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29 mars 2016 2 29 /03 /mars /2016 14:19

¤

Cette contribution commence à dater sérieusement.  Je la publie néanmoins telle quelle.


 


 


 

DE LA CULTURE COMME PRIVILEGE A LA CULTURE COMME DROIT

 

Jean-Claude POMPOUGNAC

Directeur de l’action culturelle de la ville de Bondy (93)

 

 

 

Le titre de mon intervention avait été initialement prévu pour un historien, un historien très compétent sur ces questions qu’est Pascal Ory. Pour avoir lu certains de ses travaux, j’imagine tout ce qu’il aurait pu vous apporter comme éléments d’éclairage sur l’histoire contemporaine et sur les différentes lignes de force historiques, politiques, culturelles et sociales qui ont conduit à la mise en place des politiques culturelles et du service public de la culture que nous connaissons. J’ai néanmoins gardé cet intitulé parce que j’ai réfléchi d’une autre manière à ces questions. Après moi, d’autres interventions viendront illustrer ce questionnement de fond de manière sans doute plus concrète.

En fait, je pratique un double exercice sur ces questions-là : à la fois enfoncer des portes ouvertes et tracer les lignes des nécessaires polémiques qui doivent exister dans une société démocratique. Cela peut paraître paradoxal mais, en fait, cela consiste à rappeler les choses que tout le monde sait en essayant de montrer en quoi elles peuvent être sujets de débats dont on peut s’inquiéter effectivement qu’ils n’aient pas eu lieu. J’expose en général ce qui relève plutôt de mes « TOQ », non pas mes « troubles obsessionnels du comportement », mais mes « troubles obsessionnels du questionnement », c’est-à-dire toujours un peu les mêmes questions.

 

Dans la plaquette présentant vos Assises vous rappelez à très juste titre que les conservatoires sont les héritiers de la Révolution française. C’est vrai aussi des musées, des biens nationaux et du patrimoine, de l’instruction publique : beaucoup de choses sont héritières de la Révolution française. Nous vivons dans un régime qui est marqué par l’inscription dans la Constitution de notre pays du droit à la culture et en même temps nous vivons dans un monde qui change, qui bouge, et où nous ne sommes pas les seuls à nous préoccuper du droit à la culture. L’une des difficultés premières, et là commence l’exercice qui consiste à enfoncer les portes ouvertes, porte sur l’acception même du mot culture. Bien entendu le mot culture a plusieurs acceptions possibles et en particulier une acception extrêmement large qui est la culture au sens anthropologique. La culture, prise dans son sens anthropologique le plus étendu, est ce tout complexe qui inclut la connaissance, la croyance, l’art, les choses morales, la loi, la coutume et toutes les autres aptitudes et habitudes acquises par l’homme en tant que membre de la société, comme le disait, sous une autre forme, Edgard Morin :

 

«Il est clair que nous avons un sens restreint et un sens ample du mot culture, le sens restreint c’est la culture cultivée, la culture des productions esthétiques, artistiques, intellectuelles, et le sens ample, qui est, en même temps, un sens très profond, c’est un sens anthropologique, c’est l’ensemble des normes, des comportements, des prescriptions, des tabous qui, en quelque sorte, ordonnent notre vivre dans une société donnée. Evidemment nous sommes ballotés entre ces deux sens et nous faisons sans cesse le va-et-vient, nous sautons d’un code à un autre de façon tout-à-fait inconsciente. » 1

 

Donc ma question, au fond, n’est pas tant directement celle du droit à la culture que celle du droit à dire la culture, du droit à parler de la culture, du droit à définir ce qu’est ou ce que doit être la culture.

Alors, porte ouverte encore, je pense que nous sommes une très grande majorité dans cette salle à avoir poursuivi des études au moins jusqu’au baccalauréat, donc à avoir suivi un enseignement de philosophie en classe terminale, et très probablement nous n’avons pas pu échapper à l’étude d’au moins un passage du Discours de la Méthode de René Descartes qui écrivait :

« Pour ce que nous avons tous été enfants avant que d’être hommes, et qu’il nous a fallu longtemps être gouvernés par nos appétits et nos précepteurs, qui étaient souvent contraires les uns aux autres, et qui, ni les uns et les autres, ne nous conseillaient peut-être pas toujours le meilleur, il est presque impossible que nos jugements soient si purs, ni si solides qu’ils auraient été, si nous avions eu l’usage entier de notre raison dès le point de notre naissance, et que nous n’eussions jamais été conduits que par elle. »

Le Discours de la Méthode, c’est l’éloge de la Raison, et cette étrange hypothèse, que finalement les choses auraient été beaucoup mieux ou seraient beaucoup mieux si nous n’avions jamais été enfants, si nous avions été d’emblée plongés dans le monde de la raison, m’a toujours fasciné.

Ce qui est intéressant, en tout cas pour moi, dans ce texte, c’est que cela nous renvoie bien entendu à la question de la définition anthropologique de la culture et à la question de la culture comme un fait massif qui nous précède.

Nous naissons enfants, dans un environnement et dans un monde culturel que je dirais planétaire, c’est-à-dire dans des civilisations différentes, dans des catégories sociales différentes, dans des classes sociales différentes, et ceci évidemment n’est pas sans importance sur la conception même de l’action et des politiques culturelles. Mais ce fantasme cartésien qui consiste à imaginer qu’au fond notre connaissance, notre raison, notre culture seraient bien plus fiables si nous n’avions pas été enfants correspond à ce qu’on appelle en psychologie l’amnésie infantile et correspond aussi en sociologie à ce qu’on peut appeler l’effacement des conditions d’accès à la culture, c’est-à-dire les différentes formes d’oubli, de gommage, de brouillage, de méconnaissance, de mystification sur les conditions qui nous permettent d’accéder à la culture. Quelques remarques encore sur ce sujet : je rappelle que, par exemple, dans ce livre majeur que sont Les Confessions de Jean-Jacques Rousseau, on peut lire cette phrase :

« Je n’ai jamais appris à lire, il me semble l’avoir toujours su. »

 

Pourtant Dieu sait si dans Les Confessions, Rousseau s’étend sur les moindres détails de son enfance ! Mais s’agissant de la clé d’accès première à la culture que peut constituer la lecture, il l’a oublié. Je ne résiste pas non plus au désir de citer un écrivain contemporain, Danielle Sallenave, grand défenseur de la culture générale de l’enseignement littéraire et de l’excellence artistique et culturelle, qui écrivait dans une chronique du Matin de Paris cette chose merveilleuse : « Nous avons toujours su lire, nous ne pouvons pas nous rappeler le temps où nous ne savions pas lire, notre enfance nous semble faite d’après-midi lents, de soirs tombant dans une salle de classe, de lampes coniques suspendues au-dessus de nos têtes dans la lumière desquelles toujours nous lisions. »

 

Ce qui se passe ici, en tout cas pour moi, quand je lis ce genre de texte, est lié à la question du droit à la culture et à la question de ce que vont être ensuite la définition des politiques culturelles, la définition des stratégies liées à ces politiques culturelles, la définition des institutions culturelles. Ce qui se dit ici consiste à tracer une frontière entre « nous » et « eux ». Quand Rousseau dit « je n’ai jamais appris à lire, il me semble avoir toujours su », cela ne m’atteint pas, il dit « je » ; lorsque Danielle Sallenave dit « nous avons toujours su lire » là, ça coince parce que bien entendu je ne me reconnais pas dans ce « nous » et un certain nombre de gens ne peuvent pas se reconnaître dans ce « nous ». On est là donc dans une manière de parler de la culture qui va tracer une frontière plus ou moins reconnue, plus ou moins inconsciente, plus ou moins mystifiante entre un « eux » et un « nous ».

 

Dans notre pays, l’exercice du droit à la culture est lié depuis au moins 1959 à la création d’un Ministère des affaires culturelles. Je lis le décret signé de la main d’André Malraux, il y a cinquante ans (mais c’est toujours le même décret d’attribution des compétences du Ministre de la Culture) : « Le Ministère chargé des affaires culturelles a pour mission de rendre accessibles les œuvres capitales de l’humanité et d’abord de la France au plus grand nombre possible de Français, d’assurer la plus vaste audience à notre patrimoine culturel et de favoriser la création des œuvres de l’art et de l’esprit qui l’enrichissent. »

C’est donc il y a cinquante ans que le droit à la culture dans ce pays se traduit par la création d’une instance politique, le Ministère des Affaires culturelles, dont les missions sont brièvement rappelées dans le texte que je viens de lire, et qui va reprendre à son compte les institutions antérieures puisque les conservatoires, les musées et beaucoup d’autres institutions culturelles existaient fort heureusement avant le Général de Gaulle et avant André Malraux. Mais disons qu’avec la Vème République, nous entrons non seulement dans une forme de Constitution mais aussi de modernité économique - ce qu’on a appelé les Trente Glorieuses - puis de modernité artistique, culturelle, etc., qui sont marquées par cette création. La légitimation que donne André Malraux à l’existence d’un Ministère chargé des Affaires culturelles et donc à l’existence politique d’institutions culturelles consiste à couper le cordon ombilical entre ce qu’il appelle la culture et l’enseignement. L’idée a été de découpler les activités conduites en direction de l’enfance, de la jeunesse, voire des adultes - sous la forme de l’éducation permanente et d’éducation populaire - des actions de ce qui va s’appeler l’Action culturelle, les Affaires culturelles, et les institutions culturelles. Je ne cite pas les textes de Malraux, ils sont connus. Au fond, depuis ce moment-là nous entendons le même disque rayé, celui de la « démocratisation culturelle ». Puisqu’il existe un « nous » politique, institutionnel et peut-être même artistique qui s’autorise à se distinguer d’un « eux », la question c’est de faire en sorte que ces « eux », ces gens-là, puissent accéder à cette culture dont « nous » sommes dépositaires. Je dis le disque rayé de la démocratisation de la culture parce que cela fait cinquante ans que ça dure, que depuis les années 70 nous faisons un certain nombre de constats de nature sociale, sociologique, politique qui montrent que, malgré le remarquable travail déployé par les acteurs de l’action culturelle, les résultats restent relativement limités. Nous avons vu récemment dans la lettre de mission de Monsieur le Président de la République à Madame la Ministre de la culture affirmer très clairement, qu’elle devait reprendre cette ambition de démocratisation culturelle qui jusqu’à présent avait été marquée par un échec cuisant. Autrement dit, tout ce qui avait précédé ce nouveau passage de l’ombre à la lumière qu’est l’accession au pouvoir de Nicolas Sarkozy, non seulement signifie qu’il ne s’est rien passé mais en plus signifie qu’on remet le même disque sur la platine. Et si c’était un disque trop usé ? Si c’était un logiciel qui ne fonctionnait plus ?

 

Encore une remarque avant de conclure. Cette remarque vous concerne directement en tant que professionnels de l’action culturelle : les constats statistiques dont on nous rebat les oreilles suggèrent que l’investissement culturel, les budgets, les créations d’institutions, d’équipements, de postes, etc. ne bénéficient qu’à une petite fraction de nos concitoyens : c’est là-dessus que se fonde en général la critique des politiques culturelles et en particulier le récent rappel à l’ordre de la Ministre de la culture. Ces statistiques sont fondées sur des outils de mesure qui ne mesurent que ce qu’ils mesurent comme tout outil de mesure !

 

Je voudrais citer pour alimenter la polémique ce qu’écrit Olivier Donnat, qui est le grand responsable des études du Département des études et de la prospective, sur les pratiques culturelles des Français. Ces études sont réalisées à peu près tous les cinq ans et donnent, à peu près tous les cinq ans, le même constat qui pourrait sembler désespérant. Dans un commentaire critique de ses propres travaux, Olivier Donnat dit ceci :

« Ces études sont capables de rendre compte des activités culturelles d’un pays tout entier, mais elles sont trop « frustes » pour entrer dans le détail et restituer les évolutions culturelles des univers culturels trop restreints ou des disparités régionales. […] Tout ce qui est réaction prometteuse, brèche à travers les inerties et les innovations porteuses d’avenir, et qui est peut-être le plus important pour imaginer les politiques de culture, s’écoule sans laisser de trace à travers les grosses mailles de ce type d’enquête. […] Si telle ville de banlieue a pu former cent cinquante musiciens professionnels en quinze ans dans son conservatoire grâce aux subventions publiques, rien n’apparaît dans nos résultats, pas plus que les cinquante ouvriers qui sont devenus clients réguliers de la bibliothèque municipale. […] Ces cent cinquante musiciens nouveaux issus d’origine modeste, ces 50 ouvriers devenus lecteurs sont pourtant des témoins importants par rapport à ce que peut faire une politique de démocratisation culturelle. »


 

Autrement dit, il y a un niveau de débat public, général, et puis il y a le niveau des actions que vous connaissez mieux que moi puisque c’est vous qui les conduisez. Il y a une espèce de drame dans la disparité entre ce niveau de manipulation des grandes masses de chiffres, des grands discours ou des grandes intentions, et le niveau des réalisations qu’on peut observer : ceci oblige effectivement à un débat. Est-ce seulement un débat entre les politiques et les acteurs, est-ce seulement un débat entre les décideurs et les professionnels au titre desquels évidemment les artistes, est-ce que ce débat public culturel doit se limiter à ce qu’il est actuellement ? Que dire de la polémique, souvent passionnante d’ailleurs, entre des professionnels qui s’irritent de voir l’Etat se désengager de ses responsabilités et qui constatent que les élus locaux ne prennent pas suffisamment le relais ? Que dire de l’émoi des acteurs du spectacle vivant devant les conditions de plus en plus difficiles de l’exercice de leurs professions ? Dans quelle mesure un tel débat doit-il concerner aussi l’ensemble des citoyens ?

Certes, nous sommes les héritiers de la Révolution Française, certes le droit à la culture est inscrit dans notre Constitution, certes nous avons depuis cinquante ans un Ministère chargé des Affaires culturelles qui se préoccupe de démocratiser la culture, mais nous vivons dans un monde où d’autres approches sont possibles, et je voudrais simplement dire pour conclure que, tout d’abord la France est signataire de la déclaration de l’Unesco sur la diversité culturelle, texte qui propose une autre entrée dans la définition de la démocratisation de la culture que l’entrée franco-française. Ce texte a le mérite de rappeler précisément que tout part de la définition anthropologique de la culture, car la diversité culturelle, c’est d’abord la diversité des cultures entendues au sens large, c’est-à-dire des milieux dans lesquels naissent les enfants dans les cultures qui les précèdent. Puis qu’un certain nombre de cités, de gouvernements locaux, de collectivités territoriales un peu partout dans le monde - il y en a un certain nombre en France - ont signé un texte qui s’appelle l’Agenda 21 pour la culture, qui est un texte dans lequel ces gouvernements locaux et ces cités locales s’engagent à inviter les citoyens à participer à l’élaboration, au suivi et l’évaluation des politiques publiques de la culture.

 

Je vous remercie de votre attention.


Télécharger, ci-dessous,le texte de l'intervention au format .pdf

1

  

 

Télécharger la contribution.

.../...

A suivre : le débat avec le public.

.../...

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°

Ce que le contemporain fait à la culture #1

 

Ce que le contemporain fait à la culture # 2

 
 
Culture, politique, temps présent : le principe d'incertitude.

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21 mars 2016 1 21 /03 /mars /2016 09:19
Création sociale et innovations culturelles #9

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Le printemps revient ?

 

Nouvelles ressources dans la rubrique Création sociale et innovations culturelles.

 


 

 

Utopies concrètes.

 

Comment décrire cet ovni du net ? A la fois manifeste, annuaire, cartographie, lieu de mise en relation, de débat et de réflexion, le site internet utopies-concretes.org est un espace de liberté en ligne autogéré.

Grâce aux outils de l’immatériel internet, les inventeurs de cette plate-forme cherchent à donner corps au phénomène des alternatives à travers quatre formats. D’abord des textes« pour composer d’autres manières de voir le monde ». Ensuite une carte, qui recense plus de 3.000 lieux en France et en Europe. Puis un réseau, qui dessine les connexions entre des milliers de sites internets de la galaxie alternative. Enfin des liens, pour nous inviter à aller voir ailleurs.

« Le but est de créer un portail, de donner une vue d’ensemble de tous ces mouvements », explique Pierre, l’un de ceux qui a eu l’idée de lancer ce site.

Le site est en constante évolution, reflétant le bouillonnement permanent des alternatives : pour chacune, une série de liens vers les articles et sites internet qui la concernent est régulièrement actualisée, constituant une sorte de journal de bord.

L’outil permet aussi aussi d’amorcer une analyse. Par exemple, le « réseau » permet de visualiser les sites internet ayant le plus de liens entre eux. Se distinguent ainsi un groupe des médias alternatifs, un autre traitant du « retour à la terre », un troisième qui rassemble le mouvement zadiste, ou encore un quatrième dessinant une galaxie des technophiles du web libre (Framasoft ou la Quadrature du net par exemple). « Mais attention, il faut affiner et prendre ces premiers résultats avec des pincettes », prévient Pierre.

Cela permet en tout cas de réaliser « qu’on est tous un peu dans la bulle de notre réseau, et que finalement on se croise peu », avance-t-il. Et ce premier point de convergence dans le monde virtuel pourrait, qui sait, en amorcer de nouveaux sur notre planète réelle.

©© Marie Astier Reporterre, le quotidien de l'écologie.


utopies-concretes.org


 

Expériences des territoires sur Mairie-Conseils.

 

"Scènes de bistrots" pour développer l'animation culturelle en milieu rural (Paca)

 

La régie culturelle régionale, opérateur de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, a lancé "Scènes de bistrots" avec la Fédération nationale des bistrots de pays. L’opération consiste à programmer 20 dates de spectacles par an dans des communes de moins de 2.000 habitants. Elle sera reconduite en 2015, après l’année test de 2013 et la réussite de 2014.

La région Provence-Alpes-Côte d’Azur, (4,8 millions d’habitants, 6 départements) se targue d’une vie culturelle intense dans le sud de l’axe rhodanien et sur la côte méditerranéenne. En revanche l’arrière-pays et les territoires alpins, zones moins densément peuplées, sont éloignées des grands événements. "L’une des missions de la régie culturelle régionale consiste justement à faire circuler des spectacles hors des grands pôles urbains", explique la chargée de mission à la régie culturelle régionale, Juliette Streitwieser.

 

LIRE LA SUITE

 

 

Des expériences comme celle là, il y en a plein sur le site Mairies-Conseils, dans la rubrique Culture-Loisirs-Education

 

 

 

 

Voir aussi Bouquet d'expériences sur TIC, bibliothèques et médiathèques

 

 

 

 

 

 
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Published by J.C. POmpougnac Jean-Claude Pompougnac - dans Actualité Ressources
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22 février 2016 1 22 /02 /février /2016 10:49

Certains lecteurs de ce blog ses sont interrogés sur ce passage d’une récente note intitulée Culture et politique un moment historique ? :

 

Laissons, de côté les pseudo-révélations d'un site complotiste selon lequel et cet appel et la « saisie de la balle au bond » par la ministre n'ont rien d'un événement imprévu mais relèvent plutôt d'un habile coup de théâtre préparé de longue main avec l'aide d'un vieux routier du milieu dont les responsabilités longtemps exercées ont permis de connaître bon nombre des 20 du Groupe et de leur suggérer cette sorte de « fédération ». Le ministère aurait en sous-main suivi l’affaire, le cabinet de Fleur Pellerin allant jusqu'à appeler au téléphone les intervenants de ces biens nommées Biennales du spectacle pour connaître la teneur de leurs prises des parole.


 

 

Le sommaire de le récente Lettre d'information « Culture » du groupe Territorial (N°454 - 01/02/2016) les éclairera peut-être : 

 

Le discours de Fleur Pellerin aux BIS sur « l'urgence de l'essentiel »...

 

L'Appel de Nantes initié par Fabien Janelle : 20 associations professionnelles du spectacle vivant se rassemblent pour porter une parole commune.

(…)

Pour en finir avec cet événement auquel je n'ai malheureusement pas assisté, je renvoie à Bruno Caillet pour son remarquable compte-rendu sur le site artishoc.

 

Extraits :

Deux jours au BIS, Salon nantais dédié aux professionnels du spectacle vivant, c’est généralement dur pour les jambes. Cette année, l’ambiance était aussi douloureuse pour le moral.

Lors des échanges publics, un sévère constat de crise partagé par les professionnels. Crise des publics, crise dans les relations avec les tutelles, crise amplifiée par le numérique.
Dans les travées du Salon, les marchands dénoncés à l’étage sont rois. Des innovations techniques sont présentées. Certaines visent désormais « une économie de l’attention » et s’inscrivent à l’inverse d’une politique culturelle plurielle. 
Contre cette crise, de premières alternatives émergent, celle de la ministre annonçant des assises pour la culture dans tous les territoires et celle de « l’appel de Nantes ».

(…)

L’appel de Nantes et les annonces de la ministre.

En ouvrant, « des assises de la culture, dans tous les territoires », la ministre a rebondi sur l’appel de Nantes cosigné par l’ensemble des associations d’institutions et de compagnies françaises, se refusant à : « laisser les marchands s’emparer du secteur culturel ».

Nous pourrions sourire à cet énième appel au changement si le constat n’était pas si grave et si les dites institutions ne proposaient pas dans cet appel de « ré-interroger le sens de leurs missions (…) de réfléchir sans corporatisme, sans posture, dans le sens de l’intérêt général». De manière transversale et ouverte, l’appel est fait à « promouvoir des formes nouvelles et collaboratives ». La démarche ne peut donc être qu’encouragée.

Acte manqué de ce qui allait se dire ces deux jours durant, artishoc, la plate-forme coopérative d’acteurs culturels sur internet, a proposé #EmotionPublic. Préparant l’entre-deux tours des prochaines présidentielles, cette plate-forme démarre la collecte de témoignages de femmes et d’hommes pour qui un spectacle a changé quelque chose dans leur vie. Aux statistiques, démonstrations et revendications d’acteurs culturels qui accompagneront la présence probable du FN au second tour, #EmotionPublic propose en lien l’expérience pour la nécessaire sauvegarde d’une culture plurielle. A sa façon,#EmotionPublic se propose de «remettre l’humanité et le sensible au Coeur du débat public ».

© Bruno Caillet
artishoc.com

Accéder à l’intégralité de l’article.

 

En contrepoint de l’appel du Groupe des 20, cité plus haut, je rappelle le manifeste qui souhaite faire bouger les lignes, déjà cité ici, je crois, On est un certain nombre et qui commence ainsi :

 

Nous mettons en œuvre des projets artistiques ancrés dans la vie de nos territoires. Nous les élaborons avec des artistes en y associant une grande diversité de partenaires institutionnels, d’acteurs associatifs et militants, d’habitants. Ceux et celles à qui nous nous adressons portent et font le sens de ces projets, parce qu’ils en sont avec nous les acteurs

Je me suis livré à l’exercice qui consiste à transformer leurs convictions et engagements d’acteurs artistiques et culturels en principes d’action pour les puissances publiques (en italique, leur manifeste, en gras : les engagements souhaitables, à mon sens, des acteurs publics).

Ça donne à peu près ceci.

Nous mettons en œuvre des projets artistiques ancrés dans la vie de nos territoires. Nous les élaborons avec des artistes en y associant une grande diversité de partenaires institutionnels, d’acteurs associatifs et militants, d’habitants. Ceux et celles à qui nous nous adressons portent et font le sens de ces projets, parce qu’ils en sont avec nous les acteurs. La dimension de ces projets dépasse l’expérience esthétique du spectateur et l’expérience artistique de l’amateur.

Privilégier dans le cahier des charges des institutions, les délégations de service public ou dans les appels à projets, les démarches capables de faire bouger les lignes de partage entre l’expérience esthétique du spectateur et l’expérience artistique de l’amateur.

(...)

Le monde culturel doit s’emparer de ces questions (développement soutenable, aspiration à une participation plus active des citoyens à la vie et aux décisions publiques, urgence d’agir contre la persistance et le renforcement des inégalités, maintien du lien entre les générations, devenir des territoires délaissés.) pour en faire des aires de création, de réflexion, de confrontation et de partage de pratiques artistiques et démocratiques.

Susciter, identifier, soutenir les lieux, groupes et projets capables de construire des aires de création, de réflexion, de confrontation et de partage de pratiques artistiques et démocratiques.

Cette démarche conduit à modifier les logiques de production, de diffusion et de médiation trop souvent dissociées. Les notions d’œuvre et d’action culturelle s’en trouvent bousculées et repensées. L’exigence artistique se conjugue avec l’exigence relationnelle. Le faire ensemble devient la condition du vivre ensemble.

Réviser les règlements d'intervention de la collectivité à partir d'un diagnostic éclairé des logiques économiques de la production de biens symboliques en traitant conjointement les logiques de production, de diffusion et de médiation, le soutien à la création et à l’action culturelle, l’exigence artistique et l’exigence relationnelle.

Présence artistique durable sur un territoire, développement culturel en milieu rural et urbain, actions hors les murs, créations partagées, hybridation des problématiques artistiques et sociétales, éducation artistique et culturelle, toutes ces propositions doivent sortir de leur statut expérimental et cesser d’être cantonnées au volet social d’une programmation dans un système culturel qui resterait inchangé dans sa hiérarchie et ses priorités.

Refonder l'action publique en rompant résolument avec la relégation au second plan des « volets » territoriaux, sociaux, éducatifs d’une programmation dans un système culturel qui resterait inchangé dans sa hiérarchie et ses priorités.

(…)

Mettons ces questions au cœur de la réflexion sur les politiques culturelles de demain. Inventons des espaces de mutualisation d’expériences similaires. Incitons les partenaires publics à prendre en considération ces mutations, à légitimer ces démarches, à réfléchir avec nous aux nouveaux indicateurs de développement, de bilan et d’évaluation qui pourraient être inventés à partir de ces expériences.

Le partage des cultures, des arts et du sens est à ce prix.

 

Annexe.

Sur la scène du Grand auditorium de la Cité des Congrès de Nantes, Jean Louis Bonnin, consultant, ancien directeur de la culture de la ville de Nantes et ancien directeur de scène nationale, partage ses idées et ses visions innovantes aux BIS 2016.

C'est ici.

 

 

 
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12 février 2016 5 12 /02 /février /2016 10:49
Pratiques culturelles : rock' n'roll à La Courneuve.

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Good bye Lenine, Pif gadget et Georges Marchais.

 

Au lendemain de la seconde guerre mondiale, le positionnement franco- et soviéto-centré du PCF l’amène à s’opposer à l’importation d’objets culturels américains comme le Coca-Cola ou la bande-dessinée. Également d’origine américaine, le rock’n’roll ne subira pas le même traitement. Dès 1963, le bureau politique du Parti crée un magazine pour jeunes qui se veut le pendant communiste de Salut Les Copains et qui traite donc des chanteurs yé-yé. Cette même année, le groupe français de rock’n’roll Les Chaussettes Noires se produit à la Fête de l’Humanité. À partir de 1970, des groupes anglais (Pink Floyd, Who) ou américains (Chuck Berry, Jerry Lee Lewis) y jouent également. À travers des articles du journal L’Humanité, il s’agira d’étudier les usages du rock et de la pop music par le PCF à l’occasion des concerts organisés à la Fête de L’Humanité de 1970 à 1973. La présence du rock à une manifestation communiste relève d’une stratégie politico-culturelle du Parti et les journalistes de L’Humanité travaillent à concilier l’origine américaine du rock et leur anti-américanisme. L’article donnera l’occasion de poser la question des enjeux politiques et nationaux des circulations culturelles.

 

Résumé de l'article Coco & rock à la Fête de l’Humanité 
Usage politique de la musique rock et pop

 

Matthias Glenn, « Coco & rock à la Fête de l’Humanité. Usage politique de la musique rock et pop »

dans Musique, Pouvoirs, Politiques, Philippe Gonin et Philippe Poirrier [dir.], Territoires contemporains - nouvelle série [en ligne], 05 février 2016, n°  6, disponible sur : http://tristan.u-bourgogne.fr/CGC/prodscientifique/TC.html.
Auteur : Matthias Glenn.
Droits : © Tous droits réservés - Ce texte ne doit pas être reproduit (sauf pour usage strictement privé), traduit ou diffusé. Le principe de la courte citation doit être respecté. 
ISSN : 1961-9944

 

 

Voir le sommaire complet de ce numéro

 

dont ;

 

La musique et l’aménagement culturel de la métropole parisienne : entre démocratisation et compétitivité des territoires
Camille Rouchi (Université Paris 1-Panthéon-Sorbonne)

 

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11 février 2016 4 11 /02 /février /2016 09:30

Advienne que pourra, je creuse mon sillon.

 

Dans mes précédentes notes, suite au "moment historique" qui s’est produit le 20 janvier dernier à Nantes, je me suis posé la question : de quoi, au juste, sommes-nous contemporains ?,  en m’appuyant largement sur l’ouvrage de Pierre Dumayet Autobiographie d’un lecteur.

 

Continuons donc le questionnement qu’il proposait :

"À quelle époque commence pour vous le film dans lequel nous vivons aujourd'hui ? Quand est-ce que ça commence, le contemporain ? Même si on ne sait pas décrire toutes ses caractéristiques, toutes ses richesses, toutes ses diversités, on peut essayer de fixer des repères". 

Ou, pour le demander en d'autres termes : C'est quoi l'esprit du temps ? 

Extraordinaire dialogue entre lui, Dumayet, le grand médiateur d'une l'époque où la télévision était enconte un instrument d'émancipation culturelle, et Edgar Morin (en jeune premier, cuir, lunettes sombres, look à la Jean-Pierre Melville) : les prémices - nous sommes en 1962 !!! - d’une analyse des rapports complexes entre la "démocratisation culturelle"; les "industries culturelles" et les pratiques induites par cette "culture de masse" qui continue de caractériser le temps présent.

Bonne rétrospective.

Et, promis, sans tarder, je reviens sur la question des pratiques culturelles de nos contemporains ?

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4 février 2016 4 04 /02 /février /2016 09:30

 

Rappel de la note précédente

De quoi sommes-nous contemporains ?

Je vous propose d'ouvrir ces réflexions du pont de vue du lecteur ordinaire.  Le lecteur ordinaire est d'ailleurs un personnage du monde contemporain, dont on peut dater l'émergence grâce à un certain nombre de travaux importants sur l'histoire de la lecture.

(...)

Pierre Dumayet :

« À quelle époque commence pour vous le film dans lequel nous vivons aujourd'hui ? Quand est-ce que ça commence, le contemporain ? Même si on ne sait pas décrire toutes ses caractéristiques, toutes ses richesses, toutes ses diversités, on peut essayer de fixer des repères. ».

(…)

Marx et Engels :

« La bourgeoisie a noyé les frissons sacrés de l'extase religieuse dans les eaux glacées du calcul égoïste. » 

(...)

Stendhal dans Le Rouge et le noir :

« Au séminaire, il est une manière de manger son œuf à la coque qui traduit des progrès faits dans la vie dévote ».

(…)

- La suite-

 

Donc à quelle époque commence le contemporain, comment peut-on essayer de le déterminer ? Vous voyez bien que Pierre Dumayet nous conduit à admettre ou bien que Jeanne d'Arc est notre contemporaine, ou bien que nous pouvons avoir une certaine lecture de Jeanne d'Arc qui se situe dans un espace chronologique. La chronologie du lecteur ordinaire est une chronologie floue, ce qui complexifie la notion de contemporain. Je voudrais d'ailleurs objecter à Pierre Dumayet que ces scansions du contemporain peuvent être discutées.

Il y a par exemple une phrase d'un roman, beaucoup plus récent que Jeanne d'Arc, que je situe avant le commencement du film auquel dont nous serions contemporains. Il s'agit de Du sang, de la volupté, de la mort de Maurice Barrès, dans lequel le narrateur écrit à propos de sa bien aimée :

"Je pouvais dire le soir au lit, d'après ses ardeurs, si elle avait communié le matin."

 

Je suis là projeté dans un monde passé dont j'ignore tout, que je ne connais pas, aussi lointain que ces frissons sacrés de l'extase religieuse qui ont été depuis longtemps noyés par la bourgeoisie ! Pourtant le texte est chronologiquement beaucoup plus proche de nous que le procès de Jeanne d'Arc...

Apprendre à interroger les rapports entre la fiction, la théorie et le contemporain, amène à une posture qui n'est ni celle des critiques, ni celle des avant-gardes esthétiques ou philosophiques, qui peut introduire la confusion des genres et brouiller les repères chronologiques. Dumayet note quelque part, et cela ressemble un peu à ce que disait Jean-Paul Sartre dans Les Mots, qu'il peut passer dans ses lectures d'Hamlet au Sapeur Camembert, du moment qu'il ne l'écrit pas. Ce qui est intéressant, c'est qu'il ne peut pas ignorer que Sartre l'a écrit et qu'il a fait son autoportrait, non pas de lecteur ordinaire, mais de philosophe, en racontant son accès à la lecture et ses allers et retours entre Heidegger et la Série noire.

Je ne voudrais pas oublier les préoccupations des associations comme le CRL et les implications pratiques de ce discours théorique. On invite des auteurs vivants à rencontrer les lecteurs, jeunes ou non. L'auteur a un corps, il existe, il est notre contemporain. Dumayet qui a longtemps pratiqué l'exercice d'interroger les écrivains, écrit ceci :

« Peu à peu s'installe l'envie d'interroger les textes, plutôt que les auteurs. Cette envie est assez normale puisque tous les écrivains que j'ai relus, ces dix dernières années, sont morts. Bien sûr, je lis souvent des livres écrits par des vivants. Nous avons des amis qui écrivent, d'autres qui peignent ou sculptent. Nous aimons les lire ou aller voir leurs œuvres. Cela fait partie de la vie. Mais la tentation de relire Flaubert, Proust ou Kafka fait aussi partie de la vie. D'autant qu'il peut être possible d'interroger une phrase écrite par l'un de ces trois-là, alors qu'il peut être impossible de questionner une phrase écrite par un contemporain. Et pourquoi donc ? Tout simplement parce que nous ne savons rien de l'écriture cachée de nos contemporains.  Nous ne connaissons pas — et c'est une bonne chose — leur correspondance. Nous ne savons pas (toujours) ce qu'ils pensent de ceci ou de cela. Et c'est très bien. Tandis que "les écrits" de Flaubert, Proust ou Kafka sont presque tous édités. Je sais bien que l'expression "les écrits" est fautive, mais elle a une vertu : elle met dans le même sac l'encre et le crayon, le roman et le billet. Quand on interroge un texte, ce n'est jamais lui qui répond. S'il y a une réponse, c'est un autre texte qui la donne. (...) Interroger un texte, c'est finalement, pour moi, formuler une question que je n'aurais pas pu poser à l'auteur, si j'avais été son contemporain. »

 

Au-delà de la posture un peu anarchique et libertaire du lecteur ordinaire, celui que Michel de Certeau décrivait comme un braconnier, celui qu'Alain désignait comme un animal mal apprivoisé, (je suis du reste très frappé, au-delà des différences fondamentales des systèmes de référence des deux auteurs, de la proximité des images utilisées !), nous constatons donc cette capacité du lecteur ordinaire à transgresser l'ordre chronologique, à faire résonner les textes ensemble. Cela nous conduit à une réflexion plus profonde sur la place de la formation à la lecture dans notre culture. Je pense que c'est une très bonne chose de faire en sorte que les collégiens et les lycéens rencontrent les écrivains en chair et en os. Mais il ne faudrait pas oublier ce que c'est que d'interroger un texte, ce que c'est que de lire et relire un même texte, — de le lire le jeudi parce qu'on l'avait lu un mardi, le mauvais jour ! — ou d'interroger le texte de fiction à partir de la correspondance.

Voilà donc ce que je pouvais dire sur la question du contemporain, il doit sûrement y avoir un moyen de déterminer un tant soit peu un certain nombre de points communs qui définiraient la contemporanéité de la philosophie et du roman contemporains. Il y a peut-être encore des avant-gardes qui seraient en mesure de montrer à partir de la décrépitude du monde qui s'écroule, lesquelles sont portées d'avenir, mais j'ai choisi un angle modeste, car je reste persuadé que cette posture est intenable. Dévoilons les cartes, il n'y a plus de critique littéraire, plus d'avant-garde, et s’il y a quelque chose de radicalement nouveau dans le contemporain, c'est précisément cet écroulement, cet effacement d'un certain nombre de repères qui ont fonctionné dans la République des lettres. Quand j'ai évoqué tout à l'heure le critique littéraire, c'était dans le but de faire référence à un texte très important à mon sens, de Marcel Gauchet publié en deux livraisons dans la revue Le Débat, qui s'intitule Essai de psychologie contemporaine, dans lequel il essaye de décrire ce qu'il appelle l'individu ultra contemporain, c'est-à-dire cette évolution entre l'individu démocratique et l'individu ultra contemporain. Sa thèse est que cette évolution modifie la façon dont nous avons pu penser l'inconscient psychique depuis Freud. Aujourd'hui le rapport de l'individu à son inconscient, le type de maladie psychique ou de trouble qu'il peut vivre est profondément modifié par la reconfiguration totale des rapports entre l'individu et le social.

« Dans une culture de tradition, le lien de société n'est pas posé comme ce qui découle de l'action des individus, il est posé au contraire, comme un modèle qui les précède radicalement. Nous sommes des héritiers, nous arrivons dans un monde tout constitué, qui comporte non seulement d'insurpassables canons du point de vue de la pensée et de l'art, mais qui s'ordonne autour de formes préréglées de coexistence avec les autres. »

Or toute l'évolution des sociétés individualistes aboutit à effacer, à découpler chaque jour un peu plus, cette relation entre l'inscription du social en nous et nous comme individus.

 « Ce qui est en cause, écrit Marcel Gauchet, c'est l'inscription psychique de la précédence du social ; l'inscription psychique de l'être en société qui permet à chacun de raisonner du point de vue de l'ensemble. »

 

Dans la société traditionnelle il y a des formes d'éducation, qui sont des formes de socialisation qui au cours de la petite enfance, dans la sphère familiale ou dans l'institution scolaire, inscrivent psychiquement le social dans l'individu. Il faut relire Durkheim, c'est écrit en toutes lettres. D'après Marcel Gauchet, les familles ne socialisent plus, le système éducatif, par conséquent, devient ingérable, car les pré-requis du fonctionnement de l'institution éducative réclament que les familles aient socialisé auparavant, et l’on arrive à ce nouveau type d'individus.

Il donne un exemple, celui de la critique de livre, qui dit-il par deux fois, n'est pas un exemple anecdotique. Ce n'est pas non plus anecdotique que je reprenne aujourd'hui cet exemple, car c'est dans la République des Lettres que s'est forgé le modèle de l'espace public :

« Critiquer un livre ne se résume pas à donner un avis personnel et particulier poursuit Marcel Gauchet. Critiquer un livre, c'est rendre lisible la place de ce livre au sein d'un ensemble ou d'un mouvement, c'est reconstituer ce en regard de quoi ce livre compte ou ne compte pas, c'est se situer du point de vue d'un lecteur idéal. »

C'est grâce à ce travail d'objectivation que peut s'instituer la chose publique comme un espace cognitif commun aux individus dans une même société. Et Marcel Gauchet ajoute que cette critique est en train de disparaître. On revient au point de vue particulier qui ne vise plus à une généralité, ou plus exactement, il dit ceci :

« Le combat entre l'esprit d'impartialité et l'esprit partisan a toujours existé. Mais il y avait combat. Opposition entre un idéal et les manquements à cet idéal. C'est cette opposition même qui se brouille aujourd'hui au profit non pas de la partialité, mais d'une particularité qui s'ignore, particularité de l'auteur qui ne fait que répondre aux particularismes du lecteur renfermé dans le cercle de ses intérêts. »

Cet exemple de la critique littéraire est donc pris par Marcel Gauchet pour signifier ce qu'il entend par le terme contemporain, par la place de l'individu contemporain dans la configuration sociale contemporaine. On peut faire un parallèle avec la corruption des hommes politiques :

« c'est le même mécanisme. Quand on cesse de voir les choses d'un point de vue public, on ne fait plus la distinction entre les intérêts privés et les intérêts publics, et l'on pense naïvement et en toute bonne conscience, qu'agir pour ses propres intérêts est la même chose qu'agir pour l'intérêt général ».

J'en aurai donc terminé, si j'ajoute que cette même démonstration de Marcel Gauchet qui diagnostique la ruine de la critique littéraire, diagnostique également celle des avant-gardes esthétiques ; dans la même logique... Parce que la date d'apparition de l'inconscient est la même que l'apparition, la structuration des religions sécularisées. La bourgeoisie a noyé les frissons sacrés de l'extase religieuse dans les eaux glacées du calcul égoïste, mais Lénine, Staline et les autres vont fabriquer une religion séculière, la croyance dans les lendemains qui chantent, un monde meilleur, la victoire du prolétariat, etc. Et c'est au même moment que se redéfinissent l'esthétique et les pouvoirs de l'art, ainsi que la capacité de l'art à nous proposer, parallèlement aux utopies politiques, une autre vision des choses, le dévoilement du monde.

Il y a une configuration relativement stable, je parle toujours selon Marcel Gauchet : l'apparition de la notion d'inconscience (c'est Freud), la possibilité d'une foi sécularisée (c'est Marx), la nouvelle définition d'un art autonome de tout canon, de toute fonction, l'art pour l'art. Une opération émancipatrice, prométhéenne, qui va nous dévoiler, un peu à la manière des utopies politiques, la vérité de notre vie, le sens du monde, etc. Selon Marcel Gauchet, cette configuration stable s'écroule avec un symptôme majeur selon lui, qui est l'effondrement des religions séculières, la fin des utopies, la fin des grands récits et en même temps, la dissolution des avant-gardes esthétiques. L'avenir ne peut plus faire l'objet d'une foi, il a un statut d'inconnu :

 « dissolvant pour la croyance écrit Marcel Gauchet, il décourage l'utopie en la frappant de vacuité et la route du salut terrestre est coupée ».

De la même manière, la religiosité séculaire de l'art, la foi dans les pouvoirs transcendants de la connaissance ou de la création artistique est en train de s'épuiser, de se dissoudre...

Il faudrait, bien entendu, ajouter à ce panorama, le phénomène du marché, cela va de soi.

Je vais terminer par des notations d'un lecteur ordinaire. Qu'a-t-on pu observer ces dernières années ? Entre le rayon philosophie et le rayon littérature, nous avons assisté à l'expansion d'un rayon situé entre les deux : ni philosophie, ni religion, ni littérature, ni fiction, ni recherche de la vérité ; c'est Paolo Coelho, c'est la spiritualité, le new âge, c'est le fantastique marché d'une littérature à fonction thérapeutique destinée à nous faire du bien et faire semblant de croire...

Je vous remercie de votre attention.

 

Jean-Claude Pompougnac

 

 

Télécharger le texte intégral.

 

Ce que le contemporain fait à la culture (suite et fin)

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2 février 2016 2 02 /02 /février /2016 10:30

 

Comme convenu dans ma précédente note.

¤

De quoi sommes-nous contemporains ?

¤

Après beaucoup d’hésitations, j’ai décidé de conserver à cette communication -qui pourrait bien sembler hors d’âge mais le lecteur en décidera-  la forme qu’elle a eue sans rien y changer.

Et je remercie le Centre Régional du Livre de la Région Centre de m’en avoir communiqué la transcription.

C’était il y a un bail, j’imagine que je l’avais relue et validée, mais peu importe…

 

 

Discours inaugural de Jean-Claude Pompougnac

 

Au fur et à mesure que la date d'aujourd'hui s'approchait, en plus de l'inquiétude ordinaire que quiconque ressent lorsqu'il sait qu'il devra parler plus de cinq minutes, s'accroissait la mauvaise conscience d'avoir accepté la proposition du Centre Régional du Livre adressée au Directeur Régional des Affaires Culturelles, qui ne consistait pas, comme c'est en général demandé, à prononcer une petite allocution institutionnelle d'ouverture où l'on remercie tous ceux qui ont contribué à... où l'on salue les élus locaux qui..., etc., mais de faire une véritable intervention au titre du thème de ces rencontres, à savoir Roman et Philosophie contemporains en question.

J'ai accepté, puis j'ai pensé que c'était un péché d'orgueil pour un fonctionnaire qui a autre chose à faire que des discours inauguraux. Un critique aurait pu être la personne indiquée pour problématiser et cadrer l'ensemble des débats : capable de dresser un état des lieux, un panorama du champ de la création littéraire ou de la philosophie contemporaine, sans développer un point de vue particulier ou singulier, mais ayant une vision englobante et utilisant des critères d'appréciation, comme l'indique le terme critique. Une seconde possibilité aurait été d'inviter un artiste ou un penseur d'avant-garde, quelqu'un qui se situant suffisamment en pointe par rapport au monde contemporain, aurait pu en décrire avec passion et finesse, la décomposition, la décrépitude, pour montrer que dans la pourriture du contemporain émerge un message nouveau, qu'il soit littéraire ou philosophique.

Mais ayant accepté cette invitation, je vous propose d'ouvrir ces réflexions d'un autre point de vue, celui du lecteur ordinaire. Celui de l'individu aux lectures particulières qui n'a aucune prétention messianique à représenter ce qui émerge aujourd'hui, et ne peut prétendre avoir une vision savante, universitaire, critique suffisamment large pour ne pas se tromper dans le choix de ses orientations. Le lecteur ordinaire est d'ailleurs un personnage du monde contemporain, dont on peut dater l'émergence grâce à un certain nombre de travaux importants sur l'histoire de la lecture.

Qu'est-ce qui fait qu'un roman, qu'un ouvrage de philosophie est contemporain ? On a le droit et l’on peut risquer l'hypothèse de répondre qu'il est contemporain, à partir du moment où il est actualisé par une lecture, indépendamment de sa date et de ses conditions de publications. La publication récente de Autobiographie d'un lecteur de Pierre Dumayet, m'a conforté dans cette hypothèse, un ouvrage remarquable où cette question de la contemporanéité de l'œuvre court tout au long du livre, comme un fil conducteur passionnant. Mais Pierre Dumayet est-il un lecteur ordinaire ? Je laisse volontairement de côté cette question, car l'auteur lui-même, y répond par l'affirmative, dans la mesure dit-il où il est capable de poser des questions absolument stupides, comme celle-ci, une des questions clés du livre :

"À quelle époque commence pour vous le film dans lequel nous vivons aujourd'hui ? Quand est-ce que ça commence, le contemporain ? Même si on ne sait pas décrire toutes ses caractéristiques, toutes ses richesses, toutes ses diversités, on peut essayer de fixer des repères". 

Pierre Dumayet note ceci à propos d'un roman de Raymond Queneau qui est publié en 1939, mais dont l'histoire se situe pendant la première guerre mondiale :

« Cette lecture a renforcé une « croyance » — discutable — que j'avais déjà : tous les textes peuvent se lire comme s'ils étaient nos contemporains. Ou comme si nous étions les leurs. C'était un refus de « l'admiration historique », mais c'était surtout l'affirmation — discutable — qu'il n'y avait pas, à proprement parler, d'histoire littéraire. Cela ne voulait pas dire que Villon ou Saint-Simon avaient écrit dans les mêmes conditions que Valéry ou Breton. Cela voulait dire que l'histoire littéraire était justement l'histoire de ces conditions, qu'il fallait la connaître et ne pas la prendre pour l'essentiel. L'essentiel étant le texte, la langue vivante du passé ou du présent. Cela ne voulait pas dire que le matérialisme historique était « dépassé » : le matérialisme historique pouvait, comme n'importe quel autre texte, rester dans son coin en attendant qu'on vienne le lire à nouveau. »

Je ne résiste pas au plaisir de vous lire le paragraphe qui suit, car il y a cette pratique de l'écriture chez Pierre Dumayet qui consiste, au moment même où on avance des arguments qui pourraient paraître sérieux aux esprits sérieux, à glisser un clin d'œil, à faire un pas de côté :

« Raymond Queneau a tenu à jour son carnet de lectures pendant soixante ans. Chaque livre lu était mentionné dans un carnet d'écolier à sa date. Je regrette de ne pas avoir pris cette précaution. Précaution que toute personne prudente devrait prendre. Supposez qu'un matin vous vienne l'horreur d'un jour de la semaine. Cela peut arriver : Flaubert détestait le mardi. En consultant votre carnet de lectures vous retrouveriez tous les livres lus un mardi. Vous pourriez alors décider de les relire un mercredi ou un jeudi, pour voir si votre lecture n'a pas été gâtée par un mauvais jour. »

Tout le livre est de cette veine, et tourne donc autour de la question de la contemporanéité et de cette croyance discutable que tous les textes peuvent être nos contemporains.

Il y a aussi cette référence au marxisme, que je garde un instant, puisque après tout, décider de ce qui est ou n'est pas contemporain, c'est par exemple agencer des propositions audacieuses, comme celle de Jean-Paul Sartre, qui disait que le matérialisme historique, le marxisme, est l'horizon indépassable de notre temps. Cela peut être une manière de définir le contemporain, sauf que précisément, lecteur ordinaire, qui n'hésite pas à pratiquer la confusion des genres — à lire des romans comme des textes philosophiques ou la philosophie comme des textes poétiques ou romanesques — j'ai toujours été saisi par cette formule du Manifeste du parti Communiste, dans lequel Marx et Engels écrivent à propos d'une période précise de l'histoire :

« La bourgeoisie a noyé les frissons sacrés de l'extase religieuse dans les eaux glacées du calcul égoïste. »

Cette phrase m'arrête toujours quand je lis ce texte, car on quitte le texte théorique pour entrer dans une formulation poétique : il y a un travail sur la langue qui fait que l'on sent dans sa chair, dans sa peau, à la fois un vague souvenir des frissons sacrés d'hier et cette douche froide du calcul égoïste de la bourgeoisie. Sauf que le marxisme devient bien l'horizon indépassable de notre temps parce que la bourgeoisie n'en finit pas de nous noyer d'eau glacée et n'en finit pas d'achever notre tendance à rechercher les frissons sacrés d'extase, qu'elle soit religieuse ou non, j'y reviendrai. Dans la même veine, quand je lis dans Le Rouge et le noir, alors que Julien Sorel est au séminaire,

« Au séminaire, il est une manière de manger son œuf à la coque qui traduit des progrès faits dans la vie dévote »,

j'ai le sentiment que Stendhal a résumé en une phrase, la moitié de ma bibliothèque de sociologie, que toute la théorie de l'habitus— qui vient d'Aristote, il est vrai, donc avant Stendhal — est résumée dans cette phrase et que s'il s'agissait de donner un exemple de ce qu'est l'habitus — concept bourdieusien — il suffirait de prendre celui de Julien Sorel mangeant son œuf avec toute cette onction et cette componction qui traduisent dans l'extérieur de ses postures ses progrès dans la vie dévote.

Je continue de vous proposer quelques extraits, quelques passages du livre de Pierre Dumayet, autour de cette même question :

« À quelle époque commence pour vous, le film dans lequel nous sommes encore aujourd'hui ? Impossible de répondre précisément à cette question. Disons — en rougissant — qu'avant Jeanne d'Arc, je ne me sens pas dans le même film. J'ai tout à fait conscience du ridicule de ce que j'écris. Pataugeons encore un peu. Il me semble qu'entre Jeanne d'Arc et aujourd'hui, je crois savoir de quel côté je suis. C'est une croyance qui n'est pas fondée, naturellement. C'est une illusion : ce n'est pas parce que j'aime lire le duc de Saint-Simon que je me rallie à ses objectifs politiques. Mais lire Saint-Simon avec plaisir, me fait croire que je peux comprendre (un peu) son siècle. De même Jeanne d'Arc : le texte qu'elle improvise pendant son procès fait d'elle un écrivain superbe. Dans la vie courante, je ne crois pas qu'une personne puisse entendre et voir des saints lui parler, mais quand je lis les Procès de Jeanne d'Arc, je crois tout à fait qu'elle a vu et entendu saint Michel lui parler. Entendons nous bien : je ne croirais pas Jeanne d'Arc si elle voulait nous prouver quelque chose. Mais elle ne veut rien nous prouver du tout. Elle veut seulement être crue quand elle dit ce qui lui est arrivé. »

 

A SUIVRE.

 
 

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1 février 2016 1 01 /02 /février /2016 18:02

 

Il y a un peu plus d'une semaine, un événement historique s'est donc produit.

 

Au lendemain des Biennales du spectacle vivant qui viennent de se tenir à Nantes du 20 au 21 janvier, 2016 s'annonce comme un tournant pour les politiques publiques en matière de spectacle vivant. Avec d'un côté, l’Appel de Nantes lancé par le G20 des arts vivants ; de l’autre, l’annonce, par la ministre de la culture, de la tenue d’assises de la Culture sur tout le territoire. Des démarches dissociées, mais convergentes quant aux objectifs, dans lesquelles les élus à la culture sont prêts à s'engager.

© La Gazette des communes

 

Pour la première fois en effet, 20 associations et réseaux de professionnels des arts vivants (1) se sont réunis au sein d’un « G20 », pour « porter les valeurs essentielles du vivre ensemble » et réfléchir sur les politiques culturelles au travers d'un manifeste, intitulé « Appel de Nantes ».  

Il faut évidement lire ce texte, et attentivement, en plus. Il se conclut ainsi :

Nous nous engageons (…) à projeter notre travail dans une perspective de société, étendue à l’Europe et au monde, car il est bien question aujourd'hui de construire ensemble une réponse à la crise morale, intellectuelle et politique à laquelle nous sommes confrontés ;

• faciliter et soutenir le partage et les coopérations en réfléchissant à la mise en œuvre de nouveaux modèles collaboratifs.

• repenser nos actions en prenant en compte les droits culturels ; ils sont inscrits dans la loi NOTRe, qui affirme notamment la responsabilité de l’État et des collectivités locales en matière culturelle, dans le respect de la dignité des personnes.

 

Il signifierait que des organisations aussi différentes que l'Association des Centres chorégraphiques nationaux (ACCN) ou celle des CDN se sont entendues avec l'UFISC comme avec l' Association des Scènes nationales (ASN) et la Réunion des opéras de France (ROF) ;  pour prendre en compte la référence aux droits culturels qui, il y a peu divisaient profondément le monde politique et les milieux professionnels.

Historique donc.

Nuançons toutefois, pour être complets et précis, : le « canal historique » tient bon, LA PREUVE.

 

Historique insiste la Gazette des communes :

Artistes, intellectuels, chercheurs, élus politiques, responsables associatifs, syndicats, publics, amateurs, simples citoyens sont aussi invités à les rejoindre au sein « d’espaces de recherche, de réflexion et d’expérimentations ». Les signataires se donnent dix-huit mois pour mener à bien leur projet, à compter de ce mois de janvier 2016. Leur tâche s’annonce immense. Mais si les nouvelles politiques culturelles restent à construire, ils savent déjà ce qu’ils veulent à tout prix éviter. Leur « Appel de Nantes » pointe :

  • les « dangers des forces régressives qu’elles soient politiques, économiques, intellectuelles ou religieuses » ;

  • les « marchands » qu’il veut empêcher de « s’emparer du champ artistique à des fins spéculatives et idéologiques ».

 

Lors de son intervention, la ministre de la Culture Fleur Pellerin a salué l’initiative du « G20 » des arts vivants. :

« Je mesure la dimension historique du G20, et je prends la balle au bond , a assuré la locataire de la Rue de Valois. 

 

© La Gazette des communes

Laissons, de côté les pseudo-révélations d'un site complotiste selon lequel et cet appel et la « saisie de la balle au bond » par la ministre n'ont rien d'un événement imprévu mais relèvent plutôt d'un habile coup de théâtre préparé de longue main avec l'aide  d'un vieux routier du milieu dont les responsabilités longtemps exercées ont permis de connaître bon nombre des 20 du Groupe et de leur suggérer cette sorte  de « fédération ».

Le ministère aurait en sous main suivi l’affaire, le cabinet de Fleur Pellerin allant jusqu'à appeler au téléphone les intervenants des ces biens nommées Biennales du spectacle pour connaître la teneur de leurs prises des parole.

 

Foin de ces élucubrations, la dimension « historique » ne m'échappe pas .

 

Car  je vois dans cette grandiloquence et cette mémoire courte un signe de la contribution active et efficace d'une certaine conception de  la culture  (commune aux professionnels et à leurs interlocuteurs politiques) aux ravages sociaux et intellectuels du présentisme.

 

Il en va ainsi de même de la réaction de la FNCC :

 

De son côté, la Fédération nationale des  collectivités territoriales pour la culture (FNCC) a promis de prêter  une oreille attentive aux professionnels.  «La FNCC répondra à l’Appel du G20», a assuré son président Florian Salazar-Martin, lors d’un autre débat organisé par la FNCC et le Syndicat national des scènes publiques. Les modalités de cette réponse seront discutées le 28 janvier  lors du prochain CA de la la FNCC. « Il nous faut réinventer ce que nous faisons au quotidien, même financièrement », estime Florian Salazar-Martin.

© La Gazette des communes

 

Si je comprends bien, aux « oubliettes de l'histoire », le texte d’orientation politique de décembre 2012,  de même que la déclaration commune  l'ensemble des associations d'élus  publiée à l'occasion du Forum organisé à Avignon, le 16 juillet 2010, affirmant leur engagement  solidaire en faveur de l'art et de la culture.

 

L'histoire passe donc, une certaine histoire où « l'événement se confond avec son spectacle et la comédie avec le dramatique effondrement du politique » (L'Orchestre du Titanic, Chantal Manach-Vermaud,  Editions du Tertre, Bruxelles, 2013)

On comprend donc que ce blog doit désormais s’attacher à mieux tenter de saisir ce qu'il en est des effets spécifiques du contemporain dans « la culture ». Et réciproquement.

Dès demain ou après-demain.

 
 

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11 janvier 2016 1 11 /01 /janvier /2016 09:45

Retour sur quelques unes des notes publiées sur La Cité des sens en 2015.

 

Comme ce dernier retour en arrière (publié pour la première fois le 9 novembre 2015 sous le titre Le fantôme de la rue de Valois), elles sont pour l'essentiel liées à ma participation aux travaux de l' Institut de coopération pour la culture et du Comité d'histoire du ministère de la culture et de la communication.

 

Bonne lecture

9 novembre 2015

Le fantôme de la rue de Valois

Dans l’exposition organisée pour le cinquantenaire de l’assassinat de Jean Zay, sont montrés, et dans le catalogue, reproduits, deux documents de la main de Jean Zay. Le premier est un tableau sur trois colonnes qui s’intitule « Ministère de la vie culturelle », et qui en propose une organisation, le second est un schéma fléché qui porte en titre : « Organisation de l’enseignement ».

Culture et expression nationale

¤

L’OCM (Organisation civile et militaire) est un des grands mouvements de résistance de la zone occupée ; elle publie peu de presse clandestine, mais quatre volumes de Cahiers, de petit format (12,5 x 16 cm), consacrés à des études sur les réformes à mettre en oeuvre à la Libération. (...)

Dans l’exposition organisée pour le cinquantenaire de l’assassinat de Jean Zay, sont montrés, et dans le catalogue, reproduits, deux documents de la main de Jean Zay. Le premier est un tableau sur trois colonnes qui s’intitule « Ministère de la vie culturelle », et qui en propose une organisation, le second est un schéma fléché qui porte en titre : « Organisation de l’enseignement ».

 

Culture et expression nationale

¤

Ces deux documents viennent des archives de la famille de Jean Zay. Or ils se trouvent imprimés dans le cahier clandestin de l’OCM. C’est évident instantanément pour le premier document, car ce que publie le Cahier de l’OCM, aux pages 153 et 154, est une simple composition typographique du tableau de Jean Zay. Qui plus est, à côté de l’original manuscrit de ce tableau, figure, sur une autre feuille accolée, ce qui apparaît comme le sommaire d’un texte, disposé en une colonne. La colonne est divisée en deux parties ; la première est intitulée « EN » (pour Éducation nationale, on s’en doute), elle est subdivisée en 14 sous-parties ; la deuxième partie s’intitule « Expression nat », et comprend 11 sous-parties. Le tout est suivi de l’annonce de deux documents.

Or ceci est, exactement, à la numérotation près, le plan du Cahier de l’OCM. Les seules variations concernent des majuscules en plus ou en moins. Ce plan ne figure d’ailleurs pas dans le Cahier clandestin qui se contente d’un sommaire bien plus bref. Pour le second document exposé (le schéma fléché), mon exemplaire des Cahiers clandestins étant incomplet, il m’a fallu consulter celui d’un des survivants ; il y apparaît que le schéma, encarté dans la publication résistante à la page 152 bis, a le même titre que le dessin de Jean Zay, que c’en est clairement une frappe à la machine.

Catherine Zay m’a montré une série de trois feuillets pliés, écrits de la main de son père, et qui concernent la politique de l’enseignement. Le premier est un résumé des instructions ministérielles de l’année scolaire 1937-1938, le second un plan de travail utilisé pour la rédaction des passages de Souvenirs et solitude consacrés aux questions de la politique éducative. Mais le troisième, donc écrit de la main de Jean Zay, est l’ossature de la première partie du Cahier de l’OCM, celle qui s’intitule « Les bases de la réforme de l’enseignement ».

Par ossature, j’entends un plan développé. La numérotation et le vocabulaire coïncident à nouveau totalement (exemple clair : la comparaison du début de cette note – document 3 – avec les pages 22 et 23 du Cahier clandestins.

Si l’on peut envisager, à la limite, que l’organigramme du grand ministère ou le schéma fléché soient des héritages communs d’une même expérience ministérielle, entraînant par une coïncidence bien extraordinaire des projets communs à Jean Zay et aux rédacteurs clandestins, par contre, on ne voit pas comment les similitudes de rédaction et de plan peuvent s’expliquer autrement que par un travail commun.

L’hypothèse que Jean Zay est coauteur de cette étude de l’OCM paraît donc fondée. Il semble que l’on puisse affirmer, en distinguant parmi les documents utilisés :
– qu’il a participé à l’établissement du plan du Cahier, peutêtre effectivement comme consultant, à qui on demanderait ensuite une contribution sur des points précis ;
– qu’il est au minimum l’inspirateur, mais plutôt le rédacteur, de l’organigramme du grand ministère ;
– qu’il est le rédacteur du schéma fléché et de la première sous-partie du cahier, intitulée « Les bases de la réforme de l’enseignement ». Cela revient bien à considérer Jean Zay comme un coauteur, à qui le groupe qui entreprend la rédaction de ce Cahier de l’OCM, aurait demandé de prendre en charge les parties les plus synthétiques (schéma, organigramme et réflexions de base), pendant que les développements seraient rédigés par d’autres.

(...)

Au terme de cette étude, il semble établi que Jean Zay, depuis sa prison de Riom, a été au minimum un contributeur, mais plutôt un coauteur d’un texte publié clandestinement par un important mouvement de résistance, en septembre 1942. Le silence de la mémoire résistante contraste cruellement avec l’éclat dans lequel Vichy et les collaborateurs ont voulu faire un exemple de mise en cause de la République.Au fond, on peut se demander si, même pour ses amis, Jean Zay n’a pas été en permanence embarrassant. Pour Vichy qui l’a condamné à la déportation et le garde à Riom. Pour des résistants clandestins en recherche de renouvellement : ceux d’entre eux qui savent que Jean Zay partage leur choix ont tendance à se taire, provisoirement, sans doute. Pour les Français libérés, hâtés de retrouver leurs clivages préférés. Quelle plus grande injustice peut-on imaginer, pour celui qui s’est révélé, comme le dit l’introducteur de Souvenirs et solitude : « Par-delà le jeune et brillant ministre… un républicain et un homme de culture, un humaniste assurément. Mais encore ? » Mais encore : un résistant.

Verny Benoît,« Chapitre 13. Jean Zay et la Résistance », in Antoine Prost , Jean Zay et la gauche du radicalisme, Presses de Sciences Po (P.F.N.S.P.) « Académique », 2003 p. 209-224.

Source

 

 

Pour ceux qui ne désepèrent pas de voir les politiques publiques de la culture sortir des routines artistico-technocratiques, rappelons aussi un passé plus récent que l'époque de Jean Zay

 

MINISTÈRE DE LA CULTURE. ORGANISATION

Décret n° 82-394 du 10 mai 1982


 

Article premier.-Le ministère chargé de la culture a pour mission : de permettre à tous les Français de cultiver leur capacité d'inventer et de créer, d'exprimer librement leurs talents et de recevoir la formation artistique de leur choix ; de préserver le patrimoine culturel national, régional ou des divers groupes sociaux pour le profit commun de la collectivité tout entière ; de favoriser la création des œuvres de l'art et de l'esprit et de leur donner la plus vaste audience ; de contribuer au rayonnement de la culture et de l'art français dans le libre dialogue des cultures du monde.


 

Voir aussi sur La Cité des sens

Histoire, culture et politique

C'est en prison que l'on comprend Proust.

°

 

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8 janvier 2016 5 08 /01 /janvier /2016 09:50

 

Retour sur quelques unes des notes publiées sur La Cité des sens en 2015.

 

Comme ce dixième post (publié pour la première fois le 21 octobre 2015), elles sont pour l'essentiel liées à ma participation aux travaux de l' Institut de coopération pour la culture et du Comité d'histoire du ministère de la culture et de la communication.

 

Bonne lecture

 

 

21 octobre 2015

 

 

A mon humble avis, l'une de conclusions les plus éclairantes de l'étude

 Élargir la participation à la vie culturelle : expériences françaises et étrangères 

évoquéedans mon précédent post est la suivante


 

UNE ACTION CULTURELLE SANS PÉDAGOGIE

Traduction concrète de la démocratisation culturelle, l’action culturelle reste marquée par l’idéal malrucien de mise en contact direct des publics avec les œuvres, et cela, quels que soient les pays. Car si les projets étudiés se réclament souvent de l’éducation populaire, ils n’en restent pas moins fondés en grande partie sur une relation plus ou moins directe à des objets et à des œuvres, tandis que la réflexion sur l’accompagnement pédagogique, et proprement humain, apparaît comme le parent pauvre de la plupart des démarches observées. Les intervenants mobilisés sur les différents projets semblent en effet trouver dans les supports matériels – que ce soit des objets ordinaires et recyclés ou des technologies très avancées (notamment numériques) – et dans la volonté de favoriser l’interaction, l’intuition et la participation des publics, une façon d’éviter l’exercice d’un quelconque magister esthétique sans pour autant bousculer les mécanismes de la socialisation culturelle. Tout se passe alors comme si la volonté de ces différents acteurs de favoriser la « participation » et la « diversité » des « publics » contribuait à évacuer une réflexion sur les finalités précises et les modalités d’appropriation de leurs propositions culturelles par lesdits « publics », tandis que la réflexion sur des modalités pédagogiques qui seraient propres à l’action culturelle (i.e. détachées de la « forme scolaire ») apparaît comme un angle mort de la plupart des projets que nous avons étudiés. Devenue une référence obligée d’une action culturelle « renouvelée », la notion de médiation culturelle n’échappe pas à cette analyse. Centrées sur le public et ses motivations, les actions de médiation proposent rarement une réflexion poussée sur l’activité et les outils pratiques des médiateurs et des différents acteurs de l’action culturelle. Elles apparaissent autant comme un support de mise en relation avec des œuvres que comme un outil de communication des institutions ; la volonté de reconnecter des lieux, des objets et des personnages culturels avec des citoyens qui s’en éloignent, demeurant souvent l’objectif principal. éloignent, demeurant souvent l’objectif principal.

 

D'où l'intérêt constant porté ici aux groupes, projets, initiatives, réflexions qui tentent de nouvelles problématiques et des cadres d'intervention renouvelés.

 

Un exemple de plus :

 

On est un certain nombre 

Nous mettons en œuvre des projets artistiques ancrés dans la vie de nos territoires. Nous les élaborons avec des artistes en y associant une grande diversité de partenaires institutionnels, d’acteurs associatifs et militants, d’habitants. Ceux et celles à qui nous nous adressons portent et font le sens de ces projets, parce qu’ils en sont avec nous les acteurs. La dimension de ces projets dépasse l’expérience esthétique du spectateur et l’expérience artistique de l’amateur. Elle se développe aussi dans l’expérience civique, par laquelle chaque organisation, chaque individu prennent part à la réflexion sur la société où ils vivent et contribuent par leur action à la faire évoluer. En reconnaissant à chacun cette capacité, il s’agit de mieux prendre en compte les besoins culturels de la population et les droits culturels de la personne.

De nouveaux enjeux se dessinent pour notre société : nécessité d’un développement soutenable, aspiration à une participation plus active des citoyens à la vie et aux décisions publiques, urgence d’agir contre la persistance et le renforcement des inégalités, maintien du lien entre les générations, devenir des territoires délaissés. Le monde culturel doit s’emparer de ces questions pour en faire des aires de création, de réflexion, de confrontation et de partage de pratiques artistiques et démocratiques.

Cette démarche conduit à modifier les logiques de production, de diffusion et de médiation trop souvent dissociées. Les notions d’œuvre et d’action culturelle s’en trouvent bousculées et repensées. L’exigence artistique se conjugue avec l’exigence relationnelle. Le faire ensemble devient la condition du vivre ensemble.

Présence artistique durable sur un territoire, développement culturel en milieu rural et urbain, actions hors les murs, créations partagées, hybridation des problématiques artistiques et sociétales, éducation artistique et culturelle, toutes ces propositions doivent sortir de leur statut expérimental et cesser d’être cantonnées au volet social d’une programmation dans un système culturel qui resterait inchangé dans sa hiérarchie et ses priorités.

Il s’agit bien d’associer une population à son devenir culturel, de faire émerger de nouvelles pratiques en croisant recherche et action et de reconnaître à ce travail sa capacité à ouvrir de nouveaux champs de rencontres.

Mettons ces questions au cœur de la réflexion sur les politiques culturelles de demain. Inventons des espaces de mutualisation d’expériences similaires. Incitons les partenaires publics à prendre en considération ces mutations, à légitimer ces démarches, à réfléchir avec nous aux nouveaux indicateurs de développement, de bilan et d’évaluation qui pourraient être inventés à partir de ces expériences.

Le partage des cultures, des arts et du sens est à ce prix.

Février 2014

http://onestuncertainnombre.com/

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Ne pas manquer le remarquable espace ressources de La Nacre (Agence culturelle Rhône-Alpes) sur les droits culturels.


 

 

 

 

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ISSN : 2270-3586

Type : document électronique, publication en série
Auteur(s) : Pompougnac, Jean-Claude (1946-.... ). Auteur du texte
Titre clé : La Cité des sens

Titre(s) : La Cité des sens [Ressource électronique] : le blog de Jean-Claude Pompougnac
Type de ressource électronique : Données textuelles et iconographiques en ligne
Publication : [Fresnes] : [Cité des sens], 2006-

Note(s) : Blogue. - Notice rédigée d'après la consultation de la ressource, 2013-11-14
Titre provenant de l'écran-titre
Périodicité : Mise à jour en continu
Indice(s) Dewey : 020.5 (22e éd.) ; 301.094 4 (22e éd.)
ISSN et titre clé : ISSN 2270-3586 = La Cité des sens
ISSN-L 2270-3586
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  • Jean-Claude Pompougnac
  • Responsable du service de la recherche à la BPI (Centre Pompidou) puis conseiller au cabinet du Ministre de la culture (Jack Lang), j'ai dirigé ensuite la Délégation au développement et aux formations de ce même ministère. A l’issue d’une alternance politique, très élégamment remercié par Jacques Toubon arrivé rue de Valois je me suis vu offrir le poste de directeur de l'Institut français de Barcelone. Quatre ans après, le ministère des affaires étrangères a jugé mes compétences insuffisamment diplomatiques. En conséquence, à partir de 1999, j'ai dirigé la DRAC Centre à Orléans. Remercié par la Droite,. j'ai ensuite crée l'un des premiers EPCC, ARCADI en Île-de-France. Remercié par la Gauche je suis devenu  DAC de la ville de BONDY (93). Aujourd'hui consultant. Membre de l'Institut de coopération pour la culture et correspondant du Comité d'histoire du MCC où j'ai contribué à la conception de séminaires et de journées d'études.
  • Responsable du service de la recherche à la BPI (Centre Pompidou) puis conseiller au cabinet du Ministre de la culture (Jack Lang), j'ai dirigé ensuite la Délégation au développement et aux formations de ce même ministère. A l’issue d’une alternance politique, très élégamment remercié par Jacques Toubon arrivé rue de Valois je me suis vu offrir le poste de directeur de l'Institut français de Barcelone. Quatre ans après, le ministère des affaires étrangères a jugé mes compétences insuffisamment diplomatiques. En conséquence, à partir de 1999, j'ai dirigé la DRAC Centre à Orléans. Remercié par la Droite,. j'ai ensuite crée l'un des premiers EPCC, ARCADI en Île-de-France. Remercié par la Gauche je suis devenu DAC de la ville de BONDY (93). Aujourd'hui consultant. Membre de l'Institut de coopération pour la culture et correspondant du Comité d'histoire du MCC où j'ai contribué à la conception de séminaires et de journées d'études.

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