (93). Aujourd'hui consultant. Membre de l'Institut de coopération pour la culture et correspondant du Comité d'histoire du MCC où j'ai contribué à la conception de séminaires et de journées d'études.
  • Responsable du service de la recherche à la BPI (Centre Pompidou) puis conseiller au cabinet du Ministre de la culture (Jack Lang), j'ai dirigé ensuite la Délégation au développement et aux formations de ce même ministère. A l’issue d’une alternance politique, très élégamment remercié par Jacques Toubon arrivé rue de Valois je me suis vu offrir le poste de directeur de l'Institut français de Barcelone. Quatre ans après, le ministère des affaires étrangères a jugé mes compétences insuffisamment diplomatiques. En conséquence, à partir de 1999, j'ai dirigé la DRAC Centre à Orléans. Remercié par la Droite,. j'ai ensuite crée l'un des premiers EPCC, ARCADI en Île-de-France. Remercié par la Gauche je suis devenu DAC de la ville de BONDY (93). Aujourd'hui consultant. Membre de l'Institut de coopération pour la culture et correspondant du Comité d'histoire du MCC où j'ai contribué à la conception de séminaires et de journées d'études.

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