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2 juin 2016 4 02 /06 /juin /2016 16:48

Les débats furieux engagés entre la défense d’une culture crispée sûre de ses tris et les enthousiasmes confus qui posent l’équivalence de toutes les créations et de toutes les pratiques ne sont peut-être qu’un théâtre d’ombres.

Roger Chartier Le Monde, septembre 1991

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Chapitres précédents.

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Droits culturels : continuons le débat.

 

Le mérite des contributions évoquées dans cette note est de constituer un appel à la vigilance : la récente inclusion des droits culturels dans l’article 103 de la loi NOTRe, désormais une loi de notre République, ne saurait en aucune manière clore le débat.

 

Droits culturels : une longue histoire

 

Il est peut-être utile de situer le débat récent sur l’inscription ou non dans la législation française du concept de droits culturels dans un horizon historique plus large que celui de la signature par la France, dans les années 2000, de conventions internationales portant sur la nécessité de reconnaître, protéger et promouvoir la diversité culturelle.

 

Des droits culturels (1968) aux droits culturels (2015)

 

Je voudrais continuer le parcours engagé dans ces notes précédentes, de façon à attirer l’attention sur l’histoire des notions successives ou sédimentées qui ont fondé et légitimé l’intervention publique dans les affaires culturelles.

Toutefois, je ne suis en aucune manière historien. Il ne s’agit que « d’arrêts sur image » et, pour des approches mieux fondées et documentées, il conviendrait, par exemple, de se reporter aux travaux de Pascal Ory et Laurent Martin.

 

L’Entre-deux-mai : Histoire culturelle de la France (mai 1968-mai 1981), Paris, Le Seuil,? 1983, Pasccal Ory

L’Enjeu culturel. La réflexion internationale sur les politiques culturelles, Paris, La Documentation française, 2013. Laurent Martin.

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Le site Réseau Culture 21 vient de mettre en ligne un entretien avec la Sénatrice Marie-Christine Blandin à propos de l'article 103 de la Loi NOTRe (ajouté le 18 mai 2016).

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Sommaire de l'entretien.


Pourquoi les droits culturels ? 

Comment s'est faite l'inscription de la notion de droits culturels dans la Loi NOTRe ?
Quels ont été les points de résistance ?
 
Les débats autour de la loi sur la liberté de création ont fait émerger d'autres arguments s'opposant à l'inscription des droits culturels dans cette loi...

Comment les droits culturels permettent d'aller plus loin dans la reconnaissance de la diversité des personnes et d'enrichir le modèle républicain ? 

Pourquoi l'article 103 de la loi NOTRe fait-il référence à la Convention sur la diversité des expressions culturelles de 2005 de l'UNESCO ? 
Quels impacts constatez-vous suite à l'adoption de cet amendement sur les droits culturels dans le Loi NOTRe ?

 

Accéder à la vidéo en ligne.

 

 

Comme déjà suggéré ici, il n'est pas certain que les termes du débat, du dissensus soient toujours vraiment explicités.

 

Voici ce que disait déjà la sénatrice au moment du Festival d'Avignon 2013 :

A partir d’un texte qui définit les droits culturels de la personne, la FNCC propose de redéfinir les politiques culturelles des collectivités. L’idée est audacieuse et créée des réticences. Il s’agit de droits « de »… Et non pas de droits « à »…des notions comme la gratuité ne sont pas l’objet du débat. Ce qui est à combattre ce sont toutes les formes de discrimination qui tiennent des personnes â l’écart.

(…)

Mais on sent que le consensus n’est pas encore acquis. Certains expriment leur exigence que la politique publique soit « la même pour tous ».

Des suggestions pertinentes sont apparues : parler aussi de l’espace public, ou de la condition sociale des artistes et donc de l’intermittence.

Je considère que ces freins sont de deux ordres: ceux qui craignent des injustices, et brandissent le service public, ou ceux qui sentent confusément que ce renversement démocratique, qui introduit les publics dans le débat, va amener à poser la question du sens: voulons nous une culture « compétitive » ou « coopérative »?

Petit retour en arrière (ancienne note de ce blog) sur l'un des motifs de désaccord, lié à la place faite à l'art, aux œuvres et aux démarches de création dans les orientions politiques.

 

 

Pour une autre politique de l’art, Robin Renucci, Le Monde, 6 août 2011.

 

Ce que nous avons entendu et lu ces dernières semaines nous laisse nombreux sur notre faim. La dimension budgétaire est déterminante, mais elle ne saurait être le pivot de nos raisonnements. Elle ne répond pas aux questions posées par l'art et la culture aujourd'hui.

Oui, il faut des moyens nouveaux, mais ils ne prendront sens que si nous engageons une réforme ambitieuse de nos objectifs et de nos actions. Le sens, là est la question majeure.

Y répondre impose un changement radical de logique. On ne rejette pas André Malraux en disant que "rendre accessibles au plus grand nombre (...) les œuvres capitales de l'humanité" ne peut plus être le paradigme des politiques publiques de la culture en ce début de XXIe siècle.

(…)

Il ne s'agit plus d'"accès" aux œuvres. Il faut faire en sorte que "les œuvres œuvrent" comme le dit joliment le philosophe Bernard Stiegler. Parlons de création partagée, d'appréhension individuelle et collective, de contribution populaire. Sortons des oppositions bien peu innocentes entre une culture "populaire" et une autre qui ne le serait pas. Refusons l'opposition caricaturale entre professionnels et amateurs.

 

On notera au passage que la question de ces oppositions est, entre autres, au cœur de la vive controverse qui a opposé Nicolas Roméas (L’art, la culture et la gauche) d’une part et Michel Simonot et Diane Scott, d’autre part, (Résister au « populisme culturel : pour un argumentaire renouvelé de la culture,) ; échange passablement virulent suivi de Résister aux intégristes de l’art, réplique de Nicolas Roméas et Valérie de Saint-Do,), à l’interminable et vaseuse dissertation (sic)  de Simonot et Scott.

 

 

L’excellent blog L’Oizeau rare (Jean-Gabriel Carasso) s’est fait l’écho de ce « débat » ce qui me dispense, pour le moment,  de commenter de vives diatribes donc j’avoue ne complètement saisir pas l’enjeu.

 

Revenons aux propos du nouveau directeur des Tréteaux de France :

 

L'historien Roger Chartier écrivait ici même il y a vingt ans : "Il y a quelque chose de pathétique à vouloir dresser une digue étanche, infranchissable, entre les études et les œuvres dont se délectent "les amateurs habituels des choses de l'esprit" et les "pratiques culturelles" du plus grand nombre, alimentées par le marché des loisirs. Le lien qui les unit (...) réside dans la trajectoire même qui donne leur sens aux œuvres les plus puissantes" ("Pas d'oeuvre sans pratique", Le Monde du 26 septembre 1991).

 

Peut-être comme moi, avez-vous cherché le texte intégral de cette tribune de Roger Chartier sur le web ?… je ne l’ai pas trouvé, du moins en accès gratuit.

Fidèle à la vocation de La Cité des sens (dont je ne sais si elle est « artistique » plutôt que « culturelle » mais assurément pédagogique) qui est de permettre à ses lecteurs d’accéder aux textes eux-mêmes je livre donc ici cette brève et remarquable mise au point de l’historien de la lecture et des pratiques culturelles (écrite à l’époque, en réponse au livre de Marc Fumarolli, L’Etat culturel).

 

Tribune de Roger Chartier, Le Monde 26 septembre 1991.

 

 

Pour éclairer ce que pourrait être le débat entre l'artistique et les droits culturels et le légitime fondement des politiques publiques de la culture, je poursuis la citation du texte de l'historien là où Renucci s'était arrêté :

 

"Le défi lancé est tout autre : penser, ensemble, la différence par laquelle toutes les sociétés (en des modalités variables) ont séparé et séparent du quotidien ordinaire, un domaine particulier de l'activité humaine, et les dépendances qui inscrivent (de diverses manières) l'invention esthétique et intellectuelle dans ses conditions de possibilité et d'intelligibilité".

 

 

 

 
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25 mai 2016 3 25 /05 /mai /2016 08:45

Non ce n'est pas l'un des prochains sujets de philo du bac !

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Mais la question de savoir à quelles conditions cette formule "écosystème culturel" peut prendre sens au-delà de la simple métaphore est abordée dans deux contributions publiées sur la toile... et, comme on sait, le rôle de La Cité des sens, est de développer un espace propice aux échanges et au débat public
 

 

 

 

« Un écosystème est un ensemble vivant formé par un groupement de différentes espèces en interrelations (nutrition, reproduction, prédation…), entre elles et avec leur environnement (minéraux, air, eau), sur une échelle spatiale donnée. L’écosystème regroupe des conditions particulières et permet le maintien de la vie. Et réciproquement, cette vie constitue et maintient l’écosystème.
Par leurs interactions entre elles et avec l’environnement, les espèces modèlent l’écosystème qui de ce fait évolue dans le temps. Il ne s’agit donc pas d’un élément figé, mais d’un système issu de la coévolution entre les différents êtres vivants et leurs habitats. De plus, il est très difficile de délimiter un écosystème – et on le fait souvent de manière arbitraire – car il ne possède pas toujours de frontières physiques.
A partir de cette définition, il devient possible de déterminer une quantité infinie d’écosystèmes. »

Source CNRS

C'est dans la défunte Lettre du réseau culture du groupe Territorial.fr qu'une définition de cette notion d’écosystème dans le champ des arts et de la culture (employée par certains groupes et collectifs depuis quelques années) est proposée par Vincent Lalanne (dans son édito du 11 octobre 2015, encore consultable en ligne).

 

 

Qu'est- ce qu'un écosystème culturel ?


Depuis quelques temps je lis et j'entends souvent l'expression « d'écosystème culturel ». Cette formulation, qui me semble être une métaphore du secteur culturel, me paraît être une expression tout à la fois pleine de sens, de bon sens, et de complexité.

On ne peut pas limiter l'écosystème naturel au principe herbe-gazelle-lion qui renvoie au système de chaîne écologique limitée à la prédation. Rapporté à l'écosystème culturel, nous pourrions chercher qui est le prédateur suprême ? le marché, les industries culturelles, les politiques culturelles, la subvention publique ???

(...)

Ce qui me paraît important à retenir dans cette définition c'est la dimension de « réseau d'échange d'énergie et de matière permettant le maintien et le développement de la vie », de la vie culturelle, pour nous.
Ainsi, selon Guillaume du Boisbaudry (Directeur de l'Institut des Hautes Etudes en Arts Plastiques) :

« La réflexion s'articule autour de l'idée de considérer les activités culturelles - au sens large du terme - comme un écosystème, où les différents acteurs ne sont pas isolés dans un univers cloisonné, mais en interaction permanente, se nourrissant mutuellement. Un système où l'on pense la naissance et la croissance des initiatives, leurs moyens matériels et leur économie, dans une logique qui n'est plus verticale, mais horizontale. En gros, nous travaillons sur le même objet, et partageons le même territoire, il est nécessaire de considérer l'ensemble du tissu culturel avec un même niveau d'importance, chacun étant nécessaire à l'autre. Une écologie, donc. »

 

Lire la contribution de Vincent Lalanne en intégralité

 

De son côté, Philippe Gimet, animateur du Cultural Engineering Group sur Linkedin vient de publier une note intitulée Ecosystèmes de la culture et du divertissement : préserver et assumer leur diversité.

 

Extraits :

Dans ce monde futur, tout sera marchandise au profit de l’individu consommateur, y compris le temps libre et si on observe attentivement les écosystèmes d’affaires en marche aujourd’hui, cela se caractérise très concrètement par la montée en puissance de deux grands domaines d’activités qui élèvent et transforment la « matière première » (le capital humain) à un niveau industriel et transhumain.

Le premier domaine est constitué par les banques, les assurances et les agrégateurs de données, que Jacques Attali qualifie de « maîtres de demain ». Il est clair qu’ils ont façonné le nouvel ordre économique mondial en marche, et cela est très largement lié au fait qu’ils ont su évoluer et engager leur mue au changement de siècle et de millénaire. Ils sont maîtres de leur destinée, prescripteurs des usages de demain et se situent tout en haut de la chaîne alimentaire des écosystèmes.

Il n’est pas question de nier, d’excuser ou de minimiser le fait que ces « maîtres de demain » façonnent un monde multifacettes et de plus en plus complexe, qui est aussi celui d’un capitalisme prédateur et destructeur de nature et d’humanité. Mais cela serait trop manichéen et loin de décrire avec objectivité la réalité, car ils contribuent aussi (parfois malgré eux) à la création des conditions qui favorisent le développement de ce qu’on appelle l’économie positive, capable de libérer des moyens et des énergies considérables pour une construction positive et responsable de l’avenir où l’intelligence collective joue un rôle essentiel.

(...)

Le second domaine qui ne cesse de monter en puissance est celui de l’ « entertainment », autrement dit en français au sens très large du terme, le divertissement. Il faut en effet prendre au sens le plus large possible ce terme car il recouvre en réalité de nombreuses activités qui produisent et participent à une économie (formelle et informelle) très dynamique, où la demande est toujours en forte croissance car elle se fonde sur la combinaison de l’expression d’aspirations humaines on ne peut plus naturelles avec des missions (publiques ou privées) ou des services (marchands ou non) supposés être le plus adéquation possible avec ces aspirations, ou mieux encore, en les anticipant.

Dans tous les cas, Il s’agit d’une chaîne de métiers à forte valeur ajoutée, symbolique, polémique et économique, qui au fil du temps a fini par recouvrir l’avant, le pendant et l’après de « l’expérience » en question.

(…)

Il s’agit d’un secteur d’avenir à l’échelle globale et mondiale qui est constamment en mouvement. Il a toujours connu la croissance, même en période de crise, et il nécessite en théorie des écosystèmes capables de combiner de la façon la plus harmonieuse possible des « lois naturelles » fondées sur les tensions entre initiative publique et initiative privée, dimensions individuelle et collective, le symbolique et l’anecdotique, le matériel et l’immatériel, le marchand et le non-marchand.

On retrouve dans ce grand « magma » : la culture, le tourisme, le sport, les loisirs, l’événementiel, etc. Impossible de boucler la liste tant ces écosystèmes s’adaptent et évoluent en quasi temps réel. 

(…)

Mais la dichotomie qui oppose une certaine noblesse supposée peu rentable à une économie très performante et profitable est devenue la caricature du cycle actuel qui est entré dans une nouvelle phase de transformation, d’adaptation et de préparation d’un nouveau cycle.

(…)

Qu’adviendra-t-il des écosystèmes et des leurs opérateurs économiques privés et publics à l’ère du ici et maintenant ? L’accélération de ces dernières années a peu à peu instauré une dictature du présent, de l’immédiateté et du court termisme. Il est grand temps de retrouver un minimum de vision prospective qui ne se contente pas de se situer par rapport à la notion de rupture, pour que les acteurs des écosystèmes renouvellent leur vision et trouvent les bons leviers pour leur développement.

Pour cela, il est donc essentiel de préserver et d’assumer la diversité des écosystèmes d’affaires par une régulation qui intègre parfaitement les dynamiques en jeu.

Ceci constituerait une première étape pour permettre une dynamique capable d’enclencher un nouveau cycle avec une sérénité envers l’avenir enfin retrouvée. La pleine et entière compréhension par tous de ce qu’est un écosystème en est le préalable nécessaire.

 

Lire l'intégralité de la contribution de Philippe Gimet

 

Comme on peut le voir (et mieux encore si on lit ces deux contributions dans leur intégralité), le recours au vocabulaire écologique et à la syntaxe systémique laisse entières, au-delà de l’intérêt de l’analyse, la question des valeurs à promouvoir et des objectifs à assigner à l'action publique comme aux initiatives de la société civile.

Ainsi, par exemple, on observera que dans l'une comme dans l'autre contribution, les domaines de l'instruction, de l'éducation et de la formation semblent « hors système », ce qui, selon moi, mérite une sérieuse discussion.

 

Quitte à sembler un peu obsessionnel, je rappelle qu'une des premières interrogations un peu construites sur ces questions est formulée dans la Déclaration d'Arc et Senans (1972) « Prospective du développement culturel » qui promouvait ce nouveau référentiel en le mettant explicitement en rapport, même si l’expression n’était pas encore employée, avec la question du développement durable.

La preuve :

 

 

Le futur a déjà commencé, mais, dans un système industriel fragmenté en éléments hétérogènes et contradictoires, on refuse de le reconnaître.

Dans leur disparité, ces éléments ne doivent cependant pas être regardés isolément, car ils sont concomitants et interdépendants. Leurs répercussions sur les conditions mêmes de la vie humaine constituent un tout menaçant.

Il est dès lors impossible d’accepter que se poursuive le jeu irresponsable qui consiste pour les gouvernements à laisser les techniques développer le cours illimité de leurs possibilités, au lieu de reconnaître les besoins indispensables et de donner la priorité à ceux-ci sur des besoins artificiels engendrés par la mécanique du profit.

(...)

S’il ne peut être question d’arrêter la croissance économique (ne serait-ce qu’en raison de la situation du tiers monde), il est indispensable qu’un sursaut -de nature culturelle- conduise à transformer une croissance quantitative en amélioration qualitative du niveau de la vie.

(…)

Parler aujourd’hui de culture signifie parler des systèmes scolaires, des grands moyens de communication de masse, des industries culturelles (du journal au livre, du disque à la vidéo-cassettes, du cinéma, de la publicité, de l’habitat, de la mode). On ne peut donc s’en tenir à une démocratisation de la culture qui vise à étendre à tous la diffusion et la consommation des beaux-arts.

Le système scolaire est en crise, il ne correspond plus aux besoins de nos sociétés ni aux aspirations des individus. Aussi bien l’accélération du renouvellement de la connaissance que les innovations technologiques exigent la transformation urgente du système actuel en un système d’éducation permanente dont les impératifs comportent une « déscolarisation » des programmes et des institutions scolaires.

 

 

Il faut aussi signaler, plus proche de nous et du référentiel des droits culturels. (pas si récent que ça, comme je l'ai montré ici), l'ouvrage de Jean-Michel Lucas :

CULTURE ET DÉVELOPPEMENT DURABLE.

IL EST TEMPS D’ORGANISER LA PALABRE...

 

Présentation de l'ouvrage

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Débat avec Jean-Michel Lucas sur ses thèses (mai 2012), compte rendu de François Deschamps..

 

 

 

A suivre, bien sûr...

 

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Published by J.C. POmpougnac Jean-Claude Pompougnac - dans Ressources Les politiques culturelles en débat
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23 mai 2016 1 23 /05 /mai /2016 08:45

« Monde de la culture » et harcellement sexuel : rien à envier aux pires beaufs.

 

A propos d’affaires qui reviennent sur le devant de la scène et qui concernent le « monde politique », ce post de Carole Thibaut (directrice de CDN) sur Facebook. (16 mai 2016)

 

 

Non, il n'y a pas qu'en politique. On raconte, en culture, dans notre beau milieu artistique? Allez zou, je commence. Je ne donne pas de noms, pour ne pas lancer de chasse aux sorcières, et puis les dénonciations sur FB, ça pue. Mais ceux à qui il est fait allusion se reconnaitront s'ils passent par ici. Et d'autres se diront que ce ne sont peut-être pas des comportements tout à fait normaux ni de toute impunité... Donc... ....Quand à ton premier engagement professionnel d'actrice, le metteur en scène, qui a presque trois fois ton âge, alors que tu déclines poliment pour la énième fois sa proposition de l'accompagner à son hôtel, te dit : "Tu crois que je t'ai engagée pourquoi? Pour ton talent peut-être? Je ne t'ai pas engagée pour ton talent, je t'ai engagée pour ton cul" ... Quand à ta première pré-sélection pour la direction d'un Centre Dramatique National (à l'époque les short lists ne sont pas encore obligatoirement paritaires, la plupart des candidatEs étaient seules contre 3 à 5 mecs), le directeur sortant te dit : " Tu ne vas pas t'emmerder à faire le dossier, tu sais bien que tu n'as aucune chance, que tu n'e.s là que pour le quota." ...

Quand un responsable théâtre du ministère de la culture, à qui tu exposes que tu voudrais candidater à la direction d'un Centre Dramatique National, te répond : "Un Centre Dramatique National, pour l'avoir, il faut y penser tous les matins en se rasant. Ah ah ah. Je dis ça, je dis rien". ...

Quand à un autre pré-sélection à la direction d'un théâtre, un des membres du jury te dit qu'il est furieux d'avoir du écarter des artistes brillants et méritants, tout ça pour respecter des quotas ineptes de bonnes femmes. ... Quand un haut responsable politique d'une collectivité territoriale importante te coince à la fin d'une réunion en te disant "Vous êtes conventionnée par la "(collectivité territoriale importante)", vous, non? Vous êtes en renouvellement cette année, non? Venez déjeuner avec moi ce midi et vous serez re-conventionnée direct." Et qu'il te faut 10 bonnes minutes pour t'en débarrasser, tandis que les autres participants se marrent tout autour. ... Quand un directeur d'un gros théâtre te dit "Mais pourquoi vous vous obstinez à vouloir faire de la création, quand vous avez à votre portée la plus belle des créations" en te tapotant le ventre au passage d'un geste pseudo paternalisto-pervers. ...Quand, lors d'un montage dans une Scène Nationale, le régisseur général, à qui tu viens de demander de faire bouger le réglage de deux projecteurs, te dit "eh bien elle va elle-même monter à l'échelle la petite dame, et nous on va rester en bas et se régaler." (Tu es en jupe ce jour-là). Et que tous les abrutis qui l'accompagnent ricanent, et même ceux de ton équipe de l'époque, parce que tu comprends, entre mecs, on est solidaires. ... Quand, alors que tu en es à ta vingtième mise en scène, un autre gros directeur de gros théâtre te dit : "C'est mieux. C'est beaucoup mieux. Je pense que pour le prochain tu seras au point." (Nous les filles on dit souvent Merci à tous nos papas, jusque tard dans nos vies) ...Quand un comédien te traite de mal baisée parce que tu refuses de "mettre la langue" dans le baiser que tu dois échanger sur scène avec lui. ...Quand un metteur en scène te traite de pute qui s'est tapée toute la planète théâtre parce que tu décroches une coprod qui lui est passée sous le nez. ... Quand un technicien te traite de mal baisée parce que tu lui dis qu'il y a eu des problèmes de conduite ce soir et qu'il faut faire attention à l'avenir. ... Quand un artiste te traite de pute qui s'est tapée toute la planète théâtre parce que tu arrives à la direction d'un CDN. ...Quand tu les emmerdes et que tu leur redis, à tous, ici.

Retour sur une déjà ancienne note de ce blog (avril 2011)…

Dans une récente livraison, le magazine La Scène a publié un dossier « La Culture au masculin » à partir de ce même rapport de Reine Prat

 

A l’appui de l’analyse d’Anne Quentin, en encadré, un témoignage « malheureusement anonyme car il est impossible de dénoncer encore aujourd’hui les auteurs de telles pratiques qui bien entendu ne se laissent jamais aller à de tels propos publiquement ».

 

Lors d’une fête de fin de saison en Ile-de-France, réunissant directeurs de lieux, compagnies et acteurs culturels, tous un verre à la main, l’occasion de se rencontrer, de prendre des contacts, de discuter. Je me retrouve nez à nez avec le directeur d’un CDN dans lequel j’ai travaillé deux mois auparavant. On se salue. Je lui fait part de mon intention de l’appeler à la rentrée, pour prendre rendez-vous afin de lui parler de mon projet en cours (une pièce à moi que je veux monter). Il recule, gêné, me dit qu’il a beaucoup de dossiers à gérer. J’insiste un peu en lui disant que tout cela je le sais, mais que venant de travailler dans le lieu qu’il dirige (un lieu public) il me semble logique et légitime de lui demander ne serait-ce qu’un rendez-vous. La réponse arrive : "Je sais que tu as un beau cul mais je ne connais pas ton travail ». Ce qui s’est passé dans ma tête, dans mon corps, dans mon cœur à ce moment-là est difficile à décrire. Un coup de poignard. La honte aussi. Honte d’avoir été déshabillée sans l’avoir choisi, de voir mon cul, ni, posé sur la table, comme dit Genet – oui, les mots ont ce pouvoir-là, de faire exister les choses. Il y a la colère aussi et le chagrin. Je me souviens que mes mâchoires se sont serrées. J’ai répondu sèchement, une pauvre réponse raisonnable : "Eh bien justement, tu peux lire. Il y a une pièce et un dossier ? Au moins tu connaîtras mon travail ».

Choquée, je suis aussitôt allée voir les copains. Je leur raconte la scène, à chaud, de plus en plus outrée. Au-delà de ma blessure de femme, je répète : « C’est un directeur de lieu public qui parle comme cela à une artiste défendant son travail ». Les copains compatissent, sans plus. Beaucoup me disent : « ben oui, c’est bien connu dans le métier, on sait qu’il est comme ça, un peu libidineux ». Et la fête continue.

 

 

Voir aussi sur La Cité des sens, la catégorie Le genre et la culture.

 

 

 

 

 

 

 

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17 mai 2016 2 17 /05 /mai /2016 08:45

Episodes précédents.

 

Droits culturels : continuons le débat.

Le mérite des contributions évoquées dans cette note est de constituer un appel à la vigilance : la récente inclusion des droits culturels dans l’article 103 de la loi NOTRe, désormais une loi de notre République, ne saurait en aucune manière clore le débat.

 

Droits culturels : une longue histoire

 

Il est peut-être utile de situer le débat récent sur l’inscription ou non dans la législation française du concept de droits culturels dans un horizon historique plus large que celui de la signature par la France, dans les années 2000, de conventions internationales portant sur la nécessité de reconnaître, protéger et promouvoir la diversité culturelle.

 

Je voudrais continuer le parcours engagé dans ces notes précédentes, de façon à attirer l’attention sur l’histoire des notions successives ou sédimentées qui ont fondé et légitimé l’intervention publique dans les affaires culturelles.

Toutefois, je ne suis en aucune manière historien. Il ne s’agit que « d’arrêts sur image » et, pour des approches mieux fondées et documentées, il conviendrait, par exemple, de se reporter aux travaux de Pascal Ory et Laurent Martin.

 

L’Entre-deux-mai : Histoire culturelle de la France (mai 1968-mai 1981), Paris, Le Seuil,? 1983, Pasccal Ory

 

 

L’Enjeu culturel. La réflexion internationale sur les politiques culturelles, Paris, La Documentation française, 2013. Laurent Martin.

 

 

Il importe aussi de profiter du consistant dossier ( chronologie, anthologie des écrits sur la démocratisation culturelle) réalisé par Pierre Moulinier dans le cadre des travaux du séminaire que j’ai animé avec lui. On peut le retrouver sur les pages du Comité d'histoire du ministère de la culture te de la communication.

.

 

Cette période de « l’entre deux mai » (1968,1981), post De Gaulle et post Malraux est celle d’une intense reformulations des objectifs des politiques culturelles, dans le sillage de La Nouvelle société, prônée par Chaban-Delmas et la substitution au référentiel de la démocratisation culturelle de celui du développement culturel (Jacques Duhamel).

L’un des inspirateurs majeurs de ces changements est Augustin Girard, chargé dès 1963 (donc par André Malraux) de créer le Service des études et de la recherche du ministère de la Culture.

Mais il a aussi été, et dans le même temps, un acteur particulièrement important des échanges internationaux sur les questions de politique culturelle et c’est ce double rôle qu’étudie avec rigueur Laurent Martin dans l’ouvrage cité ci-dessus.

 

Ce double regard objectivant et « internationalisant » va infléchir le paradigme français et républicain.

 

Pour reprendre la piste de la reconnaissance de la diversité et des droits culturels, arrêtée dans mes précédentes notes en 1968 (avec la double référence au manifeste de Villeurbanne et à la déclaration de l’UNESCO sur les droits culturels), je « saute » au « moment d’Arc et Senans » (1972).

 

Sur le thème « Prospective du développement culturel », un important colloque européen a réuni une vingtaine de participants futurologues, et chercheurs de diverses disciplines venus d’une dizaine de pays

L’objectif était de proposer à l’attention des Ministres de la Culture, qui se réuniront à Helsinki en juin 1972, les fondements de stratégies de la culture. Il ne s’agissait donc pas d’un symposium supplémentaire sur « Qu’est-ce que la culture ? » mais d’une action destinée à faire partie de stratégies de développement.

 

Exposé des motifs et objectif de l’étude.

Commande d’Augustin Girard, Service des études et de la recherche du ministère des affaires culturelles à Michel de Certeau.

Les participants seront invités à traiter trois thèmes :

1. Pourquoi l’effort de démocratisation de la culture déployé dans plusieurs pays a-t-il abouti à de si médiocres résultats ?

2. Le rôle des institutions culturelles traditionnelles n’est-il pas à réévaluer compte tenu de cet échec ?

3. Quels sont les modes d’intervention qui permettraient de faire participer à une vie culturelle active et créatrice non plus seulement une élite déjà cultivée mais la grande majorité de la population.

 

Extraits des observations portées lors de ce colloque

La réalité culturelle telle qu’elle est vécue aujourd’hui par la grande majorité de la population dépasse de beaucoup l’art et les humanités classiques.

Parler aujourd’hui de culture signifie parler des systèmes scolaires, des grands moyens de communication de masse, des industries culturelles (du journal au livre, du disque à la vidéo-cassettes, du cinéma, de la publicité, de l’habitat, de la mode). On ne peut donc s’en tenir à une démocratisation de la culture qui vise à étendre à tous la diffusion et la consommation des beaux-arts.

(…) Toute politique culturelle a pour objectif fondamental la mise en œuvre de l’ensemble des moyens capables de développer les possibilités de l’expression et d’assurer la liberté de celle-ci. Il s’agit de reconnaître à l’homme le droit d’être auteur de modes de vie et de pratiques sociales qui aient signification. Il y a lieu en conséquence de ménager les conditions de la créativité où qu’elles se situent, de reconnaître la diversité culturelle en garantissant l’existence et le développement des milieux les plus faibles.

Extraits des conclusions du colloque

 

- donner la priorité à la restauration de l’accord entre l’homme et son milieu ;

- passer d’un système culturel qui ne vise qu’a reproduire l’état de fait actuel pour s’orienter vers la protection – y compris aux niveaux politique et technique – des groupes et des personnes dont les facultés créatrices constituent le meilleur moyen de faire face aux situations provoquées par le choc du futur.

 

Télécharger la déclaration finale du colloque d'Arc et Senans -1972

 

 

Lorsque François Mitterrand devient le premier président de gauche de la Vème République, le décret d’attribution du ministère crée par De Gaulle et Malraux adopte un ton résolument nouveau qui semble reprendre à son compte les acquis de la période « développement culturel », tout en leur donnant une formulation « démocratie culturelle »

 

MINISTÈRE DE LA CULTURE. ORGANISATION Décret n° 82-394 du 10 mai 1982

Le ministère chargé de la culture a pour mission :

de permettre à tous les Français de cultiver leur capacité d'inventer et de créer, d'exprimer librement leurs talents et de recevoir la formation artistique de leur choix ;

de préserver le patrimoine culturel national, régional ou des divers groupes sociaux pour le profit commun de la collectivité tout entière ;

de favoriser la création des œuvres de l'art et de l'esprit et de leur donner la plus vaste audience ; de contribuer au rayonnement de la culture et de l'art français dans le libre dialogue des cultures du monde.

 

Une telle définition des responsabilités de l'Etat en matière de culture est unique dans la série de ces décrets d’attribution (on reviendra par la suite à des énoncés plus proches du décret initial de 1958).

 

Certes, dans cet esprit, Jack Lang crée une Direction du développement culturel mais on ne peut pas dire que son action et celle de la majeure partie de son administration aient été profondément marquées par cette mise en avant de la démocratie, de la diversité et des droits culturels.

 

Interrogé bien plus tard sur la formulation de ce décret, Lang explique.

 

« Malgré les défauts de rédaction de ce texte, je continue de partager sincèrement ce constat.

Je pense qu'aujourd'hui encore il y a dans ce pays, en art, mais aussi en science, en intelligence créative, des réserves insoupçonnées de création et d'invention. Malheureusement, nous ne faisons jamais assez dans ce domaine. Les pays d'Asie, la Chine, la Corée, consacrent aujourd'hui des efforts gigantesques à l'éducation des enfants, aux universités, à la formation d'artistes, et pendant ce temps-là les pays européens ont tendance à baisser quelque peu leur garde et à régresser. C'est une folie car l'avenir, le levain du futur est là. La culture européenne n'est malheureusement pas immortelle. Il reste absolument indispensable de redonner à l'école, à l'art, à l'éducation, à la recherche, une place de choix ».

 

 

 

Source : JACK LANG, BATAILLES POUR LA CULTURE, DIX ANS DE POLITIQUES CULTURELLES

Comité d’histoire du ministère de la Culture – Maryvonne de Saint-Pulgent 
Paris, La Documentation française et France Culture 

 

 

Au cours de ce même entretien diffusé sur France Culture (en 1911, soit 30 ans après son arriuvée rue de Valois) dans une série d’émissions animées par Maryvonne de Saint-Pulgent, Jack Lang est invité à revenir sur l'épineuse question de la démocratisation culturelle. Il défend certes son bilan (y compris sur la question de l’école) mais ajoute cette intéressante réflexion (un peu inattendue, me semble-t-il).

 

« Une des premières mesures à prendre pour démocratiser l'école ou la culture réside dans un changement total de notre système d'urbanisme, grâce à des transferts d'argent des régions riches vers les régions pauvres, comme cela est fait en Allemagne. Il faudrait aujourd'hui qu'un nouveau Haussmann soit chargé de reconstruire une partie des villes et des banlieues, car demander au seul ministère de la Culture ou au seul ministère de l'Education nationale de réparer les injustices sociales causées par une politique d'ensemble qui met au chômage des millions de gens et qui refuse de donner leur chance à de nombreux enfants, c'est une illusion. Pourquoi culpabiliser à ce point les artistes ou les éducateurs qui font ce qu'ils peuvent ? Les limites de la démocratisation sont liées au déterminisme des lieux de vie, aux déterminismes sociaux et économiques. »

 

Où l’on passe, en matière de fondements de l’action politique, de l’aide à la création (à la diffusion, à la démocratisation de la culture) à la question de l’urbanisme et à l’urbanité.

 

 

"Reconstruire l’urbanité, c’est reconstruire la coexistence des groupes sociaux, des cultures, des langues, des religions, des âges et des activités, et cela à l’intérieur du périmètre physique qui définit l’espace de la ville. Cette coexistence est le fondement aussi de l’intelligence comme de la liberté car le resserrement dans l’espace, le rapprochement des êtres et des activités produisent l’étincelle née du choc de la diversité .

 

La coexistence permet donc à la ville d’être le lieu non de la rencontre des semblables par la famille ou la culture mais d’être par excellence le lieu de la rencontre de la différence dans la liberté et l’égalité, grâce à quoi il est possible, au moins pour partie de dépasser les contraintes et les limitations de la fortune, de l’appartenance culturelle et même ethnique ".

 

ANSAY Pierre, SCHOONBROT René, Penser la ville, Ed. AAM, Bruxelles.

 

Par où l'on approche d'un possible référentiel : la laïcité culturelle.

 

Et donc : à suivre

 

 

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12 mai 2016 4 12 /05 /mai /2016 10:49

La culture ne se décrète pas, elle se construit, se vit et se réinvente dans une pluralité de pratiques sociales. La légitimité d’une politique publique de la culture n’est pas posée à jamais : elle relève d’un travail de définition permanent auquel participent les responsables politiques, les acteurs des mondes de la culture et les citoyens. Ce qui fonde, nous semble-t-il, l’originalité du modèle français, par-delà des évolutions et des inflexions considérables depuis deux siècles, c’est l’idée, largement partagée, que la politique publique de la culture participe de la construction de la République et de la démocratie.

Philippe Poirrier, historien

 

 

Grâce à Politiques de la culture, le carnet de recherche du Comité d'histoire du ministère de la culture et de la communication, on peut accéder en ligne à l'introduction de la récente réédition de Les politiques de la culture en France 1790-2015, l'ouvrage de Philippe Poirrier

 

Accéder a l'introduction générale de l'ouvrage.

 

 

Comment mieux comprendre les politiques culturelles conduites en France dans leur continuité parfois saisissante malgré les profondes mutations qui ont marqué le demi siècle qui nous sépare de la création du ministère ?

L'ouvrage de Philippe Poirrier, professeur d'histoire contemporaine à l'Université de Bourgogne (et vice président du Comité d'histoire du ministère) propose une réponse historienne à partir d'un corpus de textes de natures diverses : lois et règlements, discours et écrits de responsables de l’action publique, etc.

Ce recueil commence bien avent 1959 : les caractéristiques de l'exception française en matière d'intervention publique dans le domaine commandent en effet de remonter aux débats de la Constituante ou de la Convention (protection des monuments et des oeuvres d'art, liberté des théâtres ou reconnaissance de la propriété intellectuelle contre les pirates littéraires! ).

L'ouvrage permet ainsi de reconstituer les cheminements parfois complexes qui conduisent aux temps forts, aux lois structurantes et aux réformes administratives. On y lit, par exemple, comment, entre la « belle illusion » du Front Populaire et le programme du CNR et les ordonnances de la Libération (création de la direction générale de l’architecture des bibliothèques centrales de prêt et du CNC) les mesures du régime de Vichy ne peuvent être occultées (ordre des architectes, réglementation des fouilles archéologiques...).

La périodisation proposée ensuite est très éclairante : l'invention de la politique culturelle (1959-1969) ; le développement culturel (1969-1981) ; l'impératif culturel, (1981-1993) ; réformes et défis à l'ère du numérique (1993-2015) .

Outre les textes de nature juridique, pour chacune d'entre elles ont trouve les grands textes de fond qui explicitent les orientations politiques : discours d'André Malraux mais aussi de Gaëtan Picon et Émile Biasinin ; rapport de la commission Culture du VI plan et discours de Jacques Duhamel ou Georges Pompidou ; le décret d'attribution du ministère pour le moins atypique de mai 1982, les interventions de Jack Lang mais aussi du Président Mitterrand, textes sur la décentralisation ou les Grands travaux.... Et plus proches nous la charte des missions de service public, les Entretiens de Valois, la loi Hadopi ou le projet de loi relative à la liberté de création encore en débat.

Chaque partie de ce recueil s'ouvre sur une introduction à la fois consistante et synthétique, le tout offrant une remarquable synthèse sur l'histoire des politiques de la culture en France.

¤

J.C.P.

 

 

Signalons également que le carnet de recherches Politiques de la culture met aussi en ligne un des textes de ce recueil, le discours d’André Malraux lors de l’inauguration de la Maison de la Culture d’Amiens – 19 mars 1966 (in Philippe Poirrier, Les politiques de la culture en France, Paris, La Documentation française, 2016, p. 313-321.)

Accéder au texte du discours.

 

 

 

Là est la grandeur suprême de l’art. Tout ce que nous défendons, ce n’est pas d’avoir des tableaux ou des chansons agréables, ou pas agréables, c’est la métamorphose la plus profonde de l’être humain qui finit toujours par faire des martyrs avec des bourreaux.
Maintenant, mesdames et messieurs, c’est à cela que je fais appel : il n’y a pas, il n’y aura pas de maisons de la culture sur la base de l’État ni d’ailleurs de la municipalité ; la maison de la culture, c’est vous. Il s’agit de vouloir si vous voulez le faire ou si vous ne le voulez pas. Et, si vous le voulez, je vous dis que vous tentez une des plus belles choses qu’on ait tentées en France, parce qu’alors, avant dix ans, ce mot hideux de « province » aura cessé d’exister en France.

André Malraux

 

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2 mai 2016 1 02 /05 /mai /2016 08:40

 

Il y aura bientôt un mois, dans un post de ce blog intitulé Culture : labels, nominations et entre soi, je citais un billet publié dans La Tribune par Jérôme Impellizzieri :

Culture, pour en finir avec les ravages de l'entre soi.


 

La reproduction socio-culturelle a rarement été aussi forte qu'aujourd'hui. Les enfants de, les cousins de, les nièces et neveux de.... Les groupes de copains de lycée... forment la plupart du personnel politique, culturel... et même enseignant. Pour caricaturer, on pourrait dire que le monde du travail se divise en deux catégories : ceux qui peuvent être cooptés, et ceux qui sont condamnés à chercher.

(…)

Prenons la culture. Les organigrammes des lieux de fabrique et/ou de diffusion, particulièrement ceux qui sont labellisés, les organigrammes ministériels, d'office publics, les plateaux des théâtres, les génériques des films, sont remplis de cette endogamie, de cet entre-soi.

Lire l'intégralité de cette tribune dans La Tribune.


 

Il y a une semaine avait lieu, au Théâtre de l’Épée de Bois la Rencontre « État d’urgence culturelle : on continue à parler ? »

Débattre, échanger des idées, rencontrer des acteurs culturels et artistiques avec lesquels mener des actions, rechercher ensemble des solutions pour l’avenir et construire de nouveaux outils : une grande conversation sur les enjeux actuellement portés par l’art et la culture.
Organisée par Cassandre/Horschamp en partenariat avec Arcadi Île-de-France.


 

Sur son blog, l'une des responsables historiques de Cassandre/ Hors Champ, Valérie de Saint Do revient, non sans une certaine amertume sur la façon dont s’est déroulée cette rencontre.

On continue à parler… Et à gémir, monologuer, radoter.

Ou pourquoi les anciens combattants de l’art et la culture sont totalement largués. 

(…) Mauvaises habitudes et réflexes conditionnés reviennent vite, hélas (…) la majorité des orateurs se révèlent incapables, dans une conversation, de renoncer aux numéros d’étalage des ego et de la juxtaposition de monologues préformatés dès qu’on les place sur la scène d’un théâtre, en l’occurrence celui, magnifique de l’Épée de bois à la Cartoucherie de Vincennes. 

(...)

Las, dès qu’on rassemble des acteurs de la culture, le réflexe coryphée des pleureuses tend à prendre le dessus. Doit-on s’étonner d’être isolé et incompris, quand on en est encore à pleurnicher sur les portes fermées de l’Institution théâtrale, en invoquant les mânes de Jeanne Laurent et des jours heureux aussi faussement mythifiés que les Trente glorieuses ? (au moment où ce sont les lieux et festivals où quelque chose se passe vraiment artistiquement et politiquement  qui ferment leurs portes les uns après les autres, comme va le faire le Chêne à Villejuif en juillet).

(...)

« Sortez de votre coquille, de vos jargons, de vos chapelles, de vos corporatismes, de vos égo, de votre timidité, sortez-en pour une fois et venez parler ensemble, ou dire avec votre langage, venez faire connaissance et construire un mouvement. Faisons connaissance. C’est, comme on dit, le moment ou jamais », disait l’invitation.

Le moins que l’on puisse dire est qu’elle a été ignorée. « Moi Je cause toujours »  est la réponse implicite de nombre de participants. Comme la vieille politique, la vieille culture impose les monologues interminables des ego dans ce qui était censé être une conversation, hélas parasitée par un défilé de « paroles autorisées »


 

LIRE CE TEXTE sur Débords, le blog de Valérie de Saint Do (dans lequel il est aussi question de l'appel Décoloniser les arts, de Jean-Michel Lucas et des droits culturels -sujets également abordés ici même)et penser à cliquer sur les commentaires

 


Certes, de nouveaux visages apparaissent, de nouvelles voix tentent de se faire entendre (par exemple : Christelle Fritz, Steven Hearn, Jérélie Lachal, Eric Petrotto) et de rompre avec les liturgies de l'entre-soi.

Mais avec quel argumentaire ?

 

Le monde de la culture se divise en deux catégories : d’un côté celui de la création artistique, peu rentable mais noble, et de l’autre celui de l’économie du divertissement, véritable industrie guidée avant tout par sa performance économique. C’est du moins la vision caricaturale qui semble se dégager de l’opinion publique, laquelle repose en réalité sur un panorama incomplet. Car cette vision dichotomique occulte le large champ des possibles qu’offre la culture en matière d’insertion sociale, d’attractivité territoriale, et de rayonnement extérieur du pays. Des entrepreneurs ne cessent de s’investir aujourd’hui pour dépasser cette dualité, et imaginer de nouveaux dispositifs, plaçant la création de valeur économique au service des artistes et de leurs œuvres, et de l’accès à ce bien fondamental qu’est la culture. Prenant acte du contexte économique contraignant la puissance publique, partenaire historique du secteur de la culture, et défrichant un tout nouveau pan de l’économie, source d’innovations sociales et d’emplois, ces entrepreneurs culturels sont à la croisée des chemins et sont bien décidés à tracer leur propre voie.

Les UP Conferences, en partenariat avec le programme Idée² du Carreau du Temple, vous proposent d’en rencontrer des ambassadeurs emblématiques, qui contribueront sans doute demain à continuer de faire rayonner l’art made in France.


 

Lire l'intégralité de la présentation et du programme de la rencontre Le Futur de la culture, organisée par UP Conférences – Inspirer l'innovation sociale.


J'ai trouvé, sur une page Facebook qui relayait l'information sur cette rencontre, le commentaire suivant :

 

Christian Berger Difficile de commenter un tel article sur Facebook ! Mais les idées-forces qui s’en détachent méritent quelques remarques : le titre interroge sur le futur de la « culture », la dernière phrase questionne le futur des « industries culturelles » en passant par la « culture pour tous » et la « valeur ajoutée » comme « outil d’insertion ». Si je devais en dégager une phrase je citerai : « l’industrie culturelle est…sommée de se réinventer pour poursuivre sa mission sociale ». La rapidité de l’exposé omet de différencier ce qui relève d’une part de la circulation des biens et produits culturels, qui participe d’une économie et qui en relève, et d’autre part ce qui relève des pratiques sociétales d’échange des valeurs symboliques qui fondent ce qui fait culture dans un groupe humain.

 

Je ne saurais mieux dire...

 

 

 

 

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29 avril 2016 5 29 /04 /avril /2016 14:40

Article Premier
1. Toute culture a une dignité et une valeur qui doivent être respectées et sauvegardées.
2. Tout peuple a le droit et le devoir de développer sa culture
3. Dans leur variété féconde, leur diversité et l'influence qu'elles exercent les unes sur les autres, toutes les cultures font partie du patrimoine commune de l'humanité.

UNESCO, juillet 1968

¤

Chapitre précédent.

Droits culturels : continuons le débat !

Il n'est peut-être pas inutile de situer le débat récent sur l’inscription ou non dans la législation française du concept de droits culturels dans un horizon historique plus large que celui de la signature par la France, dans les années 2000, de conventions internationales portant sur la nécessité de reconnaître, protéger et promouvoir la diversité culturelle.


 

Il renvoie, en effet, à la consolidation au cours de ces 60 dernières années, d’une conception française des politiques culturelles marquée par l’affirmation du rôle primordial de l’État en la matière, de sa légitimité à intervenir de manière « régalienne » dans le champ complexe de la pluralité des intervention publiques et privées en matière d’éducation, d’art et de culture.

La mission confiée à André Malraux à partir de 1958 s’accomplit par une rupture idéologique, politique et administrative avec d’une part les politiques municipales (jugées moyennes, sinon médiocres) et d’autre part avec les politiques d’instruction publique, d’éducation nationale et le monde de l’éducation populaire.

D’où cette formule de Malraux : « Il faut bien admettre qu'un jour on aura fait pour la culture ce que Jules Ferry a fait pour l'instruction : la culture sera gratuite ».

(9 novembre 1967 : Discours à l'Assemblée nationale)


 

Or si Jules Ferry fut l’artisan de l’instruction publique, gratuite et laïque, il faut aussi l’un de ceux qui menèrent à bien l’entreprise qui devait aboutir à la construction de l’Empire colonial français.

Et, à l’inverse, le Général de Gaulle, inventeur d’un ministère des affaires culturelles et protecteur de l’auteur de La Condition humaine, fut lui, l’artisan de la décolonisation.

C’est évidemment ce paradoxe qu’il faut aujourd'hui rappeler .

Dix ans après la création du dit ministère, le monde entier, comme la France, sont agités de soubresauts, de mouvements révolutionnaires, de guerres d'indépendance, de subversions conduites au nom de la contre-culture et de l'anti-impérialisme.

Pour la première fois, le projet prêté à Malraux de démocratisation culturelle est explicitement considéré comme un échec. Y compris par ceux chargés d’y contribuer. Dans le sillage du mouvement étudiant et des occupations d’usines par ce qui était encore, la classe ouvrière, le monde du théâtre public fait son A.G.


 

Les États généraux de la Culture réunissent au Théâtre de la Cité de Villeurbanne, du 21 mai au 11 juin, autour de Roger Planchon et de Francis Jeanson, les directeurs des Centres dramatiques et des Maisons de la culture.

¤

Hubert Gignoux et Patrice Chéreau¤

Le "Manifeste de Villeurbanne", adopté le 24 mai, est un texte autocritique et de prise de conscience qui met au centre de la réflexion le concept du "non-public" - les exclus de la culture -, qui signale un déficit démocratique de l’action culturelle. La déclaration contient aussi une plate-forme revendicatrice et réformiste sur le statut des établissements culturels, qui doivent être dégagés de la double tutelle de l’État et des municipalités et qui demandent, classiquement, des moyens supplémentaires.

"D’un seul coup la révolte des étudiants et la grève des ouvriers sont venues projeter sur cette situation familière et plus ou moins admise, un éclairage particulièrement brutal. Ce que nous étions quelques-uns à entrevoir, et sans trop vouloir nous y attarder, est devenu pour tous une évidence : le viol de l’événement a mis fin aux incertitudes de nos fragiles réflexions. Nous le savons désormais, et nul ne peut plus l’ignorer : la coupure culturelle est profonde, elle recouvre à la fois une coupure économico-sociale et une coupure entre générations. Et dans les deux cas, c’est - au plan qui nous concerne - notre attitude même à l’égard de la culture qui se trouve mise en question de la façon la plus radicale. Quelle que soit la pureté de nos intentions, cette attitude apparaît en effet à une quantité considérable de nos concitoyens comme une option faite par des privilégiés en faveur d’une culture héréditaire, particulariste, c’est-à-dire tout simplement bourgeoise.

Il y a d’un côté le public, notre public, et peu importe qu’il soit, selon les cas, actuel ou potentiel (c’est-à-dire susceptible d’être actualisé au prix de quelques efforts supplémentaires sur le prix des places ou sur le volume du budget publicitaire) ; et il y a, de l’autre, un "non -public" : une immensité humaine composée de tous ceux qui n’ont encore aucun accès ni aucune chance d’accéder prochainement au phénomène culturel sous les formes qu’il persiste à revêtir dans la presque totalité des cas".

 

Accéder au texte de la déclaration de Villeurbanne grâce au site de la Bibliothèque municipale de Lyon

 

 

 

Mais qui est donc Francis Jeanson à qui l'on attribue la rédaction de cette synthèse (travail d’écriture qui n'a pas du être simple après des jours et des nuits d'assemblées générales) ?

 

Francis Jeanson, né à Bordeaux le 7 juillet 1922, mort à Arès le1er août 2009, est un philosophe français, notamment connu pour son engagement et faveur du FLN pendant la guerre d'Algérie.

Lors de la Seconde Guerre mondiale, il s'évade par l'Espagne pour fuir le STO et rejoint l'Armée française de la Libération en 1943.

Reporter à Alger républicain en 1945, il rencontre Albert Camus et Jean-Paul Sartre et ce dernier lui confie la gérance de la revue Les Temps modernes de 1951 à 1956.

Il se lie d'amitié avec Emmanuel Mounier, qui lui ouvre en 1948 les portes de la revue Esprit, où règne alors un certain « philocommunisme », et qui facilite son entrée dans le sérail intellectuel de l'après-guerre.

À partir de 1957, au plus fort de la guerre d'Algérie, il met en pratique ses idéaux anticolonialistes en créant le Réseau Jeanson chargé de transporter des fonds à destination du FLN. Ce réseau clandestin de militants sera démantelé en 1960. En fuite à l'étranger, Francis Jeanson sera jugé par contumace, reconnu coupable de haute trahison, et condamné en octobre 1960 à dix ans de réclusion.

Il revient s'installer à Paris à l'occasion de son amnistie, en 1966, puis travaille avec le Théâtre de Bourgogne (dirigé par Jacques Fornier) et est chargé de préfigurer la politique culturelle de la Maison de la culture de Chalon-sur-Saône (1967-1971). Il propose et élabore à travers cette expérience la notion de "non public", qui sera reprise en mai 1968 dans la Déclaration de Villeurbanne, dont il est le principal rédacteur.

(Source WIkipedia).

¤

Il se trouve que quelques semaines après la publication de la déclaration de Villeurbanne, Jeanson participe à un colloque de l'Unesco, organisé à Paris du 8 au 13 juillet 1968 dont le titre est Les droits culturels en tant que droits de l'homme.

 

Sa communication porte sur... la notion de non-public.

 

¤

Elle figure en page 99 de la publication « Politiques culturelles : études et documents » de l'UNESCO 1970 qui reprend les actes de cette Rencontre.

 

Télécharger ce document.

 

Déclaration sur les droits culturels en tant que droits de l’homme

Préambule.

La réunion a été organisée pour étudier les droits culturels en fonction des droits de l’homme. Elle devait offrir l’occasion d’examiner ce que ces droits signifient pour l’individu et les responsabilités qui incombent aux individus et aux États membres pour leur mise en œuvre.

 

Texte complet de le déclaration page 109 de la publication « Politiques culturelles : études et documents » UNESCO 1970

 

 

 

 

Déclaration des principes de la coopération culturelle internationale

 

ARTICLE PREMIER

I. Toute culture a une dignité et une valeur qui doivent être respectées et sauvegardées.

2. Tout peuple a le droit et le devoir de développer sa culture.

3. Dans leur variété féconde, leur diversité et l’influence réciproque qu’elles exercent les unes sur les autres, toutes les cultures font partie du patrimoine commun de l’humanité.

ARTICLE II

Les nations s’efforceront de poursuivre le développement parallèle et, autant que possible, simultané de la culture dans ses divers domaines, afin que s’établisse un harmonieux équilibre entre le progrès technique et l’élévation intellectuelle et morale de l’humanité.

ARTICLE III La coopération culturelle internationale s’étendra à tous les domaines des activités intellectuelles et créatrices relevant de l’éducation, de la science et de la culture.

ARTICLE IV La coopération culturelle internationale, sous ses formes diverses - bilatérale ou multilatérale, régionale ou universelle - aura pour fins:

(…)

ARTICLE V La coopération culturelle est un droit et un devoir pour tous les peuples et toutes les nations, qui doivent partager leur savoir et leurs connaissances.

 

Texte complet de le déclaration page 127 de la publication « Politiques culturelles : études et documents » UNESCO 1970

 

 

 

Or, dans le Document de travail rédigé par le Secrétariat, (page 12 du document téléchargeable ci-dessus), on peut lire ceci :

 

 

 

 

 

¤

D'où le rapport entre affirmation des droits culturels et prise en compte des effets d'un mouvement général de décolonisation.

D'où également l'importance de sortir d'une vision franco-française des politiques culturelles (d'une propension à confondre exception culturelle et exception française, terre des Arts, patrie des Lumières et fille aînée de la Culture...)

Et l'intérêt de mieux comprendre qu'à partir du moment historique qu'on vient de rappeler, la construction du référentiel du ministère français de la culture (qui va continuer et continue à se penser et se présenter comme « le » modèle) va avoir à se confronter à une approche plurielle et à des échanges internationaux sur les questions de politiques culturelles.

On y reviendra.

 

¤

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25 avril 2016 1 25 /04 /avril /2016 14:56

C’est la diversité des diversités, celle qui compte, qui est à respecter et à valoriser, sans cesse. Et c’est la liberté des personnes de choisir de se référer à cette diversité de ressources, à ne pas être enfermées à une seule, que les droits culturels, en tant que droits humains, défendent.

Patrice Meyer-Bisch

 


 

A propos du manifeste Décoloniser les arts et du débat sur la diversité et les droits culturels.

 

Je dois le reconnaître, je n'avais ni signalé, ni commenté l'appel et le questionnaire intitulé Décoloniser les arts.

 

Avec la présente note c'est donc chose faite dès lors que je relaie l’interrogation qui était un peu la mienne (et mieux formulée sans doute que je n'aurais su le faire) par Patrice Meyer-Bisch


 

France, le 1er février 2016

Aux directeurs et directrices, de théâtre, ou de festival,

Aux responsables culturels,

 Nous sommes un collectif d’artistes et de professionnels des Arts et de la Culture, porteurs et porteuses de Cultures minorées. Nous agissons au quotidien contre les discriminations ethniques dans le spectacle vivant et les arts. Nous sommes convaincu-e-s de partager nombre de valeurs démocratiques avec la plupart d’entre vous, et c’est pour cela qu’aujourd’hui, nous décidons de vous faire part de certaines de nos réflexions. Celles-ci se construisent à partir du constat d’une réalité alarmante qu’il nous appartient, désormais, de réorienter ensemble.

 Afin de parfaire les présentations, vous trouverez en pièce jointe la charte de notre association nommée Décoloniser les arts.

 Les nombreux débats sur la diversité qui se sont tenus pendant le dernier festival d’Avignon et un peu partout depuis témoignent de la prise de conscience des questionnements du milieu culturel sur le manque de représentation des populations « non-blanches » sur les plateaux de France.

 La réalité nous invite à une réflexion en profondeur dans nos pratiques : pouvons-nous continuer à affirmer une Culture qui ne ressemble plus à la population française d’aujourd’hui ? Si la Culture est le moyen de lutter contre les replis identitaires, une Culture qui exclut et ne considère pas prend le risque de contribuer à l’apparition de certains identitarismes, nationalismes ou extrémismes religieux de tous crins.

(...)

 

 

Je renvoie aussi au questionnaire adressé par les auteurs de l'appel Décoloniser les arts, aux responsables de lieux culturels.

 

Chers directeurs et directrices de théâtre ou de festival, de lieux culturels... Poursuivons ensemble notre parcours dans l'analyse de nos lieux de culture... Ces quelques questions peuvent aider :

Analysons les équipes :

- Connaissez-vous des non-blancs, non-blanches directeur ou directrice d’institution culturelle publique ?

 - Si oui, dans des  Scènes nationales ?

 - Ou des CDN ?

- En France métropolitaine ou en outre-mer ?

- Dans des Théâtres nationaux ?

- Avez-vous des collaborateurs non-blancs dans votre équipe permanente ?

- Si oui, à quels postes ?

- Partagez-vous ce sentiment que la France est construite et nettoyée par une infra-société invisible et non-blanche ?

 Observons les artistes associés :

- Avez-vous des artistes associé.e.s dans votre théâtre ?

- Quelle est leur couleur de peau ?

 Observons les plateaux

- Pourquoi n’y a-t-il que des blanc.he.s dans la plupart des spectacles français ?

- Quel est le sens dramaturgique recherché ?

- La couleur de la peau est-elle d’ailleurs dramaturgiquement signifiante ?

Lire la suite.

 

Voir aussi le LEXIQUE de Décoloniser les arts.

 

 

 

L’appel « Décoloniser les arts » qui circule depuis quelques semaines dans les médias interpelle les institutions nationales et internationales à propos de la nécessité de garantir une juste visibilité de la diversité culturelle sur nos scènes, sur nos écrans, afin de lutter contre les discriminations dans le spectacle vivant et les arts à l’encontre « des populations minorées et post-coloniales ». L’argument proposé dans l’appel prend également appui sur la récente inclusion des droits culturels dans l’article 103 de la loi NOTRe.

Patrice Meyer-Bisch, coordonnateur de l’Institut interdisciplinaire d’éthique et des droits de l’homme de Fribourg (IIEDH), a réagit à l'appel « Décoloniser les arts » en apportant des précisions sur ce qui fait « diversité culturelle » selon une approche basée sur les droits de l’homme.

 

" Il n’est pas possible, mais vraiment pas possible de réduire la diversité aux couleurs de peaux. Cette réduction est non seulement une erreur, mais un piège grossier. Des personnes sont en effet « racisées » (entendons, discriminées selon un motif de race), mais les races n’existent pas. Non seulement des Français de seconde ou troisième génération peuvent, tout en étant noirs ou bruns ou aux yeux bridés, être plus parisiens républicains que bien des français, mais surtout, il y a toutes sortes de diversités culturelles, d’origines géographiques (pas seulement noir-blanc), mais aussi de conditions sociales variées impliquant des références culturelles très diverses.

C’est l’ensemble des diversités qu’il faut considérer, car elles croisent les diversités de peaux. Votre démarche les thématise, risquant de ré-édifier ce que vous voulez contrer. Ce n’est pas la couleur de la peau qui fait principalement l’identité pour beaucoup, c’est un grand nombre de références culturelles (langue, famille, religion, disciplines apprises, modes de vie, métier, arts, religion, sport,…). C’est la diversité des diversités, celle qui compte, qui est à respecter et à valoriser, sans cesse. Et c’est la liberté des personnes de choisir de se référer à cette diversité de ressources, à ne pas être enfermées à une seule, que les droits culturels, en tant que droits humains, défendent."

 

Lire l'intégralité de la réponse de Patrice Meyer-Bisch,

 

Le mérité de ce débat, me semble -t-il est de constituer un appel à la vigilance sur le fait que la récente inclusion des droits culturels dans l’article 103 de la loi NOTRe, désormais une loi de notre République, ne saurait en aucune manière clore le débat.


 

Pour ne prendre qu'une illustration de l’ardente obligation de ce débat : Abraham Bengio s’exprime sur le sujet dans le numéro 2 de l’excellente revue Nectart où son analyse est confrontée avec celle de Mylène Bidaut

 


 


 

L’irruption des droits culturels dans le débat sur les politiques publiques de la culture a représenté une bouffée d’air frais, peut-être même un véritable changement de paradigme. Au cœur de la réflexion, à l’avant-garde du combat, on s’attendait à trouver les artistes et les opérateurs culturels. Par un curieux paradoxe, ils en sont absents et tout se passe comme si les défenseurs des droits culturels se méfiaient d’eux et les tenaient pour responsables de l’échec de la démocratisation culturelle. Comme toujours, les torts sont partagés. Sous peine de voir les droits culturels n’accoucher que d’une gesticulation vide de sens et la création artistique s’épuiser en une stérile célébration de l’entre-soi, il est urgent de lever ce malentendu : on n’en finirait pas d’énumérer les chantiers passionnants qui naîtront de ce dialogue.


 

 

 


 

 


 


 


 

Fidèle à sa vocation, La Cité des sens reviendra sans tarder sur le contexte historique des questions liées à la diversité, aux droits culturels et à la décolonisation.

Droits culturels : continuons le débat !

¤

 

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21 avril 2016 4 21 /04 /avril /2016 18:05

« Les hommes qui ne rêvent point la nuit perdent un tiers de leur existence. »

Jean Zay Souvenirs et solitude.

Le Front populaire :

 naissance d’une politique culturelle

Acteurs et Héritages

 9 mai 2016

Auditorium de l’Hôtel de Ville de Paris

 

Avec le soutien du Centre d’histoire sociale de l’Université Paris 1

Association Ciné-Histoire

Les amis de Jean Zay

La Ligue de l'enseignement.

 

Le Front populaire a été un  temps où la question de la « culture »  (ce type de vocabulaire apparaît précisément à cette époque) aura occupé une place sans précédent dans les débats publics et dans les programmes des partis, des syndicats et des gouvernements, qu’il s’agisse de la création artistique ou de la recherche scientifique, des réformes scolaires ou de l’« organisation des loisirs ». De grandes figures entrent, à cette occasion, dans le panthéon de la mémoire républicaine, comme Jean Zay, ministre de l’Éducation nationale, Georges Huisman, directeur général des Beaux-arts, Jean Cassou, Léo Lagrange, Jean Perrin, Paul Rivet...

 

     Cette journée d’étude interrogera la conjoncture (économique, politique, culturelle) qui a conduit à cette exceptionnelle mobilisation des individus, au sein d’un vaste mouvement collectif où, à côté des organisations déjà en place, se distinguent de nombreuses associations apparues entre 1935 et 1937.

    

     Elle posera la question des oppositions externes et des contradictions internes qui ont pu affaiblir ou empêcher certaines réformes, anéantir certains espoirs, et cherchera à resituer à l’échelle de deux ou trois générations, jusqu’aux prémisses du XXIème siècle, l’héritage culturel de « 36 ».

 

 

 

9h15 — Accueil par Nicole DORRA, présidente de l’association Ciné-Histoire, et Pascal ORY, professeurd’histoire à l’Université Paris 1, président de l’Association des Amis de Jean Zay.

 

CONTEXTES ET MOBILISATIONS

9h30-10h — Introduction par Antoine PROST, professeur émérite d’histoire contemporaine à Paris 1.

10h-11h00 — Table Ronde, avec Hélène DE TALHOUËT, docteur en histoire, Pascal ORY, Nicolas PALLUAU, docteur en histoire, Antoine PROST.  

11h00-12h00 — Présentation et extraits du film L’école est à nous ! Ou comment Jean Zay révolutionna l’Éducation nationale, de Stéphane BENHAMOU (2015).


 

CONTRADICTIONS ET HERITAGES

14h-14h30 Introduction par Pascal ORY.

14h30-15h30 Table Ronde, avec Laurent BESSE, maître de conférences à l’Université de Tours, Pascal ORY, Antoine PROST.

15h45 Présentation et projection du film La Marseillaise, de Jean RENOIR (1938).

Réservation indispensable

Association Ciné Histoire

8 rue Dupleix, 75015 PARIS

par courriel : nicoledorra@gmail.com

 

 

  À propos de la réédition de la somme de Pascal OryLa belle illusion. Culture et politique sous le signe du Front populaire, CNRS éditions, Biblis, 2016, 1033p, 17€  Article paru dans L’OURS n°250, mai 1994, p. 10-11

par Pascale Goetschel


 

(…) Pascal Ory distingue trois domaines d’application de la politique culturelle du Front populaire : la création qui comprend le livre, les arts plastiques, la musique, le théâtre, le cinéma et la création scientifique, la médiation avec l’information et l’école, le loisir enfin englobant les sports, les loisirs et la fête. L’analyse des rubriques signale l’extension élargie que le Front populaire donne au terme de culture, ne se limitant pas seulement aux Belles Lettres et aux Beaux-Arts mais considérant que tout ce qui relève d’une culture spécifiquement populaire, le chant, le folklore, les loisirs, doit être valorisé. Il ne s’agit pas ici d’énumérer les projets, les avancées, les échecs, et ils sont nombreux, que connaît chacun des domaines passés au crible mais de constater que, dans l’ensemble, règne le souci partagé de populariser et d’organiser. La volonté de créer des institutions et de rationaliser est repérable dans les projets de Jean Zay, pourtant malheureux dans les deux cas, de fonder une «école unique» ou d’établir un statut du cinéma qui verrait le contrôle des recettes, la réorganisation de la profession et la reconnaissance du droit des auteurs. Mais que l’on songe aussi à l’idée, avortée, de moraliser la presse, ou aux intentions, abouties celles-là, de réunir les théâtres lyriques nationaux ou de créer un Conseil national de la recherche scientifique et l’on aura une idée de l’ampleur des réformes envisagées.

(...)

Lire l'intégralité de la recension

 

 

 

 

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8 avril 2016 5 08 /04 /avril /2016 15:49

"J'appelle à des Andalousies toujours recommencées, dont nous portons en nous à la fois les décombres amoncelés et l'inlassable espérance."

Jacques Berque cité par J.C. Guillebaud

Je citais, dans mon dernier post,  et j'invitais à lire le texte « Attentats de Bruxelles : les responsabilités du monde culturel », publié par l'écrivain belge Giuseppe Santoliquido

 

Évoquant les attentats de Paris et de Bruxelles, il écrivait :

°

Ils ont engendré une mobilisation empathique et affective remarquable au sein des populations concernées. Mais également un flot de commentaires sans précédents. Intellectuels, artistes, écrivains, journalistes, experts, chroniqueurs, humoristes, tous ou presque se sont exprimés.

(…)

Mais le fait qu'une partie importante de nos sociétés, essentiellement de confession musulmane, en grande partie parmi nos jeunes, rejette ouvertement, au profit de comportements relevant d'une conception rétrograde de leur religion, une modernité que nous pensions communément admise ne trahit-il pas, tout autant, l'échec du monde culturel ?

Accéder au texte intégral de cette tribune.

°

 

 

 

"Mais est-ce qu'on a le droit POUR UNE FOIS d'être un petit peu stratégiques? Je ne peux m'empêcher de voir une extrême intelligence chez les prédicateurs, et une bêtise stratégique insondable dans ceux qui prétendent les combattre".

 

Le 7 avril à 11:04, Joan Sfar a publié ce long billet sur Facebook qu'il me semble essentiel de reproduire ici.

 

Je suis d'accord avec TOUS mes amis qui ne savent plus comment lancer l'alarme d'un retour du religieux en France. Bien entendu que les 500 000 personnes dans la rue contre le mariage gay, puis la multiplication des voiles saoudiens dans nos rues, c'est une catastrophe. Bien entendu qu'à chaque fois qu'un citoyen de ce pays se recroqueville dans son identité réelle ou supposée il quitte le terrain commun et enlève un peu de fraternité et d'énergie à l'utopie d'un monde où l'on partagerait davantage qu'un territoire. Mais est-ce qu'on a le droit POUR UNE FOIS d'être un petit peu stratégiques? Est ce qu'on a le droit de se demander si la façon dont on parle du voile musulman a jamais convaincu UNE SEULE JEUNE FEMME de retirer son voile? Notre exécutif accumule depuis trente ans des erreurs stratégiques et sémantiques désastreuses pour contrer l'entrisme des prédicateurs du Golfe sur notre jeunesse. Il y a trente ans Jospin, face à sept jeunes femmes qui faisaient du chantage au voile, ne trouvait rien d'autre à répondre que "qu'est ce que vous voulez que ça me fasse si la France s'islamise". Quelques temps après, avec la bonne volonté dont est pavé l'enfer, Nicolas Sarkozy réduisait les citoyens français venus du Maghreb à leur identité religieuse, en s'adressant aux "musulmans de France"? ce faisant il créait cette horreur qu'est le CFCM et qui sert depuis de cheval de Troie aux éléments qui font tout pour radicaliser notre jeunesse. Et maintenant, depuis les attentats, on dirait que notre exécutif fait tout pour attaquer frontalement et en permanence la jeunesse de ce pays, au risque de la pousser encore plus loin dans les bras des barbus. Lorsque je dis que je suis "moins clair que mes amis du Printemps Français" en ce qui concerne le voile, ça ne signifie pas que je suis favorable à la religion!!! Je pense que la revendication religieuse est toujours mauvais signe lorsqu'elle déborde dans l'espace public. je prétends simplement que la stratégie est mauvaise et que chaque prise de parole, de notre premier ministre pour ne pas le nommer, crée davantage de conversions au salafisme. Un exemple? je n'ai jamais porté la kippa je n'en ai rien à foutre de la kippa et si j'étais religieux ça se saurait. Et si on m'interrogeait sur le mal que je pense du fanatisme religieux, fut-il juif, j'aurais de quoi parler pendant des jours, sur la façon dont ça peut séparer la jeunesse. Mais imaginez que dans mon pays on s'en prenne dix fois par jour et sur toutes les télés à la kippa, je crois que je me mettrais à la porter juste pour faire chier. On n'est pas naïfs. On a tous TRES BIEN VU que le voile que portent beaucoup de jeunes filles ne vient ni du Maghreb ni de l'Islam que nous connaissons. On sait tous TRES BIEN que Ramadan d'un côté et les salafistes de l'autre font tout pour pousser notre jeunesse vers une religiosité rétrograde. ce que je demande juste à notre exécutif, c'est qu'ils cessent, par leur attitude si peu stratégique, d'aider les salafismes à fanatiser notre jeunesse. Non, la plupart des français de religion musulmane ne sont pas salafistes! Non, la plupart des jeunes femmes qui portent un foulard ne sont pas abruties. je le déplore, qu'elles portent un foulard. Je rêve du jour où tous ces signes religieux disparaîtront, car ça sera le symptôme d'un surcroît de bien être dans notre jeunesse. Oui il faut être très fermes lorsque des irresponsables comme Esther Benbassa ont l'aplomb de dire qu'une mini-jupe est aussi grave qu'un voile. Oui tout ça est dégueulasse. Oui une partie de notre gauche, pour des motifs électoraux, s'est vendue aux barbus. Mais ce n'est pas Esther Benbassa qui donne envie aux gamines de porter un voile. Ce qui peut susciter ce réflexe, c'est le sentiment qu'elles ont, réel ou pas, que le gouvernement les attaque en permanence. J'aurais rêvé de moins de mots et plus d'action. J'aurais rêvé que plus personne, parmi nos élites, n'aille poser son cul dans les tribunes de stades de foot financés par Arabie Saoudite et Qatar. J'aurais aimé que l'état d'urgence dont on nous rebat les oreilles serve à empêcher Ramadan d'un côté, et les salafistes de l'autre, de plus jamais disposer d'une seule salle dans notre pays. Ramadan est indésirable aux USA. Il ,'a simplement pas le droit d'y foutre les pieds. Ça ne fait l’objet d'aucun grand débat là bas. Il n'y va pas et c'est très bien. Qu'il reste en Suisse. Ça oui, ça m'aurait plu, qu'on agisse plus et qu'on parle moins, et qu'on s'en prenne spécifiquement aux prédicateurs au lieu de cibler par les mots l'ensemble de la jeunesse musulmane. Aller expliquer chaque jour à la télé que les jeunes filles qui portent le voile sont dans l'erreur, c'est peut être vrai, mais ça ne fait qu'aider ceux qui leur répètent qu'elles ne seront jamais chez elles dans ce pays. Je ne peux m'empêcher de voir une extrême intelligence chez les prédicateurs, et une bêtise stratégique insondable dans ceux qui prétendent les combattre.Là où nous sommes, la bonne volonté ne suffit pas, l'inefficacité du discours de notre exécutif devrait inciter à une totale remise en question stratégique. Mais peut-être que l'objectif n'est pas vraiment de sauver notre jeunesse de cette peste fanatique? Peut-être qu'il s'agit juste de dire des phrases qui ne servent à rien. Si c'est ça, bravo, mission accomplie. Sur la religion, le fanatisme, tous ces trucs moyen âgeux, je ne pense qu'une chose: ce sont des attitudes qui disent le repli, la peur et le malaise. tant que nos ministres, par leurs éléments de langage et l'inefficacité de leur action, augmentent le niveau de malaise, ils participent à la multiplication des barbes. Je reviens à mon cheval de bataille, le un pour cent culturel!!! C'est notre culture qu'on attaque. Et depuis le 13 Novembre je n'ai pas entendu que l'éducation ou la culture seraient des priorités. C'est dommage. Car les livres, ça aide à raccourcir les barbes, et à retirer son voile. Parce que grâce à eux on se sent mieux.

817 partages er 85 commentaires.

Pour ceux qui s'affichent sur FB, c'est ici.

 

°

Comment interpréter le terrorisme djihadiste ? Est-il une "maladie" de l'islam, une nouvelle expression de l'extrémisme révolutionnaire (le "radicalisme") : soit une "radicalisation de l'islam"  ou bien "islamisation de la radicalité" .


 

Dans un éditorial La guerre froide des islamologues, publié sur le site téléobs, Jean-Claude Guillebaud analyse la querelle médiatique qui divise les experts de la question.

°

Elle porte sur l'interprétation qu'on peut donner du terrorisme djihadiste. Est-il le produit pathologique de l'islam, une "maladie" de ce dernier, comme l'écrivait le regretté Abdelwahab Meddeb ? S'agit-il au contraire d'une nouvelle expression de l'extrémisme révolutionnaire (le "radicalisme") qui ressurgit périodiquement dans l'Histoire, comme ce fut le cas en Allemagne et en Italie dans les années 1980 ? L'univers médiatique adorant les petites phrases, ce désaccord interprétatif se ramène à deux formules opposées. Certains assurent, comme Gilles Kepel, qu'on a affaire à une "radicalisation de l'islam" , d'autres estiment, avec Olivier Roy, qu'il est plus pertinent de parler d'une"islamisation de la radicalité" .

Qu'est-ce à dire ? L'un pense que la matrice est d'abord religieuse (le salafisme venu d'Arabie saoudite) ; l'autre explique - exemples à l'appui - que, paradoxalement, le facteur religieux ne joue qu'un rôle assez secondaire dans ces ralliements à Daech et ces départs adolescents pour la Syrie. Il eût été passionnant que soit conduit, avec calme et respect, ce débat interprétatif. Hélas, les hommes étant ce qu'ils sont, c'est déjà l'invective qui prévaut.

(...)

Derrière cette bataille d'ego un peu cocasse, ce qui est en jeu, c'est notre rapport avec l'islam français. Or, faut-il le rappeler, la France bénéficia dans les années 1980 d'une "école" d'islamologie réputée. Qu'il nous suffise de citer les noms de Jacques Berque, Louis Massignon, Maxime Rodinson, Bruno Etienne, Mohammed Arkoun.

(...)

Ces "orientalistes", n'étaient pas des "notables" en quête de popularité. Leurs travaux participaient d'une sensibilité d'abord anticolonialiste. En mettant au jour la richesse de la civilisation musulmane, ils combattaient - avec l'arme du savoir - le mépris culturaliste du discours colonial. C'était surtout vrai pour Corbin et la culture islamo-persane, et pour Jacques Berque à qui l'on doit ce bouleversant appel à la coexistence confessionnelle : "J'appelle à des Andalousies toujours recommencées, dont nous portons en nous à la fois les décombres amoncelés et l'inlassable espérance." Qui parle ainsi aujourd'hui ?

 

© Jean-Claude Guillebaud Journaliste sur le site teleobs.nouvelobs.com

 

°

 

 

"Un dernier point  : cessons de penser que la compréhension de cette sauvagerie s’apparente à sa justification. On ne doit pas s’attaquer aux seuls effets mais aussi aux causes en Syrie, à l’intérieur du monde musulman, et, pour cela, dire que c’est notre politique occidentale de vainqueurs de la première guerre mondiale, puis notre politique coloniale, puis néocoloniale qui a depuis un siècle créé le chaos. Nous avons taillé les territoires, vendu des armes et des centrales nucléaires, acheté du pétrole et du gaz, fait et défait des gouvernements jusqu’à cette dernière guerre en Irak et l’occupation du pays, d’où est né ce prétendu Etat islamique. Et nous sommes des amis de l’Arabie saoudite et du Qatar, qui financent les intégristes de tout acabit. N’aurait-il pas fallu manifester contre la récente vente d’armes à l’Arabie ou boycotter le PSG, propriété du ­Qatar ?"

 

 

Ce qui précède est extrait d'une tribune de Robert Guédigian, publiée le 25 mars dernier par Le Monde.

°

Je ne suis pas sûr que le titre choisi par la rédaction du Monde soit pertinent : Seule la culture peut combattre les dogmes,

 

D'ailleurs la phrase complète est : « Seule la culture peut combattre les dogmes, quels qu’ils soient, en les précipitant dans des réalités mouvantes, en les historicisant ».


 

Dans cette optique (qui récuse l'angélisme rhétorique, paresseux et parfois, hélas, intéressé, du monde de la culture ) on peut relire ici même La barbarie au pluriel.

 

 

 

 

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  • Jean-Claude Pompougnac
  • Chercheur à la BPI puis conseiller au cabinet du ministre de la culture, dirige la DDF puis de l'Institut français de Barcelone, DRAC Centre. Crée ARCADI,  puis DAC de BONDY (93). Consultant. Membre de l'Institut de coopération pour la culture. Correspondant du Comité d'histoire du MCC.
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