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9 octobre 2012 2 09 /10 /octobre /2012 09:50

Les lecteurs de la Cité des sens connaissent fort probablement Complément d’objet, l’excellente et régulière publication du Ministère de la Culture .

J’ai reçu, il y a quelques temps déjà, cette bonne nouvelle émanant de son rédacteur :

Bonjour,


En attendant le prochain numéro de Complément d'objet qui sera diffusé le 17 septembre, je vous propose en ligne un complément du Complément : grâce (!!!) à la nouvelle version du site, une rubrique "Complément d'objet" permet de mettre en ligne des annonces qui ne pourraient apparaître, pour des raisons de calendrier, dans les numéros diffusés.

C'est un début. Nous espérons, à terme, pouvoir générer automatiquement la lettre d'information à partir des articles qui seront publiés dans cette rubrique et qui, pourquoi ne pas rêver, pourraient être commentés ou augmentés par des contributions extérieures. ...j'ai bien dit : à terme !

La rubrique Complément d'objet se trouve à l'adresse suivante :
http://www.culturecommunication.gouv.fr/Politiques-ministerielles/Complement-d-objet 

Bien à vous,

 

Fort logiquement, j’ajoute donc ce lien à mes précieux fils d’actualité (ci-dessous).

 

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29 août 2012 3 29 /08 /août /2012 12:47

 

tolbiac.JPG

 

Louis, 14 ans: Chez moi, dans le couloir, il y a une grande bibliothèque. Je peux prendre le temps de chercher le bon livre. Il y a quelques jours, j’ai pris l’Etranger de Camus. Je viens de le commencer, et je n’ai pas encore rencontré l’étranger.

Camus est souvent étudié pendant la scolarité. Un prof vous l’a conseillé ?

Louis. : Je n’aurais jamais pu le lire si un prof me l’avait conseillé. C’est mon livre. C’est mon parcours. Je n’aime pas qu’on s’octroie le droit de porter un jugement sur ma lecture.

Alors pourquoi Camus ?

Louis. : J’adore la couverture du Folio : une peinture sur fond jaune et le titre qui n’a rien à voir. Ça m’a intéressé.

Fanny, 20 ans. : J’aime bien griffonner mes livres, et ensuite, je fais beaucoup de recherches, je vais chercher quels auteurs sont admirés par l’écrivain, de qui il est l’interprète, quels sont ses autres livres. Je vais les lire. Je me renseigne sur sa vie…

Louis. : Ce que je ne fais jamais. Je lis Camus, je n’ai pas envie de savoir qui il est. Sa vie privée ne me regarde pas. J’ai besoin d’avoir un accès direct au texte. Déjà, forcément, il y a un rapport entre ce qu’il écrit et ce qu’il est, et j’arrive un peu à cerner sa personnalité. C’est suffisant.

 

Extrait de la remarquable série de portraits de lecteurs publiée par Anne Diatkine dans Libération cet été... c’était le premier article Ecrire la vérité c’est possible.

 

A découvrir aussi Un Robert m’a sauvé la vie (témoignage d’un prisonnier) et Des appels d’air dans ma rumination (propos d’un patient interné en hôpital psychiatrique).

 

Quant aux propos de Louis 14 ans, ils font écho à cette vision radicale de la lecture formulée jadis par Margueritte Duras.

 

Il ne faut pas intervenir, il ne faut pas se mêler des problèmes que chacun a avec la lecture. Il ne faut pas souffrir pour les enfants qui ne lisent pas, perdre patience. Il s’agit de la découverte du continent de la lecture. Personne ne doit encourager ni inciter personne à aller voir ce qu’il en est. Il y a déjà beaucoup trop d’informations dans le monde sur la culture. On doit partir seul vers le continent. Découvrir seul. Opérer cette naissance seul. Par exemple, de Baudelaire, on doit être le premier à découvrir la splendeur. Et on est le premier. Et si on n’est pas le premier, on ne sera jamais un lecteur de Baudelaire. Tous les chefs-d’œuvre du monde devraient avoir été trouvés par les enfants dans des décharges publiques et lus en cachette à l’insu des parents et des maîtres.

Extrait d’un texte publié à l’origine dans le New York Times le 23 juin 1985. et fort heureusement en grande partie mis en ligne par François Bon sur son excellent site/magazine Le Tiers Livre(Ne pas manquer de lire aussi les commentaires).


 Et, justement, puisque Marguerite D. s’interrogeait, dans le même article :

On se demande par quelle aberration les grandes bibliothèques publiques sont fermées la nuit.

je me dois de signaler la mise en ligne  (captation vidéo) des contributions à la rencontre La bibliothèque : faire société (25 et 26 juin 2012)

 

La bibliothèque : faire société  

Rencontre organisée à l'enssib les 25 et 26 juin 2012 dans le cadre des Estivales.
Auteurs : Berthiaume, Guy,  Bertrand, Anne-Marie,  Bret, Jean-Paul,  Charle, Christophe,  Damien, Robert,  Doueihi, Milad,  Kambouchner, Denis,  Melot, Michel,  Pompougnac, Jean-Claude,  Racine, Bruno,  Roubaud, Jacques

 

Thématiques du 25 juin : Bibliothèque, création et mémoire
Thématiques du 26 juin : Bibliothèque, éducation et politique

Comme l’école, après l’école, la bibliothèque peut être un instrument de connaissance du passé, d’analyse du présent et de construction de l’avenir. Qu’est-ce qui rend ce projet possible, légitime, nécessaire ? En quoi la bibliothèque et, plus généralement, les instances de partage du savoir et les institutions culturelles permettent d’être « parmi les hommes » ? Comment, inscrites dans l’épaisseur du temps, elles se nourrissent nécessairement de mémoire et d’histoire ? En quoi elles peuvent/doivent contribuer à la reconstruction d’un espace public, d’un débat public ? Quelle ambition politique, quel projet démocratique peuvent trouver un ancrage une assise, dans ces institutions et fonder leur raison d’être ?

A travers ce colloque et ses intervenants, l’Enssib a souhaité interroger quelques-unes de ses convictions et de ses exigences : la curiosité intellectuelle, la liberté de l’esprit, la mémoire partagée, la passion de la chose publique, le rôle politique de la bibliothèque.
Une éthique de la bibliothèque.

 

 

à C’EST ICI

 

Et, bien sûr, sublime, forcément sublimeProust, Sur la lecture note déjà publiée en ces pages…

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28 août 2012 2 28 /08 /août /2012 17:57

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Par quoi donc recommencer en cette période de rentrée ?

Par la parité, bien sûr !

 

La parité en question dans le théâtre 

Dimanche 02.09.2012 - 20:30

 

Emission enregistrée au Festival d'Avignon 2012 avec Geneviève Fraisse philosophe, auteur de "la fabrique du féminisme" (Ed. Le passager clandestin) May Bouhada (association HF) et Myriam Marzouki , philosophe et metteuse en scène

Invité(s) :
Geneviève Fraisse, philosophe 
May Bouhada
Myriam Marzouki, metteure en scène, directrice artistique de la Compagnie du dernier soir.

Thème(s) : Arts & Spectacles| Théâtre| parité| theatre

 

Dans le cadre de l’émission Changement de décor, produite par Joëlle Gayot

Lien vers le site de France Culture.

 

 

On peut aussi visionner le débat de l’édition 2010 du festival (Le manque de visibilité des créatrices)  sur Dailymotion : C’EST ICI.

 

 On sait l’intérêt que porte la Cité des sens à la question du genre et de la culture

 

Je propose donc à la réflexion cette autre contribution : 

Les sciences sociales se sont développées autour d’une pensée dualiste, qui, traditionnellement, conçoit les aspects de la réalité autour d’antagonismes. Que ce soit dans une perspective considérant le tout, où l’acteur n’existe qu’en étant déterminé, voire « manipulé » par la structure, ou dans une perspective individualiste, où l’acteur existe en tant qu’agent rationnel, cette pensée dualiste s’appuie sur un socle qui sépare « individu » et « société ». S’est ainsi installée l’idée d’une éternelle confrontation de l’individu face à la société, voire d’une funeste destinée de la société contre l’individu. Cette pensée s’appuie aussi sur une approche catégorielle des interactions sociales, qui se réfère à l'existence d’entités opposées ou complémentaires mais toujours irréductibles l’une à l’autre et existant en tant que telles (hommes ou femmes, société locale ou globale, interne ou externe, statique ou dynamique etc.).

Pour des raisons historiques et politiques, les études féministes se sont développées à côté de ces grands systèmes de pensée. Mais, en dépit d’une grande diversité d’approches, toutes reproduisent l’ornière d’un dualisme hommes/femmes préexistant aux relations sociales. Si les approches biologisantes du sexe pensent ces catégories comme naturellement fondées (« les hommes viennent de Mars, les femmes de Vénus »), les approches du genre nous rappellent qu’elles résultent de constructions sociales qui aboutissent à la partition féminin/masculin. Mais dans tous les cas, que ce soit au départ ou à l’arrivée, les catégories hommes/femmes sont posées comme des choses qui existent et qui, sous la chape de la domination, sont vouées à entretenir des relations de subordination comme un fléau atemporel et immuable. Dans tous les cas également, l’objectif est la lutte contre ce fléau et l’idéal de l’égalité entre hommes et femmes, qui joue alors comme une reconnaissance ultime de cette partition.

Difficile, donc, de venir à bout de ce dualisme réducteur. Il est vrai que les rapports de genre représentent peut-être l’exemple le plus abouti d’un rapport social inégalitaire qui essentialise – c'est-à-dire les fait exister dans leur essence même – les catégories qu’il instaure. Les travaux dans ce champ sont donc particulièrement intéressants pour penser globalement l’analyse du social.
Ainsi, un nouveau courant, dit relationnel, se développe depuis deux décennies dans la mouvance féministe et semble aujourd’hui prometteur, tant dans le champ féministe que pour envisager différemment l’analyse du social. Ce courant s’écarte des courants classiques dans la mesure où son projet contient le dépassement de ces approches binaires et la déconstruction des catégories sur lesquelles elles s’appuient. À ce titre, l’approche relationnelle repense la relation entre individu et société en ne les analysant plus comme des entités séparées, mais interdépendantes (à la fois produits et producteurs de processus sociaux). Dans ce cadre, les institutions sont comprises en termes d’univers fabriqués qui servent de supports aux relations et les acteurs comme des individus agissant dans des cadres de reconnaissance qui les guident.

Extrait de  POUR DÉPASSER LES CATÉGORIES HOMMES / FEMMES : VERS UN FÉMINISME RELATIONNEL

par Chantal Nicole-Drancourt

Sociologue, chercheur au LISE (CNRS/CNAM)

Accéder à l’intégralité du texte sur le site du TGP dans la rubrique « Parole donnée ».

- - > C’EST ICI.

 

 

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18 juillet 2012 3 18 /07 /juillet /2012 18:40

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La Cité des sens fait relâche jusqu'au 27 août.

 

Néanmoins...

 

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Sept points clés pour le changement...

 

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11 juillet 2012 3 11 /07 /juillet /2012 12:39

 

Comité technique ministériel du 10 juillet 2012

Discours de Madame Aurélie Filippetti,

Ministre de la culture et de la communication

 

Madame, Monsieur,

Je veux d’abord, à nouveau, vous saluer et vous dire le plaisir que j’ai à vous retrouver à

l’occasion de la 1ère réunion du comité technique ministériel depuis l’élection de François

Hollande à la Présidence de la République et la constitution du nouveau gouvernement

dirigé par Jean-Marc Ayrault.

Nommée ministre de la culture et de la communication, je mesure l’honneur qui m’est fait et

la responsabilité qui est la mienne.

Non seulement d’être au coeur du changement que nous entendons désormais porter

conformément aux engagements pris devant les français en mai et juin dernier ;

Mais aussi d’assumer cette responsabilité particulière de conduire la politique

gouvernementale dans ce large – et si essentiel – champ de responsabilité.

La culture est notre bien commun

La culture est un enjeu central d’une société moderne, qui doit donner sa place à la création

et aux artistes.

Dans les 10 dernières années la politique conduite par les précédents gouvernements a

creusé un fossé croissant entre les discours tenus et une réalité qui les contredisait. On a

démantelé au lieu de construire, opposé au lieu de rassembler, autour de ce qui est, sans

doute, l’un des plus importants biens communs partagés par tous les Français et auxquels ils

sont très attachés : leur patrimoine et leur culture, vivante et riche de la diversité de ses

expressions, de ses monuments, de ses oeuvres, de ses équipements, de ses

manifestations.

La culture est notre avenir

Une société responsable prépare son avenir et cet avenir c’est celui de nos enfants. C’est en

cela que la formation artistique dès le plus jeune âge est essentielle, j’y reviendrai.

Nous devons tenir compte aussi des bouleversements liés à la révolution numérique et

parier sur la vitalité de la création à l'heure de ces nouvelles pratiques, comme nous avons

soutenu efficacement le cinéma et le livre il y a 15 ans. C’est le deuxième acte de l’exception

culturelle que nous devons écrire, et porter dans une parole européenne.

Face au danger de l’asphyxie, le pari de l’imagination

Il est urgent de faire bouger les lignes, de réfléchir à l’horizon de cinq ans, de dix ans, sans

tabou ni a priori et de considérer la situation de crise que nous affrontons comme un atout et

non comme une fatalité.

Comme l’a dit récemment le Premier Ministre, " la culture c'est l'avenir, le redressement" ;

"La crise ne rend pas la culture moins nécessaire, elle la rend plus indispensable".

 

Faire bouger les lignes c’est revoir le fonctionnement de nos institutions. Rajeunir les

conseils d’administration, les modes de nomination, la structure des labels. C’est s’interroger

sur l’état de nos forces et des capacités de production de nos établissements. Pourquoi les

marges artistiques ont-elles diminué drastiquement dans les 10 dernières années ? Pourquoi

la diffusion des spectacles subventionnés est-elle si faible ?

Inventer c’est aussi questionner notre rôle, nous ministère, administration, DRAC,

établissements et la façon dont nous devons accompagner les acteurs du monde de la

culture dont nous devons être les premiers soutiens.

Je veux redonner sens et ambition à un ministère affaibli par dix années de restriction et de

désengagement, mais aussi dix années centrées sur la réflexion budgétaire et non sur le

sens de notre action. Je veux susciter l’inventivité d’abord du coté des services de l’Etat et

de ses opérateurs. Comment favoriser également le singulier et l’expérimental ? Je crois à la

mise en valeur des bonnes pratiques qui ne sont pas toujours les plus partagées et je veux

me battre pour toujours plus de démocratisation : c’est un combat permanent à mener.

Le changement c’est peut-être aussi sans doute abandonner l’idée que l’action culturelle du

gouvernement se limite à ces milliers d’outils de communication sur papier glacé, ces tonnes

de documents qui flattent surtout ceux qui les écrivent, c’est retrouver des marges de

manoeuvre mais aussi aller sur les champs de manoeuvre, être dans les régions, sur les

routes, plus proches de ceux qui font l’effort culturel, qui créent la dynamique de la

conservation comme de la création, abandonner un certain confort pour plus de solidarité, de

mise en partage et finalement de créativité.

C’est inscrire cette politique dans un rapport plus responsable entre un Etat restauré et des

collectivités agissantes avec qui il faut co-construire. C’est regarder davantage ce qui se

passe chez nos voisins, bâtir une maison européenne commune. C’est là aussi une part du

travail que nous mènerons avec mes collègues du gouvernement.

Cette ambition, je la porte au nom du gouvernement car je suis convaincue que le ministère

de la culture et de la communication n’est pas un ministère accessoire, une variable

d’adaptation. Qu’il doit être au coeur des politiques publiques, fer de lance de l’innovation, de

la modernité au service de tous, de la solidarité, des valeurs qui forgent notre République,

unissent les citoyens qui y vivent autour d’un patrimoine en perpétuelle création.

Pour parvenir à cet objectif dont je mesure le caractère ambitieux, je souhaite mettre en

oeuvre plusieurs chantiers à court ou moyen terme .

Je veux en évoquer ici quelques uns, pour chacun des grands secteurs qui constituent notre

ministère :

 

Télécharger l'intégralté du discours.

 


 

 


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9 juillet 2012 1 09 /07 /juillet /2012 19:57

 

 

 

Donner envie de relire les pages que Marcel Proust écrivit en préface à sa traduction de l’ouvrage de l’anglais John Ruskin Sésame et les Lys, Des Trésors des Rois, préface que l’on trouve aujourd’hui publié sous le titre Sur la lecture. ou en  fichier .pdf, à cette adresse, par exemple ou encore  à celle-ci

 

 

Ce qu’écrit Proust dans ce texte majeur (dont les premières pages consacrées à l’évocation des lectures d’enfance sont une merveilleuse miniature d’A la recherche du temps perdu) s’applique, me semble-t-il, à la culture (en un sens, il est vrai,  qui n’est peut-être pas le sens communément admis).

 

Pour nous, qui ne voulons ici que discuter en elle-même, et sans nous occuper de ses origines historiques, la thèse de Ruskin, nous pouvons la résumer assez exactement par ces mots de Descartes, que « la lecture de tous les bons livres est comme une conversation avec les plus honnêtes gens des siècles passés qui en ont été les auteurs.

 

En réalité, Proust  récuse cette analogie un peu convenue entre la lecture et la conversation :

 

Mais si je crois que la lecture, dans son essence originale, dans ce miracle fécond d'une communication au sein de la solitude, est quelque chose de plus, quelque chose d'autre que ce qu'a dit Ruskin, je ne crois pas malgré cela qu'on puisse lui reconnaître dans notre vie spirituelle le rôle prépondérant qu'il semble lui assigner.

 

Malgré de nouvelles excursions vers les lectures d’enfance, Proust tient solidement le fil qui unit selon lui lecture (culture, dirions nous) et vie spirituelle.


Et c'est là en effet un des grands et merveilleux caractères des beaux livres (et qui nous fera comprendre le rôle à la fois essentiel et limité que la lecture peut jouer dans notre vie spirituelle) que pour l'auteur ils pourraient s'appeler « Conclusions » et pour le lecteur « Incitations ». Nous sentons très bien que notre sagesse commence où celle de l'auteur finit, et nous voudrions qu'il nous donnât des réponses, quand tout ce qu'il peut faire est de nous donner des désirs. (…) Tel est le prix de la lecture et telle est aussi son insuffisance. C'est donner un trop grand rôle à ce qui n'est qu'une initiation d'en faire une discipline. La lecture est au seuil de la vie spirituelle; elle peut nous y introduire : elle ne la constitue pas.

 

Pour asseoir cette conviction, Proust fait état de son intérêt pour la psychologie et Les maladies de la volonté (il cite en note cet ouvrage de Théodule Ribot).

Il est cependant certains cas, certains cas pathologiques pour ainsi dire, de dépression spirituelle, où la lecture peut devenir une sorte de discipline curative et être chargée par des incitations répétées de réintroduire perpétuellement un esprit paresseux dans la vie de l'esprit. Les livres jouent alors auprès de lui un rôle analogue à celui des psychothérapeutes auprès de certains neurasthéniques.

On sait que, dans certaines affections du système nerveux, le malade, sans qu'aucun de ses organes soit lui-même atteint, est enlisé dans une sorte d'impossibilité de vouloir, comme dans une ornière profonde d'où il ne peut se tirer seul, et où il finirait par dépérir, si une main puissante et secourable ne lui était tendue. Son cerveau, ses jambes, ses poumons, son estomac, sont intacts. Il n'a aucune incapacité réelle de travailler, de marcher, de s'exposer au froid, de manger. Mais ces différents actes, qu'il serait très capable d'accomplir, il est incapable de les vouloir. Et une déchéance organique qui finirait par devenir l'équivalent des maladies qu'il n'a pas serait la conséquence irrémédiable de l'inertie de sa volonté, si l'impulsion qu'il ne peut trouver en lui-même ne lui venait de dehors, d'un médecin qui voudra pour lui, jusqu'à ce qu’il ait peu à peu rééduqué ses divers vouloirs organiques. Or, il existe certains esprits qu'on pourrait comparer à ces malades et qu'une sorte de paresse (5) ou de frivolité empêche de descendre spontanément dans les régions profondes de soi-même où commence la véritable vie de l'esprit. Ce n'est pas qu'une fois qu'on les y a conduits ils ne soient capables d'y découvrir et d'y exploiter de véritables richesses, mais, sans cette intervention étrangère, ils vivent à la surface dans un perpétuel oubli d'eux-mêmes, dans une sorte de passivité qui les rend le jouet de tous les plaisirs, les diminue à la taille de ceux qui les entourent et les agitent, et, pareils à ce gentilhomme qui, partageant depuis son enfance la vie des voleurs de grand chemin, avait, pour avoir depuis trop longtemps cessé de le porter, oublié jusqu’à son nom, ils finiraient par abolir en eux tout sentiment et tout souvenir de leur noblesse spirituelle, si une impulsion extérieure ne venait les réintroduire en quelque sorte de force dans la vie de l'esprit, où ils retrouvent subitement la puissance de penser par eux-mêmes et de créer. Or cette impulsion que l'esprit paresseux ne peut trouver en lui-même et qui doit lui venir d'autrui, il est clair qu'il doit la recevoir au sein de la solitude hors de laquelle, nous l'avons vu, ne peut se produire cette activité créatrice qu'il s'agit précisément de ressusciter en lui. De la pure solitude l'esprit paresseux ne pourrait rien tirer, puisqu'il est incapable de mettre de lui-même en branle son activité créatrice. Mais la conversation la plus élevée, les conseils les plus pressants ne lui serviraient non plus à rien, puisque cette activité originale ils ne peuvent la produire directement. Ce qu'il faut donc, c'est une intervention qui, tout en venant d'un autre, se produise au fond de nous-mêmes, c'est bien l'impulsion d'un autre esprit, mais reçue au sein de la solitude. Or nous avons vu que c'était précisément là la définition de la lecture, et qu'à la lecture seule elle convenait. La seule discipline qui puisse exercer une influence favorable sur de tels esprits, c'est donc la lecture : ce qu'il fallait démontrer, comme disent les géomètres.

 

 

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4 juillet 2012 3 04 /07 /juillet /2012 09:00

J’évoquais dans ma précédente note le récent travail d'Annette Wieviorka publié par les presses de l’ENSSIB

Annette Wieviorka a choisi de traiter des bibliothèques des hommes politiques, et, particulièrement, de celle de Maurice Thorez et de Jeannette Thorez-Veermeersch.

Je viens de retrouver dans mes archives un témoignage d’une époque précédente des relations entre culture et politique déjà publié ici...

entre le Manifeste de  Villeurbanne (mai 1968)et la déclaration finale du Colloque d’Arc et Senans ; 1972) 

Redonner une dimension politique à l’action culturelle

Alain Berestetsky

Article paru dans la revue Recherche sociale,

n° 187 (2008)

propos recueillis par Sylvie Malsan.

 

Homme de théâtre puis directeur des affaires culturelles de la ville de Bagnolet, Alain Berestetsky a dirigé jusqu’en 2008 la Fondation 93, une association loi 1901 qu’il a créée en 1982 pour participer au développement de la culture scientifique et technique (1). Au cours de cet entretien, nous revenons avec lui sur les origines de la séparation entre les mondes de la création artistique et de l’éducation populaire pour tenter ensuite de redéfinir les formes que l’action culturelle pourrait prendre aujourd’hui.

 

Recherche sociale : Au cours d’une rencontre organisée par Profession banlieue (2), vous avez évoqué le comité du PCF en 1966 sur la question des idéologies et de la culture qui, tout en reconnaissant la liberté artistique, a conforté une scission entre le mouvement social et les artistes. Est-ce que vous pouvez préciser ?

 

Alain Berestetsky : Il faut revenir un peu en arrière. Dans les années 1950, le PCF, comme le reste de la société, vit une vraie crise de modernité. Il est resté très inféodé à l’URSS, mais de plus en plus de militants issus du monde intellectuel, qui s’étaient rassemblés autour du Parti après-guerre, contestent ses positions radicales.

Il continue à apparaître pour beaucoup comme totalitaire. Il convient de modifier en profondeur cette image.

C’est la tâche que se donne son comité central d’Argenteuil du 13 mars 1966.

Il a pour objet de traiter des « problèmes idéologiques et culturels ». Au-delà d’une série de questions d’influence interne entre notamment Aragon, Althusser, Garaudy… Ce comité central permettra d’adopter une résolution affirmant le principe de l’indépendance des artistes vis-à-vis du mouvement social et politique.

Désormais, les créateurs ne seront plus inféodés à une culture ouvrière de référence. Cette ouverture du PCF signifie pour les intellectuels et les artistes qu’ils peuvent enfin lui faire confiance, qu’ils peuvent y rester ou y entrer sans risque de se faire absorber ou exclure. Les maires des villes de la banlieue parisienne seront les plus dynamiques à défendre et animer les idées de ce comité central. Ils ouvriront leurs portes aux créateurs, notamment à Saint-Denis, Malakoff, Aubervilliers, Nanterre…

Dans le même temps, de nombreuses collectivités territoriales entrent dans un mouvement de défense de la culture, pour le coup dédouané d’une image partisane.

Certains élus se rassemblent autour de la revendication d’« un maire adjoint à la culture dans chaque ville de plus de 10 000 habitants » ainsi que du fameux « un pour cent » du budget de l’Etat pour la culture (3). La culture trouve enfin des interlocuteurs de terrain pour une véritable décentralisation.

 

RS : Ce mouvement va donc dans le sens du projet de Malraux ?

 

AB : L’émergence de la culture comme domaine séparé est déjà en place depuis la création en 1959 du ministère des affaires culturelles dirigé par André Malraux. Le projet d’origine, soutenu par le premier directeur des Arts et des Lettres, et ami de Malraux : Gaëtan Picon, prennait en compte les forces de l’éducation populaire. Mais les revendications de la Jeunesse et des Sports, en séparant les associations du champs culturel, vont creuser l’écart entre éducation populaire et monde artistique. Les artistes revendiquent des territoires d’intervention bien à eux.

De leur côté, les associations d’éducation populaire, plus aussi innovantes par rapport à l’Education nationale dont les méthodes ont évolué, s’investissent dans le socioculturel de loisir. Pour avoir travaillé comme homme de théâtre à Malakoff, ville de Léo Figuères (4), un des participants majeurs du Comité central du PC, je peux attester, qu’à l’époque, la troupe de théâtre dont je fais partie est en guerre contre nombre d’associations d’éducation populaire qui affirment que ce que l’on fait est trop élitiste pour le peuple.

En fait, si les uns et les autres visent un même objectif d’émancipation populaire par la culture, chacun finit par se laisser enfermer dans ses propres truismes. Les artistes affirment que l’art est transformateur par essence alors que, pour les associations d’éducation populaire, c’est la pratique qui conduit nécessairement à une ouverture d’esprit. L’art radicalise son propos et les associations, en essayant de répondre à une demande croissante d’animation et d’accompagnement social de la crise, deviennent souvent de simples prestataires et perdent de vue leur objectif de transformation sociale. Pour les deux parties, au bout du compte, s’il y a professionnalisation, il y a perte de sens.

 

RS : Oui, mais est-ce que le nouveau gouvernement socialiste, dans les années 1980, n’a pas donné à la culture la place qui était attendue ?

 

AB : L’arrivée de la gauche au pouvoir a au contraire augmenté ce clivage.

Les artistes revendiquent, et obtiennent sans mal de Jack Lang, leur propre ministère, un ministère qui s’il reste de la culture devient de fait des arts et du patrimoine. L’éducation populaire s’éloigne un peu plus de l’exigence culturelle et ne s’en sort pas trop mal pendant un temps. Elle trouve auprès des collectivités un soutien financier rendu possible par les lois de la décentralisation fiscale. Le problème, c’est que parallèlement la population est en train d’être conquise par l’industrie culturelle. Car le secteur concurrentiel a compris que la culture pouvait être un secteur rentable à part entière. Il en fait l’un de ses marchés préférentiel en produisant des moyens de divertissement de masse s’appuyant sur les grands médias irradiants. Du coup, si dans les années 1960 il était encore possible de convaincre les gens de sortir de chez eux, vingt ans plus tard, la plupart des foyers sont équipés de téléviseurs et voient de moins en moins l’utilité « d’aller à la culture ». De ce mouvement naît peu à peu une crise aussi bien pour le secteur artistique que pour celui de l’éducation populaire et il devient aujourd’hui urgent que les deux partenaires de jadis remettent l’ouvrage sur le métier et réfléchissent ensemble à des solutions qui ne peuvent être que collaboratives.

 

RS : Vous n’êtes pas le seul aujourd’hui à prôner le rapprochement de ces deux « pôles ». Mais pensez-vous que cela soit suffisant pour résoudre cette « perte de la dimension culturelle de l’être humain » que vous diagnostiquez chez l’Homme occidental, et par contamination de ses modes de vie chez tous les autres ?

 

AB : Il est vrai que l’Être Humain peine aujourd’hui à « faire culture » de ses découvertes et de ses modes de vie. « Faire culture », qui n’est pas pour moi le propre de l’Homme, consiste à rechercher une harmonie entre l’interprétation et l’imagination du monde. Mettre en place une action culturelle publique cohérente consiste donc à associer l’éducation, nationale ou populaire, et l’action artistique dans cette tentative d’interprétation et d’imagination du monde, non pas en les inféodant l’une à l’autre mais en les harmonisant.

C’est l’un des grands enjeux auquel nous devons faire face. On ne peut rester ni sur le pur explicatif ni sur le pur imaginaire. C’est du moins ce que j’ai compris en passant de l’action artistique à l’action scientifique, qui ont représenté chacune la moitié de ma vie professionnelle. Dans un monde dont plus personne ne peut ignorer la complexité, pour éviter une implosion liée à la peur de cette complexité révélée, dans les quartiers comme partout ailleurs, il faut développer une action culturelle et éducative prenant en compte l’interprétation et la représentation imaginaire. Il faut passer à une nouvelle ontologie en aidant les deux pôles à se réconcilier, à se régénérer l’un l’autre. On a besoin des artistes et de l’éducation populaire pour des expériences de mise en scène et de mise en sens, sur des plans à long terme. Il faut, d’une certaine façon, avoir une action culturelle à visée éducative et une action éducative à visée culturelle. Et que toute deux oeuvrent en partenariat, face à cette injustice sociale qui prive le plus grand nombre d’une authentique culture de découverte, alors que les industries culturelles les cantonnent dans une pratique culturelle de rabâchage des formes et des genres.

 

RS : Mais n’est-ce pas un peu utopique de considérer qu’il soit possible d’agir sur ces quartiers au travers de l’action culturelle, après toutes les expériences qui ont été tentées ?

 

AB : Les quartiers n’ont pas le choix. Ils ne peuvent se reposer sur aucun équilibre sociologique naturel. Ils se doivent de vivre en permanence des expériences et d’être dans une utopie transformatrice, pour avoir l’espoir que leur environnement se modifie un jour, que leur vie soit moins injuste. C’est pourquoi des formes culturelles innovantes émergent chaque jour dans les quartiers. On peut alors

se raccrocher à quelque chose, aller au-devant des gens en leur montrant qu’ils ont des ressources. Mais pour cela, il faut, au sens propre, les animer et s’appuyer sur des protocoles de rencontre, des projets d’action culturelle, qui fassent appel à des événements et à des gens exceptionnels, des gens issus notamment du monde artistique, de la recherche, mais aussi de l’ensemble des secteurs socio professionnels innovants. Et plus nous avons affaire à des populations en difficulté, plus nous devons avoir des projets ambitieux. Par exemple, s’il s’agit de jeunes, il faut les amener à entrer dans un véritable questionnement, puis à organiser un parcours de rencontre confrontant ce questionnement à des lieux et des personnes représentatifs de cette culture de découverte. Leur permettre ensuite d’organiser une restitution devant un vrai public comme une tentative de franchissement d’un point de non-retour. À ce moment, une sortie pour un spectacle artistiquement exigeant trouve naturellement sa place et n’intervient plus comme une sorte d’Olympe de fin de parcours d’animation plus ou moins inatteignable. S’il s’agit par exemple de femmes immigrées parlant mal le Français ; Comment les amener à découvrir qu’elles peuvent s’exprimer avant de leur faire découvrir que des auteurs se sont déjà exprimés sur les mêmes sujets ? En fait, il faut aider les gens à aller vers la création ou la recherche avec curiosité, détruire leurs à priori. Qu’ils puissent devenir

des individus mieux armés pour faire face à cette complexité inexorablement révélée et nécessairement un peu angoissante du monde.

Pour les acteurs culturels et éducatifs, cela signifie qu’il faut réfléchir à leurs pratiques, prendre du recul et, après avoir établi des postures communes, mettre en pratique une méthodologie complémentaire. Par exemple, savoir dimensionner l’ambition culturelle pour une « population défavorisée », c’est une posture. Bâtir un projet sur le questionnement, c’est une méthodologie. Ensuite, il faut modifier notre appréhension des partenariats, ne pas demander à l’une des parties d’être la supplétive de l’autre. Les actions doivent être conçues en commun et non pas soustraitées à l’un des acteurs ni envisagées comme des prestations. Enfin, il faut que les collectivités s’emparent politiquement de l’enjeu et ne visent pas seulement à mettre en place de l’« occupationnel » porté par l’espoir d’une paix sociale. Parce que avant tout l’enjeu de tout ça est la démocratie, le « vivre ensemble » entre individus issus

de plus en plus des quatre coins de la planète. Une démocratie qui ne soit pas uniquement délégataire ou uniquement participative, mais interactive entre les deux formes. Il s’agit finalement toujours de redonner une dimension politique à l’action culturelle.

 

Notes :

1 La Fondation 93 est un Centre de culture scientifique technique et industrielle. Les CCSTI sont nés il

y vingt-cinq ans dans le sillon des mouvements d’action culturelle et d’éducation populaire : leur

mission est de faire découvrir la science et ses enjeux à tous les publics.

2 Colloque « La banlieue, une ressource », 4 décembre 2007, Paris.

3 C’est à l’issue de leur congrès fondateur organisé à Saint-Etienne les 14 et 15 mai 1960 que

cinquante et une municipalités créent la Fédération nationale des centres culturels communaux

(FNCCC), rebaptisée depuis FNCC ou Fédération nationales des collectivités pour la culture.

4 Léopold Figuères, né en 1918, a été l'un des dirigeants nationaux des Jeunesses communistes. Il a été également maire de Malakoff de1965 à 1995.

 

© Recherche sociale 2008

Télécharger le texte au format .pdf

J’ai trouvé ce document sur le site de Philippe Meirieu (rubrique Forum) une vraie mine pour les esprits ouverts, les curieux, les chercheurs et les étudiants…

 

 

Post-scriptum (plutôt d’actualité)

 

Publié le 3 juillet par Laurent Eyraud-Chaume sur Mediapart

Repris d’une chronique parue le Jeudi 28 juin dans le journal l'Humanité, rubrique l'invité de la semaine.

 

Madame la Ministre de la culture, bienvenue.

Nous sommes très heureux de vous inviter à sortir de l'autoroute des luttes de places et des lieux à sigles. Bienvenue à la découverte de ce qui ne buzz pas, ce qui ne se quantifie pas en part de marché. Vous qui venez d'une famille populaire, comme la plus part des 99% que nous sommes, venez admirer ce qu'osent des comités d'entreprises, des syndicats pour mettre de l'art dans leurs entreprises. Venez comprendre comment s'invente une permanence artistique, déjà là, avec des bouts de ficelles. Venez découvrir l'autre chanson, les arts du récits, le théâtre forain et les soirées slams. Venez goûter les mots qui s'inventent dans les ateliers amateurs, les milliers de pratiquants du dimanche qui mettent de la création dans leurs vies. Venez lire les médias alternatifs et locaux, les livres des centaines de maisons d'éditions indépendantes. Venez parler avec les milliers de militants d'une culture du partage qui font vivre des lieux improbables, des cinémas d'arts et d'essais, des réseaux d'une culture numérique libre, des festivals immenses et minuscules.

 

Lire le texte (ça vaut le détour).

 

 

 

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1 juillet 2012 7 01 /07 /juillet /2012 20:52

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Il faut parfois faire confiance aux rapprochements que nous offrent les hasards de la vie, des déplacements ou de l’actualité.

Je participais, il y a quelques jours aux Estivales 2012 de l’ENSSIB, marquées d’une pierre blanche pour cause de 20ème anniversaire de l’Ecole.

Plus précisément à une rencontre scientifique dont le thème était La bibliothèque : faire société.

A cette occasion, tous les participants se sont vu remettre un exemplaire de la toute fraîche publication de l’Ecole :

 

Nous avons le plaisir de vous annoncer la publication d'un texte de Christian Jacob et Annette Wieviorka, édité à l'occasion des 20 ans de l'enssib.

La sollicitation à laquelle ont répondu spontanément et généreusement Annette Wieviorka et Christian Jacob avait pour objet le lien que les chercheurs ont avec les bibliothèques.
Annette Wieviorka a choisi de traiter des bibliothèques des hommes politiques, et, particulièrement, de celle de Maurice Thorez et de Jeannette Thorez-Veermeersch.
Christian Jacob s’est attelé à un exercice quasi oulipien : un abécédaire des bibliothèques, incomplet, forcément incomplet. Les deux textes présentés ici se renvoient l’un l’autre, comme en miroir : l’abécédaire pourrait être une sorte de viatique pour tout être doué de raison, et l’histoire de ces bibliothèques si particulières pourrait faire l’objet d’une série d’entrées presque à l’infini.

Consulter la fiche détaillée de l'ouvrage

Ce livre est la deuxième des quatre publications imaginées à l’occasion de l'anniversaire de l'École, pour fêter les bibliothèques et leurs passagers.

Les lecteurs de la Cité des sens seront sûrement intéressés par cet opus ou par la consultation du site http://www.fonds-thorez.ivry94.fr/thorez

 

Quoi qu’il en soit, je retiens la conclusion du texte d’Annette Wievorka que je me permets de reproduire ici :

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Quelques jours plus tard, hier samedi, je tombe dans le Libé de fin de semaine sur une tribune de Marcela Jacub, intitulée Changement de partenaire.

Consacrée à la compatibilité du métier de journaliste pour une épouse d’homme politique exerçant le pouvoir, elle décrypte  ce qui sous tend l’idée selon laquelle la compagne de François Hollande pourrait, malgré tout, publier de temps à autre des articles consacrés à « la culture ».

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(note 1.) François Hollande président, livre de photos légendées par Valérie Trierweiler, éd Le Cherche-Midi.

 

Sur la question de la dimension culturelle de la politique je renvoie aussi à une profonde réflexion déjà livrée ici :

 Nous sommes dans un pays qui a commencé son action culturelle par la conservation,  la protection des monuments, des institutions. Mais nous avons été très vite empêtres dans l’ambiguïté du mot culture. Durkheim définissait la culture comme les valeurs et les coutumes qui lient un groupe. Il faut rajouter à ce sens, comme Finkielkraut l’y invite, la transformation de l’héritage par la connaissance ou l’éducation. Lukacs a défini la culture comme « l’humanité de l’humain », propos terrible si l’on repense au moment où il a été écrit. A partir de ces définitions, je conçois la culture comme ce processus d’autocréation de l’homme par la culture, et j’essaie de travailler sur ce que cela signifie pour la démocratie. Il ne peut pas y avoir de projet de démocratie réelle s’il n’y a pas de place pour la culture et la création. L’Europe est une idée, non pas un territoire, c’est une véritable création qui doit, à mes yeux, se fonder sur ce que dit Lukacs.

Dans nos débats politiques, il faut que nous nous sentions obligés à un devoir d’humanité. La question est donc : quel statut donner à la création, et qu’entend-t-on par culture ? Après viennent les questions techniques de l’organisation du financement.

 

C Trautmann : Lumière sur l’Europe, in Culture publique, Opus 3, Sens et Tonka éd., 2005

 

 

Sur cette même page du 24 septembre 2011 de La Cité des sens, L’enjeu culturel de l’action politique, une interview en vidéo de Catherine Trautman sur la culture et la construction européenne.

 


 

 

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28 juin 2012 4 28 /06 /juin /2012 19:05

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Deux aspects de la médiation culturelle

Il est toujours bon de commencer par préciser ce dont  on veut parler.  Séparons en premier lieu deux aspects de la médiation culturelle : la médiation culturelle comme fait social et la médiation culturelle comme enseignement.

 

Au sein de l’université, on utilise médiation culturelle pour désigner une  discipline d’enseignement – comme on dit communication, ou cinéma ou théâtre. Nous tenons à préciser  que pour nous  la médiation culturelle est un fait social sur lequel nous appliquons des disciplines classiques : sociologie, histoire, histoire de l’art,  économie, ou des enseignements plus  pratiques : gestion et comptabilité,  gestion des ressources humaines, muséographie ….).  J’y reviendrai.

 Par ailleurs la médiation culturelle est un fait social dont il convient de cerner les contours. Commençons par la notion de médiation. La définition donnée sur le site de notre département me convient très bien parce qu’elle renvoie à une action. Parlant de nos étudiants, il est écrit :

 

« Ces professionnels se situent à l'interface entre les producteurs culturels (artistes, etc.) les publics et les institutions qui concourent à la diffusion de leurs œuvres. »

 

Faire de la médiation culturelle, c’est donc être à l’interface, construire une relation. Vous constaterez qu’il s’agit d’une relation à trois : les artistes, le public mais aussi les institutions. Il n’y a pas, en effet de productions culturelles sans institutions, publiques ou privées, qui soutiennent, diffusent et rendent possible l’œuvre de l’artiste. Le médiateur culturel est placé entre l’artiste et l’institution : dans le cas du projet culturel il fait par exemple la programmation d’un festival, d’une exposition… Dans ce cas, on le verra, des problèmes spécifiques se posent à lui : faire respecter l’artiste, mais aussi ne pas mettre son institution en danger. Par ailleurs, le médiateur culturel est au contact et à la recherche de publics. Il doit mettre en place les conditions pour que des publics très différents accèdent aux œuvres. Nous y reviendrons

 

Un long et précieux article sur cette question délicate, déjà assez sérieusement documentée sur la Cité des sens, à savoir le texte de la leçon inaugurale de Catherine Bertho-Lavenir

 

La médiation culturelle : Définitions Modalités

1ere conférence du cycle « La médiation culturelle : problématiques et perspectives »- Beyrouth-Université Libanaise-Département de langue et de Littérature française de la faculté de Lettres et de Sciences humaines. 13 juin 2012

Chers collègues,

 

J’entrerai sans préambules dans le vif du sujet qui nous rassemble aujourd’hui : qu’est-ce que la médiation culturelle ?

 

La question n’est pas purement rhétorique et revêt même une certaine forme d’urgence au moment où vous vous proposez de créer un cycle d’enseignement en ce domaine. Quel que soit le projet, avant de commencer il importe d’avoir réfléchi et d’être bien d’accord sur  ce que l’on veut faire. Vous vous posez des questions, je crois, sur l’utilité de cet enseignement en termes de débouchés professionnels et sur son contenu et sa légitimité en termes d’offre académique.

 

Accéder au texte de la conférence.

 

 On peut aussi lire Le retour du discernement, article du même auteur publié dans le dossier Pour une éthique de la médiation culturelle de la revue Raison présente (n° 177).

 

A ne pas manquer le site de MCA (Médiation culturelle association).

 

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  • Jean-Claude Pompougnac
  • Responsable du service de la recherche à la BPI (Centre Pompidou) puis conseiller au cabinet du Ministre de la culture (Jack Lang), j'ai dirigé ensuite la Délégation au développement et aux formations de ce même ministère. A l’issue d’une alternance politique, très élégamment remercié par Jacques Toubon arrivé rue de Valois je me suis vu offrir le poste de directeur de l'Institut français de Barcelone. Quatre ans après, le ministère des affaires étrangères a jugé mes compétences insuffisamment diplomatiques. En conséquence, à partir de 1999, j'ai dirigé la DRAC Centre à Orléans. Remercié par la Droite,. j'ai ensuite crée l'un des premiers EPCC, ARCADI en Île-de-France. Remercié par la Gauche je suis devenu  DAC de la ville de BONDY (93). Aujourd'hui consultant. Membre de l'Institut de coopération pour la culture et correspondant du Comité d'histoire du MCC où j'ai contribué à la conception de séminaires et de journées d'études.
  • Responsable du service de la recherche à la BPI (Centre Pompidou) puis conseiller au cabinet du Ministre de la culture (Jack Lang), j'ai dirigé ensuite la Délégation au développement et aux formations de ce même ministère. A l’issue d’une alternance politique, très élégamment remercié par Jacques Toubon arrivé rue de Valois je me suis vu offrir le poste de directeur de l'Institut français de Barcelone. Quatre ans après, le ministère des affaires étrangères a jugé mes compétences insuffisamment diplomatiques. En conséquence, à partir de 1999, j'ai dirigé la DRAC Centre à Orléans. Remercié par la Droite,. j'ai ensuite crée l'un des premiers EPCC, ARCADI en Île-de-France. Remercié par la Gauche je suis devenu DAC de la ville de BONDY (93). Aujourd'hui consultant. Membre de l'Institut de coopération pour la culture et correspondant du Comité d'histoire du MCC où j'ai contribué à la conception de séminaires et de journées d'études.

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