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25 avril 2016 1 25 /04 /avril /2016 14:56

C’est la diversité des diversités, celle qui compte, qui est à respecter et à valoriser, sans cesse. Et c’est la liberté des personnes de choisir de se référer à cette diversité de ressources, à ne pas être enfermées à une seule, que les droits culturels, en tant que droits humains, défendent.

Patrice Meyer-Bisch

 


 

A propos du manifeste Décoloniser les arts et du débat sur la diversité et les droits culturels.

 

Je dois le reconnaître, je n'avais ni signalé, ni commenté l'appel et le questionnaire intitulé Décoloniser les arts.

 

Avec la présente note c'est donc chose faite dès lors que je relaie l’interrogation qui était un peu la mienne (et mieux formulée sans doute que je n'aurais su le faire) par Patrice Meyer-Bisch


 

France, le 1er février 2016

Aux directeurs et directrices, de théâtre, ou de festival,

Aux responsables culturels,

 Nous sommes un collectif d’artistes et de professionnels des Arts et de la Culture, porteurs et porteuses de Cultures minorées. Nous agissons au quotidien contre les discriminations ethniques dans le spectacle vivant et les arts. Nous sommes convaincu-e-s de partager nombre de valeurs démocratiques avec la plupart d’entre vous, et c’est pour cela qu’aujourd’hui, nous décidons de vous faire part de certaines de nos réflexions. Celles-ci se construisent à partir du constat d’une réalité alarmante qu’il nous appartient, désormais, de réorienter ensemble.

 Afin de parfaire les présentations, vous trouverez en pièce jointe la charte de notre association nommée Décoloniser les arts.

 Les nombreux débats sur la diversité qui se sont tenus pendant le dernier festival d’Avignon et un peu partout depuis témoignent de la prise de conscience des questionnements du milieu culturel sur le manque de représentation des populations « non-blanches » sur les plateaux de France.

 La réalité nous invite à une réflexion en profondeur dans nos pratiques : pouvons-nous continuer à affirmer une Culture qui ne ressemble plus à la population française d’aujourd’hui ? Si la Culture est le moyen de lutter contre les replis identitaires, une Culture qui exclut et ne considère pas prend le risque de contribuer à l’apparition de certains identitarismes, nationalismes ou extrémismes religieux de tous crins.

(...)

 

 

Je renvoie aussi au questionnaire adressé par les auteurs de l'appel Décoloniser les arts, aux responsables de lieux culturels.

 

Chers directeurs et directrices de théâtre ou de festival, de lieux culturels... Poursuivons ensemble notre parcours dans l'analyse de nos lieux de culture... Ces quelques questions peuvent aider :

Analysons les équipes :

- Connaissez-vous des non-blancs, non-blanches directeur ou directrice d’institution culturelle publique ?

 - Si oui, dans des  Scènes nationales ?

 - Ou des CDN ?

- En France métropolitaine ou en outre-mer ?

- Dans des Théâtres nationaux ?

- Avez-vous des collaborateurs non-blancs dans votre équipe permanente ?

- Si oui, à quels postes ?

- Partagez-vous ce sentiment que la France est construite et nettoyée par une infra-société invisible et non-blanche ?

 Observons les artistes associés :

- Avez-vous des artistes associé.e.s dans votre théâtre ?

- Quelle est leur couleur de peau ?

 Observons les plateaux

- Pourquoi n’y a-t-il que des blanc.he.s dans la plupart des spectacles français ?

- Quel est le sens dramaturgique recherché ?

- La couleur de la peau est-elle d’ailleurs dramaturgiquement signifiante ?

Lire la suite.

 

Voir aussi le LEXIQUE de Décoloniser les arts.

 

 

 

L’appel « Décoloniser les arts » qui circule depuis quelques semaines dans les médias interpelle les institutions nationales et internationales à propos de la nécessité de garantir une juste visibilité de la diversité culturelle sur nos scènes, sur nos écrans, afin de lutter contre les discriminations dans le spectacle vivant et les arts à l’encontre « des populations minorées et post-coloniales ». L’argument proposé dans l’appel prend également appui sur la récente inclusion des droits culturels dans l’article 103 de la loi NOTRe.

Patrice Meyer-Bisch, coordonnateur de l’Institut interdisciplinaire d’éthique et des droits de l’homme de Fribourg (IIEDH), a réagit à l'appel « Décoloniser les arts » en apportant des précisions sur ce qui fait « diversité culturelle » selon une approche basée sur les droits de l’homme.

 

" Il n’est pas possible, mais vraiment pas possible de réduire la diversité aux couleurs de peaux. Cette réduction est non seulement une erreur, mais un piège grossier. Des personnes sont en effet « racisées » (entendons, discriminées selon un motif de race), mais les races n’existent pas. Non seulement des Français de seconde ou troisième génération peuvent, tout en étant noirs ou bruns ou aux yeux bridés, être plus parisiens républicains que bien des français, mais surtout, il y a toutes sortes de diversités culturelles, d’origines géographiques (pas seulement noir-blanc), mais aussi de conditions sociales variées impliquant des références culturelles très diverses.

C’est l’ensemble des diversités qu’il faut considérer, car elles croisent les diversités de peaux. Votre démarche les thématise, risquant de ré-édifier ce que vous voulez contrer. Ce n’est pas la couleur de la peau qui fait principalement l’identité pour beaucoup, c’est un grand nombre de références culturelles (langue, famille, religion, disciplines apprises, modes de vie, métier, arts, religion, sport,…). C’est la diversité des diversités, celle qui compte, qui est à respecter et à valoriser, sans cesse. Et c’est la liberté des personnes de choisir de se référer à cette diversité de ressources, à ne pas être enfermées à une seule, que les droits culturels, en tant que droits humains, défendent."

 

Lire l'intégralité de la réponse de Patrice Meyer-Bisch,

 

Le mérité de ce débat, me semble -t-il est de constituer un appel à la vigilance sur le fait que la récente inclusion des droits culturels dans l’article 103 de la loi NOTRe, désormais une loi de notre République, ne saurait en aucune manière clore le débat.


 

Pour ne prendre qu'une illustration de l’ardente obligation de ce débat : Abraham Bengio s’exprime sur le sujet dans le numéro 2 de l’excellente revue Nectart où son analyse est confrontée avec celle de Mylène Bidaut

 


 


 

L’irruption des droits culturels dans le débat sur les politiques publiques de la culture a représenté une bouffée d’air frais, peut-être même un véritable changement de paradigme. Au cœur de la réflexion, à l’avant-garde du combat, on s’attendait à trouver les artistes et les opérateurs culturels. Par un curieux paradoxe, ils en sont absents et tout se passe comme si les défenseurs des droits culturels se méfiaient d’eux et les tenaient pour responsables de l’échec de la démocratisation culturelle. Comme toujours, les torts sont partagés. Sous peine de voir les droits culturels n’accoucher que d’une gesticulation vide de sens et la création artistique s’épuiser en une stérile célébration de l’entre-soi, il est urgent de lever ce malentendu : on n’en finirait pas d’énumérer les chantiers passionnants qui naîtront de ce dialogue.


 

 

 


 

 


 


 


 

Fidèle à sa vocation, La Cité des sens reviendra sans tarder sur le contexte historique des questions liées à la diversité, aux droits culturels et à la décolonisation.

Droits culturels : continuons le débat !

¤

 

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8 avril 2016 5 08 /04 /avril /2016 15:49

"J'appelle à des Andalousies toujours recommencées, dont nous portons en nous à la fois les décombres amoncelés et l'inlassable espérance."

Jacques Berque cité par J.C. Guillebaud

Je citais, dans mon dernier post,  et j'invitais à lire le texte « Attentats de Bruxelles : les responsabilités du monde culturel », publié par l'écrivain belge Giuseppe Santoliquido

 

Évoquant les attentats de Paris et de Bruxelles, il écrivait :

°

Ils ont engendré une mobilisation empathique et affective remarquable au sein des populations concernées. Mais également un flot de commentaires sans précédents. Intellectuels, artistes, écrivains, journalistes, experts, chroniqueurs, humoristes, tous ou presque se sont exprimés.

(…)

Mais le fait qu'une partie importante de nos sociétés, essentiellement de confession musulmane, en grande partie parmi nos jeunes, rejette ouvertement, au profit de comportements relevant d'une conception rétrograde de leur religion, une modernité que nous pensions communément admise ne trahit-il pas, tout autant, l'échec du monde culturel ?

Accéder au texte intégral de cette tribune.

°

 

 

 

"Mais est-ce qu'on a le droit POUR UNE FOIS d'être un petit peu stratégiques? Je ne peux m'empêcher de voir une extrême intelligence chez les prédicateurs, et une bêtise stratégique insondable dans ceux qui prétendent les combattre".

 

Le 7 avril à 11:04, Joan Sfar a publié ce long billet sur Facebook qu'il me semble essentiel de reproduire ici.

 

Je suis d'accord avec TOUS mes amis qui ne savent plus comment lancer l'alarme d'un retour du religieux en France. Bien entendu que les 500 000 personnes dans la rue contre le mariage gay, puis la multiplication des voiles saoudiens dans nos rues, c'est une catastrophe. Bien entendu qu'à chaque fois qu'un citoyen de ce pays se recroqueville dans son identité réelle ou supposée il quitte le terrain commun et enlève un peu de fraternité et d'énergie à l'utopie d'un monde où l'on partagerait davantage qu'un territoire. Mais est-ce qu'on a le droit POUR UNE FOIS d'être un petit peu stratégiques? Est ce qu'on a le droit de se demander si la façon dont on parle du voile musulman a jamais convaincu UNE SEULE JEUNE FEMME de retirer son voile? Notre exécutif accumule depuis trente ans des erreurs stratégiques et sémantiques désastreuses pour contrer l'entrisme des prédicateurs du Golfe sur notre jeunesse. Il y a trente ans Jospin, face à sept jeunes femmes qui faisaient du chantage au voile, ne trouvait rien d'autre à répondre que "qu'est ce que vous voulez que ça me fasse si la France s'islamise". Quelques temps après, avec la bonne volonté dont est pavé l'enfer, Nicolas Sarkozy réduisait les citoyens français venus du Maghreb à leur identité religieuse, en s'adressant aux "musulmans de France"? ce faisant il créait cette horreur qu'est le CFCM et qui sert depuis de cheval de Troie aux éléments qui font tout pour radicaliser notre jeunesse. Et maintenant, depuis les attentats, on dirait que notre exécutif fait tout pour attaquer frontalement et en permanence la jeunesse de ce pays, au risque de la pousser encore plus loin dans les bras des barbus. Lorsque je dis que je suis "moins clair que mes amis du Printemps Français" en ce qui concerne le voile, ça ne signifie pas que je suis favorable à la religion!!! Je pense que la revendication religieuse est toujours mauvais signe lorsqu'elle déborde dans l'espace public. je prétends simplement que la stratégie est mauvaise et que chaque prise de parole, de notre premier ministre pour ne pas le nommer, crée davantage de conversions au salafisme. Un exemple? je n'ai jamais porté la kippa je n'en ai rien à foutre de la kippa et si j'étais religieux ça se saurait. Et si on m'interrogeait sur le mal que je pense du fanatisme religieux, fut-il juif, j'aurais de quoi parler pendant des jours, sur la façon dont ça peut séparer la jeunesse. Mais imaginez que dans mon pays on s'en prenne dix fois par jour et sur toutes les télés à la kippa, je crois que je me mettrais à la porter juste pour faire chier. On n'est pas naïfs. On a tous TRES BIEN VU que le voile que portent beaucoup de jeunes filles ne vient ni du Maghreb ni de l'Islam que nous connaissons. On sait tous TRES BIEN que Ramadan d'un côté et les salafistes de l'autre font tout pour pousser notre jeunesse vers une religiosité rétrograde. ce que je demande juste à notre exécutif, c'est qu'ils cessent, par leur attitude si peu stratégique, d'aider les salafismes à fanatiser notre jeunesse. Non, la plupart des français de religion musulmane ne sont pas salafistes! Non, la plupart des jeunes femmes qui portent un foulard ne sont pas abruties. je le déplore, qu'elles portent un foulard. Je rêve du jour où tous ces signes religieux disparaîtront, car ça sera le symptôme d'un surcroît de bien être dans notre jeunesse. Oui il faut être très fermes lorsque des irresponsables comme Esther Benbassa ont l'aplomb de dire qu'une mini-jupe est aussi grave qu'un voile. Oui tout ça est dégueulasse. Oui une partie de notre gauche, pour des motifs électoraux, s'est vendue aux barbus. Mais ce n'est pas Esther Benbassa qui donne envie aux gamines de porter un voile. Ce qui peut susciter ce réflexe, c'est le sentiment qu'elles ont, réel ou pas, que le gouvernement les attaque en permanence. J'aurais rêvé de moins de mots et plus d'action. J'aurais rêvé que plus personne, parmi nos élites, n'aille poser son cul dans les tribunes de stades de foot financés par Arabie Saoudite et Qatar. J'aurais aimé que l'état d'urgence dont on nous rebat les oreilles serve à empêcher Ramadan d'un côté, et les salafistes de l'autre, de plus jamais disposer d'une seule salle dans notre pays. Ramadan est indésirable aux USA. Il ,'a simplement pas le droit d'y foutre les pieds. Ça ne fait l’objet d'aucun grand débat là bas. Il n'y va pas et c'est très bien. Qu'il reste en Suisse. Ça oui, ça m'aurait plu, qu'on agisse plus et qu'on parle moins, et qu'on s'en prenne spécifiquement aux prédicateurs au lieu de cibler par les mots l'ensemble de la jeunesse musulmane. Aller expliquer chaque jour à la télé que les jeunes filles qui portent le voile sont dans l'erreur, c'est peut être vrai, mais ça ne fait qu'aider ceux qui leur répètent qu'elles ne seront jamais chez elles dans ce pays. Je ne peux m'empêcher de voir une extrême intelligence chez les prédicateurs, et une bêtise stratégique insondable dans ceux qui prétendent les combattre.Là où nous sommes, la bonne volonté ne suffit pas, l'inefficacité du discours de notre exécutif devrait inciter à une totale remise en question stratégique. Mais peut-être que l'objectif n'est pas vraiment de sauver notre jeunesse de cette peste fanatique? Peut-être qu'il s'agit juste de dire des phrases qui ne servent à rien. Si c'est ça, bravo, mission accomplie. Sur la religion, le fanatisme, tous ces trucs moyen âgeux, je ne pense qu'une chose: ce sont des attitudes qui disent le repli, la peur et le malaise. tant que nos ministres, par leurs éléments de langage et l'inefficacité de leur action, augmentent le niveau de malaise, ils participent à la multiplication des barbes. Je reviens à mon cheval de bataille, le un pour cent culturel!!! C'est notre culture qu'on attaque. Et depuis le 13 Novembre je n'ai pas entendu que l'éducation ou la culture seraient des priorités. C'est dommage. Car les livres, ça aide à raccourcir les barbes, et à retirer son voile. Parce que grâce à eux on se sent mieux.

817 partages er 85 commentaires.

Pour ceux qui s'affichent sur FB, c'est ici.

 

°

Comment interpréter le terrorisme djihadiste ? Est-il une "maladie" de l'islam, une nouvelle expression de l'extrémisme révolutionnaire (le "radicalisme") : soit une "radicalisation de l'islam"  ou bien "islamisation de la radicalité" .


 

Dans un éditorial La guerre froide des islamologues, publié sur le site téléobs, Jean-Claude Guillebaud analyse la querelle médiatique qui divise les experts de la question.

°

Elle porte sur l'interprétation qu'on peut donner du terrorisme djihadiste. Est-il le produit pathologique de l'islam, une "maladie" de ce dernier, comme l'écrivait le regretté Abdelwahab Meddeb ? S'agit-il au contraire d'une nouvelle expression de l'extrémisme révolutionnaire (le "radicalisme") qui ressurgit périodiquement dans l'Histoire, comme ce fut le cas en Allemagne et en Italie dans les années 1980 ? L'univers médiatique adorant les petites phrases, ce désaccord interprétatif se ramène à deux formules opposées. Certains assurent, comme Gilles Kepel, qu'on a affaire à une "radicalisation de l'islam" , d'autres estiment, avec Olivier Roy, qu'il est plus pertinent de parler d'une"islamisation de la radicalité" .

Qu'est-ce à dire ? L'un pense que la matrice est d'abord religieuse (le salafisme venu d'Arabie saoudite) ; l'autre explique - exemples à l'appui - que, paradoxalement, le facteur religieux ne joue qu'un rôle assez secondaire dans ces ralliements à Daech et ces départs adolescents pour la Syrie. Il eût été passionnant que soit conduit, avec calme et respect, ce débat interprétatif. Hélas, les hommes étant ce qu'ils sont, c'est déjà l'invective qui prévaut.

(...)

Derrière cette bataille d'ego un peu cocasse, ce qui est en jeu, c'est notre rapport avec l'islam français. Or, faut-il le rappeler, la France bénéficia dans les années 1980 d'une "école" d'islamologie réputée. Qu'il nous suffise de citer les noms de Jacques Berque, Louis Massignon, Maxime Rodinson, Bruno Etienne, Mohammed Arkoun.

(...)

Ces "orientalistes", n'étaient pas des "notables" en quête de popularité. Leurs travaux participaient d'une sensibilité d'abord anticolonialiste. En mettant au jour la richesse de la civilisation musulmane, ils combattaient - avec l'arme du savoir - le mépris culturaliste du discours colonial. C'était surtout vrai pour Corbin et la culture islamo-persane, et pour Jacques Berque à qui l'on doit ce bouleversant appel à la coexistence confessionnelle : "J'appelle à des Andalousies toujours recommencées, dont nous portons en nous à la fois les décombres amoncelés et l'inlassable espérance." Qui parle ainsi aujourd'hui ?

 

© Jean-Claude Guillebaud Journaliste sur le site teleobs.nouvelobs.com

 

°

 

 

"Un dernier point  : cessons de penser que la compréhension de cette sauvagerie s’apparente à sa justification. On ne doit pas s’attaquer aux seuls effets mais aussi aux causes en Syrie, à l’intérieur du monde musulman, et, pour cela, dire que c’est notre politique occidentale de vainqueurs de la première guerre mondiale, puis notre politique coloniale, puis néocoloniale qui a depuis un siècle créé le chaos. Nous avons taillé les territoires, vendu des armes et des centrales nucléaires, acheté du pétrole et du gaz, fait et défait des gouvernements jusqu’à cette dernière guerre en Irak et l’occupation du pays, d’où est né ce prétendu Etat islamique. Et nous sommes des amis de l’Arabie saoudite et du Qatar, qui financent les intégristes de tout acabit. N’aurait-il pas fallu manifester contre la récente vente d’armes à l’Arabie ou boycotter le PSG, propriété du ­Qatar ?"

 

 

Ce qui précède est extrait d'une tribune de Robert Guédigian, publiée le 25 mars dernier par Le Monde.

°

Je ne suis pas sûr que le titre choisi par la rédaction du Monde soit pertinent : Seule la culture peut combattre les dogmes,

 

D'ailleurs la phrase complète est : « Seule la culture peut combattre les dogmes, quels qu’ils soient, en les précipitant dans des réalités mouvantes, en les historicisant ».


 

Dans cette optique (qui récuse l'angélisme rhétorique, paresseux et parfois, hélas, intéressé, du monde de la culture ) on peut relire ici même La barbarie au pluriel.

 

 

 

 

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Published by J.C. POmpougnac Jean-Claude Pompougnac - dans Actualité Divergences
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7 avril 2016 4 07 /04 /avril /2016 08:40

C’est une vieille et douteuse plaisanterie de l’auteur de ce blog que d’évoquer la rue de Valois en parlant du « ministère des nominations et des labels au bois dormant ».


 

C’est justement à la question des labels que Jean-Michel Lucas consacre sa deuxième Chronique d'une loi ordinaire à propos de l'article 3 de la loi Création, architecture, patrimoine.

L'article 3 porte sur les labels : le ministère de la culture entend apporter une aide conséquente à 400 structures artistiques au sein « d'une petite douzaine de labels ». Qui s'en plaindrait ?

Pourtant, cette reconnaissance nous ramène au bon temps de la féodalité : un grand seigneur qui choisit d'adouber ses chevaliers et le reste va nu pieds. La vérité est là : hors du label pour les 400, l'Etat ne prévoit rien et refuse même ouvertement que la loi envisage des conventions avec d'autres que les labellisés.

Le ministère de la culture considère, donc, comme négligeable le reste des projets artistiques qui sont, pourtant, reconnus par l'article 2 lequel a allongé encore la liste des projets pertinents pour l'intérêt général. ( Par exemple « les activités de création artistique pratiquées en amateur, » ou « les artistes, les auteurs, les professionnels et les personnes morales et les établissements de droit public ou de droit privé, bénéficiant ou non d’un label, qui interviennent dans les domaines de la création, de la production, de la diffusion, de l’enseignement artistique et de la recherche, de l’éducation artistique et culturelle, de l’éducation populaire et de la sensibilisation des publics » ).

De tout ce tas informe et plébéien, le ministère ne veut reconnaître et protéger que ses chevaliers labellisés ! Avant il le faisait avec discrétion ; avec l'article 3, il veut que la loi républicaine lui accorde ce privilège ! Par conséquent, il ne restera plus pour les autres cultueux que des miettes aléatoires et déconcentrées !

Le Sénat, lui, avait bien compris que ce retour au féodalisme était archaïque et mal adapté aux changements rapides du monde des arts. Il avait inscrit, dans l'article 3, la possibilité de conventionnement durable avec des acteurs culturels répondant aux critères d'intérêt général de l'article 2 ! Rien que de très logique. Dans cette ensemble de conventions, le ministère aurait pu se faire plaisir en décernant des labels aux plus méritants. Au moins, les acteurs ne faisant pas partie des 400 familles auraient eu un peu d'espoir de négocier un minimum de sécurité conventionnelle.

Mais le ministère s'est opposé fermement à cette possibilité. Il a montré sa vraie nature en refusant de sortir des remparts des labels. Non pas par manque d'argent ! Mais en raison de la nature même de sa politique culturelle : prévoir des conventionnements - c'est à dire avoir un œil ouvert sur la diversité des initiatives artistiques et culturelles - déstabiliserait la noblesse artistique de ce pays. Voici le texte de son amendement, d'une cruauté sans nom pour ceux qui ne sont pas adoubés dans la grande famille des 400 ; « la rédaction adoptée par le Sénat en introduisant le principe d’un conventionnement et en supprimant l’agrément du ministre chargé de la culture dénature le cadre de ce qui constitue la politique nationale actuellement en place pour les structures labellisées. Elle est porteuse de déstabilisation pour les structures du spectacle vivant et des arts plastiques bénéficiant actuellement d’un label. » On a tous compris : la nature même de la politique culturelle nationale, ce sont les labellisés « stabilisés » contre les autres qui ne le seront pas, les gros protégés contre les petits faiblards ! Ce texte de la République crée deux catégories d'acteurs culturels : les uns avec des garanties solides données par la loi via le label et les autres,.. rien ! Même pas l'idée de conventionnement ! Cet argument de la déstabilisation des plus gros quand tous les autres - hors des 400 - pataugent dans les difficultés économiques est incroyable. Une forme d'indignité que j'ai toujours mal vécue quand j'étais DRAC. C'est grave de la voir maintenant organisée par une loi de la République.

En adoptant l'article 3, les députés sont-ils à ce point naïfs qu'ils n'aient pas vu qu'en supprimant le conventionnement, d'un coté, le ministère se réservait - en pratique, se repliait - sur la bonne culture d'Etat et laissait, de fait, aux collectivités territoriales tout le reste du menu fretin de l'article 2 !!

J'espère que les labellisés, même au SYNDEAC, ne seront pas complices de cet état de droit qui laisse tomber le tiers-état des cultureux et ne protège que la chefferie labellisée. Curieuse république !

Il faut rétablir, dans l'article 3, le principe du conventionnement, c'est à dire le principe de garantir plus de sécurité pour beaucoup de projets en matière artistique et culturelle et non développer la "flexibilité" pour le plus grand nombre et promouvoir la stabilité pour les seuls privilégiés du prince.

© Jean Michel Lucas

 

Quant à Guillaume Cerutti, c’est aux nominations dont les ministres de la culture ont ou devraient avoir le privilège qu’il consacre sa chronique du 1er avril dernier.

Le pouvoir de nomination est pour tout ministre de la Culture l'un des leviers essentiels permettant de mettre en œuvre sa politique et d'imprimer sa marque. Cette prérogative s'exerce à plusieurs niveaux. Au sein de l'administration centrale du ministère sont notamment concernés le poste de secrétaire général et les trois postes de directeurs généraux (patrimoines, création, médias et industries culturelles). Nommés par décret en Conseil des ministres sur proposition du ministre de la Culture, sans durée de mandat et révocables ad nutum, ces postes ont désormais un fort contenu administratif et gestionnaire.

(…)

Les nominations à la tête des grands établissements culturels sont désormais au centre de nombreuses convoitises et monopolisent l'attention médiatique, comme on l'a vu récemment pour le Centre Pompidou, pour la Villa Médicis ou pour le musée d'Orsay. Pour les postes de ce type, une observation majeure s'impose : les choix ont ces dernières années échappé au ministre de la Culture, pour relever in fine de l'autorité de Matignon ou, plus sûrement, de l'Elysée. Cela n'est pas anormal en soi, car ces nominations doivent être prises par décret présidentiel. Ce qui est plus inquiétant, voire désastreux pour le ministère de la Culture, c'est que ce dernier ait perdu sa capacité de proposition ou que celle-ci ait parfois donné l'impression de s'exercer à contretemps ou de manière totalement factice.

(…)

Non sans paradoxe, le ministre de la Culture reste en revanche un acteur décisif pour les nominations à la tête de certains établissements ne relevant pas de son autorité directe. Ainsi pour les 3 5 centres dramatiques nationaux, dont les directeurs sont nommés par le ministre en concertation avec les collectivités locales impliquées, et pour les 70 scènes nationales, dont les directeurs sont nommés par leur conseil d'administration après agrément du ministère de la Culture, Cette prérogative est un instrument utile lorsqu'elle permet à un ministre - en l'occurrence Aurélie Filippetti - de veiller à ce que ces directions ne deviennent pas des rentes de situation, et s'ouvrent davantage aux jeunes et aux femmes. Pour autant, on souhaiterait que l'implication croissante des collectivités locales dans le domaine culturel leur confère progressivement une autorité plus affirmée en matière de nominations dans les structures locales, tandis que le ministre se consacrerait se consacrerait surtout au choix des dirigeants d'établissements de niveau national.


 

© Guillaume Cerutti. Le Quotidien de l’Art. 1 avril 2016 - N°1035


 

Culture, pour en finir avec les ravages de l’entre soi semble répondre Jérôme Impellizzieri, président (PS) de la commission pour la permanence artistique de la région Ile de France de 2010 à 2015.

 

La reproduction socio-culturelle a rarement été aussi forte qu'aujourd'hui. Les enfants de, les cousins de, les nièces et neveux de.... Les groupes de copains de lycée... forment la plupart du personnel politique, culturel... et même enseignant. Pour caricaturer, on pourrait dire que le monde du travail se divise en deux catégories : ceux qui peuvent être cooptés, et ceux qui sont condamnés à chercher.

(…)

Prenons la culture. Les organigrammes des lieux de fabrique et/ou de diffusion, particulièrement ceux qui sont labellisés, les organigrammes ministériels, d'office publics, les plateaux des théâtres, les génériques des films, sont remplis de cette endogamie, de cet entre-soi. Le pire, dans tout cela, c'est que bien souvent, il n'y a pas d'injustice si l'on considère le niveau (selon le référencement en vigueur, c'est un débat à avoir) : ce sont, bien souvent, les meilleurs. La question de la formation, et du partage de l'information sur les formations, se pose. Celles des parcours aussi, bien sûr. Tout est figé, quasiment dès la naissance. Pourtant, l'univers de la création artistique devrait être ouvert, flottant, bordélique à souhait, joyeux, et même, structurellement désorganisé. C'est tout l'inverse. Je suis entré dans la profession en 1999. 17 ans plus tard, qui peut affirmer que le paysage humain a bougé, si ce n'est à la marge ou en lien avec la pyramide des âges (et encore !).

(…)

Malgré ce constat, je persiste à penser que c'est dans la culture, par la culture, que se trouve certainement la voie vers un horizon plus... humain.


 

Lire cette tribune dans La Tribune du 1er avril 2016

 


 

Le même jour, le politologue et écrivain belge d'origine italienne, Giuseppe Santoliquido publiait une tribune intitulée

« Attentats de Bruxelles : les responsabilités du monde culturel ».


 

Elle se conclut ainsi :

 

Il nous semble donc qu'une des missions essentielles qui incombe au monde de la culture dans les temps à venir est de repenser au plus vite son rapport à la société. De réfléchir à une définition nouvelle de l'engagement culturel, qui est par essence engagement sociétal. À notre présence permanente et peut-être même obligatoire dans les écoles, dans les franges de la société les moins habituées à nos interventions. Et cette réflexion, nous en sommes convaincus, c'est aux artistes et aux intellectuels eux-mêmes de la mener, en toute autonomie, avec le sens de la responsabilité sociale qu'implique le devoir culturel.

°

Lire l’intégralité de cette tribune.

 

Les lecteurs fidèles de La Cité des sens savent le peu de goût que j’ai pour les formules comme  monde culturel  ou monde de la culture. Cette libre opinion mérite toutefois d’être lue, pour pouvoir être discutée.

A l’occasion on peut aussi relire Zola ou Durkheim 


 

Lecture et bibliothèques.

°

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Published by J.C. POmpougnac Jean-Claude Pompougnac - dans Les politiques culturelles en débat Divergences Actualité
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1 avril 2016 5 01 /04 /avril /2016 08:40

Lettre d'information du réseau culture

N°458 - 28/03/2016

EDITO de Vincent Lalanne.

Vous lisez la 606ème et dernière lettre culture de territorial.fr. En effet, c'est par courrier du directeur d'établissement que j'ai été informé que cette lettre cessera d'exister à partir du 31 mars prochain car le nombre de lecteurs ne serait pas satisfaisant et surtout la stratégie du groupe Territorial n'est plus orientée vers la culture et les cibles culturelles.

Lire ci-dessous les explications très circonstanciées sur cette brutale décision

François Deschamps, qui m'a donné ces chiffres, a démarré cette lettre le 2 octobre 2001 et il a rédigé 550 numéros (à l'époque sous forme hebdomadaire), à savoir 149 numéros de la formule initiale, puis 401 numéros (de la nouvelle formule à partir de janvier 2005). J'ai donc repris le flambeau le 6 novembre 2013 et produis 56 numéros, tous les quinze jours. La Lettre d'info du Réseau Culture de Territorial aura donc connu 606 numéros sur près de 15 ans ! Et comme dit François « ça n'est pas rien ! »

Par les temps qui courent on pourra regretter qu'un espace d'information sur la culture disparaisse. D'autres espaces, heureusement, ont été créés et ceux-ci reprendront certainement les informations que vous pouviez trouver ici, comme en particulier celui de la FNADAC piloté par l'ARCADE, celui de la Plateforme Interrégionale ou le site toujours intéressant d'Emmanuel Henras : Objectif Culture ou encore la lettre du Réseau Culture 21 ou enfin le site Cultureveille.fr ...

Écrire sur la culture durant ces deux années et demi a été une très belle aventure. Fil rouge de ma vie professionnelle, cette lettre a été pour moi une véritable source de richesses et de découvertes. J'espère qu'elle l'aura été aussi pour vous. J'ai tenté certainement maladroitement de vous amener vers d'autres dimensions de la culture et des politiques culturelles en parlant du numérique, des droits culturels, des questions touchant à l'éducation artistique et culturelle...

Je tiens à remercier en premier lieu François Deschamps et Hugues Périnel qui, en novembre 2013, m'ont confié la responsabilité de cette lettre. Je remercie aussi le Groupe Territorial qui m'a laissé libre sur le contenu des éditoriaux et des informations que je vous diffusais. Cette liberté essentielle que je découvrais, en plus de me donner des ailes, m'a amené à être vigilant sur ce que je vous envoyais.

Je tiens surtout à vous remercier, chers lecteurs, souvent discrets, de temps en temps attentifs, m'apportant des corrections ou des informations complémentaires. Je vous remercie de vos encouragements et de m'avoir souvent dit l'importance qu'avait pour vous cette lettre.

La fin de cette lettre n'arrêtera pas pour moi le fait d'écrire sur la culture, vous pourrez trouver à l'avenir de prochains textes sur mon blog qui vous tiendra aussi au courant de mes activités.

Un dernier merci à ma correctrice bien aimée....


 

Il faut, bien entendu, lire les commentaires consécutifs à ce faire part de décès ; les voici (arrêtés au 31 mars).

Un grand merci pour cette Lettre Culturelle! Un choix unilatéral de la direction sans appel? 
Envoyé par cnely le 31/03/2016 à 16:49

Oui, MERCI pour ces lettres qui ont éclairées mes années d\'études, mes premiers pas dans le milieu professionnel et aujourd\'hui toujours j\'apprécie leur choix éditorial et leur perspicacité. Désormais, plus qu\'avant, je constate la nécessité d\'une veille culturelle de qualité. Pourtant, j\'apprend avec stupeur que La Lettre va cesser d\'exister?!?

A l\'heure du web 3.0 et des applis en pagaille (qui même parfois gèrent d\'autres applis...), à l\'heure du tout écran, en pleine expension de l\'ère numériquepourquoi se priver d\'un outil aussi utile, pragmatique, une source de réflexion, de cohésion, d\'impulsion? Les collectivités ont-elles décidé de ne pas être à la tête de l\'avant-garde, et de faire partie de l\'arrière-garde? C\'est un choix discutable en terme de politique publique, non?

Certes, d\'autres prendront le relais, du moins c\'est à espérer. Cependant, c\'est une voix qui s\'éteind. C\'est celle de la territoriale qui devient muette! et c\'est une voie de communication entre la population et ceux qui oeuvrent à la collectivité qui s\'efface. Car, La Lettre est lue par de simples citoyens curieux de culture aussi!! Sans doute que si la Direction avait signalé son intention, les lecteurs se seraient mobilisés pour montrer que le nombre réél de personnes sensibilisées par le contenu de La Lettre dépasse le seul mailing.

Pour information, je transfert et j\'imprime La lettre. Et je ne dois pas être la seule. Je la met à disposition des publics qualifiés \"d\'empêchés\", ceux à qui ont a fait penser que la culture n\'était pas pour eux. Cette Lettre, elle se retrouve dans des barres d\'immeubles, dans des épiceries solidaires, des bibliothèques de rues, elle s\'invite chez les citoyens en toute simplicité. Elle circule, elle se prête! Et elle donne lieu à des échanges où la parole se libère. Elle est parfois un des facteurs de départ d\'un projet collectif et collaboratif dans un quartier, parce qu\'une initiative qu\'elle a évoquée a donné envie! Elle a fait dire à certains citoyens: \"pourquoi pas nous?\"

Sans doute que La Lettre a la gloire trop discrète.

Derrière une adresse mail, il peut y avoir plusieurs lecteurs.

Bonne continuation!


 

La FNADAC regrette ce choix éditorial
Envoyé par fnadac le 29/03/2016 à 17:38

La Fédération Nationale des Directeurs des Affaires Culturelles regrette ce choix éditorial. Elle rappelle la nécessité des espaces et plateforme d'expression, de transmission, de collaboration qui permettent à tous les professionnels de la culture et tout particulièrment, aux agents des services culturels des collectivités territoriales de se sentir appartenir à un réseau d'échange et d'information quelque soit la taille et l'engagement de leur collectivité en matière de politique culturelle. Le site internet de la FNADAC ouvrira dans quelques temps mais il n'en reste pas moins que c'est la pluralité des prises de paroles mais aussi la capacité de se donner les moyens de diffuser l'immense production de pensées et d'outils de notre secteur qui est remis en cause lorsqu'une newsletter de ce genre disparait... Il est peut être encore temps au Groupe Territorial de revoir sa décision. Merci à vous François et Vincent de ce précieux travail. Frédéric LAFOND, Président de la FNADAC.

Arrêt brutal de la newsletter
Envoyé par TLDK le 29/03/2016 à 14:15

Interruption désolante, sur le fond comme sur la forme. Merci pour ces lettres d'information régulières et bonne continuation sur d'autres routes !

Grumf et re-grumf !
Envoyé par Stephane le 29/03/2016 à 13:05

Cette lettre, à la croisée des teritoires réèls (adminsitratifs, géographiques, ...) ou implicites (de projets, d\'idées, ...), ouvre des portes, des perspectives et des pistes de coopération que trop peu d\'espaces permettent aujourd\'hui.

Mais ne désespérons pas : tout se transforme et nous retrouverons, sans aucaun doute, ce Webstorming et le (dé)tricottage de Vincent dans d\'autres sphères et espaces sur la toile, voire en live, ce sera encore mieux d\'échanger de vive voix !

À bientôt donc et merci Vincent !

Un nombre de lecteur satisfaisant
Envoyé par olivier le 29/03/2016 à 11:18

Voila une question culturelle si il en est ! Qu'est-ce qu'un nombre de lecteurs satisfaisant ?

Dans ce que nous dit Vincent Lalanne de sa relation épistolaire avec la direction du Groupe Territorial, on peut lire toute la condescendance de dirigeants vis à vis des pigistes, des "intermittents de l'écriture journalistique". Quoi, pas de dialogue préalable pour voir comment améliorer le nombre de lecteurs jugé insatisfaisant ? C'est comme cela aujourd'hui qu'un opérateur public ou privé peut décider de fermer une salle de spectacle.

Ainsi les acteurs culturels ne sont plus dans la cible d'un groupe qui prétend offrir un Portail des collectivités locales et territoriales, fonction publique, agent territorial.

Le groupe privé territorail anticiperait-il ainsi la fin du Ministère de la Culture, la fin de toute politique culturelle nationale et/ou locale ? C'est "presque" un scoop !

Mais comme c'est écrit pour présenter l'une des meilleurs ventes du groupe "Le début du XXIe siècle voit l'avènement d'un changement de culture dans la fonction publique territoriale, par le passage d'une administration de moyens à un management de la performance." et conclue par une citation litérraire, cela fait chic et  cultivé "Comme le mentionnait déjà Sénèque il y a deux millénaires, « Il n'y a pas de vent favorable pour celui qui ne connaît son port »"

Bon courage !

Olivier

Dommage ! 
Envoyé par Virginie le 29/03/2016 à 10:40

Cette lettre d'information était une source d'informations importante dans le cadre de mon engagement professionnel. Merci pour votre travail !

C'est avec regret, qu'une information précieuse sur la Culture va encore disparaitre !

 

Merci
Envoyé par C. Kerjan le 29/03/2016 à 09:57

Lectrice attentive des lettres de François Deschamps et de Vincent Lalanne, travaillant  au sein de la fonction publique territoriale dans le domaine culturel, je souhaite les remercier chaleureusement pour le travail d\'intérêt public accompli durant toutes ces années. Bonne poursuite de vos parcours professionnel et, conservez cette curiosité et ce goût de la pensée collective !

Lettre culture
Envoyé par vertescollines le 29/03/2016 à 09:50

La culture est et sera toujours le parent pauvre. Pourtant, si on l'appréciaiait il y auarait moins d eguerre d'intolérance, plus de respects. Bon courage pour la suite. je vous suivrais sur votre blog. Une lectrice passionnée.

remerciements
Envoyé par MélanieCarpentier le 29/03/2016 à 09:36

Grr....encore une décision très dommageable pour la culture, l'échange d'idées, le maintien en éveil de tous les territoriaux qui comme moi trouvaient dans ce courrier des pépites de réflexions et de connaissances très utiles pour leur réflexion personnelle dans le cadre de l'exercice de leur métier au quotidien... Un grand merci à vous pour ce travail significatif et une grande déception et colère vis-à-vis des décideurs qui ont fait ce mauvais choix. Quand comprendront-ils que la culture est fondamentale pour le lien social et l'évolution des consciences a fortiori par les temps qui courent Au plaisir de vous lire sur votre blog...


 

Enfin, lors d'un échange sur Facebook, (le 30 mars) François Deschamps appporte de très utiles précisions sur l'histoire qui s'achève en ces sombres temps que nous traversons.

 

 

 

Concentration de la presse.

La Lettre du Cadre territorial a été créée en 1980 à partir de rien par un fonctionnaire territorial, en la personne de Claude Mahier, qui fut adjoint au Maire de Voiron chargé des affaires culturelles, puis DGS de la Communauté d'agglo de Voiron. C'était à l'époque en réaction à une certaine "langue de bois" de la "Gazette des communes". Il en fit un groupe de presse et d'édition des collectivités locales qui sut prendre sa place dans le paysage national (60 salariés) en sachant habilement se diversifier (Bourse de l'emploi, Dossiers d'experts, formations, etc.). Et puis en 1980 il vendit ses actions au fonds d'investissement SAGAR qui éditait Le Moniteur et la Gazette des communes (son principal concurrent !). Mais les lecteurs ne virent rien, chacun gardant son titre et sa ligne éditoriale (et il est vrai qu'il régnait une très grande liberté de parole à Territorial). Petit à petit, la Gazette et Territorial fusionnèrent leur bourse d'emplois,les formations... Et puis fin 2013 l'ensemble passa dans l’escarcelle d’Infopro Digital (IPD), prémices du départ de nombreux journalistes (cf. l'article ci-dessous : ...).

http://www.snj.fr/article/le-management-brutal-dinfopro-digital-ne-passe-pas

 

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31 mars 2016 4 31 /03 /mars /2016 08:45

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Suite de la note précédente.

 

Echanges avec le public.

Suite à un certain nombre d'interventions dont la mienne :

DE LA CULTURE COMME PRIVILEGE A LA CULTURE COMME DROIT

 


 

Question du public.

 

Il me semble à la réflexion que la logique ne peut pas être dans cette pensée binaire, d'opposition entre démocratisation et démocratie mais bien d'essayer le niveau supérieur qui permet de relier les deux pour construire cette relation d'identité. Et l'altérité.

Pour reprendre le débat de ce matin, je pense que l'enjeu pour nous dans les conservatoires est bien de mettre en lien la diversité - ça peut être aussi un autre terme qu'on peut employer sans être dans le « singulier/pluriel » ou dans « l'identité/altérité » -, de mettre en jeu la pluralité des esthétiques, des modalités pédagogiques, des cheminements en tous genres pour pouvoir justement répondre à la fois à une notion de démocratie culturelle et être toujours en même temps dans cette éventuelle recherche de démocratisation.

La question qui me taraude au quotidien c'est : à quel niveau on peut se placer pour dépasser cette opposition entre démocratie et démocratisation, entre individu et identité, et altérité relationnelle. Comment peut-on dans un cadre d'enseignement institutionnel dépasser cette problématique ?

 

Jean-Claude Pompougnac

Comme les gens auront beaucoup de choses intéressantes à dire, pour répondre directement à votre question, je vais proposer un petit détour.

Je m'en excuse, je ne vous réponds pas directement mais c'est lié à mes TOQ, à mes troubles obsessionnels du questionnement.

Encore une fois, le premier c'est : qui parle de culture ? Qui peut nommer la culture, dire ce qu'est la culture et ainsi tracer une frontière entre « eux » et « nous » ?

La deuxième question c'est : quelles sont les formes de la prise en charge de la responsabilité de la transmission culturelle d'une génération à l'autre ? C'est-à-dire comment s'organise la société pour assumer la responsabilité qui est la sienne de transmettre la culture d'une génération à l'autre, pour éviter les effets de barbarie dont on parlait tout à l'heure ? Avec au passage une petite observation latérale bien connue (je m'excuse d'enfoncer là encore une porte ouverte) : les autodafés de l'époque du Troisième Reich étaient le fait de gens dont on ne peut pas dire qu'ils n'étaient pas cultivés, ce qui pose à Hannah Arendt ou à d'autres auteurs beaucoup de questions profondes. Je ferme cette parenthèse.

Comme j'ai beaucoup travaillé sur la question de l'entrée dans la lecture, parmi les questions idiotes que je me pose sur l'altérité, la frontière entre « eux » et « nous », par exemple il y en a une que j'ai essayé de traiter à la fin d'un petit livre que j'ai écrit qui est : Pourquoi les femmes lisent plus que les hommes ? Voyez : des questions idiotes qui correspondent en même temps à des réalités. Je vais laisser la parole à mes voisins mais je vais vous lire un extrait d'article qui a été publié dans le New York Times le 23 juin 1985 sans vous dire qui a écrit ces lignes qui vont nous ramener au sublime : « Il ne faut pas intervenir. Il ne faut pas se mêler des problèmes de chacun avec la lecture. Il ne faut pas souffrir pour les enfants qui ne lisent pas, perdre patience. Il s'agit là de la découverte du continent de la lecture. Personne ne doit encourager personne, ni inciter personne à aller voir ce qu'il en est. Il y a déjà beaucoup trop d'informations dans le monde sur la culture. On doit partir seul vers le continent, découvrir seul, opérer cette connaissance seul. Par exemple, de Baudelaire, on doit être le premier à découvrir la splendeur. Et on est le premier. Et si on n'est pas le premier, on ne sera jamais un lecteur de Baudelaire. Tous les chefs d'œuvre du monde devraient avoir été trouvés par les enfants, dans les décharges publiques et lus en cachette, à l'insu des parents et des maîtres..

Sublimes, forcément sublimes. Ce sont des phrases de Marguerite Duras. Et je laisse maintenant mes collègues répondre sérieusement à votre question.

 

(...)

 

Jean-Claude Pompougnac

Je me sens un peu dans la position du cinéaste qui a fait plusieurs films et qui va en faire un autre. J'ai quand même participé depuis de nombreuses années à un certain nombre de rencontres de ce genre. Et c'est vrai que j'ai dit tout à l'heure, peut-être avec exagération, qu'il y avait une espèce de ressassement mais votre question est extrêmement intéressante. Moi, je ne suis pas du tout un spécialiste du choc artistique, de la révélation artistique, du sublime. Il se trouve que ma trajectoire personnelle fait que sur ces questions-là, j'ai en réalité très peu d'expérience. Et donc je souscris à ce que disent ceux qui en savent plus que moi sur ces questions.

Par contre, je sais qu'il y a des travaux dont on parle moins que d'autres. Des auteurs qui sont moins souvent cités que d'autres dans ces débats. C'est-à-dire qu'on revient toujours un peu à la même manière de problématiser, toujours sur les mêmes formes de catégorisations mentales. Donc j'en citerai deux très rapidement : Michel de Certeau d'abord, qui a été sans doute un des premiers dès après 1968 à interroger l'institution scolaire mais plus largement le champ culturel, qui a publié un livre, La Culture au pluriel, et qui a été l'auteur de rapports commandés par Jack Lang à l'époque de son premier septennat. Le deuxième auteur, c'est Jacques Rancière qui vient de publier un livre qui s'appelle Le Spectateur émancipé. Le caractère commun de ces deux auteurs dont on parle moins dans les médias que de beaucoup d'autres, c'est qu'ils établissent une continuité de problématique sur la question de la transmission culturelle, entre la transmission culturelle scolaire (la relation pédagogique dont vous parliez tout à l'heure, la transmission culturelle dans l'institution scolaire) et la transmission culturelle ailleurs. Et ce qui me paraît très intéressant dans ces problématiques, puisque vous employiez le mot « altérité » tout à l'heure, c'est qu'au fond, je peux concevoir que le travail de transmission scolaire puisse se penser sous la métaphore de la traduction. C'est-à-dire qu'il y a des personnes qui sont en communication, et que celui qui transmet ou enseigne, et celui qui écoute l'enseignant sont dans un rapport qui à mon sens relève de la métaphore de la traduction, et ça me paraît un point extrêmement important.

De la même manière, dans leur rencontre avec l'œuvre d'art, je me pose toujours la question de la réciprocité ou non réciprocité de l'altération. C'est-à-dire que je comprends bien que le spectateur soit altéré par l'œuvre. Je comprends bien que le spectateur subisse un choc, une émotion de l'ordre du choc esthétique, du sublime, etc. La question que je me pose et que posent ces auteurs, c'est de savoir dans quelle mesure les formes esthétiques, les œuvres, le patrimoine culturel en général sont altérés par la réception des spectateurs.

 

 

(...)

Jean-Claude Pompougnac

Je suis d'accord sur le fait que le monde dans lequel nous vivons peut susciter beaucoup de signes d'inquiétude. Je m'interroge sur la question de savoir pourquoi je n'arrive pas à être démoralisé. Pour le dire autrement, je me demande pourquoi, quand on engage ce genre de discussion, on fait l'émission de Finkielkraut du samedi matin à neuf heures. Je dirai : elle existe, il n'y a qu'à l'écouter si on a envie de l'écouter. Moi je ne la supporte pas donc je ne l'écoute pas.

Bon, pour répondre sur la question, oui c'est vrai que ce sont des questions en débat depuis très longtemps et nous continuons notre travail. Et nous le continuerons jusqu'à ce que nous puissions faire valoir nos droits à la retraite et peut-être même qu'après avoir fait valoir notre droit à la retraite, nous nous engagerons bénévolement pour continuer ce travail.

Alors la question de la démocratisation, elle est très compliquée. Je vais juste dire deux mots. J'étais ravi d'apprendre tout à l'heure qu'il y avait une formule mathématique qui permettait de savoir, quand un film sortait le mercredi à 14 heures, s'il va faire du public ou pas. Parce que, quand vous lisez attentivement la dernière directive nationale d'orientation envoyée par la ministre - lecture que je vous déconseille formellement, c'est absolument insupportable - vous y voyez que précisément il y a un jeu fantastique. On reprend l'argument de la démocratisation culturelle avec la nouvelle injonction qui est la culture du « résultat », c'est-àdire : « remplissez les salles ». Et en même temps, on maintient l'objectif philanthropique qui a été inventé à l'époque du développement culturel, c'est-à-dire : « n'oubliez pas les exclus ». Donc : « pensez aux handicapés, pensez aux pauvres, aux Rmistes, etc. » C'est pour moi une lecture politiquement totalement insupportable puisque, précisément, on y tricote l'argument budgétaire de : « on ne va quand même pas consacrer autant de pognon aux institutions culturelles si vous n'êtes pas capables de remplir les salles ».

La chose que je voudrais dire aussi par rapport aux questions de la fréquentation, c'est que, quand on interroge les Français pour savoir s'il doit y avoir des politiques et des budgets culturels, en général, ils répondent positivement. Dans culture, il y a culte. Pour moi, la meilleure métaphore de ce rapport paradoxal que nous entretenons en France, c'est la métaphore religieuse. C'est-à-dire que ce sont des croyants non pratiquants. Beaucoup de nos contemporains n'ont aucune difficulté à croire à la culture (je parle des classes moyennes, je ne parle pas de ceux qui pour des raisons diverses et variées seraient très éloignés de l'offre culturelle). Il n'empêche que, effectivement, ils ont cessé de fréquenter les temples ou ils les fréquentent moins. Même si, encore une fois, tout ça doit être nuancé puisque les files d'attente s'allongent devant les musées quand il y a des grandes expositions.

Mais il me semble quand même qu'en cinquante ans il y a quelque chose d'autre qui a changé, qui a été évoqué à travers certains de nos propos, même si je ne suis pas un partisan du parcours apocalyptique en matière culturelle ou philosophique : c'est le développement des pratiques amateurs.

Et c'est l'intérêt d'un nombre croissant de nos contemporains pour ce qu'on appelle le développement personnel. Allez dans une grande librairie et regardez. Vous avez : philosophie, religions, ésotérisme, développement personnel. Un orateur a fait tout à l'heure un lapsus que je trouve très intéressant entre « injonction » et « injection ».

Il y a une injonction à la singularité : « be yourself ! » Nous devons être quelqu'un. Moyennant quoi, nous sommes le pays le plus gros consommateur de psychotropes. Pour moi, la question de la démocratisation culturelle, c'est aussi, à condition de s'éloigner un instant du regard philanthropique et condescendant porté sur les exclus et de s'intéresser aux « gens de la moyenne » comme disait Colette Magny, la question de la culture aujourd'hui, la question du goût pour les pratiques amateurs, de la démocratisation culturelle, c'est aussi le malaise dans lequel est une certaine société du culte de la performance, de l'injonction d'être soi-même et donc de la nécessité, pour tenir le coup, d'avaler quelques pilules jaunes ou bleues. Je crois que ça répond aussi à votre question.

 

Question du public.

Est-ce qu'on ne peut pas se poser la question de la démocratisation de la culture sous un autre point de vue ? Est-ce que la notion de démocratisation de la culture ne peut pas être aussi une sorte d'alibi ou de bonne conscience pour dire qu'on déploie beaucoup de moyens sur une forme de culture qui est, ce que nous appelons, nous, « la » culture. Beaucoup de moyens, et que ces moyens dans une bonne République ne peuvent se justifier que s'ils s'adressent vraiment à tous ?

 

Jean- Claude Pompougnac

Merci de cette question. J'ai tout à l'heure rappelé que j'avais une fâcheuse tendance à enfoncer les portes ouvertes. C'est précisément le sens de la fondation du Ministère de la culture par André Malraux et de toute cette histoire. Plus on a augmenté les budgets de la culture, plus on a augmenté les moyens publics pour un service public de la culture, plus évidemment, l'obligation que ce service s'adresse au plus grand nombre est devenue forte. Mais le constat qu'on peut faire n'est pas tout-à-fait celui-là, d'où le débat que nous avons.

 

(...)

Jean-Claude Pompougnac

Je regrette encore une fois d'avoir pris la place de Pascal Ory. Il nous aurait sûrement rappelé qu'il y avait une vie avant Malraux, il nous aurait rappelé l'expérience du théâtre populaire de Jean Vilar, il nous aurait parlé du Front Populaire, de la Libération, du Comité National de la Résistance, enfin bref.

Bien entendu, je suis d'accord avec Alain Foix. Il y a une histoire beaucoup plus épaisse que celle à laquelle je me suis référé parce que je ne suis pas historien. Mais dans cette histoire, il se trouve que le monde du théâtre – je ne sais pas si tu seras d'accord - a une capacité à prendre une parole politique plus importante que dans d'autres disciplines artistiques et que ça pèse beaucoup sur l'histoire des politiques culturelles, qu'elles soient d'ailleurs nationales ou locales. Les gens de théâtre ont la prise de parole politique plus facile peut-être que d'autres artistes, d'autres disciplines et ça a beaucoup marqué l'histoire de ce Ministère. Peut-être beaucoup trop.

 

(...)

Jean-Claude Pompougnac

On parle aussi à l'Education nationale d'éducation artistique et culturelle comme si l'éducation n'était pas culturelle. Je suis enseignant de formation. J'ai toujours beaucoup souffert de cette idée que l'éducation pourrait n'être pas culturelle. Lorsqu'un prof de mathématiques, fou furieux comme moi de La Règle du jeu de Jean Renoir ou de La Nuit du chasseur, parle de ces films à ses élèves pendant un moment où il arrête de faire des mathématiques parce qu'après tout, quand on est prof, on a bien le droit de s'autoriser quelque liberté, il fait de l'action culturelle évidemment. Et peut-être avec une efficacité redoutable par rapport aux gens qui sont payés pour faire de l'action culturelle ailleurs.

 

 

Question du public.

 

On est, me semble-t-il, dans la problématique du rapport de l'art et du pouvoir. Tous les gens qui sont là sont directement liés aux moyens mis en place par le pouvoir, même si on les juge insuffisants. Je suis bien d'accord pour les juger insuffisants aussi. La question de l'avantMalraux, elle remonte aussi à l'histoire du rapport de l'art et du pouvoir.

Les moyens pour l'art, il y en a eu de tous temps, ils étaient plus ou moins importants. Il y a eu des périodes où ils étaient très importants.

Ce qui me frappe, c'est que finalement, l'idée de démocratisation de la culture, de la mise en relation de cet art officiel avec tout le peuple, elle est venue au même moment que se révélait aussi une expression culturelle, et même des expressions artistiques, ailleurs que du côté du pouvoir. Et qui se faisait en plus sans moyens, sans ces moyens financiers du pouvoir.

Si on se mettait à la place de ces artistes-là, les taggers, ceux qui font du hip-hop – on les évoquait ce matin -, est-ce qu'on ne pourrait pas aussi se poser la question de la démocratisation de leur culture ? Pourquoi est-ce qu'on n'arrive pas à reconnaître une espèce de culture ou d'art global, général, et pourquoi il y a toujours cette séparation entre un art qui n'est pas pratiqué du côté du pouvoir et puis l'art du pouvoir ?

Parce qu’on se pose la question de la démocratisation de la culture mais on n'intègre pas les cultures artistiques de ces populations-là.

 

Jean-Claude Pompougnac

Ce que je trouve extrêmement intéressant dans votre intervention, c'est comment la question des rapports de l'art et du pouvoir pourrait venir brouiller une réflexion politique beaucoup plus basique et beaucoup plus générale qui est de savoir si nos démocraties sont des démocraties.

C'est pour ça que dans les mots que j'aurais souhaité qu'on examine, j'avais mis le mot « contre-pouvoir ». C’est un mot qui est devenu obsolète. Je pense que ce n'est pas lié à la question artistique, c'est une question beaucoup plus générale de la démocratie. Que celle de savoir qu'en réalité, selon Jacques Rancière, nous vivons dans un système oligarchique et que la démocratie reste un horizon à conquérir par toutes sortes de moyens, y compris pourquoi pas, l'action artistique.

C'est pourquoi je me suis permis, puisqu'on m'avait demandé des références, de vous mettre un lien Internet vers un texte brésilien qui vient de Sao Paulo, qui s'appelle La Charte des responsabilités de l'artiste. Et vous verrez qu’il s'est trouvé là-bas plusieurs centaines d'artistes pour se réunir et écrire un texte dans lequel ils s'expriment sur leurs responsabilités civiques, de manière extrêmement intéressante. C'est pourquoi je citai également L'Agenda 21 pour la culture parce qu’il s'agit là d'un texte non hexagonal, extra-hexagonal, mondial, international, dans lequel la question que vous posez est également posée en terme de contrepouvoir.

 

 

Télécharger la version intégrale des Actes des Assises nationales et le Manifeste des Conservatoires de France (2009)


 

 

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Published by J.C. POmpougnac Jean-Claude Pompougnac - dans Les politiques culturelles en débat Divergences Ressources
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29 mars 2016 2 29 /03 /mars /2016 14:19

¤

Cette contribution commence à dater sérieusement.  Je la publie néanmoins telle quelle.


 


 


 

DE LA CULTURE COMME PRIVILEGE A LA CULTURE COMME DROIT

 

Jean-Claude POMPOUGNAC

Directeur de l’action culturelle de la ville de Bondy (93)

 

 

 

Le titre de mon intervention avait été initialement prévu pour un historien, un historien très compétent sur ces questions qu’est Pascal Ory. Pour avoir lu certains de ses travaux, j’imagine tout ce qu’il aurait pu vous apporter comme éléments d’éclairage sur l’histoire contemporaine et sur les différentes lignes de force historiques, politiques, culturelles et sociales qui ont conduit à la mise en place des politiques culturelles et du service public de la culture que nous connaissons. J’ai néanmoins gardé cet intitulé parce que j’ai réfléchi d’une autre manière à ces questions. Après moi, d’autres interventions viendront illustrer ce questionnement de fond de manière sans doute plus concrète.

En fait, je pratique un double exercice sur ces questions-là : à la fois enfoncer des portes ouvertes et tracer les lignes des nécessaires polémiques qui doivent exister dans une société démocratique. Cela peut paraître paradoxal mais, en fait, cela consiste à rappeler les choses que tout le monde sait en essayant de montrer en quoi elles peuvent être sujets de débats dont on peut s’inquiéter effectivement qu’ils n’aient pas eu lieu. J’expose en général ce qui relève plutôt de mes « TOQ », non pas mes « troubles obsessionnels du comportement », mais mes « troubles obsessionnels du questionnement », c’est-à-dire toujours un peu les mêmes questions.

 

Dans la plaquette présentant vos Assises vous rappelez à très juste titre que les conservatoires sont les héritiers de la Révolution française. C’est vrai aussi des musées, des biens nationaux et du patrimoine, de l’instruction publique : beaucoup de choses sont héritières de la Révolution française. Nous vivons dans un régime qui est marqué par l’inscription dans la Constitution de notre pays du droit à la culture et en même temps nous vivons dans un monde qui change, qui bouge, et où nous ne sommes pas les seuls à nous préoccuper du droit à la culture. L’une des difficultés premières, et là commence l’exercice qui consiste à enfoncer les portes ouvertes, porte sur l’acception même du mot culture. Bien entendu le mot culture a plusieurs acceptions possibles et en particulier une acception extrêmement large qui est la culture au sens anthropologique. La culture, prise dans son sens anthropologique le plus étendu, est ce tout complexe qui inclut la connaissance, la croyance, l’art, les choses morales, la loi, la coutume et toutes les autres aptitudes et habitudes acquises par l’homme en tant que membre de la société, comme le disait, sous une autre forme, Edgard Morin :

 

«Il est clair que nous avons un sens restreint et un sens ample du mot culture, le sens restreint c’est la culture cultivée, la culture des productions esthétiques, artistiques, intellectuelles, et le sens ample, qui est, en même temps, un sens très profond, c’est un sens anthropologique, c’est l’ensemble des normes, des comportements, des prescriptions, des tabous qui, en quelque sorte, ordonnent notre vivre dans une société donnée. Evidemment nous sommes ballotés entre ces deux sens et nous faisons sans cesse le va-et-vient, nous sautons d’un code à un autre de façon tout-à-fait inconsciente. » 1

 

Donc ma question, au fond, n’est pas tant directement celle du droit à la culture que celle du droit à dire la culture, du droit à parler de la culture, du droit à définir ce qu’est ou ce que doit être la culture.

Alors, porte ouverte encore, je pense que nous sommes une très grande majorité dans cette salle à avoir poursuivi des études au moins jusqu’au baccalauréat, donc à avoir suivi un enseignement de philosophie en classe terminale, et très probablement nous n’avons pas pu échapper à l’étude d’au moins un passage du Discours de la Méthode de René Descartes qui écrivait :

« Pour ce que nous avons tous été enfants avant que d’être hommes, et qu’il nous a fallu longtemps être gouvernés par nos appétits et nos précepteurs, qui étaient souvent contraires les uns aux autres, et qui, ni les uns et les autres, ne nous conseillaient peut-être pas toujours le meilleur, il est presque impossible que nos jugements soient si purs, ni si solides qu’ils auraient été, si nous avions eu l’usage entier de notre raison dès le point de notre naissance, et que nous n’eussions jamais été conduits que par elle. »

Le Discours de la Méthode, c’est l’éloge de la Raison, et cette étrange hypothèse, que finalement les choses auraient été beaucoup mieux ou seraient beaucoup mieux si nous n’avions jamais été enfants, si nous avions été d’emblée plongés dans le monde de la raison, m’a toujours fasciné.

Ce qui est intéressant, en tout cas pour moi, dans ce texte, c’est que cela nous renvoie bien entendu à la question de la définition anthropologique de la culture et à la question de la culture comme un fait massif qui nous précède.

Nous naissons enfants, dans un environnement et dans un monde culturel que je dirais planétaire, c’est-à-dire dans des civilisations différentes, dans des catégories sociales différentes, dans des classes sociales différentes, et ceci évidemment n’est pas sans importance sur la conception même de l’action et des politiques culturelles. Mais ce fantasme cartésien qui consiste à imaginer qu’au fond notre connaissance, notre raison, notre culture seraient bien plus fiables si nous n’avions pas été enfants correspond à ce qu’on appelle en psychologie l’amnésie infantile et correspond aussi en sociologie à ce qu’on peut appeler l’effacement des conditions d’accès à la culture, c’est-à-dire les différentes formes d’oubli, de gommage, de brouillage, de méconnaissance, de mystification sur les conditions qui nous permettent d’accéder à la culture. Quelques remarques encore sur ce sujet : je rappelle que, par exemple, dans ce livre majeur que sont Les Confessions de Jean-Jacques Rousseau, on peut lire cette phrase :

« Je n’ai jamais appris à lire, il me semble l’avoir toujours su. »

 

Pourtant Dieu sait si dans Les Confessions, Rousseau s’étend sur les moindres détails de son enfance ! Mais s’agissant de la clé d’accès première à la culture que peut constituer la lecture, il l’a oublié. Je ne résiste pas non plus au désir de citer un écrivain contemporain, Danielle Sallenave, grand défenseur de la culture générale de l’enseignement littéraire et de l’excellence artistique et culturelle, qui écrivait dans une chronique du Matin de Paris cette chose merveilleuse : « Nous avons toujours su lire, nous ne pouvons pas nous rappeler le temps où nous ne savions pas lire, notre enfance nous semble faite d’après-midi lents, de soirs tombant dans une salle de classe, de lampes coniques suspendues au-dessus de nos têtes dans la lumière desquelles toujours nous lisions. »

 

Ce qui se passe ici, en tout cas pour moi, quand je lis ce genre de texte, est lié à la question du droit à la culture et à la question de ce que vont être ensuite la définition des politiques culturelles, la définition des stratégies liées à ces politiques culturelles, la définition des institutions culturelles. Ce qui se dit ici consiste à tracer une frontière entre « nous » et « eux ». Quand Rousseau dit « je n’ai jamais appris à lire, il me semble avoir toujours su », cela ne m’atteint pas, il dit « je » ; lorsque Danielle Sallenave dit « nous avons toujours su lire » là, ça coince parce que bien entendu je ne me reconnais pas dans ce « nous » et un certain nombre de gens ne peuvent pas se reconnaître dans ce « nous ». On est là donc dans une manière de parler de la culture qui va tracer une frontière plus ou moins reconnue, plus ou moins inconsciente, plus ou moins mystifiante entre un « eux » et un « nous ».

 

Dans notre pays, l’exercice du droit à la culture est lié depuis au moins 1959 à la création d’un Ministère des affaires culturelles. Je lis le décret signé de la main d’André Malraux, il y a cinquante ans (mais c’est toujours le même décret d’attribution des compétences du Ministre de la Culture) : « Le Ministère chargé des affaires culturelles a pour mission de rendre accessibles les œuvres capitales de l’humanité et d’abord de la France au plus grand nombre possible de Français, d’assurer la plus vaste audience à notre patrimoine culturel et de favoriser la création des œuvres de l’art et de l’esprit qui l’enrichissent. »

C’est donc il y a cinquante ans que le droit à la culture dans ce pays se traduit par la création d’une instance politique, le Ministère des Affaires culturelles, dont les missions sont brièvement rappelées dans le texte que je viens de lire, et qui va reprendre à son compte les institutions antérieures puisque les conservatoires, les musées et beaucoup d’autres institutions culturelles existaient fort heureusement avant le Général de Gaulle et avant André Malraux. Mais disons qu’avec la Vème République, nous entrons non seulement dans une forme de Constitution mais aussi de modernité économique - ce qu’on a appelé les Trente Glorieuses - puis de modernité artistique, culturelle, etc., qui sont marquées par cette création. La légitimation que donne André Malraux à l’existence d’un Ministère chargé des Affaires culturelles et donc à l’existence politique d’institutions culturelles consiste à couper le cordon ombilical entre ce qu’il appelle la culture et l’enseignement. L’idée a été de découpler les activités conduites en direction de l’enfance, de la jeunesse, voire des adultes - sous la forme de l’éducation permanente et d’éducation populaire - des actions de ce qui va s’appeler l’Action culturelle, les Affaires culturelles, et les institutions culturelles. Je ne cite pas les textes de Malraux, ils sont connus. Au fond, depuis ce moment-là nous entendons le même disque rayé, celui de la « démocratisation culturelle ». Puisqu’il existe un « nous » politique, institutionnel et peut-être même artistique qui s’autorise à se distinguer d’un « eux », la question c’est de faire en sorte que ces « eux », ces gens-là, puissent accéder à cette culture dont « nous » sommes dépositaires. Je dis le disque rayé de la démocratisation de la culture parce que cela fait cinquante ans que ça dure, que depuis les années 70 nous faisons un certain nombre de constats de nature sociale, sociologique, politique qui montrent que, malgré le remarquable travail déployé par les acteurs de l’action culturelle, les résultats restent relativement limités. Nous avons vu récemment dans la lettre de mission de Monsieur le Président de la République à Madame la Ministre de la culture affirmer très clairement, qu’elle devait reprendre cette ambition de démocratisation culturelle qui jusqu’à présent avait été marquée par un échec cuisant. Autrement dit, tout ce qui avait précédé ce nouveau passage de l’ombre à la lumière qu’est l’accession au pouvoir de Nicolas Sarkozy, non seulement signifie qu’il ne s’est rien passé mais en plus signifie qu’on remet le même disque sur la platine. Et si c’était un disque trop usé ? Si c’était un logiciel qui ne fonctionnait plus ?

 

Encore une remarque avant de conclure. Cette remarque vous concerne directement en tant que professionnels de l’action culturelle : les constats statistiques dont on nous rebat les oreilles suggèrent que l’investissement culturel, les budgets, les créations d’institutions, d’équipements, de postes, etc. ne bénéficient qu’à une petite fraction de nos concitoyens : c’est là-dessus que se fonde en général la critique des politiques culturelles et en particulier le récent rappel à l’ordre de la Ministre de la culture. Ces statistiques sont fondées sur des outils de mesure qui ne mesurent que ce qu’ils mesurent comme tout outil de mesure !

 

Je voudrais citer pour alimenter la polémique ce qu’écrit Olivier Donnat, qui est le grand responsable des études du Département des études et de la prospective, sur les pratiques culturelles des Français. Ces études sont réalisées à peu près tous les cinq ans et donnent, à peu près tous les cinq ans, le même constat qui pourrait sembler désespérant. Dans un commentaire critique de ses propres travaux, Olivier Donnat dit ceci :

« Ces études sont capables de rendre compte des activités culturelles d’un pays tout entier, mais elles sont trop « frustes » pour entrer dans le détail et restituer les évolutions culturelles des univers culturels trop restreints ou des disparités régionales. […] Tout ce qui est réaction prometteuse, brèche à travers les inerties et les innovations porteuses d’avenir, et qui est peut-être le plus important pour imaginer les politiques de culture, s’écoule sans laisser de trace à travers les grosses mailles de ce type d’enquête. […] Si telle ville de banlieue a pu former cent cinquante musiciens professionnels en quinze ans dans son conservatoire grâce aux subventions publiques, rien n’apparaît dans nos résultats, pas plus que les cinquante ouvriers qui sont devenus clients réguliers de la bibliothèque municipale. […] Ces cent cinquante musiciens nouveaux issus d’origine modeste, ces 50 ouvriers devenus lecteurs sont pourtant des témoins importants par rapport à ce que peut faire une politique de démocratisation culturelle. »


 

Autrement dit, il y a un niveau de débat public, général, et puis il y a le niveau des actions que vous connaissez mieux que moi puisque c’est vous qui les conduisez. Il y a une espèce de drame dans la disparité entre ce niveau de manipulation des grandes masses de chiffres, des grands discours ou des grandes intentions, et le niveau des réalisations qu’on peut observer : ceci oblige effectivement à un débat. Est-ce seulement un débat entre les politiques et les acteurs, est-ce seulement un débat entre les décideurs et les professionnels au titre desquels évidemment les artistes, est-ce que ce débat public culturel doit se limiter à ce qu’il est actuellement ? Que dire de la polémique, souvent passionnante d’ailleurs, entre des professionnels qui s’irritent de voir l’Etat se désengager de ses responsabilités et qui constatent que les élus locaux ne prennent pas suffisamment le relais ? Que dire de l’émoi des acteurs du spectacle vivant devant les conditions de plus en plus difficiles de l’exercice de leurs professions ? Dans quelle mesure un tel débat doit-il concerner aussi l’ensemble des citoyens ?

Certes, nous sommes les héritiers de la Révolution Française, certes le droit à la culture est inscrit dans notre Constitution, certes nous avons depuis cinquante ans un Ministère chargé des Affaires culturelles qui se préoccupe de démocratiser la culture, mais nous vivons dans un monde où d’autres approches sont possibles, et je voudrais simplement dire pour conclure que, tout d’abord la France est signataire de la déclaration de l’Unesco sur la diversité culturelle, texte qui propose une autre entrée dans la définition de la démocratisation de la culture que l’entrée franco-française. Ce texte a le mérite de rappeler précisément que tout part de la définition anthropologique de la culture, car la diversité culturelle, c’est d’abord la diversité des cultures entendues au sens large, c’est-à-dire des milieux dans lesquels naissent les enfants dans les cultures qui les précèdent. Puis qu’un certain nombre de cités, de gouvernements locaux, de collectivités territoriales un peu partout dans le monde - il y en a un certain nombre en France - ont signé un texte qui s’appelle l’Agenda 21 pour la culture, qui est un texte dans lequel ces gouvernements locaux et ces cités locales s’engagent à inviter les citoyens à participer à l’élaboration, au suivi et l’évaluation des politiques publiques de la culture.

 

Je vous remercie de votre attention.


Télécharger, ci-dessous,le texte de l'intervention au format .pdf

1

  

 

Télécharger la contribution.

.../...

A suivre : le débat avec le public.

.../...

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°

Ce que le contemporain fait à la culture #1

 

Ce que le contemporain fait à la culture # 2

 
 
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Published by J.C. POmpougnac Jean-Claude Pompougnac - dans Les politiques culturelles en débat Divergences Ressources
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22 février 2016 1 22 /02 /février /2016 10:49

Certains lecteurs de ce blog ses sont interrogés sur ce passage d’une récente note intitulée Culture et politique un moment historique ? :

 

Laissons, de côté les pseudo-révélations d'un site complotiste selon lequel et cet appel et la « saisie de la balle au bond » par la ministre n'ont rien d'un événement imprévu mais relèvent plutôt d'un habile coup de théâtre préparé de longue main avec l'aide d'un vieux routier du milieu dont les responsabilités longtemps exercées ont permis de connaître bon nombre des 20 du Groupe et de leur suggérer cette sorte de « fédération ». Le ministère aurait en sous-main suivi l’affaire, le cabinet de Fleur Pellerin allant jusqu'à appeler au téléphone les intervenants de ces biens nommées Biennales du spectacle pour connaître la teneur de leurs prises des parole.


 

 

Le sommaire de le récente Lettre d'information « Culture » du groupe Territorial (N°454 - 01/02/2016) les éclairera peut-être : 

 

Le discours de Fleur Pellerin aux BIS sur « l'urgence de l'essentiel »...

 

L'Appel de Nantes initié par Fabien Janelle : 20 associations professionnelles du spectacle vivant se rassemblent pour porter une parole commune.

(…)

Pour en finir avec cet événement auquel je n'ai malheureusement pas assisté, je renvoie à Bruno Caillet pour son remarquable compte-rendu sur le site artishoc.

 

Extraits :

Deux jours au BIS, Salon nantais dédié aux professionnels du spectacle vivant, c’est généralement dur pour les jambes. Cette année, l’ambiance était aussi douloureuse pour le moral.

Lors des échanges publics, un sévère constat de crise partagé par les professionnels. Crise des publics, crise dans les relations avec les tutelles, crise amplifiée par le numérique.
Dans les travées du Salon, les marchands dénoncés à l’étage sont rois. Des innovations techniques sont présentées. Certaines visent désormais « une économie de l’attention » et s’inscrivent à l’inverse d’une politique culturelle plurielle. 
Contre cette crise, de premières alternatives émergent, celle de la ministre annonçant des assises pour la culture dans tous les territoires et celle de « l’appel de Nantes ».

(…)

L’appel de Nantes et les annonces de la ministre.

En ouvrant, « des assises de la culture, dans tous les territoires », la ministre a rebondi sur l’appel de Nantes cosigné par l’ensemble des associations d’institutions et de compagnies françaises, se refusant à : « laisser les marchands s’emparer du secteur culturel ».

Nous pourrions sourire à cet énième appel au changement si le constat n’était pas si grave et si les dites institutions ne proposaient pas dans cet appel de « ré-interroger le sens de leurs missions (…) de réfléchir sans corporatisme, sans posture, dans le sens de l’intérêt général». De manière transversale et ouverte, l’appel est fait à « promouvoir des formes nouvelles et collaboratives ». La démarche ne peut donc être qu’encouragée.

Acte manqué de ce qui allait se dire ces deux jours durant, artishoc, la plate-forme coopérative d’acteurs culturels sur internet, a proposé #EmotionPublic. Préparant l’entre-deux tours des prochaines présidentielles, cette plate-forme démarre la collecte de témoignages de femmes et d’hommes pour qui un spectacle a changé quelque chose dans leur vie. Aux statistiques, démonstrations et revendications d’acteurs culturels qui accompagneront la présence probable du FN au second tour, #EmotionPublic propose en lien l’expérience pour la nécessaire sauvegarde d’une culture plurielle. A sa façon,#EmotionPublic se propose de «remettre l’humanité et le sensible au Coeur du débat public ».

© Bruno Caillet
artishoc.com

Accéder à l’intégralité de l’article.

 

En contrepoint de l’appel du Groupe des 20, cité plus haut, je rappelle le manifeste qui souhaite faire bouger les lignes, déjà cité ici, je crois, On est un certain nombre et qui commence ainsi :

 

Nous mettons en œuvre des projets artistiques ancrés dans la vie de nos territoires. Nous les élaborons avec des artistes en y associant une grande diversité de partenaires institutionnels, d’acteurs associatifs et militants, d’habitants. Ceux et celles à qui nous nous adressons portent et font le sens de ces projets, parce qu’ils en sont avec nous les acteurs

Je me suis livré à l’exercice qui consiste à transformer leurs convictions et engagements d’acteurs artistiques et culturels en principes d’action pour les puissances publiques (en italique, leur manifeste, en gras : les engagements souhaitables, à mon sens, des acteurs publics).

Ça donne à peu près ceci.

Nous mettons en œuvre des projets artistiques ancrés dans la vie de nos territoires. Nous les élaborons avec des artistes en y associant une grande diversité de partenaires institutionnels, d’acteurs associatifs et militants, d’habitants. Ceux et celles à qui nous nous adressons portent et font le sens de ces projets, parce qu’ils en sont avec nous les acteurs. La dimension de ces projets dépasse l’expérience esthétique du spectateur et l’expérience artistique de l’amateur.

Privilégier dans le cahier des charges des institutions, les délégations de service public ou dans les appels à projets, les démarches capables de faire bouger les lignes de partage entre l’expérience esthétique du spectateur et l’expérience artistique de l’amateur.

(...)

Le monde culturel doit s’emparer de ces questions (développement soutenable, aspiration à une participation plus active des citoyens à la vie et aux décisions publiques, urgence d’agir contre la persistance et le renforcement des inégalités, maintien du lien entre les générations, devenir des territoires délaissés.) pour en faire des aires de création, de réflexion, de confrontation et de partage de pratiques artistiques et démocratiques.

Susciter, identifier, soutenir les lieux, groupes et projets capables de construire des aires de création, de réflexion, de confrontation et de partage de pratiques artistiques et démocratiques.

Cette démarche conduit à modifier les logiques de production, de diffusion et de médiation trop souvent dissociées. Les notions d’œuvre et d’action culturelle s’en trouvent bousculées et repensées. L’exigence artistique se conjugue avec l’exigence relationnelle. Le faire ensemble devient la condition du vivre ensemble.

Réviser les règlements d'intervention de la collectivité à partir d'un diagnostic éclairé des logiques économiques de la production de biens symboliques en traitant conjointement les logiques de production, de diffusion et de médiation, le soutien à la création et à l’action culturelle, l’exigence artistique et l’exigence relationnelle.

Présence artistique durable sur un territoire, développement culturel en milieu rural et urbain, actions hors les murs, créations partagées, hybridation des problématiques artistiques et sociétales, éducation artistique et culturelle, toutes ces propositions doivent sortir de leur statut expérimental et cesser d’être cantonnées au volet social d’une programmation dans un système culturel qui resterait inchangé dans sa hiérarchie et ses priorités.

Refonder l'action publique en rompant résolument avec la relégation au second plan des « volets » territoriaux, sociaux, éducatifs d’une programmation dans un système culturel qui resterait inchangé dans sa hiérarchie et ses priorités.

(…)

Mettons ces questions au cœur de la réflexion sur les politiques culturelles de demain. Inventons des espaces de mutualisation d’expériences similaires. Incitons les partenaires publics à prendre en considération ces mutations, à légitimer ces démarches, à réfléchir avec nous aux nouveaux indicateurs de développement, de bilan et d’évaluation qui pourraient être inventés à partir de ces expériences.

Le partage des cultures, des arts et du sens est à ce prix.

 

Annexe.

Sur la scène du Grand auditorium de la Cité des Congrès de Nantes, Jean Louis Bonnin, consultant, ancien directeur de la culture de la ville de Nantes et ancien directeur de scène nationale, partage ses idées et ses visions innovantes aux BIS 2016.

C'est ici.

 

 

 
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4 février 2016 4 04 /02 /février /2016 09:30

 

Rappel de la note précédente

De quoi sommes-nous contemporains ?

Je vous propose d'ouvrir ces réflexions du pont de vue du lecteur ordinaire.  Le lecteur ordinaire est d'ailleurs un personnage du monde contemporain, dont on peut dater l'émergence grâce à un certain nombre de travaux importants sur l'histoire de la lecture.

(...)

Pierre Dumayet :

« À quelle époque commence pour vous le film dans lequel nous vivons aujourd'hui ? Quand est-ce que ça commence, le contemporain ? Même si on ne sait pas décrire toutes ses caractéristiques, toutes ses richesses, toutes ses diversités, on peut essayer de fixer des repères. ».

(…)

Marx et Engels :

« La bourgeoisie a noyé les frissons sacrés de l'extase religieuse dans les eaux glacées du calcul égoïste. » 

(...)

Stendhal dans Le Rouge et le noir :

« Au séminaire, il est une manière de manger son œuf à la coque qui traduit des progrès faits dans la vie dévote ».

(…)

- La suite-

 

Donc à quelle époque commence le contemporain, comment peut-on essayer de le déterminer ? Vous voyez bien que Pierre Dumayet nous conduit à admettre ou bien que Jeanne d'Arc est notre contemporaine, ou bien que nous pouvons avoir une certaine lecture de Jeanne d'Arc qui se situe dans un espace chronologique. La chronologie du lecteur ordinaire est une chronologie floue, ce qui complexifie la notion de contemporain. Je voudrais d'ailleurs objecter à Pierre Dumayet que ces scansions du contemporain peuvent être discutées.

Il y a par exemple une phrase d'un roman, beaucoup plus récent que Jeanne d'Arc, que je situe avant le commencement du film auquel dont nous serions contemporains. Il s'agit de Du sang, de la volupté, de la mort de Maurice Barrès, dans lequel le narrateur écrit à propos de sa bien aimée :

"Je pouvais dire le soir au lit, d'après ses ardeurs, si elle avait communié le matin."

 

Je suis là projeté dans un monde passé dont j'ignore tout, que je ne connais pas, aussi lointain que ces frissons sacrés de l'extase religieuse qui ont été depuis longtemps noyés par la bourgeoisie ! Pourtant le texte est chronologiquement beaucoup plus proche de nous que le procès de Jeanne d'Arc...

Apprendre à interroger les rapports entre la fiction, la théorie et le contemporain, amène à une posture qui n'est ni celle des critiques, ni celle des avant-gardes esthétiques ou philosophiques, qui peut introduire la confusion des genres et brouiller les repères chronologiques. Dumayet note quelque part, et cela ressemble un peu à ce que disait Jean-Paul Sartre dans Les Mots, qu'il peut passer dans ses lectures d'Hamlet au Sapeur Camembert, du moment qu'il ne l'écrit pas. Ce qui est intéressant, c'est qu'il ne peut pas ignorer que Sartre l'a écrit et qu'il a fait son autoportrait, non pas de lecteur ordinaire, mais de philosophe, en racontant son accès à la lecture et ses allers et retours entre Heidegger et la Série noire.

Je ne voudrais pas oublier les préoccupations des associations comme le CRL et les implications pratiques de ce discours théorique. On invite des auteurs vivants à rencontrer les lecteurs, jeunes ou non. L'auteur a un corps, il existe, il est notre contemporain. Dumayet qui a longtemps pratiqué l'exercice d'interroger les écrivains, écrit ceci :

« Peu à peu s'installe l'envie d'interroger les textes, plutôt que les auteurs. Cette envie est assez normale puisque tous les écrivains que j'ai relus, ces dix dernières années, sont morts. Bien sûr, je lis souvent des livres écrits par des vivants. Nous avons des amis qui écrivent, d'autres qui peignent ou sculptent. Nous aimons les lire ou aller voir leurs œuvres. Cela fait partie de la vie. Mais la tentation de relire Flaubert, Proust ou Kafka fait aussi partie de la vie. D'autant qu'il peut être possible d'interroger une phrase écrite par l'un de ces trois-là, alors qu'il peut être impossible de questionner une phrase écrite par un contemporain. Et pourquoi donc ? Tout simplement parce que nous ne savons rien de l'écriture cachée de nos contemporains.  Nous ne connaissons pas — et c'est une bonne chose — leur correspondance. Nous ne savons pas (toujours) ce qu'ils pensent de ceci ou de cela. Et c'est très bien. Tandis que "les écrits" de Flaubert, Proust ou Kafka sont presque tous édités. Je sais bien que l'expression "les écrits" est fautive, mais elle a une vertu : elle met dans le même sac l'encre et le crayon, le roman et le billet. Quand on interroge un texte, ce n'est jamais lui qui répond. S'il y a une réponse, c'est un autre texte qui la donne. (...) Interroger un texte, c'est finalement, pour moi, formuler une question que je n'aurais pas pu poser à l'auteur, si j'avais été son contemporain. »

 

Au-delà de la posture un peu anarchique et libertaire du lecteur ordinaire, celui que Michel de Certeau décrivait comme un braconnier, celui qu'Alain désignait comme un animal mal apprivoisé, (je suis du reste très frappé, au-delà des différences fondamentales des systèmes de référence des deux auteurs, de la proximité des images utilisées !), nous constatons donc cette capacité du lecteur ordinaire à transgresser l'ordre chronologique, à faire résonner les textes ensemble. Cela nous conduit à une réflexion plus profonde sur la place de la formation à la lecture dans notre culture. Je pense que c'est une très bonne chose de faire en sorte que les collégiens et les lycéens rencontrent les écrivains en chair et en os. Mais il ne faudrait pas oublier ce que c'est que d'interroger un texte, ce que c'est que de lire et relire un même texte, — de le lire le jeudi parce qu'on l'avait lu un mardi, le mauvais jour ! — ou d'interroger le texte de fiction à partir de la correspondance.

Voilà donc ce que je pouvais dire sur la question du contemporain, il doit sûrement y avoir un moyen de déterminer un tant soit peu un certain nombre de points communs qui définiraient la contemporanéité de la philosophie et du roman contemporains. Il y a peut-être encore des avant-gardes qui seraient en mesure de montrer à partir de la décrépitude du monde qui s'écroule, lesquelles sont portées d'avenir, mais j'ai choisi un angle modeste, car je reste persuadé que cette posture est intenable. Dévoilons les cartes, il n'y a plus de critique littéraire, plus d'avant-garde, et s’il y a quelque chose de radicalement nouveau dans le contemporain, c'est précisément cet écroulement, cet effacement d'un certain nombre de repères qui ont fonctionné dans la République des lettres. Quand j'ai évoqué tout à l'heure le critique littéraire, c'était dans le but de faire référence à un texte très important à mon sens, de Marcel Gauchet publié en deux livraisons dans la revue Le Débat, qui s'intitule Essai de psychologie contemporaine, dans lequel il essaye de décrire ce qu'il appelle l'individu ultra contemporain, c'est-à-dire cette évolution entre l'individu démocratique et l'individu ultra contemporain. Sa thèse est que cette évolution modifie la façon dont nous avons pu penser l'inconscient psychique depuis Freud. Aujourd'hui le rapport de l'individu à son inconscient, le type de maladie psychique ou de trouble qu'il peut vivre est profondément modifié par la reconfiguration totale des rapports entre l'individu et le social.

« Dans une culture de tradition, le lien de société n'est pas posé comme ce qui découle de l'action des individus, il est posé au contraire, comme un modèle qui les précède radicalement. Nous sommes des héritiers, nous arrivons dans un monde tout constitué, qui comporte non seulement d'insurpassables canons du point de vue de la pensée et de l'art, mais qui s'ordonne autour de formes préréglées de coexistence avec les autres. »

Or toute l'évolution des sociétés individualistes aboutit à effacer, à découpler chaque jour un peu plus, cette relation entre l'inscription du social en nous et nous comme individus.

 « Ce qui est en cause, écrit Marcel Gauchet, c'est l'inscription psychique de la précédence du social ; l'inscription psychique de l'être en société qui permet à chacun de raisonner du point de vue de l'ensemble. »

 

Dans la société traditionnelle il y a des formes d'éducation, qui sont des formes de socialisation qui au cours de la petite enfance, dans la sphère familiale ou dans l'institution scolaire, inscrivent psychiquement le social dans l'individu. Il faut relire Durkheim, c'est écrit en toutes lettres. D'après Marcel Gauchet, les familles ne socialisent plus, le système éducatif, par conséquent, devient ingérable, car les pré-requis du fonctionnement de l'institution éducative réclament que les familles aient socialisé auparavant, et l’on arrive à ce nouveau type d'individus.

Il donne un exemple, celui de la critique de livre, qui dit-il par deux fois, n'est pas un exemple anecdotique. Ce n'est pas non plus anecdotique que je reprenne aujourd'hui cet exemple, car c'est dans la République des Lettres que s'est forgé le modèle de l'espace public :

« Critiquer un livre ne se résume pas à donner un avis personnel et particulier poursuit Marcel Gauchet. Critiquer un livre, c'est rendre lisible la place de ce livre au sein d'un ensemble ou d'un mouvement, c'est reconstituer ce en regard de quoi ce livre compte ou ne compte pas, c'est se situer du point de vue d'un lecteur idéal. »

C'est grâce à ce travail d'objectivation que peut s'instituer la chose publique comme un espace cognitif commun aux individus dans une même société. Et Marcel Gauchet ajoute que cette critique est en train de disparaître. On revient au point de vue particulier qui ne vise plus à une généralité, ou plus exactement, il dit ceci :

« Le combat entre l'esprit d'impartialité et l'esprit partisan a toujours existé. Mais il y avait combat. Opposition entre un idéal et les manquements à cet idéal. C'est cette opposition même qui se brouille aujourd'hui au profit non pas de la partialité, mais d'une particularité qui s'ignore, particularité de l'auteur qui ne fait que répondre aux particularismes du lecteur renfermé dans le cercle de ses intérêts. »

Cet exemple de la critique littéraire est donc pris par Marcel Gauchet pour signifier ce qu'il entend par le terme contemporain, par la place de l'individu contemporain dans la configuration sociale contemporaine. On peut faire un parallèle avec la corruption des hommes politiques :

« c'est le même mécanisme. Quand on cesse de voir les choses d'un point de vue public, on ne fait plus la distinction entre les intérêts privés et les intérêts publics, et l'on pense naïvement et en toute bonne conscience, qu'agir pour ses propres intérêts est la même chose qu'agir pour l'intérêt général ».

J'en aurai donc terminé, si j'ajoute que cette même démonstration de Marcel Gauchet qui diagnostique la ruine de la critique littéraire, diagnostique également celle des avant-gardes esthétiques ; dans la même logique... Parce que la date d'apparition de l'inconscient est la même que l'apparition, la structuration des religions sécularisées. La bourgeoisie a noyé les frissons sacrés de l'extase religieuse dans les eaux glacées du calcul égoïste, mais Lénine, Staline et les autres vont fabriquer une religion séculière, la croyance dans les lendemains qui chantent, un monde meilleur, la victoire du prolétariat, etc. Et c'est au même moment que se redéfinissent l'esthétique et les pouvoirs de l'art, ainsi que la capacité de l'art à nous proposer, parallèlement aux utopies politiques, une autre vision des choses, le dévoilement du monde.

Il y a une configuration relativement stable, je parle toujours selon Marcel Gauchet : l'apparition de la notion d'inconscience (c'est Freud), la possibilité d'une foi sécularisée (c'est Marx), la nouvelle définition d'un art autonome de tout canon, de toute fonction, l'art pour l'art. Une opération émancipatrice, prométhéenne, qui va nous dévoiler, un peu à la manière des utopies politiques, la vérité de notre vie, le sens du monde, etc. Selon Marcel Gauchet, cette configuration stable s'écroule avec un symptôme majeur selon lui, qui est l'effondrement des religions séculières, la fin des utopies, la fin des grands récits et en même temps, la dissolution des avant-gardes esthétiques. L'avenir ne peut plus faire l'objet d'une foi, il a un statut d'inconnu :

 « dissolvant pour la croyance écrit Marcel Gauchet, il décourage l'utopie en la frappant de vacuité et la route du salut terrestre est coupée ».

De la même manière, la religiosité séculaire de l'art, la foi dans les pouvoirs transcendants de la connaissance ou de la création artistique est en train de s'épuiser, de se dissoudre...

Il faudrait, bien entendu, ajouter à ce panorama, le phénomène du marché, cela va de soi.

Je vais terminer par des notations d'un lecteur ordinaire. Qu'a-t-on pu observer ces dernières années ? Entre le rayon philosophie et le rayon littérature, nous avons assisté à l'expansion d'un rayon situé entre les deux : ni philosophie, ni religion, ni littérature, ni fiction, ni recherche de la vérité ; c'est Paolo Coelho, c'est la spiritualité, le new âge, c'est le fantastique marché d'une littérature à fonction thérapeutique destinée à nous faire du bien et faire semblant de croire...

Je vous remercie de votre attention.

 

Jean-Claude Pompougnac

 

 

Télécharger le texte intégral.

 

Ce que le contemporain fait à la culture (suite et fin)

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2 février 2016 2 02 /02 /février /2016 10:30

 

Comme convenu dans ma précédente note.

¤

De quoi sommes-nous contemporains ?

¤

Après beaucoup d’hésitations, j’ai décidé de conserver à cette communication -qui pourrait bien sembler hors d’âge mais le lecteur en décidera-  la forme qu’elle a eue sans rien y changer.

Et je remercie le Centre Régional du Livre de la Région Centre de m’en avoir communiqué la transcription.

C’était il y a un bail, j’imagine que je l’avais relue et validée, mais peu importe…

 

 

Discours inaugural de Jean-Claude Pompougnac

 

Au fur et à mesure que la date d'aujourd'hui s'approchait, en plus de l'inquiétude ordinaire que quiconque ressent lorsqu'il sait qu'il devra parler plus de cinq minutes, s'accroissait la mauvaise conscience d'avoir accepté la proposition du Centre Régional du Livre adressée au Directeur Régional des Affaires Culturelles, qui ne consistait pas, comme c'est en général demandé, à prononcer une petite allocution institutionnelle d'ouverture où l'on remercie tous ceux qui ont contribué à... où l'on salue les élus locaux qui..., etc., mais de faire une véritable intervention au titre du thème de ces rencontres, à savoir Roman et Philosophie contemporains en question.

J'ai accepté, puis j'ai pensé que c'était un péché d'orgueil pour un fonctionnaire qui a autre chose à faire que des discours inauguraux. Un critique aurait pu être la personne indiquée pour problématiser et cadrer l'ensemble des débats : capable de dresser un état des lieux, un panorama du champ de la création littéraire ou de la philosophie contemporaine, sans développer un point de vue particulier ou singulier, mais ayant une vision englobante et utilisant des critères d'appréciation, comme l'indique le terme critique. Une seconde possibilité aurait été d'inviter un artiste ou un penseur d'avant-garde, quelqu'un qui se situant suffisamment en pointe par rapport au monde contemporain, aurait pu en décrire avec passion et finesse, la décomposition, la décrépitude, pour montrer que dans la pourriture du contemporain émerge un message nouveau, qu'il soit littéraire ou philosophique.

Mais ayant accepté cette invitation, je vous propose d'ouvrir ces réflexions d'un autre point de vue, celui du lecteur ordinaire. Celui de l'individu aux lectures particulières qui n'a aucune prétention messianique à représenter ce qui émerge aujourd'hui, et ne peut prétendre avoir une vision savante, universitaire, critique suffisamment large pour ne pas se tromper dans le choix de ses orientations. Le lecteur ordinaire est d'ailleurs un personnage du monde contemporain, dont on peut dater l'émergence grâce à un certain nombre de travaux importants sur l'histoire de la lecture.

Qu'est-ce qui fait qu'un roman, qu'un ouvrage de philosophie est contemporain ? On a le droit et l’on peut risquer l'hypothèse de répondre qu'il est contemporain, à partir du moment où il est actualisé par une lecture, indépendamment de sa date et de ses conditions de publications. La publication récente de Autobiographie d'un lecteur de Pierre Dumayet, m'a conforté dans cette hypothèse, un ouvrage remarquable où cette question de la contemporanéité de l'œuvre court tout au long du livre, comme un fil conducteur passionnant. Mais Pierre Dumayet est-il un lecteur ordinaire ? Je laisse volontairement de côté cette question, car l'auteur lui-même, y répond par l'affirmative, dans la mesure dit-il où il est capable de poser des questions absolument stupides, comme celle-ci, une des questions clés du livre :

"À quelle époque commence pour vous le film dans lequel nous vivons aujourd'hui ? Quand est-ce que ça commence, le contemporain ? Même si on ne sait pas décrire toutes ses caractéristiques, toutes ses richesses, toutes ses diversités, on peut essayer de fixer des repères". 

Pierre Dumayet note ceci à propos d'un roman de Raymond Queneau qui est publié en 1939, mais dont l'histoire se situe pendant la première guerre mondiale :

« Cette lecture a renforcé une « croyance » — discutable — que j'avais déjà : tous les textes peuvent se lire comme s'ils étaient nos contemporains. Ou comme si nous étions les leurs. C'était un refus de « l'admiration historique », mais c'était surtout l'affirmation — discutable — qu'il n'y avait pas, à proprement parler, d'histoire littéraire. Cela ne voulait pas dire que Villon ou Saint-Simon avaient écrit dans les mêmes conditions que Valéry ou Breton. Cela voulait dire que l'histoire littéraire était justement l'histoire de ces conditions, qu'il fallait la connaître et ne pas la prendre pour l'essentiel. L'essentiel étant le texte, la langue vivante du passé ou du présent. Cela ne voulait pas dire que le matérialisme historique était « dépassé » : le matérialisme historique pouvait, comme n'importe quel autre texte, rester dans son coin en attendant qu'on vienne le lire à nouveau. »

Je ne résiste pas au plaisir de vous lire le paragraphe qui suit, car il y a cette pratique de l'écriture chez Pierre Dumayet qui consiste, au moment même où on avance des arguments qui pourraient paraître sérieux aux esprits sérieux, à glisser un clin d'œil, à faire un pas de côté :

« Raymond Queneau a tenu à jour son carnet de lectures pendant soixante ans. Chaque livre lu était mentionné dans un carnet d'écolier à sa date. Je regrette de ne pas avoir pris cette précaution. Précaution que toute personne prudente devrait prendre. Supposez qu'un matin vous vienne l'horreur d'un jour de la semaine. Cela peut arriver : Flaubert détestait le mardi. En consultant votre carnet de lectures vous retrouveriez tous les livres lus un mardi. Vous pourriez alors décider de les relire un mercredi ou un jeudi, pour voir si votre lecture n'a pas été gâtée par un mauvais jour. »

Tout le livre est de cette veine, et tourne donc autour de la question de la contemporanéité et de cette croyance discutable que tous les textes peuvent être nos contemporains.

Il y a aussi cette référence au marxisme, que je garde un instant, puisque après tout, décider de ce qui est ou n'est pas contemporain, c'est par exemple agencer des propositions audacieuses, comme celle de Jean-Paul Sartre, qui disait que le matérialisme historique, le marxisme, est l'horizon indépassable de notre temps. Cela peut être une manière de définir le contemporain, sauf que précisément, lecteur ordinaire, qui n'hésite pas à pratiquer la confusion des genres — à lire des romans comme des textes philosophiques ou la philosophie comme des textes poétiques ou romanesques — j'ai toujours été saisi par cette formule du Manifeste du parti Communiste, dans lequel Marx et Engels écrivent à propos d'une période précise de l'histoire :

« La bourgeoisie a noyé les frissons sacrés de l'extase religieuse dans les eaux glacées du calcul égoïste. »

Cette phrase m'arrête toujours quand je lis ce texte, car on quitte le texte théorique pour entrer dans une formulation poétique : il y a un travail sur la langue qui fait que l'on sent dans sa chair, dans sa peau, à la fois un vague souvenir des frissons sacrés d'hier et cette douche froide du calcul égoïste de la bourgeoisie. Sauf que le marxisme devient bien l'horizon indépassable de notre temps parce que la bourgeoisie n'en finit pas de nous noyer d'eau glacée et n'en finit pas d'achever notre tendance à rechercher les frissons sacrés d'extase, qu'elle soit religieuse ou non, j'y reviendrai. Dans la même veine, quand je lis dans Le Rouge et le noir, alors que Julien Sorel est au séminaire,

« Au séminaire, il est une manière de manger son œuf à la coque qui traduit des progrès faits dans la vie dévote »,

j'ai le sentiment que Stendhal a résumé en une phrase, la moitié de ma bibliothèque de sociologie, que toute la théorie de l'habitus— qui vient d'Aristote, il est vrai, donc avant Stendhal — est résumée dans cette phrase et que s'il s'agissait de donner un exemple de ce qu'est l'habitus — concept bourdieusien — il suffirait de prendre celui de Julien Sorel mangeant son œuf avec toute cette onction et cette componction qui traduisent dans l'extérieur de ses postures ses progrès dans la vie dévote.

Je continue de vous proposer quelques extraits, quelques passages du livre de Pierre Dumayet, autour de cette même question :

« À quelle époque commence pour vous, le film dans lequel nous sommes encore aujourd'hui ? Impossible de répondre précisément à cette question. Disons — en rougissant — qu'avant Jeanne d'Arc, je ne me sens pas dans le même film. J'ai tout à fait conscience du ridicule de ce que j'écris. Pataugeons encore un peu. Il me semble qu'entre Jeanne d'Arc et aujourd'hui, je crois savoir de quel côté je suis. C'est une croyance qui n'est pas fondée, naturellement. C'est une illusion : ce n'est pas parce que j'aime lire le duc de Saint-Simon que je me rallie à ses objectifs politiques. Mais lire Saint-Simon avec plaisir, me fait croire que je peux comprendre (un peu) son siècle. De même Jeanne d'Arc : le texte qu'elle improvise pendant son procès fait d'elle un écrivain superbe. Dans la vie courante, je ne crois pas qu'une personne puisse entendre et voir des saints lui parler, mais quand je lis les Procès de Jeanne d'Arc, je crois tout à fait qu'elle a vu et entendu saint Michel lui parler. Entendons nous bien : je ne croirais pas Jeanne d'Arc si elle voulait nous prouver quelque chose. Mais elle ne veut rien nous prouver du tout. Elle veut seulement être crue quand elle dit ce qui lui est arrivé. »

 

A SUIVRE.

 
 

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1 février 2016 1 01 /02 /février /2016 18:02

 

Il y a un peu plus d'une semaine, un événement historique s'est donc produit.

 

Au lendemain des Biennales du spectacle vivant qui viennent de se tenir à Nantes du 20 au 21 janvier, 2016 s'annonce comme un tournant pour les politiques publiques en matière de spectacle vivant. Avec d'un côté, l’Appel de Nantes lancé par le G20 des arts vivants ; de l’autre, l’annonce, par la ministre de la culture, de la tenue d’assises de la Culture sur tout le territoire. Des démarches dissociées, mais convergentes quant aux objectifs, dans lesquelles les élus à la culture sont prêts à s'engager.

© La Gazette des communes

 

Pour la première fois en effet, 20 associations et réseaux de professionnels des arts vivants (1) se sont réunis au sein d’un « G20 », pour « porter les valeurs essentielles du vivre ensemble » et réfléchir sur les politiques culturelles au travers d'un manifeste, intitulé « Appel de Nantes ».  

Il faut évidement lire ce texte, et attentivement, en plus. Il se conclut ainsi :

Nous nous engageons (…) à projeter notre travail dans une perspective de société, étendue à l’Europe et au monde, car il est bien question aujourd'hui de construire ensemble une réponse à la crise morale, intellectuelle et politique à laquelle nous sommes confrontés ;

• faciliter et soutenir le partage et les coopérations en réfléchissant à la mise en œuvre de nouveaux modèles collaboratifs.

• repenser nos actions en prenant en compte les droits culturels ; ils sont inscrits dans la loi NOTRe, qui affirme notamment la responsabilité de l’État et des collectivités locales en matière culturelle, dans le respect de la dignité des personnes.

 

Il signifierait que des organisations aussi différentes que l'Association des Centres chorégraphiques nationaux (ACCN) ou celle des CDN se sont entendues avec l'UFISC comme avec l' Association des Scènes nationales (ASN) et la Réunion des opéras de France (ROF) ;  pour prendre en compte la référence aux droits culturels qui, il y a peu divisaient profondément le monde politique et les milieux professionnels.

Historique donc.

Nuançons toutefois, pour être complets et précis, : le « canal historique » tient bon, LA PREUVE.

 

Historique insiste la Gazette des communes :

Artistes, intellectuels, chercheurs, élus politiques, responsables associatifs, syndicats, publics, amateurs, simples citoyens sont aussi invités à les rejoindre au sein « d’espaces de recherche, de réflexion et d’expérimentations ». Les signataires se donnent dix-huit mois pour mener à bien leur projet, à compter de ce mois de janvier 2016. Leur tâche s’annonce immense. Mais si les nouvelles politiques culturelles restent à construire, ils savent déjà ce qu’ils veulent à tout prix éviter. Leur « Appel de Nantes » pointe :

  • les « dangers des forces régressives qu’elles soient politiques, économiques, intellectuelles ou religieuses » ;

  • les « marchands » qu’il veut empêcher de « s’emparer du champ artistique à des fins spéculatives et idéologiques ».

 

Lors de son intervention, la ministre de la Culture Fleur Pellerin a salué l’initiative du « G20 » des arts vivants. :

« Je mesure la dimension historique du G20, et je prends la balle au bond , a assuré la locataire de la Rue de Valois. 

 

© La Gazette des communes

Laissons, de côté les pseudo-révélations d'un site complotiste selon lequel et cet appel et la « saisie de la balle au bond » par la ministre n'ont rien d'un événement imprévu mais relèvent plutôt d'un habile coup de théâtre préparé de longue main avec l'aide  d'un vieux routier du milieu dont les responsabilités longtemps exercées ont permis de connaître bon nombre des 20 du Groupe et de leur suggérer cette sorte  de « fédération ».

Le ministère aurait en sous main suivi l’affaire, le cabinet de Fleur Pellerin allant jusqu'à appeler au téléphone les intervenants des ces biens nommées Biennales du spectacle pour connaître la teneur de leurs prises des parole.

 

Foin de ces élucubrations, la dimension « historique » ne m'échappe pas .

 

Car  je vois dans cette grandiloquence et cette mémoire courte un signe de la contribution active et efficace d'une certaine conception de  la culture  (commune aux professionnels et à leurs interlocuteurs politiques) aux ravages sociaux et intellectuels du présentisme.

 

Il en va ainsi de même de la réaction de la FNCC :

 

De son côté, la Fédération nationale des  collectivités territoriales pour la culture (FNCC) a promis de prêter  une oreille attentive aux professionnels.  «La FNCC répondra à l’Appel du G20», a assuré son président Florian Salazar-Martin, lors d’un autre débat organisé par la FNCC et le Syndicat national des scènes publiques. Les modalités de cette réponse seront discutées le 28 janvier  lors du prochain CA de la la FNCC. « Il nous faut réinventer ce que nous faisons au quotidien, même financièrement », estime Florian Salazar-Martin.

© La Gazette des communes

 

Si je comprends bien, aux « oubliettes de l'histoire », le texte d’orientation politique de décembre 2012,  de même que la déclaration commune  l'ensemble des associations d'élus  publiée à l'occasion du Forum organisé à Avignon, le 16 juillet 2010, affirmant leur engagement  solidaire en faveur de l'art et de la culture.

 

L'histoire passe donc, une certaine histoire où « l'événement se confond avec son spectacle et la comédie avec le dramatique effondrement du politique » (L'Orchestre du Titanic, Chantal Manach-Vermaud,  Editions du Tertre, Bruxelles, 2013)

On comprend donc que ce blog doit désormais s’attacher à mieux tenter de saisir ce qu'il en est des effets spécifiques du contemporain dans « la culture ». Et réciproquement.

Dès demain ou après-demain.

 
 

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  • Jean-Claude Pompougnac
  • Responsable du service de la recherche à la BPI (Centre Pompidou) puis conseiller au cabinet du Ministre de la culture (Jack Lang), j'ai dirigé ensuite la Délégation au développement et aux formations de ce même ministère. A l’issue d’une alternance politique, très élégamment remercié par Jacques Toubon arrivé rue de Valois je me suis vu offrir le poste de directeur de l'Institut français de Barcelone. Quatre ans après, le ministère des affaires étrangères a jugé mes compétences insuffisamment diplomatiques. En conséquence, à partir de 1999, j'ai dirigé la DRAC Centre à Orléans. Remercié par la Droite,. j'ai ensuite crée l'un des premiers EPCC, ARCADI en Île-de-France. Remercié par la Gauche je suis devenu  DAC de la ville de BONDY (93). Aujourd'hui consultant. Membre de l'Institut de coopération pour la culture et correspondant du Comité d'histoire du MCC où j'ai contribué à la conception de séminaires et de journées d'études.
  • Responsable du service de la recherche à la BPI (Centre Pompidou) puis conseiller au cabinet du Ministre de la culture (Jack Lang), j'ai dirigé ensuite la Délégation au développement et aux formations de ce même ministère. A l’issue d’une alternance politique, très élégamment remercié par Jacques Toubon arrivé rue de Valois je me suis vu offrir le poste de directeur de l'Institut français de Barcelone. Quatre ans après, le ministère des affaires étrangères a jugé mes compétences insuffisamment diplomatiques. En conséquence, à partir de 1999, j'ai dirigé la DRAC Centre à Orléans. Remercié par la Droite,. j'ai ensuite crée l'un des premiers EPCC, ARCADI en Île-de-France. Remercié par la Gauche je suis devenu DAC de la ville de BONDY (93). Aujourd'hui consultant. Membre de l'Institut de coopération pour la culture et correspondant du Comité d'histoire du MCC où j'ai contribué à la conception de séminaires et de journées d'études.

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