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9 juillet 2012 1 09 /07 /juillet /2012 19:57

 

 

 

Donner envie de relire les pages que Marcel Proust écrivit en préface à sa traduction de l’ouvrage de l’anglais John Ruskin Sésame et les Lys, Des Trésors des Rois, préface que l’on trouve aujourd’hui publié sous le titre Sur la lecture. ou en  fichier .pdf, à cette adresse, par exemple ou encore  à celle-ci

 

 

Ce qu’écrit Proust dans ce texte majeur (dont les premières pages consacrées à l’évocation des lectures d’enfance sont une merveilleuse miniature d’A la recherche du temps perdu) s’applique, me semble-t-il, à la culture (en un sens, il est vrai,  qui n’est peut-être pas le sens communément admis).

 

Pour nous, qui ne voulons ici que discuter en elle-même, et sans nous occuper de ses origines historiques, la thèse de Ruskin, nous pouvons la résumer assez exactement par ces mots de Descartes, que « la lecture de tous les bons livres est comme une conversation avec les plus honnêtes gens des siècles passés qui en ont été les auteurs.

 

En réalité, Proust  récuse cette analogie un peu convenue entre la lecture et la conversation :

 

Mais si je crois que la lecture, dans son essence originale, dans ce miracle fécond d'une communication au sein de la solitude, est quelque chose de plus, quelque chose d'autre que ce qu'a dit Ruskin, je ne crois pas malgré cela qu'on puisse lui reconnaître dans notre vie spirituelle le rôle prépondérant qu'il semble lui assigner.

 

Malgré de nouvelles excursions vers les lectures d’enfance, Proust tient solidement le fil qui unit selon lui lecture (culture, dirions nous) et vie spirituelle.


Et c'est là en effet un des grands et merveilleux caractères des beaux livres (et qui nous fera comprendre le rôle à la fois essentiel et limité que la lecture peut jouer dans notre vie spirituelle) que pour l'auteur ils pourraient s'appeler « Conclusions » et pour le lecteur « Incitations ». Nous sentons très bien que notre sagesse commence où celle de l'auteur finit, et nous voudrions qu'il nous donnât des réponses, quand tout ce qu'il peut faire est de nous donner des désirs. (…) Tel est le prix de la lecture et telle est aussi son insuffisance. C'est donner un trop grand rôle à ce qui n'est qu'une initiation d'en faire une discipline. La lecture est au seuil de la vie spirituelle; elle peut nous y introduire : elle ne la constitue pas.

 

Pour asseoir cette conviction, Proust fait état de son intérêt pour la psychologie et Les maladies de la volonté (il cite en note cet ouvrage de Théodule Ribot).

Il est cependant certains cas, certains cas pathologiques pour ainsi dire, de dépression spirituelle, où la lecture peut devenir une sorte de discipline curative et être chargée par des incitations répétées de réintroduire perpétuellement un esprit paresseux dans la vie de l'esprit. Les livres jouent alors auprès de lui un rôle analogue à celui des psychothérapeutes auprès de certains neurasthéniques.

On sait que, dans certaines affections du système nerveux, le malade, sans qu'aucun de ses organes soit lui-même atteint, est enlisé dans une sorte d'impossibilité de vouloir, comme dans une ornière profonde d'où il ne peut se tirer seul, et où il finirait par dépérir, si une main puissante et secourable ne lui était tendue. Son cerveau, ses jambes, ses poumons, son estomac, sont intacts. Il n'a aucune incapacité réelle de travailler, de marcher, de s'exposer au froid, de manger. Mais ces différents actes, qu'il serait très capable d'accomplir, il est incapable de les vouloir. Et une déchéance organique qui finirait par devenir l'équivalent des maladies qu'il n'a pas serait la conséquence irrémédiable de l'inertie de sa volonté, si l'impulsion qu'il ne peut trouver en lui-même ne lui venait de dehors, d'un médecin qui voudra pour lui, jusqu'à ce qu’il ait peu à peu rééduqué ses divers vouloirs organiques. Or, il existe certains esprits qu'on pourrait comparer à ces malades et qu'une sorte de paresse (5) ou de frivolité empêche de descendre spontanément dans les régions profondes de soi-même où commence la véritable vie de l'esprit. Ce n'est pas qu'une fois qu'on les y a conduits ils ne soient capables d'y découvrir et d'y exploiter de véritables richesses, mais, sans cette intervention étrangère, ils vivent à la surface dans un perpétuel oubli d'eux-mêmes, dans une sorte de passivité qui les rend le jouet de tous les plaisirs, les diminue à la taille de ceux qui les entourent et les agitent, et, pareils à ce gentilhomme qui, partageant depuis son enfance la vie des voleurs de grand chemin, avait, pour avoir depuis trop longtemps cessé de le porter, oublié jusqu’à son nom, ils finiraient par abolir en eux tout sentiment et tout souvenir de leur noblesse spirituelle, si une impulsion extérieure ne venait les réintroduire en quelque sorte de force dans la vie de l'esprit, où ils retrouvent subitement la puissance de penser par eux-mêmes et de créer. Or cette impulsion que l'esprit paresseux ne peut trouver en lui-même et qui doit lui venir d'autrui, il est clair qu'il doit la recevoir au sein de la solitude hors de laquelle, nous l'avons vu, ne peut se produire cette activité créatrice qu'il s'agit précisément de ressusciter en lui. De la pure solitude l'esprit paresseux ne pourrait rien tirer, puisqu'il est incapable de mettre de lui-même en branle son activité créatrice. Mais la conversation la plus élevée, les conseils les plus pressants ne lui serviraient non plus à rien, puisque cette activité originale ils ne peuvent la produire directement. Ce qu'il faut donc, c'est une intervention qui, tout en venant d'un autre, se produise au fond de nous-mêmes, c'est bien l'impulsion d'un autre esprit, mais reçue au sein de la solitude. Or nous avons vu que c'était précisément là la définition de la lecture, et qu'à la lecture seule elle convenait. La seule discipline qui puisse exercer une influence favorable sur de tels esprits, c'est donc la lecture : ce qu'il fallait démontrer, comme disent les géomètres.

 

 

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Published by J.C. POmpougnac Jean-Claude Pompougnac - dans La chose artistique
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4 juillet 2012 3 04 /07 /juillet /2012 09:00

J’évoquais dans ma précédente note le récent travail d'Annette Wieviorka publié par les presses de l’ENSSIB

Annette Wieviorka a choisi de traiter des bibliothèques des hommes politiques, et, particulièrement, de celle de Maurice Thorez et de Jeannette Thorez-Veermeersch.

Je viens de retrouver dans mes archives un témoignage d’une époque précédente des relations entre culture et politique déjà publié ici...

entre le Manifeste de  Villeurbanne (mai 1968)et la déclaration finale du Colloque d’Arc et Senans ; 1972) 

Redonner une dimension politique à l’action culturelle

Alain Berestetsky

Article paru dans la revue Recherche sociale,

n° 187 (2008)

propos recueillis par Sylvie Malsan.

 

Homme de théâtre puis directeur des affaires culturelles de la ville de Bagnolet, Alain Berestetsky a dirigé jusqu’en 2008 la Fondation 93, une association loi 1901 qu’il a créée en 1982 pour participer au développement de la culture scientifique et technique (1). Au cours de cet entretien, nous revenons avec lui sur les origines de la séparation entre les mondes de la création artistique et de l’éducation populaire pour tenter ensuite de redéfinir les formes que l’action culturelle pourrait prendre aujourd’hui.

 

Recherche sociale : Au cours d’une rencontre organisée par Profession banlieue (2), vous avez évoqué le comité du PCF en 1966 sur la question des idéologies et de la culture qui, tout en reconnaissant la liberté artistique, a conforté une scission entre le mouvement social et les artistes. Est-ce que vous pouvez préciser ?

 

Alain Berestetsky : Il faut revenir un peu en arrière. Dans les années 1950, le PCF, comme le reste de la société, vit une vraie crise de modernité. Il est resté très inféodé à l’URSS, mais de plus en plus de militants issus du monde intellectuel, qui s’étaient rassemblés autour du Parti après-guerre, contestent ses positions radicales.

Il continue à apparaître pour beaucoup comme totalitaire. Il convient de modifier en profondeur cette image.

C’est la tâche que se donne son comité central d’Argenteuil du 13 mars 1966.

Il a pour objet de traiter des « problèmes idéologiques et culturels ». Au-delà d’une série de questions d’influence interne entre notamment Aragon, Althusser, Garaudy… Ce comité central permettra d’adopter une résolution affirmant le principe de l’indépendance des artistes vis-à-vis du mouvement social et politique.

Désormais, les créateurs ne seront plus inféodés à une culture ouvrière de référence. Cette ouverture du PCF signifie pour les intellectuels et les artistes qu’ils peuvent enfin lui faire confiance, qu’ils peuvent y rester ou y entrer sans risque de se faire absorber ou exclure. Les maires des villes de la banlieue parisienne seront les plus dynamiques à défendre et animer les idées de ce comité central. Ils ouvriront leurs portes aux créateurs, notamment à Saint-Denis, Malakoff, Aubervilliers, Nanterre…

Dans le même temps, de nombreuses collectivités territoriales entrent dans un mouvement de défense de la culture, pour le coup dédouané d’une image partisane.

Certains élus se rassemblent autour de la revendication d’« un maire adjoint à la culture dans chaque ville de plus de 10 000 habitants » ainsi que du fameux « un pour cent » du budget de l’Etat pour la culture (3). La culture trouve enfin des interlocuteurs de terrain pour une véritable décentralisation.

 

RS : Ce mouvement va donc dans le sens du projet de Malraux ?

 

AB : L’émergence de la culture comme domaine séparé est déjà en place depuis la création en 1959 du ministère des affaires culturelles dirigé par André Malraux. Le projet d’origine, soutenu par le premier directeur des Arts et des Lettres, et ami de Malraux : Gaëtan Picon, prennait en compte les forces de l’éducation populaire. Mais les revendications de la Jeunesse et des Sports, en séparant les associations du champs culturel, vont creuser l’écart entre éducation populaire et monde artistique. Les artistes revendiquent des territoires d’intervention bien à eux.

De leur côté, les associations d’éducation populaire, plus aussi innovantes par rapport à l’Education nationale dont les méthodes ont évolué, s’investissent dans le socioculturel de loisir. Pour avoir travaillé comme homme de théâtre à Malakoff, ville de Léo Figuères (4), un des participants majeurs du Comité central du PC, je peux attester, qu’à l’époque, la troupe de théâtre dont je fais partie est en guerre contre nombre d’associations d’éducation populaire qui affirment que ce que l’on fait est trop élitiste pour le peuple.

En fait, si les uns et les autres visent un même objectif d’émancipation populaire par la culture, chacun finit par se laisser enfermer dans ses propres truismes. Les artistes affirment que l’art est transformateur par essence alors que, pour les associations d’éducation populaire, c’est la pratique qui conduit nécessairement à une ouverture d’esprit. L’art radicalise son propos et les associations, en essayant de répondre à une demande croissante d’animation et d’accompagnement social de la crise, deviennent souvent de simples prestataires et perdent de vue leur objectif de transformation sociale. Pour les deux parties, au bout du compte, s’il y a professionnalisation, il y a perte de sens.

 

RS : Oui, mais est-ce que le nouveau gouvernement socialiste, dans les années 1980, n’a pas donné à la culture la place qui était attendue ?

 

AB : L’arrivée de la gauche au pouvoir a au contraire augmenté ce clivage.

Les artistes revendiquent, et obtiennent sans mal de Jack Lang, leur propre ministère, un ministère qui s’il reste de la culture devient de fait des arts et du patrimoine. L’éducation populaire s’éloigne un peu plus de l’exigence culturelle et ne s’en sort pas trop mal pendant un temps. Elle trouve auprès des collectivités un soutien financier rendu possible par les lois de la décentralisation fiscale. Le problème, c’est que parallèlement la population est en train d’être conquise par l’industrie culturelle. Car le secteur concurrentiel a compris que la culture pouvait être un secteur rentable à part entière. Il en fait l’un de ses marchés préférentiel en produisant des moyens de divertissement de masse s’appuyant sur les grands médias irradiants. Du coup, si dans les années 1960 il était encore possible de convaincre les gens de sortir de chez eux, vingt ans plus tard, la plupart des foyers sont équipés de téléviseurs et voient de moins en moins l’utilité « d’aller à la culture ». De ce mouvement naît peu à peu une crise aussi bien pour le secteur artistique que pour celui de l’éducation populaire et il devient aujourd’hui urgent que les deux partenaires de jadis remettent l’ouvrage sur le métier et réfléchissent ensemble à des solutions qui ne peuvent être que collaboratives.

 

RS : Vous n’êtes pas le seul aujourd’hui à prôner le rapprochement de ces deux « pôles ». Mais pensez-vous que cela soit suffisant pour résoudre cette « perte de la dimension culturelle de l’être humain » que vous diagnostiquez chez l’Homme occidental, et par contamination de ses modes de vie chez tous les autres ?

 

AB : Il est vrai que l’Être Humain peine aujourd’hui à « faire culture » de ses découvertes et de ses modes de vie. « Faire culture », qui n’est pas pour moi le propre de l’Homme, consiste à rechercher une harmonie entre l’interprétation et l’imagination du monde. Mettre en place une action culturelle publique cohérente consiste donc à associer l’éducation, nationale ou populaire, et l’action artistique dans cette tentative d’interprétation et d’imagination du monde, non pas en les inféodant l’une à l’autre mais en les harmonisant.

C’est l’un des grands enjeux auquel nous devons faire face. On ne peut rester ni sur le pur explicatif ni sur le pur imaginaire. C’est du moins ce que j’ai compris en passant de l’action artistique à l’action scientifique, qui ont représenté chacune la moitié de ma vie professionnelle. Dans un monde dont plus personne ne peut ignorer la complexité, pour éviter une implosion liée à la peur de cette complexité révélée, dans les quartiers comme partout ailleurs, il faut développer une action culturelle et éducative prenant en compte l’interprétation et la représentation imaginaire. Il faut passer à une nouvelle ontologie en aidant les deux pôles à se réconcilier, à se régénérer l’un l’autre. On a besoin des artistes et de l’éducation populaire pour des expériences de mise en scène et de mise en sens, sur des plans à long terme. Il faut, d’une certaine façon, avoir une action culturelle à visée éducative et une action éducative à visée culturelle. Et que toute deux oeuvrent en partenariat, face à cette injustice sociale qui prive le plus grand nombre d’une authentique culture de découverte, alors que les industries culturelles les cantonnent dans une pratique culturelle de rabâchage des formes et des genres.

 

RS : Mais n’est-ce pas un peu utopique de considérer qu’il soit possible d’agir sur ces quartiers au travers de l’action culturelle, après toutes les expériences qui ont été tentées ?

 

AB : Les quartiers n’ont pas le choix. Ils ne peuvent se reposer sur aucun équilibre sociologique naturel. Ils se doivent de vivre en permanence des expériences et d’être dans une utopie transformatrice, pour avoir l’espoir que leur environnement se modifie un jour, que leur vie soit moins injuste. C’est pourquoi des formes culturelles innovantes émergent chaque jour dans les quartiers. On peut alors

se raccrocher à quelque chose, aller au-devant des gens en leur montrant qu’ils ont des ressources. Mais pour cela, il faut, au sens propre, les animer et s’appuyer sur des protocoles de rencontre, des projets d’action culturelle, qui fassent appel à des événements et à des gens exceptionnels, des gens issus notamment du monde artistique, de la recherche, mais aussi de l’ensemble des secteurs socio professionnels innovants. Et plus nous avons affaire à des populations en difficulté, plus nous devons avoir des projets ambitieux. Par exemple, s’il s’agit de jeunes, il faut les amener à entrer dans un véritable questionnement, puis à organiser un parcours de rencontre confrontant ce questionnement à des lieux et des personnes représentatifs de cette culture de découverte. Leur permettre ensuite d’organiser une restitution devant un vrai public comme une tentative de franchissement d’un point de non-retour. À ce moment, une sortie pour un spectacle artistiquement exigeant trouve naturellement sa place et n’intervient plus comme une sorte d’Olympe de fin de parcours d’animation plus ou moins inatteignable. S’il s’agit par exemple de femmes immigrées parlant mal le Français ; Comment les amener à découvrir qu’elles peuvent s’exprimer avant de leur faire découvrir que des auteurs se sont déjà exprimés sur les mêmes sujets ? En fait, il faut aider les gens à aller vers la création ou la recherche avec curiosité, détruire leurs à priori. Qu’ils puissent devenir

des individus mieux armés pour faire face à cette complexité inexorablement révélée et nécessairement un peu angoissante du monde.

Pour les acteurs culturels et éducatifs, cela signifie qu’il faut réfléchir à leurs pratiques, prendre du recul et, après avoir établi des postures communes, mettre en pratique une méthodologie complémentaire. Par exemple, savoir dimensionner l’ambition culturelle pour une « population défavorisée », c’est une posture. Bâtir un projet sur le questionnement, c’est une méthodologie. Ensuite, il faut modifier notre appréhension des partenariats, ne pas demander à l’une des parties d’être la supplétive de l’autre. Les actions doivent être conçues en commun et non pas soustraitées à l’un des acteurs ni envisagées comme des prestations. Enfin, il faut que les collectivités s’emparent politiquement de l’enjeu et ne visent pas seulement à mettre en place de l’« occupationnel » porté par l’espoir d’une paix sociale. Parce que avant tout l’enjeu de tout ça est la démocratie, le « vivre ensemble » entre individus issus

de plus en plus des quatre coins de la planète. Une démocratie qui ne soit pas uniquement délégataire ou uniquement participative, mais interactive entre les deux formes. Il s’agit finalement toujours de redonner une dimension politique à l’action culturelle.

 

Notes :

1 La Fondation 93 est un Centre de culture scientifique technique et industrielle. Les CCSTI sont nés il

y vingt-cinq ans dans le sillon des mouvements d’action culturelle et d’éducation populaire : leur

mission est de faire découvrir la science et ses enjeux à tous les publics.

2 Colloque « La banlieue, une ressource », 4 décembre 2007, Paris.

3 C’est à l’issue de leur congrès fondateur organisé à Saint-Etienne les 14 et 15 mai 1960 que

cinquante et une municipalités créent la Fédération nationale des centres culturels communaux

(FNCCC), rebaptisée depuis FNCC ou Fédération nationales des collectivités pour la culture.

4 Léopold Figuères, né en 1918, a été l'un des dirigeants nationaux des Jeunesses communistes. Il a été également maire de Malakoff de1965 à 1995.

 

© Recherche sociale 2008

Télécharger le texte au format .pdf

J’ai trouvé ce document sur le site de Philippe Meirieu (rubrique Forum) une vraie mine pour les esprits ouverts, les curieux, les chercheurs et les étudiants…

 

 

Post-scriptum (plutôt d’actualité)

 

Publié le 3 juillet par Laurent Eyraud-Chaume sur Mediapart

Repris d’une chronique parue le Jeudi 28 juin dans le journal l'Humanité, rubrique l'invité de la semaine.

 

Madame la Ministre de la culture, bienvenue.

Nous sommes très heureux de vous inviter à sortir de l'autoroute des luttes de places et des lieux à sigles. Bienvenue à la découverte de ce qui ne buzz pas, ce qui ne se quantifie pas en part de marché. Vous qui venez d'une famille populaire, comme la plus part des 99% que nous sommes, venez admirer ce qu'osent des comités d'entreprises, des syndicats pour mettre de l'art dans leurs entreprises. Venez comprendre comment s'invente une permanence artistique, déjà là, avec des bouts de ficelles. Venez découvrir l'autre chanson, les arts du récits, le théâtre forain et les soirées slams. Venez goûter les mots qui s'inventent dans les ateliers amateurs, les milliers de pratiquants du dimanche qui mettent de la création dans leurs vies. Venez lire les médias alternatifs et locaux, les livres des centaines de maisons d'éditions indépendantes. Venez parler avec les milliers de militants d'une culture du partage qui font vivre des lieux improbables, des cinémas d'arts et d'essais, des réseaux d'une culture numérique libre, des festivals immenses et minuscules.

 

Lire le texte (ça vaut le détour).

 

 

 

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Published by J.C. POmpougnac Jean-Claude Pompougnac - dans Les politiques culturelles en débat Lecture et biblis
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1 juillet 2012 7 01 /07 /juillet /2012 20:52

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Il faut parfois faire confiance aux rapprochements que nous offrent les hasards de la vie, des déplacements ou de l’actualité.

Je participais, il y a quelques jours aux Estivales 2012 de l’ENSSIB, marquées d’une pierre blanche pour cause de 20ème anniversaire de l’Ecole.

Plus précisément à une rencontre scientifique dont le thème était La bibliothèque : faire société.

A cette occasion, tous les participants se sont vu remettre un exemplaire de la toute fraîche publication de l’Ecole :

 

Nous avons le plaisir de vous annoncer la publication d'un texte de Christian Jacob et Annette Wieviorka, édité à l'occasion des 20 ans de l'enssib.

La sollicitation à laquelle ont répondu spontanément et généreusement Annette Wieviorka et Christian Jacob avait pour objet le lien que les chercheurs ont avec les bibliothèques.
Annette Wieviorka a choisi de traiter des bibliothèques des hommes politiques, et, particulièrement, de celle de Maurice Thorez et de Jeannette Thorez-Veermeersch.
Christian Jacob s’est attelé à un exercice quasi oulipien : un abécédaire des bibliothèques, incomplet, forcément incomplet. Les deux textes présentés ici se renvoient l’un l’autre, comme en miroir : l’abécédaire pourrait être une sorte de viatique pour tout être doué de raison, et l’histoire de ces bibliothèques si particulières pourrait faire l’objet d’une série d’entrées presque à l’infini.

Consulter la fiche détaillée de l'ouvrage

Ce livre est la deuxième des quatre publications imaginées à l’occasion de l'anniversaire de l'École, pour fêter les bibliothèques et leurs passagers.

Les lecteurs de la Cité des sens seront sûrement intéressés par cet opus ou par la consultation du site http://www.fonds-thorez.ivry94.fr/thorez

 

Quoi qu’il en soit, je retiens la conclusion du texte d’Annette Wievorka que je me permets de reproduire ici :

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Quelques jours plus tard, hier samedi, je tombe dans le Libé de fin de semaine sur une tribune de Marcela Jacub, intitulée Changement de partenaire.

Consacrée à la compatibilité du métier de journaliste pour une épouse d’homme politique exerçant le pouvoir, elle décrypte  ce qui sous tend l’idée selon laquelle la compagne de François Hollande pourrait, malgré tout, publier de temps à autre des articles consacrés à « la culture ».

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(note 1.) François Hollande président, livre de photos légendées par Valérie Trierweiler, éd Le Cherche-Midi.

 

Sur la question de la dimension culturelle de la politique je renvoie aussi à une profonde réflexion déjà livrée ici :

 Nous sommes dans un pays qui a commencé son action culturelle par la conservation,  la protection des monuments, des institutions. Mais nous avons été très vite empêtres dans l’ambiguïté du mot culture. Durkheim définissait la culture comme les valeurs et les coutumes qui lient un groupe. Il faut rajouter à ce sens, comme Finkielkraut l’y invite, la transformation de l’héritage par la connaissance ou l’éducation. Lukacs a défini la culture comme « l’humanité de l’humain », propos terrible si l’on repense au moment où il a été écrit. A partir de ces définitions, je conçois la culture comme ce processus d’autocréation de l’homme par la culture, et j’essaie de travailler sur ce que cela signifie pour la démocratie. Il ne peut pas y avoir de projet de démocratie réelle s’il n’y a pas de place pour la culture et la création. L’Europe est une idée, non pas un territoire, c’est une véritable création qui doit, à mes yeux, se fonder sur ce que dit Lukacs.

Dans nos débats politiques, il faut que nous nous sentions obligés à un devoir d’humanité. La question est donc : quel statut donner à la création, et qu’entend-t-on par culture ? Après viennent les questions techniques de l’organisation du financement.

 

C Trautmann : Lumière sur l’Europe, in Culture publique, Opus 3, Sens et Tonka éd., 2005

 

 

Sur cette même page du 24 septembre 2011 de La Cité des sens, L’enjeu culturel de l’action politique, une interview en vidéo de Catherine Trautman sur la culture et la construction européenne.

 


 

 

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28 juin 2012 4 28 /06 /juin /2012 19:05

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Deux aspects de la médiation culturelle

Il est toujours bon de commencer par préciser ce dont  on veut parler.  Séparons en premier lieu deux aspects de la médiation culturelle : la médiation culturelle comme fait social et la médiation culturelle comme enseignement.

 

Au sein de l’université, on utilise médiation culturelle pour désigner une  discipline d’enseignement – comme on dit communication, ou cinéma ou théâtre. Nous tenons à préciser  que pour nous  la médiation culturelle est un fait social sur lequel nous appliquons des disciplines classiques : sociologie, histoire, histoire de l’art,  économie, ou des enseignements plus  pratiques : gestion et comptabilité,  gestion des ressources humaines, muséographie ….).  J’y reviendrai.

 Par ailleurs la médiation culturelle est un fait social dont il convient de cerner les contours. Commençons par la notion de médiation. La définition donnée sur le site de notre département me convient très bien parce qu’elle renvoie à une action. Parlant de nos étudiants, il est écrit :

 

« Ces professionnels se situent à l'interface entre les producteurs culturels (artistes, etc.) les publics et les institutions qui concourent à la diffusion de leurs œuvres. »

 

Faire de la médiation culturelle, c’est donc être à l’interface, construire une relation. Vous constaterez qu’il s’agit d’une relation à trois : les artistes, le public mais aussi les institutions. Il n’y a pas, en effet de productions culturelles sans institutions, publiques ou privées, qui soutiennent, diffusent et rendent possible l’œuvre de l’artiste. Le médiateur culturel est placé entre l’artiste et l’institution : dans le cas du projet culturel il fait par exemple la programmation d’un festival, d’une exposition… Dans ce cas, on le verra, des problèmes spécifiques se posent à lui : faire respecter l’artiste, mais aussi ne pas mettre son institution en danger. Par ailleurs, le médiateur culturel est au contact et à la recherche de publics. Il doit mettre en place les conditions pour que des publics très différents accèdent aux œuvres. Nous y reviendrons

 

Un long et précieux article sur cette question délicate, déjà assez sérieusement documentée sur la Cité des sens, à savoir le texte de la leçon inaugurale de Catherine Bertho-Lavenir

 

La médiation culturelle : Définitions Modalités

1ere conférence du cycle « La médiation culturelle : problématiques et perspectives »- Beyrouth-Université Libanaise-Département de langue et de Littérature française de la faculté de Lettres et de Sciences humaines. 13 juin 2012

Chers collègues,

 

J’entrerai sans préambules dans le vif du sujet qui nous rassemble aujourd’hui : qu’est-ce que la médiation culturelle ?

 

La question n’est pas purement rhétorique et revêt même une certaine forme d’urgence au moment où vous vous proposez de créer un cycle d’enseignement en ce domaine. Quel que soit le projet, avant de commencer il importe d’avoir réfléchi et d’être bien d’accord sur  ce que l’on veut faire. Vous vous posez des questions, je crois, sur l’utilité de cet enseignement en termes de débouchés professionnels et sur son contenu et sa légitimité en termes d’offre académique.

 

Accéder au texte de la conférence.

 

 On peut aussi lire Le retour du discernement, article du même auteur publié dans le dossier Pour une éthique de la médiation culturelle de la revue Raison présente (n° 177).

 

A ne pas manquer le site de MCA (Médiation culturelle association).

 

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19 juin 2012 2 19 /06 /juin /2012 10:20

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13 juin 2012 3 13 /06 /juin /2012 12:46

La Cité des sens 2

 

Un blog, c’est comme ça, on n’y peut pas grand-chose, c’est du genre au jour le jour, une note chasse l’autre et ainsi de suite. On finit par ne plus s’y retrouver…

Essayons donc de récapituler et, si possible, de mettre un peu d’ordre dans quelques réflexions et références relayées ici, ces derniers temps, autour d’une question lancinante : est-il possible de sortir les politiques culturelles des formes de routinisation gestionnaire qui les affectent depuis un certain temps?  Ou encore, face brillante de la même triste médaille, comment en finir avec la vaine grandiloquence trop souvent de  mise lorsqu'il s'agit de ce que l'on nomme la culture ?

 

On est ici attentif aux pas de côté, aux tentatives de redonner un sens à l’action publique, à la nécessaire attention aux initiatives de la société civile, bref aux vigiles insolents et aux guetteurs intempestifs.

 

Principe n° 1 : remettre politiquement en question l’approche sectorielle de la culture

Principe n° 2 : certes, il faut soutenir la création mais la question de la transmission est non moins fondamentale.

Principe n° 3 : si l’on veut que le service public soit non seulement « défendu » mais développé, il faut en conforter l’impératif dans le cadre de la construction européenne.

Principe numéro 4 : la culture dans la décentralisation, c’est la coopération.

Principe n° 5 : promouvoir le développement culturel durable c’est mettre la responsabilité, la démocratie et la solidarité au poste de commandement.

Principe 6 : créer à la fois les conditions politiques qui mettent fin au désenchantement morose qui affecte le monde de l’art et les conditions culturelles qui redonnent sens à l‘action politique.

Principe 7 : le principe de l’égale dignité des personnes doit être le fondement légitime de toute politique culturelle.


 Juin 2012

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11 juin 2012 1 11 /06 /juin /2012 19:22

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LE POLITIQUE, L'ARTISTE ET LE GESTIONNAIRE. (RE) CONFIGURATIONS LOCALES ET (DÉ) POLITISATION DE LA CULTURE

Vincent Dubois, avec Clément Bastien, Audrey Freyermuth et Kévin Matz

Éditeur : EDITIONS DU CROQUANT

L’action publique, nationale et locale, dans le domaine de la culture a été largement développée depuis les années 1960. D’une certaine manière, on peut dire qu’il est question, en ce domaine, d’une politisation de la culture, à moins d’ailleurs qu’il ne s’agisse plus précisément d’une politisation du thème de la culture et des obligations des institutions en ce domaine, ce que sans doute cet ouvrage ne fouille pas assez. Il n’empêche, durant ce temps, les rapports des agents sociaux avec le champ culturel se sont modifiés. Les orientations des politiques culturelles ont suivi le même chemin. Et la question se pose de savoir si ces changements ont eu des répercussions sur le mode de fonctionnement du champ culturel (lesquels et au profit de quoi).

Afin d’explorer ces mutations, cet ouvrage, dirigé par un professeur à l’université de Strasbourg, interroge les politiques culturelles locales en France.

(…)

Du point de vue conceptuel, on pourrait réduire cette thématique à la traditionnelle analyse des rapports de l’art et de la ou du politique. Mais ce ne serait pas juste. L’ouvrage est plus subtil. Il produit plus exactement une "analyse localisée des rapports entre culture et politique" qui s’efforce de "rendre compte des configurations qui dessinent, à un moment donné, l’espace et la structure dynamique des relations entre agents sociaux engagés à divers titres dans la production d’une politique culturelle". Ces configurations doivent être étudiées, non seulement parce qu’elles éclairent les relations arts/culture et politique, mais encore parce qu’elles permettent d’éviter les schémas les plus usés d’une confrontation face à face entre l’artiste et le politique, alors que ces relations, localement (et sans aucun doute aussi nationalement), sont tissées de connivences et d’oppositions, d’interactions directes et indirectes, d’interdépendances et de médiations que l’on ne peut nullement ignorer.

(…)

Ce que cet ouvrage observe avec pertinence, c’est que la politisation réussie des questions culturelles en vue du développement de l’intervention publique conduit à l’institutionnaliser, c’est-à-dire à lui conférer des structures, des agents et des logiques spécifiques qui finalement l’autonomisent des investissements politiques qui en étaient l’origine. Dès lors, on pourrait sans doute parler, ainsi que le font les auteurs, d’une dépolitisation de l’action culturelle, ou sans doute mieux d’un déplacement de la politisation.

En effet, cela ne va pas sans entraîner des mutations profondes. Les horizons politiques de l’action culturelle sont alors retraduits dans le langage des professionnels de la culture ou de l’action publique territoriale. On en a des exemples à travers le déploiement de la "politique de la ville", ou plus récemment de la politique du "développement durable" et de la "diversité culturelle". Au cours de la période considérée, les systèmes de relations constitutifs des politiques culturelles locales et les systèmes de croyance et de justification qui y correspondent se sont trouvés partagés en deux : aux politiques élus la définition des grandes lignes politiques de l’action ; aux acteurs culturels le choix des contenus.

La caractéristique majeure avancée par cet ouvrage est la suivante : l’action culturelle locale s’est progressivement institutionnalisée, depuis les années 1980. Elle a été constituée en un ordre spécifique de pratiques, détaché des secteurs auxquels elle était traditionnellement associée (jeunesse, éducation, sport) ainsi que des personnels qui lui portaient attention (instituteurs, associatifs, militants). Dans le même mouvement, montrent les auteurs, un travail de formalisation, opéré dans de multiples sites (localement, mais aussi dans des revues, des colloques et des formations), a contribué à homogénéiser le sens des pratiques en les dotant de finalités exclusivement culturelles. Et de nouveaux agents ont prétendu au monopole de la pratique légitime en la matière.

Le prisme au travers duquel ces mouvements sont interprétés est cependant plus large encore. Car l’idée centrale manifestée et défendue par le directeur de la publication est celle-ci : cette mutation de la sphère culturelle en institution a correspondu à un double mouvement, lequel a consisté à imposer le deuil des utopies culturelles et politiques des partis des années 1950 et à déposséder les agents sociaux qui, dans les années 1960-70, se mobilisaient encore pour le développement de politiques culturelles.

 (...)

Où l’on perçoit aussi un des enjeux de cette traversée historico-sociale. Elle se constitue un modèle de la politique culturelle locale à l’aune duquel elle jauge de l’institutionnalisation de la culture. Ce que l’ouvrage désigne comme fondement, le rapport "au populaire", se trouverait par conséquent écarté, soit sous la forme d’une ignorance délibérée désormais, soit sous la forme d’une ethnographisation des pratiques populaires. En arrière fond du commentaire : les stratégies de récupération du champ universitaire par rapport à ces pratiques.

Enfin, on remarquera rapidement que les commentaires prennent aussi l’art contemporain comme aune de cette dépolitisation, puisqu’ils affirment largement que l’importation de l’art contemporain dans les politiques locales marque ce processus de refoulement du populaire du signe d’un écart violent.
Ce qui ne signifie évidemment pas que l’on puisse se dispenser des apports de l’ouvrage. Le sérieux des analyses, les terrains relevés, les questions brassées – qui vont des dilemmes de cette institutionnalisation au mécénat d’entreprise (substitut des politiques municipales) en passant par les fondements politiques de l’intercommunalité culturelle -, ne peuvent laisser indifférent et donnent matière à une large compréhension des mutations de la sphère culturelle sur les 30 dernières années. De plus, les travaux vont jusqu’à mettre au jour les nouveaux enjeux des luttes intra-locales concernant la sphère de la culture. Ce n’est pas pour rien que les interventions directes, désormais, d’élus locaux dans l’organisation, la nomination du personnel, l’allocation des ressources ou la programmation de structures culturelles se multiplient. Ces interventions rompent avec deux pratiques connues : celles qui étaient instaurées auparavant dans le cadre des pratiques de partis, et celles qui accordaient l’indépendance aux professionnels de la culture. Double rupture qui, de nos jours, aboutit à ces censures d’expositions dans le cadre des villes sur l’ordre des maires ou des adjoints à la culture. Rupture que l’Observatoire de la liberté de création a pour rôle de surveiller de près pour en dénoncer publiquement les méfaits et obtenir les réparations requises au profit non seulement des œuvres d’art, mais surtout des publics qui ont le droit de se faire eux-mêmes un avis sur les affaires culturelles. Ce qui est clairement décisif, c’est de mettre au jour les différents registres par lesquels les élus s’autorisent des interventions, et les profits politiques qu’ils peuvent en escompter.

En somme, nous tenons là le premier ouvrage synthétique – assorti d’une méthodologie et donc ouvert sur d’autres recherches à entreprendre – portant sur les conditions locales d’émergence des "affaires culturelles". Certes, les situations locales sont variées, et tant mieux si d’autres ouvrages éclairent encore ce phénomène. Mais globalement, se déploie sous nos yeux une histoire qui, partant d’une politisation spécifique de la culture aboutit à sa repolitisation sous une autre forme. La politisation actuelle des politiques culturelles, dans la structure de l’espace culturel local, n’est pas identique à la politique des premiers acteurs culturels des municipalités de gauche au sortir de la Guerre. La situation actuelle nous place devant des affaires culturelles qui se sont autonomisées par rapport aux personnels politiques, tout en pouvant recevoir le soutien du ministère de la Culture qui a évolué dans le même temps. L’ouvrage répertorie d’ailleurs fort bien les arguments centraux utilisés par les élus dans les grandes affaires culturelles (conflictuelles) du temps. Entre "difficultés budgétaires" et "problèmes de sécurité", les contenus culturels visés peuvent largement être pris à parti. Et parmi les arguments les plus décisifs, bien sûr : l’argument d’autorité politique, les atteintes à la morale et l’absence pure et simple d’argumentation.

© Christian RUBY sur nonfiction.fr (Lire l’intégralité du compte-rendu)


 

On doit pouvoir encore écouter l’entretien avec Vincent Dubois conduit par Sylvain Bourmeau sur France Culture (La suite dans les idées du 2 juin 2012)

 
Cet ouvrage éclaire l’évolution des rapports entre culture et politique depuis le début des années 1960. Il retrace pour ce faire les changements intervenus dans les systèmes de relation constitutifs des politiques locales de la culture. Les collaborations entre agents des champs politique, bureaucratique et culturel pour la promotion de l’intervention culturelle publique ont doté cette politique de structures et de logiques spécifiques qui l’ont progressivement rendue autonome par rapport aux investissements politiques qui en étaient à l’origine. Au fur et à mesure de cette institutionnalisation, un partage des rôles s’est tant bien que mal instauré, confiant la définition des grandes orientations aux élus et réservant celle des programmes aux acteurs culturels. Dans le même mouvement, la mise en avant de finalités proprement culturelles (et notamment la sempiternelle « démocratisation de la culture ») a permis de formuler sinon des objectifs clairs, au moins des compromis relativement stables. Ce double modus vivendi a été remis en cause depuis le milieu des années 1990. Les contraintes budgétaires ont notamment réduit l’initiative des acteurs culturels et, parfois, déplacé le centre de gravité des arbitrages culturels du côté des élus. Il est peu à peu devenu pensable que les politiques de la culture poursuivent d’autres fins que principalement culturelles, et soient mises au service du développement économique. L’histoire retracée dans cet ouvrage à l’échelon local révèle ainsi une évolution beaucoup plus générale : la remise en cause concomitante des spécificités des politiques culturelles et de l’autonomie du champ culturel. 
(Présentation de l’éditeur) 

Vincent Dubois est professeur à l’université de Strasbourg et membre de l’Institut universitaire de France. Il a notamment publié La politique culturelle (Belin) et Les mondes de l’harmonie (La Dispute, 2009, avec J.-M. Méon et E. Pierru). 
Clément Bastien est doctorant, et travaille sur le mécénat d’entre­prise. 
Audrey Freyermuth est docteure en science politique, elle étudie le traitement politique des questions de sécurité et l’inter­communalité culturelle. 
Kévin Matz, doctorant, analyse l’essor du développement économique comme credo des politiques de la culture. 
Tous sont chercheurs au GSPE-PRISME (UMR CNRS 7012) de l’université de Strasbourg. 

Ré-édition La politique culturelle en France : genèse d'une catégorie d'intervention publique
Vincent Dubois  (Belin) à paraître mi-Juin 2012 

La politique culturelle fait aujourd'hui partie des champs d'action des pouvoirs publics. Elle demeure néanmoins floue dans ses objectifs, imprécise dans la définition de ses frontières et sujette à de fréquentes polémiques. C'est dans la genèse particulière de cette politique que se trouvent les raisons d'une telle ambivalence.
L'émergence de la culture comme catégorie d'intervention publique n'a pas été un processus linéaire. Les problèmes culturels (tels que les conditions de la création artistique ou la démocratisation culturelle...) ont d'abord été construits contre l'État quand artistes et intellectuels affirmaient leur autonomie. Ils sont désormais construits et traités par des experts officiels et des administrateurs de culture, au sein d'instances et d'institutions étatiques. En bref, ils deviennent des problèmes d'État. La politique culturelle emprunte alors les prétentions universalistes du monde intellectuel et artistique. Elle s'entoure d'un halo de flou propice à éloigner le spectre d'une culture d'État et réactive plus qu'elle ne les tranche les débats sur la définition de la culture.
En étudiant les modalités et les effets de cette genèse, de la fin du XIXe siècle à nos jours, ce livre apporte une contribution à l'analyse socio-historique de la formation d'une fonction et institution d'État et à celle d'un champ culturel progressivement transformé par l'intervention étatique. 
(Présentation de l’éditeur) 

Vincent Dubois est professeur à l’université de Strasbourg et membre de l’Institut universitaire de France. Il a notamment publié La politique culturelle (Belin) et Les mondes de l’harmonie (La Dispute, 2009, avec J.-M. Méon et E. Pierru).

Thème(s) : Idées| Essai

 

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La Cité des sens : lire la synthèse : Sept points clés pour le changement.


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8 juin 2012 5 08 /06 /juin /2012 12:59

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Rencontre Régionale organisée par l'association Travail et Culture

« Questions de genre(s) au travail »

Enjeux des rapports hommes-femmes et transformations du travail

13 juin 2012 de 14 h à 20 h au théâtre Le Poche à Béthune

L'objectif de cette rencontre est de nourrir la réflexion sur la situation des femmes dans le monde du travail, notamment sur la précarisation du travail des femmes, puis d'entendre des acteurs qui proposent des pistes d'actions pour penser une transformation des rapports sociaux de genre.

« La place du travail dans la vie des femmes » est un projet artistique et culturel développé par Travail et Culture. Il interroge les femmes et leur rapport au travail, qu'elles soient salariées ou privées d'emploi, pour débattre sur le travail et les inégalités liées au genre. Cette rencontre est l'occasion de mettre en perspective les enjeux soulevés par le développement de ce projet qui a débuté en 2009 dans le Béthunois.

Au cours de cette après-midi nous mettrons en regard les propositions culturelles (réalisations artistiques produites dans le cadre du projet) et les contributions scientifiques. Ces deux approches seront envisagées comme éléments de réflexion et d'analyse pour élargir le débat sur les enjeux de la construction des genres et sur ce qui se joue dans les transformations des organisations du travail.

Nous invitons les associations qui militent en faveur du droit des femmes, les salarié(e)s du secteur des services à la personne, les syndicats, les élu(e)s, les chercheurs et chercheuses, les participant( e)s et partenaires du projet développé par Travail et Culture, et plus largement toute personne intéressée par l'objet de cette rencontre

Avec notamment une communication de Nicole Gadrey Sociologue, présidente du CORIF (Collectif Régional pour l'Information et la Formation des femmes Nord-Pas de Calais) : Les inégalités entre femmes et hommes : problèmes et enjeux

Nicole Gadrey propose ici un retour sur les inégalités sexuées qui restent encore marquées dans les domaines de l'emploi et du travail.

Elle présente une analyse des facteurs qui précarisent les trajectoires féminines. Enfin, elle aborde les enjeux économiques et sociaux d'une avancée vers l'égalité réelle entre les femmes et les hommes.

Et une table ronde : Vers une transformation culturelle et organisationnelle des rapports sociaux de genre 

Pour dépasser le constat des inégalités de sexe, nous invitons plusieurs acteurs qui évoquent certaines pistes de changement afin de penser une transformation des rapports de domination et sortir de l'approche naturaliste des compétences. Ils sont invités à débattre sur la reconnaissance de la qualité et de la dignité au travail, sur l'officialisation des compétences, sur la diversification et la mixité des emplois, sur le partage des tâches, et enfin sur la parité qualitative et le pouvoir d'agir des femmes dans le syndicat.

 

Le projet

« La place du travail dans la vie des femmes »

Ce projet culturel et artistique cherche à mettre en débat la question des inégalités de genre dans le travail à l'aide de multiples regards qui se croisent et qui font dialoguer la création artistique et la recherche en sciences sociales.

Il a été élaboré à partir de et avec l'implication de trois groupes de femmes et quelques hommes habitant l'agglomération béthunoise et provenant de différents milieux socioprofessionnels (des ouvrières d'une blanchisserie industrielle, des salarié(e)s d'un centre hospitalier, des aides à domicile, des jeunes femmes en formation et en recherche d'emploi, des femmes plus âgées fréquentant un Centre d'Information sur les Droits des Femmes). L'intervention d'une sociologue et de plusieurs artistes a permis la création d'oeuvres artistiques nées des rencontres tissées avec les collectifs de femmes et hommes associés au projet : cartes de paroles, journaux, exposition, lecture-spectacle, performance orale, recueil de poésie, film documentaire, installation vidéo.

 En savoir plus : télécharger le programme.

 

Et toujours sur les genres et la culture... 

Je cite mes sources (1) : publié sur l’excellent Théâtre In et Off (Scoop it) de Marsupilamima (Martine Horovitz Silber)

De Dominique SIMON (AFP) – Il y a 1 jour  

PARIS — Elles avaient déjà protesté au Festival de Cannes: face à la non-parité dans la culture, les femmes artistes réclament "le changement maintenant", lassées "des voeux pieux" et choquées par les résultats catastrophiques de la dernière étude sur l'état des lieux.

Les chiffres parlent d'eux-mêmes: 96% des opéras et 95% des concerts sont dirigés par des hommes, 85% des centres dramatiques nationaux, 75% des théâtres nationaux et 70% des centres chorégraphiques nationaux sont dirigés par des hommes. 81,5% des postes dirigeants de l'administration culturelle sont occupés par les hommes alors que les femmes représentent 51,6% de la population.

"Il faut faire savoir ce fait inadmissible", s'alarme la chef de choeur et d'orchestre Laurence Equilbey, à l'origine de cette étude sur la place des femmes dans le spectacle vivant réalisée en 2011.

 

Lundi, onze militantes de l'association féministe La Barbe se sont invitées sur le plateau du Théâtre de l'Odéon à Paris lors de la présentation de la saison 2012/2013. Au programme, 14 spectacles, 14 auteurs hommes et 14 metteurs en scène hommes. Les "barbues", qui s'affublent pour leurs interventions de poils postiche, ont félicité le nouveau directeur Luc Bondy pour son "sans faute" devant un public où les rires fusaient.

 Lire la suite


Je cite mes sources (2) Complément d’objet, lettre d’information électronique sur le développement culturel (Ministère de la culture).

300 propositions, innovations et curiosités sociales venues de  l'étranger*, Travaux coordonnés par Marie-Pierre Hamel, SylvainLemoine, Marie-Cécile Naves, Centre d'analyse stratégique Département /Questions sociales/, avril  2012.

Ce recueil ne prétend donc nullement couvrir de manière exhaustive  l'actualité sociale internationale de 2011, et ne suggère aucunement que 
la transposition de ces politiques serait nécessairement pertinente dans  le contexte hexagonal. Que les brèves rassemblées ici suscitent 
l'adhésion, la prudence ou le rejet, leur vocation est avant tout de  contribuer à animer le débat sur l'avenir de notre modèle social : en 
identifiant des points de convergence avec nos préoccupations, en  France, ou au contraire en mettant en lumière des projets qui peuvent 
nous apparaître plus iconoclastes. Vous trouverez également, au fil de la  lecture de ce document, les réactions de certains experts avec lesquels 
le département Questions sociales a travaillé au cours de l’année, les  réactions de chargés de mission du département, ainsi que les références  des travaux produits par le département auxquels certaines questions,  ainsi mises en lumière, font écho.
Le recueil est téléchargeable 
<http://www.essenregion.org/annuaires/uploads/docs/panorama_innovations_Europe_CAS_2012.pdf>. 

 

Voir, en particulier, partie III, Comment cibler sans stigmatiser ? L’égalité femmes/hommes.

Une vraie mine !

Un exemple, note 194 (page 102).

 

Selon une étude menée en Suède, de longs trajets entre domicile et le travail augmenteraient de 40 % le risque de divorce. Ils impliqueraient en effet souvent un partage des tâches inégal entre les conjoints. Dans la majorité des cas, il s’agit de couples relativement jeunes avec des enfants en bas âge, et c’est la femme, bien plus souvent que l’homme, qui accepte un emploi moins rémunérateur mais plus proche du domicile pour pouvoir prendre en charge plus facilement les enfants et assumer les tâches ménagères, ce qui constitue pour elle une sorte de « double peine ».

Sources : site de l’université de Umea en Suède et quotidien The Local, 24/05/11

http://www.umu.se/ViewPage.action?siteNodeId=4510&languageId=1&contentId=160978

http://www.thelocal.se/33966/20110524/

 

Toutes les notes de la catégorie Le genre et la culture :

Pour le mélange des genres.

Où sont les femmes ?

Journée de la femme et histoire culturelle.

Masculin/Féminin

Le genre et la culture.

La différence des sexes est-elle soluble dans l'alcool ?

Un homme sur deux est un homme

Les hiéroglyphes anonymes de l’âme désarmée

L'égalité des sexes se lève aussi à l'Est.

Egalité entre hommes et femmes dans les métiers de la culture

Question de genres

Diversité culturelle et stéréotypes sexistes

Le sexe faible dans la cour des grands

Du vivant spectacle de la domination masculine

Où il est mon deuxième sexe ?

Rois et Reine

T’as trouvé ça où ?

Question de genre

La chose artistique (4)

Bovary bat Don Quichotte par K.O. debout 

 

 


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5 juin 2012 2 05 /06 /juin /2012 08:40

sept

Suite et fin… de la tentative de mettre un peu d’ordre dans quelques réflexions et références relayées ici…

 


Principe n° 1 : remettre politiquement en question l’approche sectorielle de la culture

Principe n° 2 : certes, il faut soutenir la création mais la question de la transmission est non moins fondamentale.

Principe n° 3 : si l’on veut que le service public soit non seulement « défendu » mais développé, il faut en conforter l’impératif dans le cadre de la construction européenne.

Principe numéro 4 : la culture dans la décentralisation, c’est la coopération.

Principe n° 5 : promouvoir le développement culturel durable c’est mettre la responsabilité, la démocratie et la solidarité au poste de commandement.

Principe 6 : créer à la fois les conditions politiques qui mettent fin au désenchantement morose qui affecte le monde de l’art et les conditions culturelles qui redonnent sens à l‘action politique.

Principe 7 : le principe de l’égale dignité des personnes doit être le fondement légitime de toute politique culturelle.

 

 

Principe 7 : le principe de l’égale dignité des personnes doit être le fondement légitime de toute politique culturelle.

 

 

Jean-Michel Lucas : D'une certaine façon, il est un peu triste qu'il faille attendre que des indignés se manifestent pour s'intéresser aux enjeux de dignité des personnes. Car ce sont bien des enjeux qui s'imposent à tous puisqu'ils apparaissent dès l'article 1 des Droits de l'Homme, (Déclaration Universelle de 1948). Reconnaître chaque personne dans sa dignité et donc la respecter dans son identité culturelle est un impératif collectif, auquel nul ne peut se soustraire, pas même les autorités politiques.

L'enjeu culturel n'est plus alors une affaire de secteur spécialisé mais l'affaire de tous et de chacun puisque nul ne peut  revendiquer sa liberté culturelle (ou artistique), condition de sa pleine dignité, s'il porte préjudice à la dignité d'autres personnes humaines. Or, dans la  société de liberté à laquelle nous tenons,  cette exigence de l'égale dignité réciproque n'est jamais acquise d'avance ; les libres paroles des uns blessent les autres, les musiques d'ailleurs insupportent les habitués des musiques d'ici et ceux que l'on appelle les artistes poussent le bouchon  au delà des normes de dignité admises ... L'exigence de dignité réciproque est donc synonyme de  discussions, de polémiques, de "débats" permanents sur le sens et les valeurs acceptables. C'est là l'autre volet qui m'intéresse dans l'impératif de la dignité culturelle : le volet du dissensus nécessaire et accepté qui demande que  les autorités publiques favorisent par l'espace public la confrontation des différentes et multiples manières d'oeuvrer pour  sa liberté culturelle, sa liberté artistique mais néanmoins pour faire humanité ensemble !

J'ai voulu montrer que la politique culturelle devrait en priorité organiser les espaces et temps de "palabres" sur la diversité des valeurs des arts et des cultures. Cette priorité, il est vrai, n'est pas largement partagée et, aujourd'hui, les élus et le ministère préfèrent compter la quantité de publics de l'offre artistique et doser leur soutien en fonction de l'attractivité et du rayonnement des produits culturels de leur territoire, plutôt qu'en fonction du mieux faire humanité ensemble dans la diversité de nos libertés culturelles. D'ailleurs, il suffit de lire Olivier Poivre d'Arvor pour voir la caricature de  cette approche de la culture par le service après vente du rayonnement culturel. ( '"Allant de pair avec une ouverture exceptionnelle aux créateurs et savants du monde entier sur le sol américain, cette nouvelle donne contribuera de manière décisive à construire l'hyperpuissance américaine dans les trois domaines que sont les industries culturelles, l'ingénierie intellectuelle et scientifique et le marché de l'art. On connaît le résultat : après avoir inventé et contrôlé Internet, dont ils captent près d'un tiers des revenus mondiaux, les Américains disposent de ces puissants monopoles financiers que sont Google, Facebook, Twitter, YouTube, Apple, Amazon, iTunes, Yahoo... Il serait plus que temps, en France comme en Europe, d'inventer  d'intelligentes ripostes et d'investir  dans les industries numériques", dans Le Monde du 2 février 2012).

Il est vraiment urgent d'éviter cette dérive de la culture vue uniquement comme "secteur d'activités" où s'affrontent les plus forts contre les plus faibles. De ce point de vue, je suis persuadé que l'enjeu culturel public aurait une légitimité moins boiteuse si les acteurs culturels et les élus acceptaient de prendre comme référence  première de leur politique culturelle la nécessité de respecter le principe de l'égale dignité des personnes ("Tous les êtres humains  naissent libres et égaux en dignité et en droits" : article 1 de la déclaration Universelle des droits de l'homme de 1948). Au moins, le bien fondé de cette politique culturelle  ne pourrait être niée que par ceux qui refusent toute portée universelle à l'éthique des droits humains !

 

Ces réflexions sont extraites de l’entretien accordé à Mondomix par Jean-Michel Lucas, sous le titre : Sommes-nous condamnés à être des épiciers culturels ?

Propos recueillis par François Mauger, publié le 20/02/2012

Lire l’intégrale de l’entretien sur Mondomix.com

 

Cette problématique a un autre mérite : celui de nous rappeler que le questionnement politique des politiques culturelles s’inscrit dans une histoire… La recherche du sens est une tâche interminable, toujours à reprendre, ce qui ne nous exonère pas de porter attention à la manière dont ceux qui nous ont précédés ont formulé ces mêmes interrogations.

Grâce à l’appel et au site Devoir de culture , on peut relire aujourd’hui ce qu’écrivait en 1968 Francis Jeanson (oui, celui là même qui inventa le non-public !) sous le titre Les droits culturels en tant que droits de l’homme.

 

Je pense, alors, que si la culture peut avoir un sens, c’est bien dans la mesure où elle remet les hommes, de plus en plus et de mieux en mieux, en mesure de se sentir efficaces, de se sentir responsables là où ils sont, en fonction d’une information qui demeure nécessaire mais qui doit être elle-même reconsidérée entièrement. Pour moi, la culture commence à la lecture du journal ; quand nos contemporains sauront lire leur journal quotidien sans en être complètement mystifiés ou sans partir de l’idée que tout ce qu’ils vont lire sera des mensonges, il y aura quelque chose de changé. Il y aura également quelque chose de changé quand ils seront en mesure de maîtriser le langage qui passe à travers eux. Je me demande comment il faut faire pour arriver à cela. Je crois qu’il faut se le demander.

Je crois beaucoup que la notion de « droit » doit recevoir le plus rapidement possible un contenu d’action. Il y a deux actions possibles concernant les droits culturels : il y a un type d’action qui consiste à essayer de faire enregistrer des droits théoriques et celui qui consiste à essayer de faire entrer ces droits dans la réalité, peut-être avant même qu’ils aient été enregistrés dans des textes officiels. Je dis que si les deux types d’action ne sont pas au moins simultanés, il risque bien de ne rien se passer. Je parlerais plus volontiers, pour ma part, de culture en termes d’action culturelle, parce que, dans ce contexte, il y a une signification pratique ; mais je voudrais dire aussi que cela suppose évidemment une conception de la culture qui n’est peut-être pas tout à fait celle qui est jusqu’ici la plus répandue.

Autrement dit, on peut considérer la culture comme un ensemble d’œuvres existantes ou de formes de pensées existantes, ou bien on peut considérer que la culture se passe tous les jours, se produit sans cesse, se fait et se défait quotidiennement au simple niveau des rapports concrets entre les hommes. Il y a de la culture qui est en train de se faire à tout moment, partout – et aussi en train de se défaire, bien entendu. Je veux dire, par là, que la culture doit être l’invention quotidienne, permanente, de l’homme par l’homme ; autrement, c’est l’échec de cette invention. La culture est la création permanente des valeurs qui ne naissent que pour être dépassées. Un acte culturel est, en dernier ressort, un choix, une décision responsable et même risquée, où la personne s’engage totalement. La culture est un choix qui signifie le refus d’admettre que l’homme est le produit des produits de l’homme. Il me semble que c’est ce choix qu’il faut favoriser par tous les moyens possibles. Là, on tombe sur une immense question, celle des moyens d’une action culturelle, et c’est dans ce sens, et à ce niveau très réaliste, qu’il faut travailler.

J’ajouterai qu’il s’agit là d’une entreprise, dans le meilleur sens possible du mot, dépolitisation radicale des consciences. Je ne veux pas dire qu’il s’agit de proposer à des consciences un quelconque message politique – surtout pas ; mais il faut fournir aux gens le moyen de se politiser, c’est-à-dire de se choisir, de se situer de plus en plus consciemment, dans un monde qui n’est pas le leur mais qui doit le plus rapidement possible le devenir, si nous voulons, nous, qu’il devienne le nôtre. Il faudra que ce soit notre monde, à eux et à nous en même temps. Là, je crois que la culture – ou ce que j’appelle l’action culturelle – est une entreprise qui repose sur un refus : le refus d’une certaine coupure, d’une certaine exclusion. Cela ne signifie en aucun cas qu’il pourrait s’agir de camoufler les causes économiques de cette coupure, qui restent le domaine des luttes politiques et syndicales. Mais il me semble qu’il y a tout un travail spécifiquement culturel, qui vise non pas à masquer la situation de coupure économique, mais à mettre les hommes de part et d’autre en mesure de penser cette situation, de se choisir par rapport à elle. Bien que les situations dans nos pays ne me semblent pas être jusqu’ici des situations révolutionnaires, il faut néanmoins se préoccuper de révolution, parce que si un jour elles le devenaient, au niveau des structures et des processus objectifs, il n’est pas sûr qu’il y aurait alors un nombre suffisant de consciences pour les prendre en charge. À vrai dire il me semble que nous allons tous, tant que nous sommes, vers des situations explosives, vers des situations révolutionnaires ; et qu’il serait urgent que nous nous y préparions, que nous nous demandions ce qu’il conviendra d’en faire. Il ne faut pas que nous soyons seulement une toute petite minorité à avoir les moyens de nous préoccuper de ce problème ; il faut que ces moyens soient à la portée de tous le plus rapidement possible. Naturellement, cela ne peut se faire que peu à peu, c’est-à-dire de proche en proche, de relais en relais, parce que les moyens ne sont pas encore suffisants pour aller vite ; et cependant, nous sommes dans cette contradiction qu’il faut aller vite.

Pour terminer, il me semble que si l’on parle des droits à la culture, il faut insister beaucoup sur le travail que représente ce refus de la coupure : travail qui n’est en aucune manière exclusif d’une lutte : mais si lutte il y a, un travail de dialogue doit se poursuivre parallèlement. C’est cela l’exigence culturelle, il me semble.

 

Le texte intégral de cette communication peut être téléchargé à cette adresse.


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4 juin 2012 1 04 /06 /juin /2012 08:45

sept

Suite de la tentative de mettre un peu d’ordre dans quelques réflexions et références relayées ici, ces derniers temps…

°

 

Principe n° 1 : remettre politiquement en question l’approche sectorielle de la culture

Principe n° 2 : certes, il faut soutenir la création mais la question de la transmission est non moins fondamentale.

Principe n° 3 : si l’on veut que le service public soit non seulement « défendu » mais développé, il faut en conforter l’impératif dans le cadre de la construction européenne.

Principe numéro 4 : la culture dans la décentralisation, c’est la coopération.

Principe n° 5 : promouvoir le développement culturel durable c’est mettre la responsabilité, la démocratie et la solidarité au poste de commandement.

Principe 6 : créer à la fois les conditions politiques qui mettent fin au désenchantement morose qui affecte le monde de l’art et les conditions culturelles qui redonnent sens à l‘action politique.

Principe 7 : le principe de l’égale dignité des personnes doit être le fondement légitime de toute politique culturelle.

 

Principe n°6 : créer, à la fois, les conditions politiques qui mettent fin au désenchantement morose qui affecte trop souvent le « monde de l’art » et les conditions culturelles qui redonnent sens à l‘action politique.

 

Sur le second objectif, voir, par exemple, le manifeste  Devoir de culture   (signé par Jean Caune, Jacques-Olivier Durand, Jean-Louis Fabiani, Michel Huvet, Damien Malinas, Alain Manac'h, Arlette Masson, Marcel Masson, Isabelle Mathieu,  Philippe Meirieu, Claude Patriat, Francis Peduzzi, Jean-Paul Rathier, Jacques Rigaud, Olga Yardin)

 


Devoir de culture ( février 2012)

L’objectif du texte ci-dessous est d’interpeller les politiques à l’occasion des prochaines échéances électorales présidentielles et législatives. Il nous semble en effet urgent de susciter réflexion et débat sur la place de l’art et de culture dans le projet politique. L’enfermement de celle-ci dans une catégorie administrative spécifique a encouragé sa banalisation et son instrumentalisation. « Si on me parle de culture, j’exhibe mon territoire ! » Il s’ensuit un insupportable rétrécissement de l’action culturelle publique, d’autant plus desséchant que les politiques, tétanisés par la crise, renvoient au superflu l’intervention dans un secteur qui cesse d’être perçu comme essentiel. A l’heure où l’on parle de refonder le pacte républicain, où l’on revisite les fondamentaux, voilà qu’on réserve à l’École la mission d’éducation citoyenne. Or, si l’exception culturelle française avait un sens, c’était bien celui de placer la culture au cœur du projet politique républicain.

Ce texte est proposé à la signature des acteurs culturels qui ne se résignent ni à la langue de bois des formules convenues, ni aux simples approches corporatistes. Conçu comme une introduction au débat, il peut et doit être prolongé par vos contributions (sous forme de commentaire ou via le lien de messagerie ci-contre). L'ensemble pourra, dans un deuxième temps, être édité sous une forme papier.

 

Lire le manifeste


Sur les responsabilités de l’artiste…

 

(...)

“Le vrai devoir de l’artiste c’est celui de sauvegarder le rêve”, nous  dit Modigliani. Et le rêve, dans un monde devenu marchandise, se rend lui-même mercantile. Rêve de consommation, d’un avoir en tant  que synonyme de bonheur. Bien loin du rêve préconisé par Modigliani. Rêve d’artiste, d’un art qui entraîne le dévoilement d’un monde  et la création d’un autre, comme le souhaitait Octavio Paz. C’est bien dans ce monde de plus en plus disproportionné, rempli d’inégalités  et dépourvu de charmes, que l’artiste se doit de relever le défi de  son réenchantement. Ce qui veut dire tout mettre en œuvre afin de  transformer la société par le truchement de l’art, en cherchant à faire  marcher ensemble Don Quichotte et Sancho Pança: un rêve bien ancré  sur le réel. L’art c’est le lieu par excellence de la subjectivité et de la  création, en procurant la possibilité à tous ceux qui s’en approchent de  changer leur vision du monde.

Serait-il possible de rêver d’un monde poétiquement habitable? Un  monde qui ne serait plus aride? Un monde dégagé de la violence et des  fondamentalismes, où les hommes s’entre-tuent? Un monde qui ne se  laisse pas faire par l’âpreté du gain, du profit, et où la liberté et la paix soient le patrimoine le plus prisé de la vie? Un monde qui ne rende pas le prochain, ni soi-même, une “chose”?  

Nous indiquons les chemins,  mais nous n’avons pas de réponses toutes faites.

(...)

Nous savons que l’art fait partie intégrante de la société, en  trouvant son cadre, finalement, dans l’éthique d’une vie reliée au  paradigme-terre, au paradigme-rêve, au paradigme-émerveillement.

Peut-être, pourrions-nous nous acheminer vers cette direction afin  d’essayer d’obtenir des réponses aux questions que nous venons de  poser ci-dessus (...)

 

CHARTE DES RESPONSABILITÉS DE L’ARTISTE  AU SEIN DE NOTRE HUMANITÉ, préconisée par l’Alliance pour un monde responsable,  pluriel et solidaire.

 

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  • Responsable du service de la recherche à la BPI (Centre Pompidou) puis conseiller au cabinet du Ministre de la culture (Jack Lang), j'ai dirigé ensuite la Délégation au développement et aux formations de ce même ministère. A l’issue d’une alternance politique, très élégamment remercié par Jacques Toubon arrivé rue de Valois je me suis vu offrir le poste de directeur de l'Institut français de Barcelone. Quatre ans après, le ministère des affaires étrangères a jugé mes compétences insuffisamment diplomatiques. En conséquence, à partir de 1999, j'ai dirigé la DRAC Centre à Orléans. Remercié par la Droite,. j'ai ensuite crée l'un des premiers EPCC, ARCADI en Île-de-France. Remercié par la Gauche je suis devenu  DAC de la ville de BONDY (93). Aujourd'hui consultant. Membre de l'Institut de coopération pour la culture et correspondant du Comité d'histoire du MCC où j'ai contribué à la conception de séminaires et de journées d'études.
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