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10 janvier 2012 2 10 /01 /janvier /2012 09:30

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Note publiée le 30 septembre 2011 sous le titre Deux ou tois choses que je sais d'elle ... sur la médiation culturelle.

 

La Cité des sens poursuit son entreprise de mise en perspective des nombreuses et (parfois intéressantes) tribunes et contributions publiées cet été dans le double contexte :

- des routines saisonnières, les discussions sur la « culture » s’épanouissant ordinairement  dans la douce chaleur des festivals

- de la conjoncture crée par perspective de la campagne présidentielle.

 

Revenons sur le dossier déjà cité ici du magazine La Terrasse et sur un entretien avec Jean Caune.

 

Dans “La démocratisation culturelle, une médiation à bout de souffle”*, vous prenez acte de l’achèvement d’une histoire de la démocratisation culturelle. Pouvez-vous revenir sur les principaux éléments de cette analyse ?

Jean Caune : Dans les années 1960, l'avènement d’une démocratisation culturelle a été confié au pouvoir de l'art. La politique culturelle de Malraux avait pour objectif de favoriser la communion avec l'art. Sa conscience esthétique relevait d’un pari : le salut de la personne et de la société résidait dans le contact ineffable avec l'œuvre. Une partie de ce pari a été réalisée : décentralisation des lieux de création et de production artistiques, diversification des genres esthétiques soutenus par les pouvoirs publics, conquête des couches enseignantes. Pourtant, le rendez-vous manqué avec les couches sociales qui n’avaient pas un accès immédiat au monde des langages artistiques est patent. En faisant de la seule rencontre avec l’œuvre d'art le moyen de l'acculturation, la politique de Malraux, et celle des ministres qui lui ont succédé - de droite comme de gauche - a évacué, ou pour le moins dévalorisé, les autres modalités de la médiation culturelle dans l'espace public. La démocratisation culturelle, compte tenu des objectifs qui sont les siens (rendre accessibles à tous les œuvres légitimes du patrimoine et de la création artistique), ne peut s’appréhender à l’intérieur du seul domaine de l’art. Elle doit également être examinée dans son rapport avec les stratifications sociales.

 

Lire l’entretien.

 

Dans le prolongement de cette analyse et fidèle à sa vocation pédagogique, la Cité des sens vous conseille donc quatre saines lectures sur la question de la médiation

 

1. Un article récent d’Emmanuel Wallon

Méditer la médiation

Article paru in "La médiation culturelle dans les arts de la scène" (sous la direction d’Anne-Catherine Sutermeister), La Manufacture, Haute école de théâtre de Suisse romande, Lausanne, septembre 2011, p. 11-22.

Actes du colloque sur la médiation culturelle à La Manufacture, Lausanne, 19 novembre 2010.

A lire sur ReprésentationS le site d’Emmanuel Wallon

 

 

2. La charte déontologique de la médiation culturelle

 mise au point au sein de Médiation culturelle association, une association de professionnels de la culture

L’association Médiation culturelle propose aux professionnels des musées, centres d’art, sites, écomusées, lieux d’exposition, CCSTI, aux chercheurs et étudiants... de se rassembler et de réfléchir ensemble aux enjeux de la médiation et sa mise en oeuvre dans les institutions culturelles. Depuis sa création en 1999, l’association participe à la définition et la reconnaissance des métiers de la médiation culturelle.

Elle développe et anime sur le plan national et international un réseau de professionnels qui défendent :
- la prise en compte effective des publics dans les projets scientifiques et culturels des établissements ;
- la reconnaissance des publics dans leurs diversités et la pluralité de leurs approches et compétences culturelles

 Télécharger la dernière version de la Charte…

 

Ne pas manquer l’excellente bibliographie proposée par Mca...

 

 

3.  Médiation ! Plus que de simples recettes. Un symposium consacré à la médiation culturelle. Organisé par Pro Helvetia et Pour-cent culturel Migros. Bâle, novembre 2012.

Accéder au texte de Jean-Michel Lucas

 

4. Un livre : L’action culturelle et ses métiers d'Isabelle Mathieu

Lire la recension de Christian Ruby Genèse du médiateur et de son territoire professionnel sur Nonfiction.fr

C’est ici

 

 

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9 janvier 2012 1 09 /01 /janvier /2012 11:56

 

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Note publiée le 24 septembre 2011 sous le titre : L'enjeu culturel de l'action politique

 

De quoi parle-t-on lorsqu’on prononce le mot « culture » ? Interminable débat… et pourtant sa permanence et sa reprise sans cesse à de nouveaux frais est nécessaire à la survie de tout espace public qui se veut démocratique.  

 

Interrogé par le Journal des grandes écolesRaphaël Enthoven apporte son éclairage en posant, comme il se doit, les questions de l’identité et de l’appartenance ?

 

 La culture relève d’une définition double et contradictoire puisque qu’elle désigne à la fois le particularisme de chaque individu mais aussi ce qui nous élève au-dessus de nous-mêmes, de nos origines, nous permet de transcender l’appartenance culturelle au profit de l’inappartenance intellectuelle.

La culture a ceci d’indispensable qu’elle n’est pas utile mais possède, au contraire, la vertu d’apprendre aux hommes ce qu’il n’est pas nécessaire de savoir pour vivre. Elle ouvre sur une connaissance qui n’est pas seulement dictée par l’adaptation du monde à nos besoins. C’est d’abord en cela qu’elle nous «dérange». Car l’inculture est confortable, comme l’est le dogmatisme, le monolinguisme et l’enfermement dans la sphère étroite des aspirations individuelles, qui fabriquent des troupeaux de moutons perclus d’individualisme. La culture est un luxe, un désir naturel et non-nécessaire, un superflu qui donne au sujet le goût de l’autre et de l’intérêt pour la « liberté du monde » (Arendt).

Il ne faut pas croire que la culture est une garantie d’intelligence.
Peut-être peut-on penser la création indépendamment de la culture. Le fait qu’il existe des écrivains de génie qui n’ont pas de grande culture littéraire. En revanche, il me semble que seule la culture – au sens agricole et historique de « cultiver son jardin » – permet l’émergence de la nouveauté. Car il n’existe pas plus de nouveauté radicale qu’il n’y a de couleurs inédites. Le monde est un puzzle dont le réarrangement des pièces produit des figures nouvelles. Plus on a de pièces, plus il y a de combinaisons. La culture n’est pas une affaire de passé mais d’avenir.

 (…)

Telle Janus… La culture possède deux visages, celui de l’ancrage et celui de l’arrachement, le visage typé, tellurique, incarné, singularisant d’une tradition, et le visage magnifique (mais abstrait) d’une transcendance qui nous «déprend de nous-mêmes» (Foucault), et nous invite à penser le monde séparément du lieu qu’on y habite.

 

Cette question de l’identité est au cœur de la brève (trop brève) intervention de l’ancienne ministre de la culture et députée européenne Catherine Trautmann diffusée ci-dessous. Plus précisément celle de l’enjeu culturel de la construction européenne.

 

Mais rappelons d’abord à quel niveau d’exigence la brève (trop brève) ministre qu’elle fut portait la question de l’enjeu culturel de l’action publique en matière de culture :

Nous sommes dans un pays qui a commencé son action culturelle par la conservation,  la protection des monuments, des institutions. Mais nous avons été très vite empêtres dans l’ambiguïté du mot culture. Durkheim définissait la culture comme les valeurs et les coutumes qui lient un groupe. Il faut rajouter à ce sens, comme Finkielkraut l’y invite, la transformation de l’héritage par la connaissance ou l’éducation. Lukacs a défini la culture comme « l’humanité de l’humain », propos terrible si l’on repense au moment où il a été écrit. A partir de ces définitions, je conçois la culture comme ce processus d’autocréation de l’homme par la culture, et j’essaie de travailler sur ce que cela signifie pour la démocratie. Il ne peut pas y avoir de projet de démocratie réelle s’il n’y a pas de place pour la culture et la création. L’Europe est une idée, non pas un territoire, c’est une véritable création qui doit, à mes yeux, se fonder sur ce que dit Lukacs.

Dans nos débats politiques, il faut que nous nous sentions obligés à un devoir d’humanité. La question est donc : quel statut donner à la création, et qu’entend-t-on par culture ? Après viennent les questions techniques de l’organisation du financement.

 

C Trautmann : Lumière sur l’Europe, in Culture publique, Opus 3, Sens et Tonka éd., 2005

 

 

Culture et idendité, les enjeux... - Ma-Tvideo France3
Catherine Trautmann, député européenne et ancienne ministre de la culture souligne l'enjeu culturel de la construction européenne. Pour le Blog, de l'émission Avenue de l'Europe, tous les samedi à 18h35 sur France3

 

@ Repris du site de France 3

 

 

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6 janvier 2012 5 06 /01 /janvier /2012 17:35

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Une fois n’est pas coutume, La Cité des sens attire votre attention sur la prochaine diffusion de la célèbre émission Répliques, conçue, animée et largement « soliloquée » par Alain Finkielkraut.

Samedi 23.04.2011 - 09:10

La culture : état des lieux

Invité(s) :
Pierre Jourde, écrivain, critique et enseignant.
Philippe Coulangeon, sociologue, chargé de recherches en sociologie au CNRS,

 

Un sociologue pour débattre de la culture avec un écrivain, critique et enseignant, Pierre Jourde, qui vient de publier C’est la culture qu’on assassine  dont la quatrième de couverture indique :

Les pouvoirs économique, politique, médiatique se conjuguent pour nous plonger dans une nouvelle barbarie : abandon de l'école publique, transformation des universités en monstres bureaucratiques, télévision avilissante, ruine des instituts culturels français, mépris affiché pour la littérature, journalistes usinant du cliché, promotion de faiseurs au rang de grands écrivains, mort de la culture populaire, disparition de l'esprit critique. Face à cette agression, tous les coups sont permis, notamment ceux de l'ironie.

 

A croire que Pierre Jourde est un pseudo de l’intransigeant vigile hebdomadaire de la barbarie à nos portes et de la Défaite de la pensée qu’est Alain Finkielkraut.

Ils seront donc à deux contre Philippe Coulangeon, qui fera office de sociologue de service au motif, sans doute,  vient de publier Les métamorphoses de la distinction. Inégalités culturelles dans la France d’aujourd’hui.

Attendez-vous donc à entendre ceci :

Mais la réponse aux besoins essentiels de l’homme n’est pas seulement une affaire de chiffres et de statistiques. Dès qu’il est question de culture, les sociologues et les planificateurs interviennent avec une sorte d’arrogance et exercent un  terrorisme qui s’appui sur un vocabulaire de spécialistes et sur des statistiques en apparence irréfutables. Les problèmes complexes et subtils d’épanouissement de la personne humaine sont littéralement vidés de leur contenu. Devant ces fiches, ces graphiques et ces organigrammes, ceux qui sont aux prises avec le drame quotidien de la culture populaire ressemblent aux parents du petit leucémique qui cherchent en vain à saisir la vérité de leur souffrance dans les hiéroglyphes anonymes qu’ils viennent de retirer au laboratoire d’analyses.

 

Pour être tout à fait juste, si vous entendez exactement ça, c’est que l’un des interlocuteurs a un peu trop fait dans le rétro et copié les propos tenus par Alfred Simon dans la publication du Théâtre de l’Est parisien, propos cités par un certain Jacques Delors, alors conseiller pour les affaires sociales au Commissariat au Plan, dans une intervention intitulée « Le planificateur face aux problèmes culturels » lors du Colloque de Bourges « Recherche scientifique et développement culturel » en novembre 1964.

Comme dirait Alain F. : c’était mieux avant !

J’ai parcouru « Les métamorphoses de la distinction. Inégalités cultuelles dans la France d’aujourd’hui » du sociologue de service samedi matin, prochain.

Il tente d’éclairer de manière rigoureuse « un certain désarroi à l’égard des vertus émancipatrices naguère prêtées à la démocratisation de la culture et de l’éducation ».

Au titre des explications théoriques de cette inefficacité relative du volontarisme politique (qui a pu récemment alimenter un certain discours sur la « culture pour chacun »), la plus connue est celle de Pierre Bourdieu, qui articule les concepts de distinction, de capital culturel, d’habitus…

Elle a été discutée, infléchie, nuancée, notamment par Bernard Lahire (L’homme pluriel  La culture des individus…) que Coulangeon cite dans son chapitre 3, assez joliment intitulé De quel échec celui de la démocratisation de la culture donne-t-il la mesure ?

Comme d’autres, il invite à se défier d’une conception exagérément mécanique des héritages culturels :

Les goûts et les usages se forment ainsi sans la durée, au contact non seulement de l’environnement familial, mais aussi dans les diverses arènes de socialisation scolaire, amicale, amoureuse, professionnelle, etc. qui jalonnent des parcours de vie qui, quelque puisse être la force des phénomènes d’homogamie ou d’homophile sont toujours soumis à des influences hétérogènes. D’où l’importance parfois sous-estimée des différences de genre ou de génération notamment, ainsi que des clivages tout à fat significatifs qu’introduit la diversité des environnements géographiques et des types d’habitat, en particulier en France, où l’opposition Paris/province continue de marquer fortement la différenciation des comportements.

Sur l’importance parfois sous-estimée des différences de genre… je ne suis pas tout à fait d’accord. Il y a belle lurette que la revue Révoltes logiques, animée par Jacques Rancière, articulait la question de l’auto-émancipation des prolétaires et celle des luttes des femmes. Ou qu’un excellent auteur dont mon immense modestie m'oblige à taire le nom abordait la question, trop rarement posée il est vrai…

 Pourquoi-3.JPG

 

 Depuis 1964, depuis  Les héritiers de Bourdieu, depuis la première édition de Répliques (c’est vrai, ça… ça fait combien de temps que ça dure la décadence ?), nos sociétés n’ont cessé d’évoluer et les coups de boutoir du libéralisme n’en finissent pas de brouiller les questions de l’émancipation individuelle et collective comme celle du sens de l’action artistique et culturelle ou celle de la domination masculine. Tous ceux qui prétendent traiter les unes sans se confronter aux autres ont, pour parler comme le faisaient jadis les situationnistes, un cadavre dans la bouche.

Le mouvement se développe (H/F… on en a parlé ici) qui remet en question la prédominance de H sur F dans le « champ culturel ». Mais gare à La tentation de Pénélope !


Belinda Cannone par franceculture

 


  

Sur cette même question, La Cité des sens a déjà publié :    

 

Le genre et la culture    

La différence des sexes est-elle soluble dans l'alcool ?

Un homme sur deux est un homme

L'égalité des sexes se lève aussi à l'Est.

Egalité entre hommes et femmes dans les métiers de la culture--- 

Question de genres ---

Diversité culturelle et stéréotypes sexistes ---

Le sexe faible dans la cour des grands ---

Du vivant spectacle de la domination masculine ---

Où il est mon deuxième sexe ? ---

Rois et Reine ---

T’as trouvé ça où ? ---

Question de genre ---

La chose artistique (4) ---

Bovary bat don Quichotte par KO debout ---     

 

 

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5 janvier 2012 4 05 /01 /janvier /2012 17:34

 lecture-bcn-3.jpg 

 

Dans mon post de mardi dernier, j'évoquais l'ouvrage de Marielle Macé Façons de lire, manière d'être. Occasion justifiée me semble-t-il de rediffuser mon (excellente) note du 5 septembre 2011 A la recherche du sens perdu.


En cette rentrée, La Cité des sens se propose de revenir sur quelques déclarations, textes ou contributions signalés à notre attention pendant la saison des festivals et d’y faire suite en balisant le(s) terrain(s) du débat sur ce que l’on nomme communément la culture et les formes que prend l’action publique qui affirme s’en soucier.

 

Dans quelques temps, tout cela sera devenu totalement anecdotique, mais, comme chacun sait, les danseurs et danseuses au bal des prétendants de la primaire du P.S. parmi lesquel(le)s  figure le (la) futur(e) candidat(e) de « la gauche » se sont cru obligés de parler de « culture ».

 

Honneur au « junior » soit la tribune de Manuel Valls dans les Inrocks (23 août 2011) Sortir de la dépression culturelle.  

Notre pays traverse une sorte de “dépression culturelle”. Après l’élan des années Lang, aucun des gouvernements successifs n’est parvenu à redonner du souffle à notre politique culturelle.

 

Ainsi s’exprime Valls qui nous renseigne sur l’origine de ses convictions en la matière :

 

Parce que j’ai grandi auprès d’un père artiste-peintre et que je partage la vie d’une violoniste, que la littérature et la musique ont forgé mon imaginaire d’enfant et d’adolescent, je sais l’importance de l’art et de la culture dans la construction de l’individu et du citoyen.

 

Certes, comme toujours lorsque le propos se situe à un certain niveau de généralité, on peut s’interroger sur la signification donnée aux termes d’art et de culture (j’y reviendrai, encore et toujours…).

Chacun entendra comme il lui plaira les fortes affirmations du maire d’Evry, il n’en reste pas moins que le rapprochement des mots dépression et culture peut faire sens.

Et donner envie de relire le texte majeur que Marcel Proust écrivit en préface à sa traduction de l’ouvrage de l’anglais John Ruskinsame et les Lys, Des Trésors des Rois, préface que l’on trouve aujourd’hui publié sous le titre Sur la lecture.

ou en  fichier .pdf, à cette adresse, par exemple

 

 

Ce qu’écrit Proust dans ce texte majeur (dont les premières pages consacrées à l’évocation des lectures d’enfance sont une merveilleuse miniature d’A la recherche du temps perdu) s’applique, me semble-t-il, à la culture (en un sens, il est vrai,  qui n’est peut-être pas le sens communément admis).

 

Pour nous, qui ne voulons ici que discuter en elle-même, et sans nous occuper de ses origines historiques, la thèse de Ruskin, nous pouvons la résumer assez exactement par ces mots de Descartes, que « la lecture de tous les bons livres est comme une conversation avec les plus honnêtes gens des siècles passés qui en ont été les auteurs.

 

En réalité, Proust  récuse cette analogie un peu convenue entre la lecture et la conversation :

 

Mais si je crois que la lecture, dans son essence originale, dans ce miracle fécond d'une communication au sein de la solitude, est quelque chose de plus, quelque chose d'autre que ce qu'a dit Ruskin, je ne crois pas malgré cela qu'on puisse lui reconnaître dans notre vie spirituelle le rôle prépondérant qu'il semble lui assigner.

 

Malgré de nouvelles excursions vers les lectures d’enfance, Proust tient solidement le fil qui unit selon lui lecture (culture, dirions nous) et vie spirituelle.


Et c'est là en effet un des grands et merveilleux caractères des beaux livres (et qui nous fera comprendre le rôle à la fois essentiel et limité que la lecture peut jouer dans notre vie spirituelle) que pour l'auteur ils pourraient s'appeler « Conclusions » et pour le lecteur « Incitations ». Nous sentons très bien que notre sagesse commence où celle de l'auteur finit, et nous voudrions qu'il nous donnât des réponses, quand tout ce qu'il peut faire est de nous donner des désirs. (…) Tel est le prix de la lecture et telle est aussi son insuffisance. C'est donner un trop grand rôle à ce qui n'est qu'une initiation d'en faire une discipline. La lecture est au seuil de la vie spirituelle; elle peut nous y introduire : elle ne la constitue pas.

 

Pour asseoir cette conviction, Proust fait état de son intérêt pour la psychologie et Les maladies de la volonté (il cite en note cet ouvrage de Théodule Ribot).

Il est cependant certains cas, certains cas pathologiques pour ainsi dire, de dépression spirituelle, où la lecture peut devenir une sorte de discipline curative et être chargée par des incitations répétées de réintroduire perpétuellement un esprit paresseux dans la vie de l'esprit. Les livres jouent alors auprès de lui un rôle analogue à celui des psychothérapeutes auprès de certains neurasthéniques.

On sait que, dans certaines affections du système nerveux, le malade, sans qu'aucun de ses organes soit lui-même atteint, est enlisé dans une sorte d'impossibilité de vouloir, comme dans une ornière profonde d'où il ne peut se tirer seul, et où il finirait par dépérir, si une main puissante et secourable ne lui était tendue. Son cerveau, ses jambes, ses poumons, son estomac, sont intacts. Il n'a aucune incapacité réelle de travailler, de marcher, de s'exposer au froid, de manger. Mais ces différents actes, qu'il serait très capable d'accomplir, il est incapable de les vouloir. Et une déchéance organique qui finirait par devenir l'équivalent des maladies qu'il n'a pas serait la conséquence irrémédiable de l'inertie de sa volonté, si l'impulsion qu'il ne peut trouver en lui-même ne lui venait de dehors, d'un médecin qui voudra pour lui, jusqu'à ce qu’il ait peu à peu rééduqué ses divers vouloirs organiques. Or, il existe certains esprits qu'on pourrait comparer à ces malades et qu'une sorte de paresse (5) ou de frivolité empêche de descendre spontanément dans les régions profondes de soi-même où commence la véritable vie de l'esprit. Ce n'est pas qu'une fois qu'on les y a conduits ils ne soient capables d'y découvrir et d'y exploiter de véritables richesses, mais, sans cette intervention étrangère, ils vivent à la surface dans un perpétuel oubli d'eux-mêmes, dans une sorte de passivité qui les rend le jouet de tous les plaisirs, les diminue à la taille de ceux qui les entourent et les agitent, et, pareils à ce gentilhomme qui, partageant depuis son enfance la vie des voleurs de grand chemin, avait, pour avoir depuis trop longtemps cessé de le porter, oublié jusqu’à son nom, ils finiraient par abolir en eux tout sentiment et tout souvenir de leur noblesse spirituelle, si une impulsion extérieure ne venait les réintroduire en quelque sorte de force dans la vie de l'esprit, où ils retrouvent subitement la puissance de penser par eux-mêmes et de créer. Or cette impulsion que l'esprit paresseux ne peut trouver en lui-même et qui doit lui venir d'autrui, il est clair qu'il doit la recevoir au sein de la solitude hors de laquelle, nous l'avons vu, ne peut se produire cette activité créatrice qu'il s'agit précisément de ressusciter en lui. De la pure solitude l'esprit paresseux ne pourrait rien tirer, puisqu'il est incapable de mettre de lui-même en branle son activité créatrice. Mais la conversation la plus élevée, les conseils les plus pressants ne lui serviraient non plus à rien, puisque cette activité originale ils ne peuvent la produire directement. Ce qu'il faut donc, c'est une intervention qui, tout en venant d'un autre, se produise au fond de nous-mêmes, c'est bien l'impulsion d'un autre esprit, mais reçue au sein de la solitude. Or nous avons vu que c'était précisément là la définition de la lecture, et qu'à la lecture seule elle convenait. La seule discipline qui puisse exercer une influence favorable sur de tels esprits, c'est donc la lecture : ce qu'il fallait démontrer, comme disent les géomètres.

 

Souhaitons donc que, si tous les petits français ne deviennent pas violoniste ou artiste-peintre (sic), ils se voient au moins offrir de nombreuses occasions de contracter le goût de la lecture.


 

 

 

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4 janvier 2012 3 04 /01 /janvier /2012 18:24

 

 Allons, un petit coup d'oeil dans le rétro avant d'attaquer franchement les douze mois qui viennent !

 

 

 

 

Note publiée le 2 mars 2011

Cinq ministres pour une mélodie en sous-sol

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°°°

Je vous prie de m'excuser au cas où vous vous seriez levé ce matin avec un moral d'acier... ou bien décidés à vous recueillir en mémoire du grand Serge, mais je viens de trouver ce qui suit et qui plombe grave l'ambiance!

°°°

 

 

 

 

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3 janvier 2012 2 03 /01 /janvier /2012 17:05

 

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La Cité des sens fait relâche quelques jours.

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3 janvier 2012 2 03 /01 /janvier /2012 16:42

 

Pour ce début d’année, une jolie moisson de nouveautés, parues ou à paraître en janvier (et même des publications antérieures mais qui font écho aux centres d’intérêt de ce blog). J’imagine que nul ne m’en voudra de ne pas surfer sur la vague du mainstream et de ne pas alimenter le buzz organisé par l’auteur lui-même autour du « sarkozysme culturel ».

 

 

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Commençons donc par les choses sérieuses, le ministère de la culture lui-même. Ou plutôt le (futur) ministre :

 

Comment parler simplement des enjeux de la culture, de l’indispensable utopie qui guide nos projets comme des contradictions qui nous assaillent ? Jean-Gabriel Carasso emprunte, avec humour et perspicacité, le fauteuil du ministre de la Culture pour imaginer les principales interventions qu’il aurait à faire : au Conseil des ministres, à l’Assemblée nationale, dans la presse, devant les élus, face aux professionnels...

Quarante textes, discours et communiqués, totalement imaginaires et pourtant si vraisemblables, tracent un portrait singulier de notre époque. L’auteur propose, en plus d’une analyse et d’une vision sur la politique culturelle, des initiatives, des idées et des pistes de travail pour tous ceux qui agissent dans le domaine culturel : élus, artistes, enseignants, professionnels... Partagez les pensées d’un ministre de la culture volontariste et visionnaire, tel que vous en rêvez.

Jean-Gabriel Carasso imagine les principales interventions qu’il aurait à faire s’il était ministre de la Culture ? Quarante textes, discours et communiqués, écrits en situation, par un ministre de la Culture plus visionnaire que gestionnaire de la crise. Avec le style toujours inspiré de Jean-Gabriel Carasso, alliant sagacité et impertinence.

 

Editions de l’Attribut.

 

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CULTURE ET DÉVELOPPEMENT DURABLE 

La culture : un droit à développer durablement

 

Dans cet ouvrage, l’auteur interroge le secteur culturel sur les incohérences liées au fait de se soumettre aux lois du marché au risque de devenir « épiciers culturels ». Il alerte sur les écueils de la démocratisation de la culture et propose d’autres pistes de réflexion et de perspective politique sur la « volonté collective de déterminer les bonnes attitudes culturelles nécessaires pour construire un avenir commun à l’humanité durable ». Alors, la culture doit-elle contribuer au développement durable humain ou en être une condition ? Jean-Michel Lucas pousse son analyse jusqu’à proposer une nouvelle écriture de l’Agenda 21 de la culture qui assumerait des dispositifs de débats « libres, ouverts et documentés », en lien avec des dispositifs d’action publique notamment au niveau européen.

Avec l’approfondissement de la crise économique, la « culture » a changé de rôle : elle est devenue espoir d’un futur meilleur, au point d’être considérée comme le quatrième pilier du développement durable pour l’Agenda 21. Certes, sous le chapeau des industries culturelles et créatives, l’illusion semble parfaite puisque la culture génèrerait plus de 600 milliards d’euros et représenterait 14 millions d’emplois dans l’union européenne. Mais, face à ce constat, Jean-Michel Lucas pointe la perte de sens de ce nouveau rôle attribué au secteur culturel. Après avoir analysée la place qui lui est accordée dans les textes fondateurs du développent durable humain (de la Conférence des Nations Unies sur l’environnement et le développement de Rio en 1992 jusqu’à l’Agenda 21 de la culture), il montre l’impasse dans laquelle se trouvent actuellement les professionnels de la culture qui n’ont plus qu’une position de « fournisseurs de services » et troquent leur public fidèle contre de bons clients. L’auteur s’emploie à démontrer qu’une autre perspective politique, ouverte initialement par Jon Hawkes, est nécessaire et possible ; elle prend acte des accords internationaux sur la diversité culturelle et affirme la primauté des enjeux de reconnaissance de la dignité des personnes dans leur identité culturelle toujours mouvante. La culture, dans l’esprit de la Déclaration de Fribourg sur les droits culturels, n’est plus un chiffre d’affaires de champions nationaux, mais une éthique, pour faire ensemble société, ou mieux encore, faire humanité commune et durable. L’auteur préconise de réécrire, en ce sens, l’Agenda 21 en estimant qu’il est vraiment temps d’organiser la palabre !

L’auteur, Jean Michel Lucas, universitaire, est engagé de longue date dans l’action culturelle et particulièrement la valorisation des musiques actuelles. Il a occupé des fonctions de responsabilité dans l’administration culturelle (Drac et conseiller de Jack Lang). Ses travaux de recherche portent sur la critique des politiques culturelles et, sous le pseudonyme du Doc Kasimir Bisou, il plaide pour la prise en compte des enjeux éthiques dans la conduite des politiques de la culture.

Éditeur : Irma, collection ®evolutic • Édition : Janvier 2012 •

Format : 15 x 20 cm • Pagination : 128 pages •

 

Sur le thème Culture et développement durable, lire aussi l’article de Romain Bigay sur le site de l’Irma.

 

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Sylvain Barone (dir.), Les politiques régionales en France, Paris, La Découverte, coll. « Recherches », 2011, 324 p., ISBN : 978-2-7071-7063-7.

L'ouvrage Les politiques régionales en France sous la direction de Sylvain Barone rassemble une série de contributions qui interrogent la place occupée par les régions dans l'évolution de l'action publique. Ces contributions s'inscrivent dans une perspective comparative, à l'échelle nationale et européenne. Jean-Pierre Gaudin résume ainsi l'ouvrage : « peut-on dire que les régions existent véritablement comme acteurs politiques, alors que leur statut reste toujours incertain et que leur lisibilité démocratique apparaît précaire, au moment où l'on veut fusionner leurs élus avec ceux des départements ? » (p.279). Les régions françaises sont-elles devenues des lieux politiques du point de vue des représentations et des attachements identitaires locaux ?

(…)

La seconde partie aborde les compétences régionales développées en marge dans les secteurs de l'enseignement supérieur (Jérôme Aust, Cécile Crespy, Audrey Vézian), de la culture (Emmanuel Négrier et Philippe Teillet) et de l'aménagement du territoire (Anne-Cécile Douillet). La première contribution met en avant la progression des formes régionales de pilotage des politiques universitaires. Les auteurs montrent comment les régions, l'État et l'Europe s'opposent et se coordonnent pour construire des politiques publiques en matière de recherche. Ils analysent également les rôles des élus dans la construction de ce domaine de compétence qui peut apparaître comme un moyen pour renforcer une identité régionale. Dans le domaine culturel, Emmanuel Négrier et Philippe Teillet expliquent que « par-delà leurs objectifs affichés (accès du plus grand nombre aux œuvres et pratiques culturelles, régulation des industries culturelles, soutien à la création, conservation du patrimoine, préservation de la diversité culturelle, etc), il s'agit aussi de favoriser l'intégration d'individus et de groupes sociaux, d'entretenir et de développer des sentiments d'appartenance, de légitimer des autorités politiques et d'entretenir la croyance en l'effectivité de leurs « pouvoirs », de nourrir certains réseaux clientélaires ou de faire exister des espaces de production de politiques publiques ». Anne-Cécile Douillet replace le développement des contrats territoriaux dans le mouvement de territorialisation de l'action publique. Les régions n'élaborent pas les mêmes stratégies puisqu'elles tendent à répondre aux demandes du territoire.

 

Extraits de Joachim Benet, « Sylvain Barone (dir.), Les politiques régionales en France », Lectures [En ligne], Les comptes rendus, 2011, mis en ligne le 28 décembre 2011, consulté le 03 janvier 2012. URL : http://lectures.revues.org/7098

 

  

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POUR UNE AUTRE POLITIQUE CULTURELLE Institution et développement Georges Bertin, Danielle Rauzy
chez L'Harmattan collection Educations et Sociétés, 234 p

L'ouvrage s'ouvre sur un manifeste utopien conçu au sein de la section Utopia 49 et propose, après état circonstancié des lieux, dans sa troisième partie, une alternative utopienne aux politiques actuelles, il prend notamment en compte, pour partie, les réflexions de notre Mouvement (i.e. le mouvement Utopia).

Alors que les pouvoirs centraux politiques et économiques tendent à assujettir les citoyens réduits au rang de consommateurs ou d'agents parfaitement passifs devant la puissance publique, cette réflexion débouche sur ce que pourrait être une politique culturelle alternative. Ceci n'est pas sans poser la question de la relation de la culture à l'éducation, prise dans son sens large.

Les auteurs :
Danielle Rauzy, professeur de lettres, ex directrice du pôle d’activités animation et développement territorial au CNAM/IFORIS d’Angers, a enseigné dans divers établissements de formation et à l’Université d’Angers, elle est aussi secrétaire de UTOPIA 49 et membre du Cercle d’Etudes Nouvelle d’Anthropologie (CENA).
Georges Bertin, docteur HDR en sciences sociales a dirigé nombre d’organismes culturels puis universitaires à divers niveaux, du local à l’international. Coordinateur de la recherche en sciences sociales au CNAM des Pays de la Loire, il est aussi directeur exécutif de la revue en ligne « Esprit Critique », membre du CRI, co-président de l’AFIRSE, délégué UTOPIA 49.

 

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Façons de lire, manières d'être
Marielle Macé
éd. Gallimard, « NRF Essais », 268 

 

Vous appréhendez la lecture comme une expérience mais aussi comme une conduite. Qu’entendez-vous par là ?

La lecture est en effet une expérience : c’est quelque chose qui arrive à un individu, qui le transforme. En parler en termes de «conduite», c’est y voir en outre un certain genre d’activité, une pratique qui prend sens auprès d’autres pratiques, d’autres gestes de la vie. On s’intéresse alors à la façon dont les lecteurs se conduisent «dans» les livres, cheminent dans des formes de langage, se laissent déplacer par elles ; mais surtout à la façon dont ils se conduisent ensuite «avec» les livres dans la vie, à la façon dont ils en font usage, dont ils rapatrient ce qu’ils ont lu dans leur propre existence, dont ils se réapproprient ces formes de langage. La lecture n’est pas un moment totalement à part, elle nous saisit au cœur de notre quotidien, avec nos questions, nos attentes, et les livres attendent eux aussi que nous leur répondions, que nous fassions quelque chose avec eux.

 

Lire l’entretien de Marielle Macé avec Sylvain Bourmeau, Libération 22 décembre 2011

 


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Entre public et privé, vers un nouveau secteur social.

Tony Andréani 

 

Est-il possible d’envisager, dans un pays capitaliste développé comme la France un secteur « socialisé », c’est-à-dire reposant sur l’association des travailleurs, avec un financement appuyé sur l’épargne des ménages et totalement déconnecté, au moins directement, des marchés financiers ?

C’est la conviction de Tony Andréani, qui en propose ici l’architecture, les objectifs, les relations avec le secteur capitaliste et l’intersection avec l’économie solidaire.

Quand, de presque tous les côtés, citoyens et salariés sont priés de se plier aux dogmes et aux exigences des marchés financiers, réputés « indépassables » le travail, de Tony Andréani invite au contraire à la réflexion pour leur opposer des alternatives neuves et crédibles.

Les propositions qu’il développe dans cette note de la fondation Gabriel Péri sont donc soumises au débat, dans un moment – crise financière, crise politique, crise de la dette et de la construction européenne – où le besoin de perspectives pour en sortir ne cesse de grandir.

Tony Andréani est professeur émérite de Sciences politiques à l’université de Paris VIII. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages sur le socialisme, notamment Le socialisme est (a)venir (2 volumes, 2001 et 2004, Éditions Syllepse).

60 pages - ISBN 2-916374-39-6

Prix : 4.00 €

Notes de la Fondation Gabriel Péri.

 

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28 décembre 2011 3 28 /12 /décembre /2011 17:14

HB ce héros

 

Voici un appel à projets qui m’avait échappé – à vous peut-être aussi d’ailleurs…

L'information a été publiée le 16 septembre 2011 sur l’excellent site Calenda :

 (Copyright : « Appel à projet de recherche : le genre et la culture », Appel d'offres, Calenda, publié le jeudi 12 mai 2011, http://calenda.revues.org/nouvelle19846.html )


Appel à projet de recherche du Département des études, de la prospective et des statistiques (Ministère de la Culture et de la Communication)

Le Département des études, de la prospective et des statistiques (ministère de  la Culture et de la Communication) lance un appel à projet de recherche sur « le  genre et la culture ». De nombreux travaux quantitatifs et qualitatifs ont  accrédité l’importance de la variable genre dans l’explication des rapports à la  culture, qu’il s’agisse de degré d’investissement dans les loisirs culturels, de  composition des univers culturels, de choix de contenus et de modes de réception  mais aussi de type de sociabilité générée, de représentation de la culture et  des loisirs ou encore de construction de soi via la culture et les loisirs.

Problématiques

1. Différences de genre, fabrique du genre, pérennité et mutation des différences de genre

Univers féminin/univers masculin

La socialisation genrée

Permanence et mutations des différences de genre :

2. Le genre, la domination masculine et la légitimité culturelle

Le genre et la domination masculine

Le genre et la légitimité culturelle

La lecture ce cet appel d’offres (auquel il fallait répondre avant le 16 septembre 2011 – espérons que les chercheurs auront été nombreux à le faire et que leurs approches sont variées- ) constitue une intéressante mise au point sur ces questions qui hantent, comme on sait, La Cité des sens. Un seul exemple :

 

Le genre n’est pas en France une catégorie de l’action publique culturelle. C’est une catégorie d’analyse somme toute relativement récente et la faveur dont elle jouit actuellement ne doit pas faire croire qu’elle ait nécessairement modifié en profondeur le référent implicite de l’action publique : un individu sans genre. Le champ culturel, comme le champ éducatif, mais selon d’autres modalités, pose la question des politiques du genre, de la présence des filles et des femmes accrue au fil des générations dans les publics de la culture, à la place prise par les femmes dans les transmissions culturelles, ou à la forte présence des filles dans les écoles d’enseignements artistiques amateurs et dans les cursus professionnalisant tandis que se maintiennent des profils professionnels majoritairement masculins dans la plupart des professions culturelles et surtout artistiques.

Une politique du genre est-elle nécessaire ? Sur quoi peut elle être fondée ?

On peut voir dans l’inégale répartition genrée des publics de la culture un effet de nature ou de socialisation sans que ceux-ci nécessitent d’intervention. Pour qu’une différence devienne une inégalité, il faut qu'elle se traduise par un accès inégal entre ces individus différents, en raison de leur différence, à certaines ressources rares et valorisées : la différence de genre n’est pas

d’emblée une inégalité. Les individus peuvent vivre ensemble, « égaux mais différents » dans des sociétés, contemporaines et individualistes, marquées par une diminution des inégalités sociales et une recherche de différenciation entre les individus. La partie du courant féministe qualifiée de « différentialiste » entend ainsi souligner que les femmes peuvent être les égales des hommes sans être, pour autant, contraintes de renoncer à leur « féminité ».

Pour que l’intervention publique soit nécessaire il faut considérer les différences (d’accès, d’usages, etc.) liées au genre comme des inégalités, voire des injustices, comme on le fait en

matière d’origine sociale par exemple. La culture n’étant pas « obligatoire » comme l’instruction, la question de l’égalité des chances « culturelles » se pose-t-elle face au genre et comment ? Peut on penser une politique du genre, de quelle manière et sur quels objets : affirmativ action ? mixité affirmée ? analyse de la différenciation positive ? et pour quels bénéfices ?

 

Télécharger le texte complet de l’appel à projets Le genre et la culture.

Cet appel comporte, par ailleurs une bibliographie particulièrement riche qui comblera chercheurs et érudits, amoureux fervents et savants austères. Parmi ces très références bibliographiques figure, off course, la dernière synthèse en date sur la question élaborée par Olivier Donnat.


L’intérêt des femmes pour l’art et la culture est aujourd’hui supérieur à celui des hommes : elles sont plus nombreuses à privilégier les contenus culturels à la télévision ou dans la presse, lisent plus de livres, surtout quand il s’agit de fiction, ont une fréquentation des équipements culturels à la fois plus diversifiée et plus assidue et font preuve dans l’ensemble d’un engagement supérieur dans les activités artistiques amateur.

Cette situation, loin de traduire une prédilection séculaire (ou naturelle…) des femmes pour le beau et le sensible ou de refléter une partition immuable des rôles sexués au sein de l’espace des loisirs, est le résultat des profondes mutations sociales qu’a connues notre société depuis la fin des années 1960. Il suffit pour s’en convaincre de comparer les comportements et consommations culturelles des femmes et des hommes à quarante ans de distance en se référant, quand les données le permettent, aux résultats de la première enquête sur les pratiques culturelles menée en 1973 : le renouvellement des générations a permis aux femmes de dépasser les hommes dans la plupart des domaines culturels, parfois d’autant plus facilement qu’une partie d’entre eux prenaient au même moment leurs distances à l’égard de certaines formes traditionnelles d’accès à l’art et à la culture.

Les femmes des générations nées à partir des années 1960 sont plus diplômées que leurs homologues masculins, avec une formation plus souvent littéraire ou artistique, elles sont plus nombreuses à occuper des emplois induisant un rapport privilégié aux loisirs culturels, et sont souvent dans l’espace domestique en charge de la (re)production du « désir » de culture auprès des enfants. Bref, autant d’éléments qui laissent penser que la féminisation des pratiques culturelles risque fort de se poursuivre, à mesure que les générations les plus anciennes – au sein desquelles les taux de pratiques culturelles des hommes sont en général supérieurs à ceux des femmes – vont disparaître.

À suivre, donc…

 

Télécharger le numéro 147  de Développement culturel : La féminisation des pratiques culturelles par Olivier Donnat.

 

A suivre, bien entendu…

  

Sur cette même question, La Cité des sens a déjà publié :    

 

La différence des sexes est-elle soluble dans l'alcool ?

Un homme sur deux est un homme

L'égalité des sexes se lève aussi à l'Est.

Egalité entre hommes et femmes dans les métiers de la culture--- 

Question de genres ---

Diversité culturelle et stéréotypes sexistes ---

Le sexe faible dans la cour des grands ---

Du vivant spectacle de la domination masculine ---

Où il est mon deuxième sexe ? ---

Rois et Reine ---

T’as trouvé ça où ? ---

Question de genre ---

La chose artistique (4) ---

Bovary bat don Quichotte par KO debout ---     

 

 

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24 décembre 2011 6 24 /12 /décembre /2011 10:20

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Encore merci aux fidèles lecteurs de ce blog...

et bonnes fêtes de fin d'année.

 

La Cité des sens.

 

 

 

 

 

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10 décembre 2011 6 10 /12 /décembre /2011 21:52

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  • Jean-Claude Pompougnac
  • Responsable du service de la recherche à la BPI (Centre Pompidou) puis conseiller au cabinet du Ministre de la culture (Jack Lang), j'ai dirigé ensuite la Délégation au développement et aux formations de ce même ministère. A l’issue d’une alternance politique, très élégamment remercié par Jacques Toubon arrivé rue de Valois je me suis vu offrir le poste de directeur de l'Institut français de Barcelone. Quatre ans après, le ministère des affaires étrangères a jugé mes compétences insuffisamment diplomatiques. En conséquence, à partir de 1999, j'ai dirigé la DRAC Centre à Orléans. Remercié par la Droite,. j'ai ensuite crée l'un des premiers EPCC, ARCADI en Île-de-France. Remercié par la Gauche je suis devenu  DAC de la ville de BONDY (93). Aujourd'hui consultant. Membre de l'Institut de coopération pour la culture et correspondant du Comité d'histoire du MCC où j'ai contribué à la conception de séminaires et de journées d'études.
  • Responsable du service de la recherche à la BPI (Centre Pompidou) puis conseiller au cabinet du Ministre de la culture (Jack Lang), j'ai dirigé ensuite la Délégation au développement et aux formations de ce même ministère. A l’issue d’une alternance politique, très élégamment remercié par Jacques Toubon arrivé rue de Valois je me suis vu offrir le poste de directeur de l'Institut français de Barcelone. Quatre ans après, le ministère des affaires étrangères a jugé mes compétences insuffisamment diplomatiques. En conséquence, à partir de 1999, j'ai dirigé la DRAC Centre à Orléans. Remercié par la Droite,. j'ai ensuite crée l'un des premiers EPCC, ARCADI en Île-de-France. Remercié par la Gauche je suis devenu DAC de la ville de BONDY (93). Aujourd'hui consultant. Membre de l'Institut de coopération pour la culture et correspondant du Comité d'histoire du MCC où j'ai contribué à la conception de séminaires et de journées d'études.

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