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2 mai 2016 1 02 /05 /mai /2016 08:40

 

Il y aura bientôt un mois, dans un post de ce blog intitulé Culture : labels, nominations et entre soi, je citais un billet publié dans La Tribune par Jérôme Impellizzieri :

Culture, pour en finir avec les ravages de l'entre soi.


 

La reproduction socio-culturelle a rarement été aussi forte qu'aujourd'hui. Les enfants de, les cousins de, les nièces et neveux de.... Les groupes de copains de lycée... forment la plupart du personnel politique, culturel... et même enseignant. Pour caricaturer, on pourrait dire que le monde du travail se divise en deux catégories : ceux qui peuvent être cooptés, et ceux qui sont condamnés à chercher.

(…)

Prenons la culture. Les organigrammes des lieux de fabrique et/ou de diffusion, particulièrement ceux qui sont labellisés, les organigrammes ministériels, d'office publics, les plateaux des théâtres, les génériques des films, sont remplis de cette endogamie, de cet entre-soi.

Lire l'intégralité de cette tribune dans La Tribune.


 

Il y a une semaine avait lieu, au Théâtre de l’Épée de Bois la Rencontre « État d’urgence culturelle : on continue à parler ? »

Débattre, échanger des idées, rencontrer des acteurs culturels et artistiques avec lesquels mener des actions, rechercher ensemble des solutions pour l’avenir et construire de nouveaux outils : une grande conversation sur les enjeux actuellement portés par l’art et la culture.
Organisée par Cassandre/Horschamp en partenariat avec Arcadi Île-de-France.


 

Sur son blog, l'une des responsables historiques de Cassandre/ Hors Champ, Valérie de Saint Do revient, non sans une certaine amertume sur la façon dont s’est déroulée cette rencontre.

On continue à parler… Et à gémir, monologuer, radoter.

Ou pourquoi les anciens combattants de l’art et la culture sont totalement largués. 

(…) Mauvaises habitudes et réflexes conditionnés reviennent vite, hélas (…) la majorité des orateurs se révèlent incapables, dans une conversation, de renoncer aux numéros d’étalage des ego et de la juxtaposition de monologues préformatés dès qu’on les place sur la scène d’un théâtre, en l’occurrence celui, magnifique de l’Épée de bois à la Cartoucherie de Vincennes. 

(...)

Las, dès qu’on rassemble des acteurs de la culture, le réflexe coryphée des pleureuses tend à prendre le dessus. Doit-on s’étonner d’être isolé et incompris, quand on en est encore à pleurnicher sur les portes fermées de l’Institution théâtrale, en invoquant les mânes de Jeanne Laurent et des jours heureux aussi faussement mythifiés que les Trente glorieuses ? (au moment où ce sont les lieux et festivals où quelque chose se passe vraiment artistiquement et politiquement  qui ferment leurs portes les uns après les autres, comme va le faire le Chêne à Villejuif en juillet).

(...)

« Sortez de votre coquille, de vos jargons, de vos chapelles, de vos corporatismes, de vos égo, de votre timidité, sortez-en pour une fois et venez parler ensemble, ou dire avec votre langage, venez faire connaissance et construire un mouvement. Faisons connaissance. C’est, comme on dit, le moment ou jamais », disait l’invitation.

Le moins que l’on puisse dire est qu’elle a été ignorée. « Moi Je cause toujours »  est la réponse implicite de nombre de participants. Comme la vieille politique, la vieille culture impose les monologues interminables des ego dans ce qui était censé être une conversation, hélas parasitée par un défilé de « paroles autorisées »


 

LIRE CE TEXTE sur Débords, le blog de Valérie de Saint Do (dans lequel il est aussi question de l'appel Décoloniser les arts, de Jean-Michel Lucas et des droits culturels -sujets également abordés ici même)et penser à cliquer sur les commentaires

 


Certes, de nouveaux visages apparaissent, de nouvelles voix tentent de se faire entendre (par exemple : Christelle Fritz, Steven Hearn, Jérélie Lachal, Eric Petrotto) et de rompre avec les liturgies de l'entre-soi.

Mais avec quel argumentaire ?

 

Le monde de la culture se divise en deux catégories : d’un côté celui de la création artistique, peu rentable mais noble, et de l’autre celui de l’économie du divertissement, véritable industrie guidée avant tout par sa performance économique. C’est du moins la vision caricaturale qui semble se dégager de l’opinion publique, laquelle repose en réalité sur un panorama incomplet. Car cette vision dichotomique occulte le large champ des possibles qu’offre la culture en matière d’insertion sociale, d’attractivité territoriale, et de rayonnement extérieur du pays. Des entrepreneurs ne cessent de s’investir aujourd’hui pour dépasser cette dualité, et imaginer de nouveaux dispositifs, plaçant la création de valeur économique au service des artistes et de leurs œuvres, et de l’accès à ce bien fondamental qu’est la culture. Prenant acte du contexte économique contraignant la puissance publique, partenaire historique du secteur de la culture, et défrichant un tout nouveau pan de l’économie, source d’innovations sociales et d’emplois, ces entrepreneurs culturels sont à la croisée des chemins et sont bien décidés à tracer leur propre voie.

Les UP Conferences, en partenariat avec le programme Idée² du Carreau du Temple, vous proposent d’en rencontrer des ambassadeurs emblématiques, qui contribueront sans doute demain à continuer de faire rayonner l’art made in France.


 

Lire l'intégralité de la présentation et du programme de la rencontre Le Futur de la culture, organisée par UP Conférences – Inspirer l'innovation sociale.


J'ai trouvé, sur une page Facebook qui relayait l'information sur cette rencontre, le commentaire suivant :

 

Christian Berger Difficile de commenter un tel article sur Facebook ! Mais les idées-forces qui s’en détachent méritent quelques remarques : le titre interroge sur le futur de la « culture », la dernière phrase questionne le futur des « industries culturelles » en passant par la « culture pour tous » et la « valeur ajoutée » comme « outil d’insertion ». Si je devais en dégager une phrase je citerai : « l’industrie culturelle est…sommée de se réinventer pour poursuivre sa mission sociale ». La rapidité de l’exposé omet de différencier ce qui relève d’une part de la circulation des biens et produits culturels, qui participe d’une économie et qui en relève, et d’autre part ce qui relève des pratiques sociétales d’échange des valeurs symboliques qui fondent ce qui fait culture dans un groupe humain.

 

Je ne saurais mieux dire...

 

 

 

 

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Published by J.C. POmpougnac Jean-Claude Pompougnac - dans Les politiques culturelles en débat Divergences Actualité
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29 avril 2016 5 29 /04 /avril /2016 14:40

Article Premier
1. Toute culture a une dignité et une valeur qui doivent être respectées et sauvegardées.
2. Tout peuple a le droit et le devoir de développer sa culture
3. Dans leur variété féconde, leur diversité et l'influence qu'elles exercent les unes sur les autres, toutes les cultures font partie du patrimoine commune de l'humanité.

UNESCO, juillet 1968

¤

Chapitre précédent.

Droits culturels : continuons le débat !

Il n'est peut-être pas inutile de situer le débat récent sur l’inscription ou non dans la législation française du concept de droits culturels dans un horizon historique plus large que celui de la signature par la France, dans les années 2000, de conventions internationales portant sur la nécessité de reconnaître, protéger et promouvoir la diversité culturelle.


 

Il renvoie, en effet, à la consolidation au cours de ces 60 dernières années, d’une conception française des politiques culturelles marquée par l’affirmation du rôle primordial de l’État en la matière, de sa légitimité à intervenir de manière « régalienne » dans le champ complexe de la pluralité des intervention publiques et privées en matière d’éducation, d’art et de culture.

La mission confiée à André Malraux à partir de 1958 s’accomplit par une rupture idéologique, politique et administrative avec d’une part les politiques municipales (jugées moyennes, sinon médiocres) et d’autre part avec les politiques d’instruction publique, d’éducation nationale et le monde de l’éducation populaire.

D’où cette formule de Malraux : « Il faut bien admettre qu'un jour on aura fait pour la culture ce que Jules Ferry a fait pour l'instruction : la culture sera gratuite ».

(9 novembre 1967 : Discours à l'Assemblée nationale)


 

Or si Jules Ferry fut l’artisan de l’instruction publique, gratuite et laïque, il faut aussi l’un de ceux qui menèrent à bien l’entreprise qui devait aboutir à la construction de l’Empire colonial français.

Et, à l’inverse, le Général de Gaulle, inventeur d’un ministère des affaires culturelles et protecteur de l’auteur de La Condition humaine, fut lui, l’artisan de la décolonisation.

C’est évidemment ce paradoxe qu’il faut aujourd'hui rappeler .

Dix ans après la création du dit ministère, le monde entier, comme la France, sont agités de soubresauts, de mouvements révolutionnaires, de guerres d'indépendance, de subversions conduites au nom de la contre-culture et de l'anti-impérialisme.

Pour la première fois, le projet prêté à Malraux de démocratisation culturelle est explicitement considéré comme un échec. Y compris par ceux chargés d’y contribuer. Dans le sillage du mouvement étudiant et des occupations d’usines par ce qui était encore, la classe ouvrière, le monde du théâtre public fait son A.G.


 

Les États généraux de la Culture réunissent au Théâtre de la Cité de Villeurbanne, du 21 mai au 11 juin, autour de Roger Planchon et de Francis Jeanson, les directeurs des Centres dramatiques et des Maisons de la culture.

¤

Hubert Gignoux et Patrice Chéreau¤

Le "Manifeste de Villeurbanne", adopté le 24 mai, est un texte autocritique et de prise de conscience qui met au centre de la réflexion le concept du "non-public" - les exclus de la culture -, qui signale un déficit démocratique de l’action culturelle. La déclaration contient aussi une plate-forme revendicatrice et réformiste sur le statut des établissements culturels, qui doivent être dégagés de la double tutelle de l’État et des municipalités et qui demandent, classiquement, des moyens supplémentaires.

"D’un seul coup la révolte des étudiants et la grève des ouvriers sont venues projeter sur cette situation familière et plus ou moins admise, un éclairage particulièrement brutal. Ce que nous étions quelques-uns à entrevoir, et sans trop vouloir nous y attarder, est devenu pour tous une évidence : le viol de l’événement a mis fin aux incertitudes de nos fragiles réflexions. Nous le savons désormais, et nul ne peut plus l’ignorer : la coupure culturelle est profonde, elle recouvre à la fois une coupure économico-sociale et une coupure entre générations. Et dans les deux cas, c’est - au plan qui nous concerne - notre attitude même à l’égard de la culture qui se trouve mise en question de la façon la plus radicale. Quelle que soit la pureté de nos intentions, cette attitude apparaît en effet à une quantité considérable de nos concitoyens comme une option faite par des privilégiés en faveur d’une culture héréditaire, particulariste, c’est-à-dire tout simplement bourgeoise.

Il y a d’un côté le public, notre public, et peu importe qu’il soit, selon les cas, actuel ou potentiel (c’est-à-dire susceptible d’être actualisé au prix de quelques efforts supplémentaires sur le prix des places ou sur le volume du budget publicitaire) ; et il y a, de l’autre, un "non -public" : une immensité humaine composée de tous ceux qui n’ont encore aucun accès ni aucune chance d’accéder prochainement au phénomène culturel sous les formes qu’il persiste à revêtir dans la presque totalité des cas".

 

Accéder au texte de la déclaration de Villeurbanne grâce au site de la Bibliothèque municipale de Lyon

 

 

 

Mais qui est donc Francis Jeanson à qui l'on attribue la rédaction de cette synthèse (travail d’écriture qui n'a pas du être simple après des jours et des nuits d'assemblées générales) ?

 

Francis Jeanson, né à Bordeaux le 7 juillet 1922, mort à Arès le1er août 2009, est un philosophe français, notamment connu pour son engagement et faveur du FLN pendant la guerre d'Algérie.

Lors de la Seconde Guerre mondiale, il s'évade par l'Espagne pour fuir le STO et rejoint l'Armée française de la Libération en 1943.

Reporter à Alger républicain en 1945, il rencontre Albert Camus et Jean-Paul Sartre et ce dernier lui confie la gérance de la revue Les Temps modernes de 1951 à 1956.

Il se lie d'amitié avec Emmanuel Mounier, qui lui ouvre en 1948 les portes de la revue Esprit, où règne alors un certain « philocommunisme », et qui facilite son entrée dans le sérail intellectuel de l'après-guerre.

À partir de 1957, au plus fort de la guerre d'Algérie, il met en pratique ses idéaux anticolonialistes en créant le Réseau Jeanson chargé de transporter des fonds à destination du FLN. Ce réseau clandestin de militants sera démantelé en 1960. En fuite à l'étranger, Francis Jeanson sera jugé par contumace, reconnu coupable de haute trahison, et condamné en octobre 1960 à dix ans de réclusion.

Il revient s'installer à Paris à l'occasion de son amnistie, en 1966, puis travaille avec le Théâtre de Bourgogne (dirigé par Jacques Fornier) et est chargé de préfigurer la politique culturelle de la Maison de la culture de Chalon-sur-Saône (1967-1971). Il propose et élabore à travers cette expérience la notion de "non public", qui sera reprise en mai 1968 dans la Déclaration de Villeurbanne, dont il est le principal rédacteur.

(Source WIkipedia).

¤

Il se trouve que quelques semaines après la publication de la déclaration de Villeurbanne, Jeanson participe à un colloque de l'Unesco, organisé à Paris du 8 au 13 juillet 1968 dont le titre est Les droits culturels en tant que droits de l'homme.

 

Sa communication porte sur... la notion de non-public.

 

¤

Elle figure en page 99 de la publication « Politiques culturelles : études et documents » de l'UNESCO 1970 qui reprend les actes de cette Rencontre.

 

Télécharger ce document.

 

Déclaration sur les droits culturels en tant que droits de l’homme

Préambule.

La réunion a été organisée pour étudier les droits culturels en fonction des droits de l’homme. Elle devait offrir l’occasion d’examiner ce que ces droits signifient pour l’individu et les responsabilités qui incombent aux individus et aux États membres pour leur mise en œuvre.

 

Texte complet de le déclaration page 109 de la publication « Politiques culturelles : études et documents » UNESCO 1970

 

 

 

 

Déclaration des principes de la coopération culturelle internationale

 

ARTICLE PREMIER

I. Toute culture a une dignité et une valeur qui doivent être respectées et sauvegardées.

2. Tout peuple a le droit et le devoir de développer sa culture.

3. Dans leur variété féconde, leur diversité et l’influence réciproque qu’elles exercent les unes sur les autres, toutes les cultures font partie du patrimoine commun de l’humanité.

ARTICLE II

Les nations s’efforceront de poursuivre le développement parallèle et, autant que possible, simultané de la culture dans ses divers domaines, afin que s’établisse un harmonieux équilibre entre le progrès technique et l’élévation intellectuelle et morale de l’humanité.

ARTICLE III La coopération culturelle internationale s’étendra à tous les domaines des activités intellectuelles et créatrices relevant de l’éducation, de la science et de la culture.

ARTICLE IV La coopération culturelle internationale, sous ses formes diverses - bilatérale ou multilatérale, régionale ou universelle - aura pour fins:

(…)

ARTICLE V La coopération culturelle est un droit et un devoir pour tous les peuples et toutes les nations, qui doivent partager leur savoir et leurs connaissances.

 

Texte complet de le déclaration page 127 de la publication « Politiques culturelles : études et documents » UNESCO 1970

 

 

 

Or, dans le Document de travail rédigé par le Secrétariat, (page 12 du document téléchargeable ci-dessus), on peut lire ceci :

 

 

 

 

 

¤

D'où le rapport entre affirmation des droits culturels et prise en compte des effets d'un mouvement général de décolonisation.

D'où également l'importance de sortir d'une vision franco-française des politiques culturelles (d'une propension à confondre exception culturelle et exception française, terre des Arts, patrie des Lumières et fille aînée de la Culture...)

Et l'intérêt de mieux comprendre qu'à partir du moment historique qu'on vient de rappeler, la construction du référentiel du ministère français de la culture (qui va continuer et continue à se penser et se présenter comme « le » modèle) va avoir à se confronter à une approche plurielle et à des échanges internationaux sur les questions de politiques culturelles.

On y reviendra.

 

¤

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25 avril 2016 1 25 /04 /avril /2016 14:56

C’est la diversité des diversités, celle qui compte, qui est à respecter et à valoriser, sans cesse. Et c’est la liberté des personnes de choisir de se référer à cette diversité de ressources, à ne pas être enfermées à une seule, que les droits culturels, en tant que droits humains, défendent.

Patrice Meyer-Bisch

 


 

A propos du manifeste Décoloniser les arts et du débat sur la diversité et les droits culturels.

 

Je dois le reconnaître, je n'avais ni signalé, ni commenté l'appel et le questionnaire intitulé Décoloniser les arts.

 

Avec la présente note c'est donc chose faite dès lors que je relaie l’interrogation qui était un peu la mienne (et mieux formulée sans doute que je n'aurais su le faire) par Patrice Meyer-Bisch


 

France, le 1er février 2016

Aux directeurs et directrices, de théâtre, ou de festival,

Aux responsables culturels,

 Nous sommes un collectif d’artistes et de professionnels des Arts et de la Culture, porteurs et porteuses de Cultures minorées. Nous agissons au quotidien contre les discriminations ethniques dans le spectacle vivant et les arts. Nous sommes convaincu-e-s de partager nombre de valeurs démocratiques avec la plupart d’entre vous, et c’est pour cela qu’aujourd’hui, nous décidons de vous faire part de certaines de nos réflexions. Celles-ci se construisent à partir du constat d’une réalité alarmante qu’il nous appartient, désormais, de réorienter ensemble.

 Afin de parfaire les présentations, vous trouverez en pièce jointe la charte de notre association nommée Décoloniser les arts.

 Les nombreux débats sur la diversité qui se sont tenus pendant le dernier festival d’Avignon et un peu partout depuis témoignent de la prise de conscience des questionnements du milieu culturel sur le manque de représentation des populations « non-blanches » sur les plateaux de France.

 La réalité nous invite à une réflexion en profondeur dans nos pratiques : pouvons-nous continuer à affirmer une Culture qui ne ressemble plus à la population française d’aujourd’hui ? Si la Culture est le moyen de lutter contre les replis identitaires, une Culture qui exclut et ne considère pas prend le risque de contribuer à l’apparition de certains identitarismes, nationalismes ou extrémismes religieux de tous crins.

(...)

 

 

Je renvoie aussi au questionnaire adressé par les auteurs de l'appel Décoloniser les arts, aux responsables de lieux culturels.

 

Chers directeurs et directrices de théâtre ou de festival, de lieux culturels... Poursuivons ensemble notre parcours dans l'analyse de nos lieux de culture... Ces quelques questions peuvent aider :

Analysons les équipes :

- Connaissez-vous des non-blancs, non-blanches directeur ou directrice d’institution culturelle publique ?

 - Si oui, dans des  Scènes nationales ?

 - Ou des CDN ?

- En France métropolitaine ou en outre-mer ?

- Dans des Théâtres nationaux ?

- Avez-vous des collaborateurs non-blancs dans votre équipe permanente ?

- Si oui, à quels postes ?

- Partagez-vous ce sentiment que la France est construite et nettoyée par une infra-société invisible et non-blanche ?

 Observons les artistes associés :

- Avez-vous des artistes associé.e.s dans votre théâtre ?

- Quelle est leur couleur de peau ?

 Observons les plateaux

- Pourquoi n’y a-t-il que des blanc.he.s dans la plupart des spectacles français ?

- Quel est le sens dramaturgique recherché ?

- La couleur de la peau est-elle d’ailleurs dramaturgiquement signifiante ?

Lire la suite.

 

Voir aussi le LEXIQUE de Décoloniser les arts.

 

 

 

L’appel « Décoloniser les arts » qui circule depuis quelques semaines dans les médias interpelle les institutions nationales et internationales à propos de la nécessité de garantir une juste visibilité de la diversité culturelle sur nos scènes, sur nos écrans, afin de lutter contre les discriminations dans le spectacle vivant et les arts à l’encontre « des populations minorées et post-coloniales ». L’argument proposé dans l’appel prend également appui sur la récente inclusion des droits culturels dans l’article 103 de la loi NOTRe.

Patrice Meyer-Bisch, coordonnateur de l’Institut interdisciplinaire d’éthique et des droits de l’homme de Fribourg (IIEDH), a réagit à l'appel « Décoloniser les arts » en apportant des précisions sur ce qui fait « diversité culturelle » selon une approche basée sur les droits de l’homme.

 

" Il n’est pas possible, mais vraiment pas possible de réduire la diversité aux couleurs de peaux. Cette réduction est non seulement une erreur, mais un piège grossier. Des personnes sont en effet « racisées » (entendons, discriminées selon un motif de race), mais les races n’existent pas. Non seulement des Français de seconde ou troisième génération peuvent, tout en étant noirs ou bruns ou aux yeux bridés, être plus parisiens républicains que bien des français, mais surtout, il y a toutes sortes de diversités culturelles, d’origines géographiques (pas seulement noir-blanc), mais aussi de conditions sociales variées impliquant des références culturelles très diverses.

C’est l’ensemble des diversités qu’il faut considérer, car elles croisent les diversités de peaux. Votre démarche les thématise, risquant de ré-édifier ce que vous voulez contrer. Ce n’est pas la couleur de la peau qui fait principalement l’identité pour beaucoup, c’est un grand nombre de références culturelles (langue, famille, religion, disciplines apprises, modes de vie, métier, arts, religion, sport,…). C’est la diversité des diversités, celle qui compte, qui est à respecter et à valoriser, sans cesse. Et c’est la liberté des personnes de choisir de se référer à cette diversité de ressources, à ne pas être enfermées à une seule, que les droits culturels, en tant que droits humains, défendent."

 

Lire l'intégralité de la réponse de Patrice Meyer-Bisch,

 

Le mérité de ce débat, me semble -t-il est de constituer un appel à la vigilance sur le fait que la récente inclusion des droits culturels dans l’article 103 de la loi NOTRe, désormais une loi de notre République, ne saurait en aucune manière clore le débat.


 

Pour ne prendre qu'une illustration de l’ardente obligation de ce débat : Abraham Bengio s’exprime sur le sujet dans le numéro 2 de l’excellente revue Nectart où son analyse est confrontée avec celle de Mylène Bidaut

 


 


 

L’irruption des droits culturels dans le débat sur les politiques publiques de la culture a représenté une bouffée d’air frais, peut-être même un véritable changement de paradigme. Au cœur de la réflexion, à l’avant-garde du combat, on s’attendait à trouver les artistes et les opérateurs culturels. Par un curieux paradoxe, ils en sont absents et tout se passe comme si les défenseurs des droits culturels se méfiaient d’eux et les tenaient pour responsables de l’échec de la démocratisation culturelle. Comme toujours, les torts sont partagés. Sous peine de voir les droits culturels n’accoucher que d’une gesticulation vide de sens et la création artistique s’épuiser en une stérile célébration de l’entre-soi, il est urgent de lever ce malentendu : on n’en finirait pas d’énumérer les chantiers passionnants qui naîtront de ce dialogue.


 

 

 


 

 


 


 


 

Fidèle à sa vocation, La Cité des sens reviendra sans tarder sur le contexte historique des questions liées à la diversité, aux droits culturels et à la décolonisation.

Droits culturels : continuons le débat !

¤

 

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21 avril 2016 4 21 /04 /avril /2016 18:05

« Les hommes qui ne rêvent point la nuit perdent un tiers de leur existence. »

Jean Zay Souvenirs et solitude.

Le Front populaire :

 naissance d’une politique culturelle

Acteurs et Héritages

 9 mai 2016

Auditorium de l’Hôtel de Ville de Paris

 

Avec le soutien du Centre d’histoire sociale de l’Université Paris 1

Association Ciné-Histoire

Les amis de Jean Zay

La Ligue de l'enseignement.

 

Le Front populaire a été un  temps où la question de la « culture »  (ce type de vocabulaire apparaît précisément à cette époque) aura occupé une place sans précédent dans les débats publics et dans les programmes des partis, des syndicats et des gouvernements, qu’il s’agisse de la création artistique ou de la recherche scientifique, des réformes scolaires ou de l’« organisation des loisirs ». De grandes figures entrent, à cette occasion, dans le panthéon de la mémoire républicaine, comme Jean Zay, ministre de l’Éducation nationale, Georges Huisman, directeur général des Beaux-arts, Jean Cassou, Léo Lagrange, Jean Perrin, Paul Rivet...

 

     Cette journée d’étude interrogera la conjoncture (économique, politique, culturelle) qui a conduit à cette exceptionnelle mobilisation des individus, au sein d’un vaste mouvement collectif où, à côté des organisations déjà en place, se distinguent de nombreuses associations apparues entre 1935 et 1937.

    

     Elle posera la question des oppositions externes et des contradictions internes qui ont pu affaiblir ou empêcher certaines réformes, anéantir certains espoirs, et cherchera à resituer à l’échelle de deux ou trois générations, jusqu’aux prémisses du XXIème siècle, l’héritage culturel de « 36 ».

 

 

 

9h15 — Accueil par Nicole DORRA, présidente de l’association Ciné-Histoire, et Pascal ORY, professeurd’histoire à l’Université Paris 1, président de l’Association des Amis de Jean Zay.

 

CONTEXTES ET MOBILISATIONS

9h30-10h — Introduction par Antoine PROST, professeur émérite d’histoire contemporaine à Paris 1.

10h-11h00 — Table Ronde, avec Hélène DE TALHOUËT, docteur en histoire, Pascal ORY, Nicolas PALLUAU, docteur en histoire, Antoine PROST.  

11h00-12h00 — Présentation et extraits du film L’école est à nous ! Ou comment Jean Zay révolutionna l’Éducation nationale, de Stéphane BENHAMOU (2015).


 

CONTRADICTIONS ET HERITAGES

14h-14h30 Introduction par Pascal ORY.

14h30-15h30 Table Ronde, avec Laurent BESSE, maître de conférences à l’Université de Tours, Pascal ORY, Antoine PROST.

15h45 Présentation et projection du film La Marseillaise, de Jean RENOIR (1938).

Réservation indispensable

Association Ciné Histoire

8 rue Dupleix, 75015 PARIS

par courriel : nicoledorra@gmail.com

 

 

  À propos de la réédition de la somme de Pascal OryLa belle illusion. Culture et politique sous le signe du Front populaire, CNRS éditions, Biblis, 2016, 1033p, 17€  Article paru dans L’OURS n°250, mai 1994, p. 10-11

par Pascale Goetschel


 

(…) Pascal Ory distingue trois domaines d’application de la politique culturelle du Front populaire : la création qui comprend le livre, les arts plastiques, la musique, le théâtre, le cinéma et la création scientifique, la médiation avec l’information et l’école, le loisir enfin englobant les sports, les loisirs et la fête. L’analyse des rubriques signale l’extension élargie que le Front populaire donne au terme de culture, ne se limitant pas seulement aux Belles Lettres et aux Beaux-Arts mais considérant que tout ce qui relève d’une culture spécifiquement populaire, le chant, le folklore, les loisirs, doit être valorisé. Il ne s’agit pas ici d’énumérer les projets, les avancées, les échecs, et ils sont nombreux, que connaît chacun des domaines passés au crible mais de constater que, dans l’ensemble, règne le souci partagé de populariser et d’organiser. La volonté de créer des institutions et de rationaliser est repérable dans les projets de Jean Zay, pourtant malheureux dans les deux cas, de fonder une «école unique» ou d’établir un statut du cinéma qui verrait le contrôle des recettes, la réorganisation de la profession et la reconnaissance du droit des auteurs. Mais que l’on songe aussi à l’idée, avortée, de moraliser la presse, ou aux intentions, abouties celles-là, de réunir les théâtres lyriques nationaux ou de créer un Conseil national de la recherche scientifique et l’on aura une idée de l’ampleur des réformes envisagées.

(...)

Lire l'intégralité de la recension

 

 

 

 

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8 avril 2016 5 08 /04 /avril /2016 15:49

"J'appelle à des Andalousies toujours recommencées, dont nous portons en nous à la fois les décombres amoncelés et l'inlassable espérance."

Jacques Berque cité par J.C. Guillebaud

Je citais, dans mon dernier post,  et j'invitais à lire le texte « Attentats de Bruxelles : les responsabilités du monde culturel », publié par l'écrivain belge Giuseppe Santoliquido

 

Évoquant les attentats de Paris et de Bruxelles, il écrivait :

°

Ils ont engendré une mobilisation empathique et affective remarquable au sein des populations concernées. Mais également un flot de commentaires sans précédents. Intellectuels, artistes, écrivains, journalistes, experts, chroniqueurs, humoristes, tous ou presque se sont exprimés.

(…)

Mais le fait qu'une partie importante de nos sociétés, essentiellement de confession musulmane, en grande partie parmi nos jeunes, rejette ouvertement, au profit de comportements relevant d'une conception rétrograde de leur religion, une modernité que nous pensions communément admise ne trahit-il pas, tout autant, l'échec du monde culturel ?

Accéder au texte intégral de cette tribune.

°

 

 

 

"Mais est-ce qu'on a le droit POUR UNE FOIS d'être un petit peu stratégiques? Je ne peux m'empêcher de voir une extrême intelligence chez les prédicateurs, et une bêtise stratégique insondable dans ceux qui prétendent les combattre".

 

Le 7 avril à 11:04, Joan Sfar a publié ce long billet sur Facebook qu'il me semble essentiel de reproduire ici.

 

Je suis d'accord avec TOUS mes amis qui ne savent plus comment lancer l'alarme d'un retour du religieux en France. Bien entendu que les 500 000 personnes dans la rue contre le mariage gay, puis la multiplication des voiles saoudiens dans nos rues, c'est une catastrophe. Bien entendu qu'à chaque fois qu'un citoyen de ce pays se recroqueville dans son identité réelle ou supposée il quitte le terrain commun et enlève un peu de fraternité et d'énergie à l'utopie d'un monde où l'on partagerait davantage qu'un territoire. Mais est-ce qu'on a le droit POUR UNE FOIS d'être un petit peu stratégiques? Est ce qu'on a le droit de se demander si la façon dont on parle du voile musulman a jamais convaincu UNE SEULE JEUNE FEMME de retirer son voile? Notre exécutif accumule depuis trente ans des erreurs stratégiques et sémantiques désastreuses pour contrer l'entrisme des prédicateurs du Golfe sur notre jeunesse. Il y a trente ans Jospin, face à sept jeunes femmes qui faisaient du chantage au voile, ne trouvait rien d'autre à répondre que "qu'est ce que vous voulez que ça me fasse si la France s'islamise". Quelques temps après, avec la bonne volonté dont est pavé l'enfer, Nicolas Sarkozy réduisait les citoyens français venus du Maghreb à leur identité religieuse, en s'adressant aux "musulmans de France"? ce faisant il créait cette horreur qu'est le CFCM et qui sert depuis de cheval de Troie aux éléments qui font tout pour radicaliser notre jeunesse. Et maintenant, depuis les attentats, on dirait que notre exécutif fait tout pour attaquer frontalement et en permanence la jeunesse de ce pays, au risque de la pousser encore plus loin dans les bras des barbus. Lorsque je dis que je suis "moins clair que mes amis du Printemps Français" en ce qui concerne le voile, ça ne signifie pas que je suis favorable à la religion!!! Je pense que la revendication religieuse est toujours mauvais signe lorsqu'elle déborde dans l'espace public. je prétends simplement que la stratégie est mauvaise et que chaque prise de parole, de notre premier ministre pour ne pas le nommer, crée davantage de conversions au salafisme. Un exemple? je n'ai jamais porté la kippa je n'en ai rien à foutre de la kippa et si j'étais religieux ça se saurait. Et si on m'interrogeait sur le mal que je pense du fanatisme religieux, fut-il juif, j'aurais de quoi parler pendant des jours, sur la façon dont ça peut séparer la jeunesse. Mais imaginez que dans mon pays on s'en prenne dix fois par jour et sur toutes les télés à la kippa, je crois que je me mettrais à la porter juste pour faire chier. On n'est pas naïfs. On a tous TRES BIEN VU que le voile que portent beaucoup de jeunes filles ne vient ni du Maghreb ni de l'Islam que nous connaissons. On sait tous TRES BIEN que Ramadan d'un côté et les salafistes de l'autre font tout pour pousser notre jeunesse vers une religiosité rétrograde. ce que je demande juste à notre exécutif, c'est qu'ils cessent, par leur attitude si peu stratégique, d'aider les salafismes à fanatiser notre jeunesse. Non, la plupart des français de religion musulmane ne sont pas salafistes! Non, la plupart des jeunes femmes qui portent un foulard ne sont pas abruties. je le déplore, qu'elles portent un foulard. Je rêve du jour où tous ces signes religieux disparaîtront, car ça sera le symptôme d'un surcroît de bien être dans notre jeunesse. Oui il faut être très fermes lorsque des irresponsables comme Esther Benbassa ont l'aplomb de dire qu'une mini-jupe est aussi grave qu'un voile. Oui tout ça est dégueulasse. Oui une partie de notre gauche, pour des motifs électoraux, s'est vendue aux barbus. Mais ce n'est pas Esther Benbassa qui donne envie aux gamines de porter un voile. Ce qui peut susciter ce réflexe, c'est le sentiment qu'elles ont, réel ou pas, que le gouvernement les attaque en permanence. J'aurais rêvé de moins de mots et plus d'action. J'aurais rêvé que plus personne, parmi nos élites, n'aille poser son cul dans les tribunes de stades de foot financés par Arabie Saoudite et Qatar. J'aurais aimé que l'état d'urgence dont on nous rebat les oreilles serve à empêcher Ramadan d'un côté, et les salafistes de l'autre, de plus jamais disposer d'une seule salle dans notre pays. Ramadan est indésirable aux USA. Il ,'a simplement pas le droit d'y foutre les pieds. Ça ne fait l’objet d'aucun grand débat là bas. Il n'y va pas et c'est très bien. Qu'il reste en Suisse. Ça oui, ça m'aurait plu, qu'on agisse plus et qu'on parle moins, et qu'on s'en prenne spécifiquement aux prédicateurs au lieu de cibler par les mots l'ensemble de la jeunesse musulmane. Aller expliquer chaque jour à la télé que les jeunes filles qui portent le voile sont dans l'erreur, c'est peut être vrai, mais ça ne fait qu'aider ceux qui leur répètent qu'elles ne seront jamais chez elles dans ce pays. Je ne peux m'empêcher de voir une extrême intelligence chez les prédicateurs, et une bêtise stratégique insondable dans ceux qui prétendent les combattre.Là où nous sommes, la bonne volonté ne suffit pas, l'inefficacité du discours de notre exécutif devrait inciter à une totale remise en question stratégique. Mais peut-être que l'objectif n'est pas vraiment de sauver notre jeunesse de cette peste fanatique? Peut-être qu'il s'agit juste de dire des phrases qui ne servent à rien. Si c'est ça, bravo, mission accomplie. Sur la religion, le fanatisme, tous ces trucs moyen âgeux, je ne pense qu'une chose: ce sont des attitudes qui disent le repli, la peur et le malaise. tant que nos ministres, par leurs éléments de langage et l'inefficacité de leur action, augmentent le niveau de malaise, ils participent à la multiplication des barbes. Je reviens à mon cheval de bataille, le un pour cent culturel!!! C'est notre culture qu'on attaque. Et depuis le 13 Novembre je n'ai pas entendu que l'éducation ou la culture seraient des priorités. C'est dommage. Car les livres, ça aide à raccourcir les barbes, et à retirer son voile. Parce que grâce à eux on se sent mieux.

817 partages er 85 commentaires.

Pour ceux qui s'affichent sur FB, c'est ici.

 

°

Comment interpréter le terrorisme djihadiste ? Est-il une "maladie" de l'islam, une nouvelle expression de l'extrémisme révolutionnaire (le "radicalisme") : soit une "radicalisation de l'islam"  ou bien "islamisation de la radicalité" .


 

Dans un éditorial La guerre froide des islamologues, publié sur le site téléobs, Jean-Claude Guillebaud analyse la querelle médiatique qui divise les experts de la question.

°

Elle porte sur l'interprétation qu'on peut donner du terrorisme djihadiste. Est-il le produit pathologique de l'islam, une "maladie" de ce dernier, comme l'écrivait le regretté Abdelwahab Meddeb ? S'agit-il au contraire d'une nouvelle expression de l'extrémisme révolutionnaire (le "radicalisme") qui ressurgit périodiquement dans l'Histoire, comme ce fut le cas en Allemagne et en Italie dans les années 1980 ? L'univers médiatique adorant les petites phrases, ce désaccord interprétatif se ramène à deux formules opposées. Certains assurent, comme Gilles Kepel, qu'on a affaire à une "radicalisation de l'islam" , d'autres estiment, avec Olivier Roy, qu'il est plus pertinent de parler d'une"islamisation de la radicalité" .

Qu'est-ce à dire ? L'un pense que la matrice est d'abord religieuse (le salafisme venu d'Arabie saoudite) ; l'autre explique - exemples à l'appui - que, paradoxalement, le facteur religieux ne joue qu'un rôle assez secondaire dans ces ralliements à Daech et ces départs adolescents pour la Syrie. Il eût été passionnant que soit conduit, avec calme et respect, ce débat interprétatif. Hélas, les hommes étant ce qu'ils sont, c'est déjà l'invective qui prévaut.

(...)

Derrière cette bataille d'ego un peu cocasse, ce qui est en jeu, c'est notre rapport avec l'islam français. Or, faut-il le rappeler, la France bénéficia dans les années 1980 d'une "école" d'islamologie réputée. Qu'il nous suffise de citer les noms de Jacques Berque, Louis Massignon, Maxime Rodinson, Bruno Etienne, Mohammed Arkoun.

(...)

Ces "orientalistes", n'étaient pas des "notables" en quête de popularité. Leurs travaux participaient d'une sensibilité d'abord anticolonialiste. En mettant au jour la richesse de la civilisation musulmane, ils combattaient - avec l'arme du savoir - le mépris culturaliste du discours colonial. C'était surtout vrai pour Corbin et la culture islamo-persane, et pour Jacques Berque à qui l'on doit ce bouleversant appel à la coexistence confessionnelle : "J'appelle à des Andalousies toujours recommencées, dont nous portons en nous à la fois les décombres amoncelés et l'inlassable espérance." Qui parle ainsi aujourd'hui ?

 

© Jean-Claude Guillebaud Journaliste sur le site teleobs.nouvelobs.com

 

°

 

 

"Un dernier point  : cessons de penser que la compréhension de cette sauvagerie s’apparente à sa justification. On ne doit pas s’attaquer aux seuls effets mais aussi aux causes en Syrie, à l’intérieur du monde musulman, et, pour cela, dire que c’est notre politique occidentale de vainqueurs de la première guerre mondiale, puis notre politique coloniale, puis néocoloniale qui a depuis un siècle créé le chaos. Nous avons taillé les territoires, vendu des armes et des centrales nucléaires, acheté du pétrole et du gaz, fait et défait des gouvernements jusqu’à cette dernière guerre en Irak et l’occupation du pays, d’où est né ce prétendu Etat islamique. Et nous sommes des amis de l’Arabie saoudite et du Qatar, qui financent les intégristes de tout acabit. N’aurait-il pas fallu manifester contre la récente vente d’armes à l’Arabie ou boycotter le PSG, propriété du ­Qatar ?"

 

 

Ce qui précède est extrait d'une tribune de Robert Guédigian, publiée le 25 mars dernier par Le Monde.

°

Je ne suis pas sûr que le titre choisi par la rédaction du Monde soit pertinent : Seule la culture peut combattre les dogmes,

 

D'ailleurs la phrase complète est : « Seule la culture peut combattre les dogmes, quels qu’ils soient, en les précipitant dans des réalités mouvantes, en les historicisant ».


 

Dans cette optique (qui récuse l'angélisme rhétorique, paresseux et parfois, hélas, intéressé, du monde de la culture ) on peut relire ici même La barbarie au pluriel.

 

 

 

 

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7 avril 2016 4 07 /04 /avril /2016 08:40

C’est une vieille et douteuse plaisanterie de l’auteur de ce blog que d’évoquer la rue de Valois en parlant du « ministère des nominations et des labels au bois dormant ».


 

C’est justement à la question des labels que Jean-Michel Lucas consacre sa deuxième Chronique d'une loi ordinaire à propos de l'article 3 de la loi Création, architecture, patrimoine.

L'article 3 porte sur les labels : le ministère de la culture entend apporter une aide conséquente à 400 structures artistiques au sein « d'une petite douzaine de labels ». Qui s'en plaindrait ?

Pourtant, cette reconnaissance nous ramène au bon temps de la féodalité : un grand seigneur qui choisit d'adouber ses chevaliers et le reste va nu pieds. La vérité est là : hors du label pour les 400, l'Etat ne prévoit rien et refuse même ouvertement que la loi envisage des conventions avec d'autres que les labellisés.

Le ministère de la culture considère, donc, comme négligeable le reste des projets artistiques qui sont, pourtant, reconnus par l'article 2 lequel a allongé encore la liste des projets pertinents pour l'intérêt général. ( Par exemple « les activités de création artistique pratiquées en amateur, » ou « les artistes, les auteurs, les professionnels et les personnes morales et les établissements de droit public ou de droit privé, bénéficiant ou non d’un label, qui interviennent dans les domaines de la création, de la production, de la diffusion, de l’enseignement artistique et de la recherche, de l’éducation artistique et culturelle, de l’éducation populaire et de la sensibilisation des publics » ).

De tout ce tas informe et plébéien, le ministère ne veut reconnaître et protéger que ses chevaliers labellisés ! Avant il le faisait avec discrétion ; avec l'article 3, il veut que la loi républicaine lui accorde ce privilège ! Par conséquent, il ne restera plus pour les autres cultueux que des miettes aléatoires et déconcentrées !

Le Sénat, lui, avait bien compris que ce retour au féodalisme était archaïque et mal adapté aux changements rapides du monde des arts. Il avait inscrit, dans l'article 3, la possibilité de conventionnement durable avec des acteurs culturels répondant aux critères d'intérêt général de l'article 2 ! Rien que de très logique. Dans cette ensemble de conventions, le ministère aurait pu se faire plaisir en décernant des labels aux plus méritants. Au moins, les acteurs ne faisant pas partie des 400 familles auraient eu un peu d'espoir de négocier un minimum de sécurité conventionnelle.

Mais le ministère s'est opposé fermement à cette possibilité. Il a montré sa vraie nature en refusant de sortir des remparts des labels. Non pas par manque d'argent ! Mais en raison de la nature même de sa politique culturelle : prévoir des conventionnements - c'est à dire avoir un œil ouvert sur la diversité des initiatives artistiques et culturelles - déstabiliserait la noblesse artistique de ce pays. Voici le texte de son amendement, d'une cruauté sans nom pour ceux qui ne sont pas adoubés dans la grande famille des 400 ; « la rédaction adoptée par le Sénat en introduisant le principe d’un conventionnement et en supprimant l’agrément du ministre chargé de la culture dénature le cadre de ce qui constitue la politique nationale actuellement en place pour les structures labellisées. Elle est porteuse de déstabilisation pour les structures du spectacle vivant et des arts plastiques bénéficiant actuellement d’un label. » On a tous compris : la nature même de la politique culturelle nationale, ce sont les labellisés « stabilisés » contre les autres qui ne le seront pas, les gros protégés contre les petits faiblards ! Ce texte de la République crée deux catégories d'acteurs culturels : les uns avec des garanties solides données par la loi via le label et les autres,.. rien ! Même pas l'idée de conventionnement ! Cet argument de la déstabilisation des plus gros quand tous les autres - hors des 400 - pataugent dans les difficultés économiques est incroyable. Une forme d'indignité que j'ai toujours mal vécue quand j'étais DRAC. C'est grave de la voir maintenant organisée par une loi de la République.

En adoptant l'article 3, les députés sont-ils à ce point naïfs qu'ils n'aient pas vu qu'en supprimant le conventionnement, d'un coté, le ministère se réservait - en pratique, se repliait - sur la bonne culture d'Etat et laissait, de fait, aux collectivités territoriales tout le reste du menu fretin de l'article 2 !!

J'espère que les labellisés, même au SYNDEAC, ne seront pas complices de cet état de droit qui laisse tomber le tiers-état des cultureux et ne protège que la chefferie labellisée. Curieuse république !

Il faut rétablir, dans l'article 3, le principe du conventionnement, c'est à dire le principe de garantir plus de sécurité pour beaucoup de projets en matière artistique et culturelle et non développer la "flexibilité" pour le plus grand nombre et promouvoir la stabilité pour les seuls privilégiés du prince.

© Jean Michel Lucas

 

Quant à Guillaume Cerutti, c’est aux nominations dont les ministres de la culture ont ou devraient avoir le privilège qu’il consacre sa chronique du 1er avril dernier.

Le pouvoir de nomination est pour tout ministre de la Culture l'un des leviers essentiels permettant de mettre en œuvre sa politique et d'imprimer sa marque. Cette prérogative s'exerce à plusieurs niveaux. Au sein de l'administration centrale du ministère sont notamment concernés le poste de secrétaire général et les trois postes de directeurs généraux (patrimoines, création, médias et industries culturelles). Nommés par décret en Conseil des ministres sur proposition du ministre de la Culture, sans durée de mandat et révocables ad nutum, ces postes ont désormais un fort contenu administratif et gestionnaire.

(…)

Les nominations à la tête des grands établissements culturels sont désormais au centre de nombreuses convoitises et monopolisent l'attention médiatique, comme on l'a vu récemment pour le Centre Pompidou, pour la Villa Médicis ou pour le musée d'Orsay. Pour les postes de ce type, une observation majeure s'impose : les choix ont ces dernières années échappé au ministre de la Culture, pour relever in fine de l'autorité de Matignon ou, plus sûrement, de l'Elysée. Cela n'est pas anormal en soi, car ces nominations doivent être prises par décret présidentiel. Ce qui est plus inquiétant, voire désastreux pour le ministère de la Culture, c'est que ce dernier ait perdu sa capacité de proposition ou que celle-ci ait parfois donné l'impression de s'exercer à contretemps ou de manière totalement factice.

(…)

Non sans paradoxe, le ministre de la Culture reste en revanche un acteur décisif pour les nominations à la tête de certains établissements ne relevant pas de son autorité directe. Ainsi pour les 3 5 centres dramatiques nationaux, dont les directeurs sont nommés par le ministre en concertation avec les collectivités locales impliquées, et pour les 70 scènes nationales, dont les directeurs sont nommés par leur conseil d'administration après agrément du ministère de la Culture, Cette prérogative est un instrument utile lorsqu'elle permet à un ministre - en l'occurrence Aurélie Filippetti - de veiller à ce que ces directions ne deviennent pas des rentes de situation, et s'ouvrent davantage aux jeunes et aux femmes. Pour autant, on souhaiterait que l'implication croissante des collectivités locales dans le domaine culturel leur confère progressivement une autorité plus affirmée en matière de nominations dans les structures locales, tandis que le ministre se consacrerait se consacrerait surtout au choix des dirigeants d'établissements de niveau national.


 

© Guillaume Cerutti. Le Quotidien de l’Art. 1 avril 2016 - N°1035


 

Culture, pour en finir avec les ravages de l’entre soi semble répondre Jérôme Impellizzieri, président (PS) de la commission pour la permanence artistique de la région Ile de France de 2010 à 2015.

 

La reproduction socio-culturelle a rarement été aussi forte qu'aujourd'hui. Les enfants de, les cousins de, les nièces et neveux de.... Les groupes de copains de lycée... forment la plupart du personnel politique, culturel... et même enseignant. Pour caricaturer, on pourrait dire que le monde du travail se divise en deux catégories : ceux qui peuvent être cooptés, et ceux qui sont condamnés à chercher.

(…)

Prenons la culture. Les organigrammes des lieux de fabrique et/ou de diffusion, particulièrement ceux qui sont labellisés, les organigrammes ministériels, d'office publics, les plateaux des théâtres, les génériques des films, sont remplis de cette endogamie, de cet entre-soi. Le pire, dans tout cela, c'est que bien souvent, il n'y a pas d'injustice si l'on considère le niveau (selon le référencement en vigueur, c'est un débat à avoir) : ce sont, bien souvent, les meilleurs. La question de la formation, et du partage de l'information sur les formations, se pose. Celles des parcours aussi, bien sûr. Tout est figé, quasiment dès la naissance. Pourtant, l'univers de la création artistique devrait être ouvert, flottant, bordélique à souhait, joyeux, et même, structurellement désorganisé. C'est tout l'inverse. Je suis entré dans la profession en 1999. 17 ans plus tard, qui peut affirmer que le paysage humain a bougé, si ce n'est à la marge ou en lien avec la pyramide des âges (et encore !).

(…)

Malgré ce constat, je persiste à penser que c'est dans la culture, par la culture, que se trouve certainement la voie vers un horizon plus... humain.


 

Lire cette tribune dans La Tribune du 1er avril 2016

 


 

Le même jour, le politologue et écrivain belge d'origine italienne, Giuseppe Santoliquido publiait une tribune intitulée

« Attentats de Bruxelles : les responsabilités du monde culturel ».


 

Elle se conclut ainsi :

 

Il nous semble donc qu'une des missions essentielles qui incombe au monde de la culture dans les temps à venir est de repenser au plus vite son rapport à la société. De réfléchir à une définition nouvelle de l'engagement culturel, qui est par essence engagement sociétal. À notre présence permanente et peut-être même obligatoire dans les écoles, dans les franges de la société les moins habituées à nos interventions. Et cette réflexion, nous en sommes convaincus, c'est aux artistes et aux intellectuels eux-mêmes de la mener, en toute autonomie, avec le sens de la responsabilité sociale qu'implique le devoir culturel.

°

Lire l’intégralité de cette tribune.

 

Les lecteurs fidèles de La Cité des sens savent le peu de goût que j’ai pour les formules comme  monde culturel  ou monde de la culture. Cette libre opinion mérite toutefois d’être lue, pour pouvoir être discutée.

A l’occasion on peut aussi relire Zola ou Durkheim 


 

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6 avril 2016 3 06 /04 /avril /2016 08:40

L'Enssib en partenariat avec l'Association des bibliothécaires de France (ABF),

mettra prochainement en ligne une plateforme des projets destinée à valoriser les projets portés dans les bibliothèques de France.

La plateforme des projets offre à chaque établissement de type bibliothèque ou centre de documentation français la possibilité de déposer un projet en cours de réalisation, quels qu’en soient la portée, les objectifs, les moyens mis en œuvre, la thématique concernée.

L'objectifs de cette plateforme est de rendre visibles les projets en cours ou déjà réalisés et faciliter les échanges entre professionnels aux objectifs communs.

La plateforme des projets propose ainsi une cartographie de l’activité des bibliothèques et centres de documentation français.

Par ailleurs, l’Enssib se propose de réagir directement à chaque dépôt de projets par un appui documentaire.

Ce dernier pourra être gradué en fonction de l’état de l’expertise et des propres projets de l’école sur le sujet, à l’instant t : mémoire d’élève, fiche pratique, publication des Presses de l’enssib, rencontre ou journée d’étude à organiser conjointement, etc.

L’Enssib se donne également la possibilité de mettre en relation les porteurs de projets avec d’autres structures ou établissements dont ils pourraient s’enrichir.

La plateforme des projets permet ainsi à chacun une mise en relation directe autour de projets convergents. 

 

Source ENSSIB

 

 

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4 avril 2016 1 04 /04 /avril /2016 13:56

Imaginez une grande lectrice, à l’âme aventureuse. Songez qu’au fil des années elle a accumulé quantité d’ouvrages formant double, voire triple rang sur les rayons de ses nombreuses bibliothèques. Longtemps, elle les conserve jalousement. Les déménage d’un bout à l’autre de la planète. Puis, le prix du mètre carré, une liberté nouvelle, un besoin d’allégement font leur œuvre. Elle décide d’en quitter quelques-uns. Mais pas n’importe comment…

Commence alors un trafic un peu louche mais des plus romanesques

Regardez-la, notre lectrice: triant ses livres, décidant que celui-ci restera, que cet autre s’en ira. Avant de les donner, elle les relit. Façon de leur dire adieu, dit-elle, de mesurer ce que l’on quitte. Ainsi relu, ainsi salué, le livre s’en va chez Emmaüs, aux Petits Riens, ou ailleurs.

Mais certains ne suivent pas le même chemin. Certains lui apparaissent non seulement comme très bons, mais aussi beaux avec leur air encore bien neuf. Je ne peux pas les quitter comme ça, songe-t-elle.

Sans compter qu’à leur manière, ils sont rares

Car cette grande lectrice est aussi une spécialiste du catalogue des nombreuses bibliothèques de sa ville. Surfant sur Internet, se promenant dans les rayons, elle constate parfois des manques, dans telle ou telle liste. Comment, la bibliothèque M. ne possède pas ce roman contemporain? Ni cet excellent récit de voyage? Or, justement, les voilà, ici, relus, presque intacts, prêts à partir de chez moi.

Ni une, ni deux

La voilà qui met les livres dans son sac et s’en va à la bibliothèque M. Suivons-la, à pas de loup, notre téméraire lectrice. Rayon romans français. Lettre B. Un arrêt. Un regard à gauche, un regard à droite pour voir si je suis surveillée, chuchote-t-elle, et, hop, la voilà qui sort le livre de son sac et le glisse au bon endroit. Un peu plus loin. Section récits de voyage. Asie. D’un geste précis, non sans une légère angoisse, avoue-t-elle, elle met prestement l’ouvrage en place. Puis, elle rentre chez elle, tranquillement, avec la satisfaction du forfait accompli et d’infinies rêveries en tête…

Que se passera-t-il lorsqu’un lecteur, tombant sur un livre non catalogué, voudra l’emprunter?

Recevra-t-il une étiquette? Que lui diront les bibliothécaires? Au fil des mois, la lectrice guette le trajet de ses livres sur la Toile. Tiens! Le roman français contemporain vient d’apparaître dans le catalogue d’une annexe de la bibliothèque M. L’opération a donc réussi! La fraude est opérante, notre lectrice ravie, et l’histoire… véridique.


© Eléonore Sulser
Publié vendredi 1 avril 2016 à 20:41.

Le Temps

 

 

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1 avril 2016 5 01 /04 /avril /2016 08:40

Lettre d'information du réseau culture

N°458 - 28/03/2016

EDITO de Vincent Lalanne.

Vous lisez la 606ème et dernière lettre culture de territorial.fr. En effet, c'est par courrier du directeur d'établissement que j'ai été informé que cette lettre cessera d'exister à partir du 31 mars prochain car le nombre de lecteurs ne serait pas satisfaisant et surtout la stratégie du groupe Territorial n'est plus orientée vers la culture et les cibles culturelles.

Lire ci-dessous les explications très circonstanciées sur cette brutale décision

François Deschamps, qui m'a donné ces chiffres, a démarré cette lettre le 2 octobre 2001 et il a rédigé 550 numéros (à l'époque sous forme hebdomadaire), à savoir 149 numéros de la formule initiale, puis 401 numéros (de la nouvelle formule à partir de janvier 2005). J'ai donc repris le flambeau le 6 novembre 2013 et produis 56 numéros, tous les quinze jours. La Lettre d'info du Réseau Culture de Territorial aura donc connu 606 numéros sur près de 15 ans ! Et comme dit François « ça n'est pas rien ! »

Par les temps qui courent on pourra regretter qu'un espace d'information sur la culture disparaisse. D'autres espaces, heureusement, ont été créés et ceux-ci reprendront certainement les informations que vous pouviez trouver ici, comme en particulier celui de la FNADAC piloté par l'ARCADE, celui de la Plateforme Interrégionale ou le site toujours intéressant d'Emmanuel Henras : Objectif Culture ou encore la lettre du Réseau Culture 21 ou enfin le site Cultureveille.fr ...

Écrire sur la culture durant ces deux années et demi a été une très belle aventure. Fil rouge de ma vie professionnelle, cette lettre a été pour moi une véritable source de richesses et de découvertes. J'espère qu'elle l'aura été aussi pour vous. J'ai tenté certainement maladroitement de vous amener vers d'autres dimensions de la culture et des politiques culturelles en parlant du numérique, des droits culturels, des questions touchant à l'éducation artistique et culturelle...

Je tiens à remercier en premier lieu François Deschamps et Hugues Périnel qui, en novembre 2013, m'ont confié la responsabilité de cette lettre. Je remercie aussi le Groupe Territorial qui m'a laissé libre sur le contenu des éditoriaux et des informations que je vous diffusais. Cette liberté essentielle que je découvrais, en plus de me donner des ailes, m'a amené à être vigilant sur ce que je vous envoyais.

Je tiens surtout à vous remercier, chers lecteurs, souvent discrets, de temps en temps attentifs, m'apportant des corrections ou des informations complémentaires. Je vous remercie de vos encouragements et de m'avoir souvent dit l'importance qu'avait pour vous cette lettre.

La fin de cette lettre n'arrêtera pas pour moi le fait d'écrire sur la culture, vous pourrez trouver à l'avenir de prochains textes sur mon blog qui vous tiendra aussi au courant de mes activités.

Un dernier merci à ma correctrice bien aimée....


 

Il faut, bien entendu, lire les commentaires consécutifs à ce faire part de décès ; les voici (arrêtés au 31 mars).

Un grand merci pour cette Lettre Culturelle! Un choix unilatéral de la direction sans appel? 
Envoyé par cnely le 31/03/2016 à 16:49

Oui, MERCI pour ces lettres qui ont éclairées mes années d\'études, mes premiers pas dans le milieu professionnel et aujourd\'hui toujours j\'apprécie leur choix éditorial et leur perspicacité. Désormais, plus qu\'avant, je constate la nécessité d\'une veille culturelle de qualité. Pourtant, j\'apprend avec stupeur que La Lettre va cesser d\'exister?!?

A l\'heure du web 3.0 et des applis en pagaille (qui même parfois gèrent d\'autres applis...), à l\'heure du tout écran, en pleine expension de l\'ère numériquepourquoi se priver d\'un outil aussi utile, pragmatique, une source de réflexion, de cohésion, d\'impulsion? Les collectivités ont-elles décidé de ne pas être à la tête de l\'avant-garde, et de faire partie de l\'arrière-garde? C\'est un choix discutable en terme de politique publique, non?

Certes, d\'autres prendront le relais, du moins c\'est à espérer. Cependant, c\'est une voix qui s\'éteind. C\'est celle de la territoriale qui devient muette! et c\'est une voie de communication entre la population et ceux qui oeuvrent à la collectivité qui s\'efface. Car, La Lettre est lue par de simples citoyens curieux de culture aussi!! Sans doute que si la Direction avait signalé son intention, les lecteurs se seraient mobilisés pour montrer que le nombre réél de personnes sensibilisées par le contenu de La Lettre dépasse le seul mailing.

Pour information, je transfert et j\'imprime La lettre. Et je ne dois pas être la seule. Je la met à disposition des publics qualifiés \"d\'empêchés\", ceux à qui ont a fait penser que la culture n\'était pas pour eux. Cette Lettre, elle se retrouve dans des barres d\'immeubles, dans des épiceries solidaires, des bibliothèques de rues, elle s\'invite chez les citoyens en toute simplicité. Elle circule, elle se prête! Et elle donne lieu à des échanges où la parole se libère. Elle est parfois un des facteurs de départ d\'un projet collectif et collaboratif dans un quartier, parce qu\'une initiative qu\'elle a évoquée a donné envie! Elle a fait dire à certains citoyens: \"pourquoi pas nous?\"

Sans doute que La Lettre a la gloire trop discrète.

Derrière une adresse mail, il peut y avoir plusieurs lecteurs.

Bonne continuation!


 

La FNADAC regrette ce choix éditorial
Envoyé par fnadac le 29/03/2016 à 17:38

La Fédération Nationale des Directeurs des Affaires Culturelles regrette ce choix éditorial. Elle rappelle la nécessité des espaces et plateforme d'expression, de transmission, de collaboration qui permettent à tous les professionnels de la culture et tout particulièrment, aux agents des services culturels des collectivités territoriales de se sentir appartenir à un réseau d'échange et d'information quelque soit la taille et l'engagement de leur collectivité en matière de politique culturelle. Le site internet de la FNADAC ouvrira dans quelques temps mais il n'en reste pas moins que c'est la pluralité des prises de paroles mais aussi la capacité de se donner les moyens de diffuser l'immense production de pensées et d'outils de notre secteur qui est remis en cause lorsqu'une newsletter de ce genre disparait... Il est peut être encore temps au Groupe Territorial de revoir sa décision. Merci à vous François et Vincent de ce précieux travail. Frédéric LAFOND, Président de la FNADAC.

Arrêt brutal de la newsletter
Envoyé par TLDK le 29/03/2016 à 14:15

Interruption désolante, sur le fond comme sur la forme. Merci pour ces lettres d'information régulières et bonne continuation sur d'autres routes !

Grumf et re-grumf !
Envoyé par Stephane le 29/03/2016 à 13:05

Cette lettre, à la croisée des teritoires réèls (adminsitratifs, géographiques, ...) ou implicites (de projets, d\'idées, ...), ouvre des portes, des perspectives et des pistes de coopération que trop peu d\'espaces permettent aujourd\'hui.

Mais ne désespérons pas : tout se transforme et nous retrouverons, sans aucaun doute, ce Webstorming et le (dé)tricottage de Vincent dans d\'autres sphères et espaces sur la toile, voire en live, ce sera encore mieux d\'échanger de vive voix !

À bientôt donc et merci Vincent !

Un nombre de lecteur satisfaisant
Envoyé par olivier le 29/03/2016 à 11:18

Voila une question culturelle si il en est ! Qu'est-ce qu'un nombre de lecteurs satisfaisant ?

Dans ce que nous dit Vincent Lalanne de sa relation épistolaire avec la direction du Groupe Territorial, on peut lire toute la condescendance de dirigeants vis à vis des pigistes, des "intermittents de l'écriture journalistique". Quoi, pas de dialogue préalable pour voir comment améliorer le nombre de lecteurs jugé insatisfaisant ? C'est comme cela aujourd'hui qu'un opérateur public ou privé peut décider de fermer une salle de spectacle.

Ainsi les acteurs culturels ne sont plus dans la cible d'un groupe qui prétend offrir un Portail des collectivités locales et territoriales, fonction publique, agent territorial.

Le groupe privé territorail anticiperait-il ainsi la fin du Ministère de la Culture, la fin de toute politique culturelle nationale et/ou locale ? C'est "presque" un scoop !

Mais comme c'est écrit pour présenter l'une des meilleurs ventes du groupe "Le début du XXIe siècle voit l'avènement d'un changement de culture dans la fonction publique territoriale, par le passage d'une administration de moyens à un management de la performance." et conclue par une citation litérraire, cela fait chic et  cultivé "Comme le mentionnait déjà Sénèque il y a deux millénaires, « Il n'y a pas de vent favorable pour celui qui ne connaît son port »"

Bon courage !

Olivier

Dommage ! 
Envoyé par Virginie le 29/03/2016 à 10:40

Cette lettre d'information était une source d'informations importante dans le cadre de mon engagement professionnel. Merci pour votre travail !

C'est avec regret, qu'une information précieuse sur la Culture va encore disparaitre !

 

Merci
Envoyé par C. Kerjan le 29/03/2016 à 09:57

Lectrice attentive des lettres de François Deschamps et de Vincent Lalanne, travaillant  au sein de la fonction publique territoriale dans le domaine culturel, je souhaite les remercier chaleureusement pour le travail d\'intérêt public accompli durant toutes ces années. Bonne poursuite de vos parcours professionnel et, conservez cette curiosité et ce goût de la pensée collective !

Lettre culture
Envoyé par vertescollines le 29/03/2016 à 09:50

La culture est et sera toujours le parent pauvre. Pourtant, si on l'appréciaiait il y auarait moins d eguerre d'intolérance, plus de respects. Bon courage pour la suite. je vous suivrais sur votre blog. Une lectrice passionnée.

remerciements
Envoyé par MélanieCarpentier le 29/03/2016 à 09:36

Grr....encore une décision très dommageable pour la culture, l'échange d'idées, le maintien en éveil de tous les territoriaux qui comme moi trouvaient dans ce courrier des pépites de réflexions et de connaissances très utiles pour leur réflexion personnelle dans le cadre de l'exercice de leur métier au quotidien... Un grand merci à vous pour ce travail significatif et une grande déception et colère vis-à-vis des décideurs qui ont fait ce mauvais choix. Quand comprendront-ils que la culture est fondamentale pour le lien social et l'évolution des consciences a fortiori par les temps qui courent Au plaisir de vous lire sur votre blog...


 

Enfin, lors d'un échange sur Facebook, (le 30 mars) François Deschamps appporte de très utiles précisions sur l'histoire qui s'achève en ces sombres temps que nous traversons.

 

 

 

Concentration de la presse.

La Lettre du Cadre territorial a été créée en 1980 à partir de rien par un fonctionnaire territorial, en la personne de Claude Mahier, qui fut adjoint au Maire de Voiron chargé des affaires culturelles, puis DGS de la Communauté d'agglo de Voiron. C'était à l'époque en réaction à une certaine "langue de bois" de la "Gazette des communes". Il en fit un groupe de presse et d'édition des collectivités locales qui sut prendre sa place dans le paysage national (60 salariés) en sachant habilement se diversifier (Bourse de l'emploi, Dossiers d'experts, formations, etc.). Et puis en 1980 il vendit ses actions au fonds d'investissement SAGAR qui éditait Le Moniteur et la Gazette des communes (son principal concurrent !). Mais les lecteurs ne virent rien, chacun gardant son titre et sa ligne éditoriale (et il est vrai qu'il régnait une très grande liberté de parole à Territorial). Petit à petit, la Gazette et Territorial fusionnèrent leur bourse d'emplois,les formations... Et puis fin 2013 l'ensemble passa dans l’escarcelle d’Infopro Digital (IPD), prémices du départ de nombreux journalistes (cf. l'article ci-dessous : ...).

http://www.snj.fr/article/le-management-brutal-dinfopro-digital-ne-passe-pas

 

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31 mars 2016 4 31 /03 /mars /2016 08:45

¤

Suite de la note précédente.

 

Echanges avec le public.

Suite à un certain nombre d'interventions dont la mienne :

DE LA CULTURE COMME PRIVILEGE A LA CULTURE COMME DROIT

 


 

Question du public.

 

Il me semble à la réflexion que la logique ne peut pas être dans cette pensée binaire, d'opposition entre démocratisation et démocratie mais bien d'essayer le niveau supérieur qui permet de relier les deux pour construire cette relation d'identité. Et l'altérité.

Pour reprendre le débat de ce matin, je pense que l'enjeu pour nous dans les conservatoires est bien de mettre en lien la diversité - ça peut être aussi un autre terme qu'on peut employer sans être dans le « singulier/pluriel » ou dans « l'identité/altérité » -, de mettre en jeu la pluralité des esthétiques, des modalités pédagogiques, des cheminements en tous genres pour pouvoir justement répondre à la fois à une notion de démocratie culturelle et être toujours en même temps dans cette éventuelle recherche de démocratisation.

La question qui me taraude au quotidien c'est : à quel niveau on peut se placer pour dépasser cette opposition entre démocratie et démocratisation, entre individu et identité, et altérité relationnelle. Comment peut-on dans un cadre d'enseignement institutionnel dépasser cette problématique ?

 

Jean-Claude Pompougnac

Comme les gens auront beaucoup de choses intéressantes à dire, pour répondre directement à votre question, je vais proposer un petit détour.

Je m'en excuse, je ne vous réponds pas directement mais c'est lié à mes TOQ, à mes troubles obsessionnels du questionnement.

Encore une fois, le premier c'est : qui parle de culture ? Qui peut nommer la culture, dire ce qu'est la culture et ainsi tracer une frontière entre « eux » et « nous » ?

La deuxième question c'est : quelles sont les formes de la prise en charge de la responsabilité de la transmission culturelle d'une génération à l'autre ? C'est-à-dire comment s'organise la société pour assumer la responsabilité qui est la sienne de transmettre la culture d'une génération à l'autre, pour éviter les effets de barbarie dont on parlait tout à l'heure ? Avec au passage une petite observation latérale bien connue (je m'excuse d'enfoncer là encore une porte ouverte) : les autodafés de l'époque du Troisième Reich étaient le fait de gens dont on ne peut pas dire qu'ils n'étaient pas cultivés, ce qui pose à Hannah Arendt ou à d'autres auteurs beaucoup de questions profondes. Je ferme cette parenthèse.

Comme j'ai beaucoup travaillé sur la question de l'entrée dans la lecture, parmi les questions idiotes que je me pose sur l'altérité, la frontière entre « eux » et « nous », par exemple il y en a une que j'ai essayé de traiter à la fin d'un petit livre que j'ai écrit qui est : Pourquoi les femmes lisent plus que les hommes ? Voyez : des questions idiotes qui correspondent en même temps à des réalités. Je vais laisser la parole à mes voisins mais je vais vous lire un extrait d'article qui a été publié dans le New York Times le 23 juin 1985 sans vous dire qui a écrit ces lignes qui vont nous ramener au sublime : « Il ne faut pas intervenir. Il ne faut pas se mêler des problèmes de chacun avec la lecture. Il ne faut pas souffrir pour les enfants qui ne lisent pas, perdre patience. Il s'agit là de la découverte du continent de la lecture. Personne ne doit encourager personne, ni inciter personne à aller voir ce qu'il en est. Il y a déjà beaucoup trop d'informations dans le monde sur la culture. On doit partir seul vers le continent, découvrir seul, opérer cette connaissance seul. Par exemple, de Baudelaire, on doit être le premier à découvrir la splendeur. Et on est le premier. Et si on n'est pas le premier, on ne sera jamais un lecteur de Baudelaire. Tous les chefs d'œuvre du monde devraient avoir été trouvés par les enfants, dans les décharges publiques et lus en cachette, à l'insu des parents et des maîtres..

Sublimes, forcément sublimes. Ce sont des phrases de Marguerite Duras. Et je laisse maintenant mes collègues répondre sérieusement à votre question.

 

(...)

 

Jean-Claude Pompougnac

Je me sens un peu dans la position du cinéaste qui a fait plusieurs films et qui va en faire un autre. J'ai quand même participé depuis de nombreuses années à un certain nombre de rencontres de ce genre. Et c'est vrai que j'ai dit tout à l'heure, peut-être avec exagération, qu'il y avait une espèce de ressassement mais votre question est extrêmement intéressante. Moi, je ne suis pas du tout un spécialiste du choc artistique, de la révélation artistique, du sublime. Il se trouve que ma trajectoire personnelle fait que sur ces questions-là, j'ai en réalité très peu d'expérience. Et donc je souscris à ce que disent ceux qui en savent plus que moi sur ces questions.

Par contre, je sais qu'il y a des travaux dont on parle moins que d'autres. Des auteurs qui sont moins souvent cités que d'autres dans ces débats. C'est-à-dire qu'on revient toujours un peu à la même manière de problématiser, toujours sur les mêmes formes de catégorisations mentales. Donc j'en citerai deux très rapidement : Michel de Certeau d'abord, qui a été sans doute un des premiers dès après 1968 à interroger l'institution scolaire mais plus largement le champ culturel, qui a publié un livre, La Culture au pluriel, et qui a été l'auteur de rapports commandés par Jack Lang à l'époque de son premier septennat. Le deuxième auteur, c'est Jacques Rancière qui vient de publier un livre qui s'appelle Le Spectateur émancipé. Le caractère commun de ces deux auteurs dont on parle moins dans les médias que de beaucoup d'autres, c'est qu'ils établissent une continuité de problématique sur la question de la transmission culturelle, entre la transmission culturelle scolaire (la relation pédagogique dont vous parliez tout à l'heure, la transmission culturelle dans l'institution scolaire) et la transmission culturelle ailleurs. Et ce qui me paraît très intéressant dans ces problématiques, puisque vous employiez le mot « altérité » tout à l'heure, c'est qu'au fond, je peux concevoir que le travail de transmission scolaire puisse se penser sous la métaphore de la traduction. C'est-à-dire qu'il y a des personnes qui sont en communication, et que celui qui transmet ou enseigne, et celui qui écoute l'enseignant sont dans un rapport qui à mon sens relève de la métaphore de la traduction, et ça me paraît un point extrêmement important.

De la même manière, dans leur rencontre avec l'œuvre d'art, je me pose toujours la question de la réciprocité ou non réciprocité de l'altération. C'est-à-dire que je comprends bien que le spectateur soit altéré par l'œuvre. Je comprends bien que le spectateur subisse un choc, une émotion de l'ordre du choc esthétique, du sublime, etc. La question que je me pose et que posent ces auteurs, c'est de savoir dans quelle mesure les formes esthétiques, les œuvres, le patrimoine culturel en général sont altérés par la réception des spectateurs.

 

 

(...)

Jean-Claude Pompougnac

Je suis d'accord sur le fait que le monde dans lequel nous vivons peut susciter beaucoup de signes d'inquiétude. Je m'interroge sur la question de savoir pourquoi je n'arrive pas à être démoralisé. Pour le dire autrement, je me demande pourquoi, quand on engage ce genre de discussion, on fait l'émission de Finkielkraut du samedi matin à neuf heures. Je dirai : elle existe, il n'y a qu'à l'écouter si on a envie de l'écouter. Moi je ne la supporte pas donc je ne l'écoute pas.

Bon, pour répondre sur la question, oui c'est vrai que ce sont des questions en débat depuis très longtemps et nous continuons notre travail. Et nous le continuerons jusqu'à ce que nous puissions faire valoir nos droits à la retraite et peut-être même qu'après avoir fait valoir notre droit à la retraite, nous nous engagerons bénévolement pour continuer ce travail.

Alors la question de la démocratisation, elle est très compliquée. Je vais juste dire deux mots. J'étais ravi d'apprendre tout à l'heure qu'il y avait une formule mathématique qui permettait de savoir, quand un film sortait le mercredi à 14 heures, s'il va faire du public ou pas. Parce que, quand vous lisez attentivement la dernière directive nationale d'orientation envoyée par la ministre - lecture que je vous déconseille formellement, c'est absolument insupportable - vous y voyez que précisément il y a un jeu fantastique. On reprend l'argument de la démocratisation culturelle avec la nouvelle injonction qui est la culture du « résultat », c'est-àdire : « remplissez les salles ». Et en même temps, on maintient l'objectif philanthropique qui a été inventé à l'époque du développement culturel, c'est-à-dire : « n'oubliez pas les exclus ». Donc : « pensez aux handicapés, pensez aux pauvres, aux Rmistes, etc. » C'est pour moi une lecture politiquement totalement insupportable puisque, précisément, on y tricote l'argument budgétaire de : « on ne va quand même pas consacrer autant de pognon aux institutions culturelles si vous n'êtes pas capables de remplir les salles ».

La chose que je voudrais dire aussi par rapport aux questions de la fréquentation, c'est que, quand on interroge les Français pour savoir s'il doit y avoir des politiques et des budgets culturels, en général, ils répondent positivement. Dans culture, il y a culte. Pour moi, la meilleure métaphore de ce rapport paradoxal que nous entretenons en France, c'est la métaphore religieuse. C'est-à-dire que ce sont des croyants non pratiquants. Beaucoup de nos contemporains n'ont aucune difficulté à croire à la culture (je parle des classes moyennes, je ne parle pas de ceux qui pour des raisons diverses et variées seraient très éloignés de l'offre culturelle). Il n'empêche que, effectivement, ils ont cessé de fréquenter les temples ou ils les fréquentent moins. Même si, encore une fois, tout ça doit être nuancé puisque les files d'attente s'allongent devant les musées quand il y a des grandes expositions.

Mais il me semble quand même qu'en cinquante ans il y a quelque chose d'autre qui a changé, qui a été évoqué à travers certains de nos propos, même si je ne suis pas un partisan du parcours apocalyptique en matière culturelle ou philosophique : c'est le développement des pratiques amateurs.

Et c'est l'intérêt d'un nombre croissant de nos contemporains pour ce qu'on appelle le développement personnel. Allez dans une grande librairie et regardez. Vous avez : philosophie, religions, ésotérisme, développement personnel. Un orateur a fait tout à l'heure un lapsus que je trouve très intéressant entre « injonction » et « injection ».

Il y a une injonction à la singularité : « be yourself ! » Nous devons être quelqu'un. Moyennant quoi, nous sommes le pays le plus gros consommateur de psychotropes. Pour moi, la question de la démocratisation culturelle, c'est aussi, à condition de s'éloigner un instant du regard philanthropique et condescendant porté sur les exclus et de s'intéresser aux « gens de la moyenne » comme disait Colette Magny, la question de la culture aujourd'hui, la question du goût pour les pratiques amateurs, de la démocratisation culturelle, c'est aussi le malaise dans lequel est une certaine société du culte de la performance, de l'injonction d'être soi-même et donc de la nécessité, pour tenir le coup, d'avaler quelques pilules jaunes ou bleues. Je crois que ça répond aussi à votre question.

 

Question du public.

Est-ce qu'on ne peut pas se poser la question de la démocratisation de la culture sous un autre point de vue ? Est-ce que la notion de démocratisation de la culture ne peut pas être aussi une sorte d'alibi ou de bonne conscience pour dire qu'on déploie beaucoup de moyens sur une forme de culture qui est, ce que nous appelons, nous, « la » culture. Beaucoup de moyens, et que ces moyens dans une bonne République ne peuvent se justifier que s'ils s'adressent vraiment à tous ?

 

Jean- Claude Pompougnac

Merci de cette question. J'ai tout à l'heure rappelé que j'avais une fâcheuse tendance à enfoncer les portes ouvertes. C'est précisément le sens de la fondation du Ministère de la culture par André Malraux et de toute cette histoire. Plus on a augmenté les budgets de la culture, plus on a augmenté les moyens publics pour un service public de la culture, plus évidemment, l'obligation que ce service s'adresse au plus grand nombre est devenue forte. Mais le constat qu'on peut faire n'est pas tout-à-fait celui-là, d'où le débat que nous avons.

 

(...)

Jean-Claude Pompougnac

Je regrette encore une fois d'avoir pris la place de Pascal Ory. Il nous aurait sûrement rappelé qu'il y avait une vie avant Malraux, il nous aurait rappelé l'expérience du théâtre populaire de Jean Vilar, il nous aurait parlé du Front Populaire, de la Libération, du Comité National de la Résistance, enfin bref.

Bien entendu, je suis d'accord avec Alain Foix. Il y a une histoire beaucoup plus épaisse que celle à laquelle je me suis référé parce que je ne suis pas historien. Mais dans cette histoire, il se trouve que le monde du théâtre – je ne sais pas si tu seras d'accord - a une capacité à prendre une parole politique plus importante que dans d'autres disciplines artistiques et que ça pèse beaucoup sur l'histoire des politiques culturelles, qu'elles soient d'ailleurs nationales ou locales. Les gens de théâtre ont la prise de parole politique plus facile peut-être que d'autres artistes, d'autres disciplines et ça a beaucoup marqué l'histoire de ce Ministère. Peut-être beaucoup trop.

 

(...)

Jean-Claude Pompougnac

On parle aussi à l'Education nationale d'éducation artistique et culturelle comme si l'éducation n'était pas culturelle. Je suis enseignant de formation. J'ai toujours beaucoup souffert de cette idée que l'éducation pourrait n'être pas culturelle. Lorsqu'un prof de mathématiques, fou furieux comme moi de La Règle du jeu de Jean Renoir ou de La Nuit du chasseur, parle de ces films à ses élèves pendant un moment où il arrête de faire des mathématiques parce qu'après tout, quand on est prof, on a bien le droit de s'autoriser quelque liberté, il fait de l'action culturelle évidemment. Et peut-être avec une efficacité redoutable par rapport aux gens qui sont payés pour faire de l'action culturelle ailleurs.

 

 

Question du public.

 

On est, me semble-t-il, dans la problématique du rapport de l'art et du pouvoir. Tous les gens qui sont là sont directement liés aux moyens mis en place par le pouvoir, même si on les juge insuffisants. Je suis bien d'accord pour les juger insuffisants aussi. La question de l'avantMalraux, elle remonte aussi à l'histoire du rapport de l'art et du pouvoir.

Les moyens pour l'art, il y en a eu de tous temps, ils étaient plus ou moins importants. Il y a eu des périodes où ils étaient très importants.

Ce qui me frappe, c'est que finalement, l'idée de démocratisation de la culture, de la mise en relation de cet art officiel avec tout le peuple, elle est venue au même moment que se révélait aussi une expression culturelle, et même des expressions artistiques, ailleurs que du côté du pouvoir. Et qui se faisait en plus sans moyens, sans ces moyens financiers du pouvoir.

Si on se mettait à la place de ces artistes-là, les taggers, ceux qui font du hip-hop – on les évoquait ce matin -, est-ce qu'on ne pourrait pas aussi se poser la question de la démocratisation de leur culture ? Pourquoi est-ce qu'on n'arrive pas à reconnaître une espèce de culture ou d'art global, général, et pourquoi il y a toujours cette séparation entre un art qui n'est pas pratiqué du côté du pouvoir et puis l'art du pouvoir ?

Parce qu’on se pose la question de la démocratisation de la culture mais on n'intègre pas les cultures artistiques de ces populations-là.

 

Jean-Claude Pompougnac

Ce que je trouve extrêmement intéressant dans votre intervention, c'est comment la question des rapports de l'art et du pouvoir pourrait venir brouiller une réflexion politique beaucoup plus basique et beaucoup plus générale qui est de savoir si nos démocraties sont des démocraties.

C'est pour ça que dans les mots que j'aurais souhaité qu'on examine, j'avais mis le mot « contre-pouvoir ». C’est un mot qui est devenu obsolète. Je pense que ce n'est pas lié à la question artistique, c'est une question beaucoup plus générale de la démocratie. Que celle de savoir qu'en réalité, selon Jacques Rancière, nous vivons dans un système oligarchique et que la démocratie reste un horizon à conquérir par toutes sortes de moyens, y compris pourquoi pas, l'action artistique.

C'est pourquoi je me suis permis, puisqu'on m'avait demandé des références, de vous mettre un lien Internet vers un texte brésilien qui vient de Sao Paulo, qui s'appelle La Charte des responsabilités de l'artiste. Et vous verrez qu’il s'est trouvé là-bas plusieurs centaines d'artistes pour se réunir et écrire un texte dans lequel ils s'expriment sur leurs responsabilités civiques, de manière extrêmement intéressante. C'est pourquoi je citai également L'Agenda 21 pour la culture parce qu’il s'agit là d'un texte non hexagonal, extra-hexagonal, mondial, international, dans lequel la question que vous posez est également posée en terme de contrepouvoir.

 

 

Télécharger la version intégrale des Actes des Assises nationales et le Manifeste des Conservatoires de France (2009)


 

 

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  • Responsable du service de la recherche à la BPI (Centre Pompidou) puis conseiller au cabinet du Ministre de la culture (Jack Lang), j'ai dirigé ensuite la Délégation au développement et aux formations de ce même ministère. A l’issue d’une alternance politique, très élégamment remercié par Jacques Toubon arrivé rue de Valois je me suis vu offrir le poste de directeur de l'Institut français de Barcelone. Quatre ans après, le ministère des affaires étrangères a jugé mes compétences insuffisamment diplomatiques. En conséquence, à partir de 1999, j'ai dirigé la DRAC Centre à Orléans. Remercié par la Droite,. j'ai ensuite crée l'un des premiers EPCC, ARCADI en Île-de-France. Remercié par la Gauche je suis devenu  DAC de la ville de BONDY (93). Aujourd'hui consultant. Membre de l'Institut de coopération pour la culture et correspondant du Comité d'histoire du MCC où j'ai contribué à la conception de séminaires et de journées d'études.
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