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2 juin 2014 1 02 /06 /juin /2014 08:00

Notre contemporanéité est par définition en cours, c’est-à-dire que nous ne savons pas vers où elle nous conduit. Elle a pourtant des traits reconnaissables. Elle est brutale et elle est largement partagée. Ce qui ne veut pas dire qu’elle soit unifiée, tant s’en faut. Elle est mondiale, ou, plus exactement, elle s’est de proche en proche mondialisée. Cela ne signifie en rien qu’elle soit unifiée, comme le prétend le discours sur la mondialisation. Tout au contraire : elle confronte des situations, des histoires, des attentes, profondément différentes. Là où avait longtemps prévalu une lecture unifiée du devenir du monde, essentiellement occidentale, il existe désormais une multiplicité de lectures qui ne s’accordent pas nécessairement. La globalisation est une transformation dont il serait absurde de méconnaître l’importance. Il ne serait pas moins absurde de croire qu’elle va imposer un modèle unique. Tout au contraire, à travers les confrontations qu’elle rend possibles, à travers les nouveaux rapports de force qu’elle rend visibles, elle produit un autre répertoire de différences. À cet égard, le problème me paraît moins être celui de sauvegarder ces différences comme traces du passé, que de comprendre ce que les protagonistes, anciens et nouveaux, vont faire d’elles.
Mais cela suppose peut-être que nous – j’entends : les sociétés occidentales, qui se sont longtemps réservé le privilège du déchiffrement et de l’interprétation de l’histoire – commencions par reconnaître que ce privilège est désormais partagé. La prophétie d’une catastrophe civilisationnelle, que l’on entend parfois annoncer, pourrait bien n’être qu’une manière de dire que nous ne sommes plus les seuls maîtres du jeu. Il y a là un réajustement qui est sans nul doute difficile mais qui pourrait, à terme, être salutaire – et qui, de toute façon, ne nous laisse guère de choix. C’est sans doute de là qu’il faut repartir.

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Extrait de Le passé est devenu une valeur refuge

 

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Conversation avec Jacques Revel, Historien par Caroline Gaudriault

 

© Zig-Zag Blog.com

 

Zig-Zag part du principe que la pensée ne va pas d’un point A à un point B en ligne droite, mais évolue en spirale. Partisan de fuir le consensus, il respecte les contradicteurs. La vérité étant multiple et souvent remise en question, notre réflexion est en droit de zig-zaguer, comme le fait notre époque qui se cherche.
Avec la participation du photographe Gérard Rancinan et d’intellectuels, Zig-Zag invite à témoigner, à ouvrir des perspectives et converser d’une opinion à l’autre…
Zig-Zag veut échapper aux préjugés, affectionne particulièrement le libre arbitre et n’a pas peur de la nostalgie. Ce que Zig-Zag aime plus que tout c’est son époque, moderne. Et l’impertinence n’étant jamais très loin de son trait de caractère, il regarde avec ironie et sens critique les contradictions de notre société pour mieux en appréhender les contours et s’ouvrir sur des perspectives nouvelles.

 

Accéder à la version intégrale de l'entretien.

 

 

Actualités des politiques culturelles

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 Titre : La Cité des sens

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1 octobre 2013 2 01 /10 /octobre /2013 09:51

Le Comité d'histoire du ministère de la Culture et de la Communication communique (ce qui somme toute est assez logique) :

le séminaire "La démocratisation culturelle au fil de l'histoire contemporaine", ouvert en octobre 2012 et qui s'est poursuivi tout au long du premier semestre de cette année va reprendre durant cette année universitaire.


Les séances du dernier trimestre 2013 se tiendront de14h00 à 18h00 au Centre d'histoire de Sciences Po, 56 rue Jacob, 75006 Paris. 

       Séance du 14 octobre 2013

Accueil
Laurent MARTIN, Jean-Claude POMPOUGNAC

"L'éducation artistique au défi de la démocratisation culturelle"

Introduction et animation : Alain KERLAN, professeur des universités, Université Lumière-Lyon 2  

Marie-Christine BORDEAUX, maître de conférence, Université Stendhal-Grenoble 3
Les aléas de l'éducation artistique et culturelle : brèves rencontres, rendez-vous manqués et avancées territoriales

Camille GRABOWSKI, (qui soutiendra prochainement sa thèse au Centre d'histoire de Sciences-Po sur l'éducation artistique dans le système scolaire français, 1968-2000).
Le colloque d'Amiens et le VIe Plan

Perrine BOUTIN, maître de conférence, Université de Sorbonne-Nouvelle - Paris 3 (interviendra sur le sujet de sa thèse portant sur ''Le septième art aux regards de l'enfance : les médiations dans les dispositifs d'éducation à l'image cinématographique").

Grand témoin : François DESCHAMPS, directeur des Affaires culturelles de la communauté d'agglomération d'Annecy

Marie-Christine Bordeaux et François Deschamps sont co-auteur de l'ouvrage ''Education artistique, l'éternel retour ? Une ambition nationale à l'épreuve des territoires'', (éd. de l'Attribut, 2013).

       Séance du 25 novembre 2013

"Histoire des politiques de démocratisation culturelle. 'Quelques exemples' hors de France"

Présidence et animation : Jean-Michel TOBELEM, directeur de l'Institut d'étude et de recherche "Option Culture"

Jean-Louis GENARD, professeur ordinaire à la Faculté d'architecture de Bruxelles
Le destin des controverses sur la démocratisation de la culture en Belgique francophone depuis les années 60

Alice CHATZIMANASSIS, historienne de l'art en muséologie
Démocratisation de la culture et démocratie culturelle à partir d'exemple québécois

Brigitte REMER, ancienne directrice adjointe du Centre culturel français d'Alexandrie, docteur en sociologie
Une expérience de démocratisation culturelle : le cas de l'Egypte et de la Compagnie indépendante ''El-Warsha"

Charlotte FAUCHER, doctorante, Université de Londres
Quelle démocratisation pour la politique culturelle de la France à l'étranger ? L'exemple de l'Institut français du Royaume-Uni, 1945-1960

Grand témoin : [contact en cours]

      Séance du 16 décembre 2013

"Une approche internationale des politiques de démocratisation"

Animation : Chantal COLLEU-DUMONT, ancien chef du service des Affaires internationales au ministère de la Culture et de la Communication

Laurent MARTIN, professeur à Paris 3 
Le Conseil de l'Europe et l'UNESCO pendant les années 1970-80 : la démocratisation au coeur ?

Marie-Bénédicte VINCENT, maître de conférence à l'Ecole normale supérieure
Les dimensions européennes d'un projet d'éducation populaire : l'association Peuple et Culture à l'échelle régionale de 1944 au seuil des années 1970

Céline GITON, membre du réseau Les Lettres européennes, écrivain
Une démocratisation du livre ? La politique mondiale du livre de l'UNESCO, 1945-1974

Grand témoin : Carla BODO, vice-présidente de l' Association italienne pour l'économie de la culture

 

L'accès est libre sur simple inscription à : comitehistoire@culture.gouv.fr 

Le programme des séances pour l'année 2014 est en cours d'élaboration et sera communiqué prochainement.

Une page dédiée à ce programme est accessible sur le site internet du ministère de la Culture et de la Communication

Le Comité d'histoire du Ministère de la Culture et de la Communication y propose :

L’appel à contribution 2012

Des éléments bibliographiques et une chronologie

Une analyse des écrits sur la question et une sélection de sites.


Ajoutons cette publication en ligne :

"Démocratiser la culture ! Une histoire comparée des politiques culturelles", sous la direction de Laurent Martin et Philippe Poirrier ("Territoires contemporains", avril 2013, n° 5).

Les actes de la journée d'études organisée par le Comité d'histoire le 9 février 2012 au Centre d'histoire de Sciences Po "Démocratiser la culture. Une histoire comparée des politiques culturelles", ont fait l'objet d'une publication électronique consultable intégralement ci-dessous. Celle-ci a été réalisée sous la direction de Laurent Martin et Philippe Poirrier publiée dans la revue "Territoires contemporains" (Centre Georges Chevrier, Université de Bourgogne-CNRS), 2013.

Le rendez-vous de cette journée avait pour objectifd'examiner différentes modalités nationales des politiques publiques visant à démocratiser l'accès à la culture (Espagne, Etats-Unis, Bulgarie, Belgique et Italie). La perspective historique et comparative permet d'éclairer les enjeux du présent.

 

C’est ici

 

A suivre...

 

 

 

 

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30 septembre 2013 1 30 /09 /septembre /2013 08:34

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L’information n’a pas tout à fait les caractères d’un scoop ; elle me semble toutefois mériter d’être reprise ici.

Plus de 550 chercheurs en sciences sociales viennent de créer un collectif pour armer les citoyen-ne-s. Baptisée Champ libre aux sciences sociales, l’association appelle à un soulèvement général. Son co-coordinateur, sociologue à l’université de Picardie, Willy Pelletier, explique les raisons et les objectifs de cette mobilisation d’envergure.

Vous venez de créer une nouvelle structure, Champ libre aux sciences sociales , un grand collectif d’intellectuels critiques. Quel est le sens de cette mobilisation en sciences sociales?

Willy Pelletier. C’est une association indépendante, parallèle à la Fondation Copernic, Attac, les Économistes atterrés: il s’agit pour les ethnologues, les sociologues, les historiens de se déterrer de l’amoncellement de clichés qui rendent les sciences sociales ennuyeuses ou inaudibles. Les sciences sociales sont, comme dirait Nietzsche, un «gai savoir», leurs acquis permettent de rire des puissants et des mécanismes par lesquels ils dominent. Elles révèlent que ce que l’histoire a fait, l’histoire le défera. Les résultats de nos enquêtes ne sont pas des idées mortes coincées dans des livres mais des idées forces, des forces de subversion.

(…)

Pour nous, avoir accès aux sciences sociales, ce n’est pas écouter passivement des chercheurs qui doctement livrent des paroles d’autorité. Notre objectif n’est ni d’évangéliser les masses ni de réaliser des numéros de cirque sur les plateaux télévisés! Nous souhaitons engager des rencontres partout en France, dans les locaux syndicaux, les librairies, les universités, les salles des fêtes, les MJC, les «quartiers», avec tous ceux qui ne sont pas satisfaits du monde tel qu’il va. Car la plupart du temps, en sont satisfaits ceux qu’avantage la distribution des pouvoirs (économiques, symboliques, politiques). Or ceux-là n’ont pas la science de leur côté! Les résultats des sciences sociales mettent en question leur domination, ainsi que les rationalisations et les justifications qu’ils en font. Nous voulons déclencher un dialogue avec les citoyennes et les citoyens les plus ordinaires, des syndicalistes, des politiques, des élu-e-s de tous niveaux, non pas pour reproduire un rapport enseignant-enseignés mais pour qu’ils s’approprient, selon leurs besoins et de façon critique, les outils des sciences sociales.

 (…)

La connaissance est une arme, parce qu’avec des torrents de chiffres (pourtant contestables), ils s’emploient à diffuser l’idée que les chômeurs sont assistés, les pauvres ne veulent pas travailler, les salariés sont des coûts, les immigrés des problèmes… Nous, nous entendons exposer qu’il s’agit là de croyances collectives, qui tiennent à la formation des élites libérales d’État. Même si, obligés d’intérioriser ce prêt-à-penser libéral, beaucoup s’imaginent qu’il s’agit d’une vérité. L’objet de Champ libre aux sciences sociales est, sous ce rapport, de nous libérer de cette idéologie libérale en indiquant comment elle a été construite comme évidence partagée parmi les dominants, et quels intérêts elle sert. Nous voulons aussi préciser qui l’impose: cette noblesse libérale, intouchable, qui ne cesse de circuler entre cabinets ministériels et directions du CAC 40. Les sciences sociales révèlent combien ce groupe est refermé sur lui-même et se reproduit: ils ne connaissent aucun ouvrier, chômeur, profession intermédiaire, leurs enfants peuplent des écoles privées réputées et accèdent via l’entregent familial aux meilleurs postes… Ils décident de nos vies, sans avoir aucune conscience des souffrances et des malheurs qu’ils produisent. Leur monde n’est pas le nôtre. Par contre, leur mépris social est immense.

(…) la plupart s’endorment paisiblement, considérant avoir bien travaillé. Car les évidences qu’ils ont intégrées dans ces business schools que sont devenues l’ENA, Sciences-Po et même Polytechnique, cumulées maintenant avec HEC ou l’Essec, constitue, pour eux, une pensée ordinaire… Tout leur milieu communie d’ailleurs dans cette croyance, donc l’évidence libérale devient parmi eux si prégnante qu’ils affichent cet air ravi, qu’on a vu chez François Hollande dans Capital sur M6, alors qu’on avait tous envie de hurler: «Sarkozy sort de ce corps!» Tout comme, nous, à l’université, avons envie de crier à Fioraso: «Pécresse sort de ce corps!»

Les sciences sociales sont-elles par définition critiques et politiques?

Willy Pelletier. Oui, c’est la première leçon de Durkheim: pour travailler sur un domaine, les sciences sociales sont confrontées à ce que Durkheim nomme «du sens commun», c’est-à-dire des significations partagées, fossilisées, durcies, coercitives, qui ne sont jamais questionnées. Le chercheur doit se distancier du sens commun pour commencer à réfléchir (notamment, grâce aux statistiques..) en même temps qu’il va prendre ce sens commun comme objet d’étude (sa formation, sa diffusion, ses effets). Par exemple, tant de représentations stipulent que les femmes seraient par nature sensibles, fragiles, douces, maternelles, donc vouées aux tâches domestiques… La sociologie du genre expose quels mécanismes corsettent femmes et hommes dans des rôles en concordance avec cette croyance et comment on les culpabilise si elles s’en écartent dans les familles, à l’école, tout au long de l’existence! Bourdieu avait raison: les leçons de sociologie sont leçons de liberté.

 

Le Manifeste  

La connaissance libère. De l’association Champ libre aux sciences sociales. Éditions du Croquant/La Dispute, 64 pages, 5euros.

Publié le 13juin dernier, le manifeste du collectif Champ libre aux sciences sociales se veut être le «pendant» du travail des Économistes atterrés, mais dans les domaines de l’histoire, de la sociologie et de l’ethnologie. Intitulé La connaissance libère, l’ouvrage est composé de trois parties: la première, «Les sciences sociales arment la critique», déconstruit toutes les formes de domination, la deuxième, «Les raisons de la colère», revient sur le contexte politique et social de cette mobilisation, la dernière, «Contre-attaque», développe les engagements de ce combat collectif. Partant du principe que les sciences sociales sont aujourd’hui plus que jamais nécessaires pour comprendre et faire face aux crises économiques, sociales et politiques, les chercheurs se mobilisent pour engager des rencontres et des dialogues partout en France. Parce que «ce sont les sciences sociales qui produisent les diagnostics les plus réalistes, les critiques les plus affûtées, les armes les plus efficaces», défendent-ils, contre l’idéologie libérale, décideurs et experts partisans du statu quo et de la politique du pire, qui veulent les faire taire.

 

     © Anna Musso publié dans l’Humanité, 5 juillet 2013.

 

 

 

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16 septembre 2013 1 16 /09 /septembre /2013 18:21

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1 août 2013 4 01 /08 /août /2013 15:19

 

 

la cité des sens 24

 

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3 mai 2013 5 03 /05 /mai /2013 13:35

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Attention !

Jean Caune n’y va pas de main morte, sur bon blog, Affinités électives, dans son billet en date du 28 avril dernier :

 Misère de la pensée, défaite de la politique

Dans une interview à la revue Mouvement, la ministre de la culture, Aurélie Filippetti, déclare vouloir « inscrire la culture dans un projet politique global ».

(…)

Le champ de ruines laissé par la présidence de Sarkozy aurait dû donner à la gauche « l’ardente obligation » de restaurer l’action culturelle publique. La préférence donnée à l’homme d’Église au détriment de l’instituteur pour forger un sentiment d’appartenance ; l’abandon d’une politique de démocratisation culturelle, évaluée comme un échec ; la priorité donnée à une politique de l’offre et du spectaculaire, en lieu et place d’une action sur les territoires de vie… ont été les marques de la disparition d’une volonté politique en matière culturelle.

Les questions nouvelles qui se posent dans cette triple crise, économique, sociale et politique ne peuvent être abordées, comme le fait la ministre, en considérant la culture comme un atout pour « le redressement du économique ». Une telle perspective exprime un point de vue philistin qui, comme le rappelle Hannah Arendt, relève d’une « mentalité exclusivement utilitaire, d’une incapacité à penser et à juger une chose indépendamment de sa fonction ou de son utilité ».

(…)

Est-il judicieux de devoir justifier la politique culturelle de l’État par les richesses créées dans le secteur des industries culturelles ? Que peut bien signifier cet agacement qu’elle exprime en déclarant « en avoir assez que la culture soit perçue comme non-marchande », alors qu’elle est « au cœur dur de l’économie française » ? À qui s’adresse cette saillie ? « À ceux qui véhiculent le mythe de la culture comme supplément d’âme », précise-t-elle. Mais qui, aujourd’hui, peut encore soutenir cette idée d’une dimension désincarnée de la culture réduite à sa spiritualité ? Cette conception qui date des années soixante ne correspond à aucune expérience concrète. Les phénomènes culturels s’inscrivent dans un monde vécu ; ils ne sont pas séparés des formes de loisir, des supports qui les diffusent, des conditions socio-économiques dans lesquelles les produits culturels et les œuvres artistiques sont reçus. Qui peut croire à ce récit naïf et déconnecté de la réalité où la culture serait « le moyen de notre aspiration au bonheur » et le modèle spécifiquement français « un modèle efficace dans la mondialisation » ?
L’essentiel du propos de la ministre reprend les illusions développées, dans les années quatre-vingt, par Jack Lang et Jacques Attali, sur la convergence entre le développement économique et le progrès culturel . Si la politique culturelle ne peut ignorer les transformations profondes générées par le numérique, dans la production, la diffusion et la réception des produits culturels, elle ne peut, pour autant, se situer à la remorque des industries culturelles. Au-delà de la régulation des conditions techno-économiques de la production et de la diffusion artistiques, la politique de l’État doit s’opposer de manière permanente et volontaire, aux appropriations abusives des processus de création et à l’hégémonie du marché. Elle doit viser à mettre en place des dispositifs correcteurs des inégalités, non au bénéfice des gens mais des plus défavorisés. Elle doit libérer les forces et les espaces de la prise de parole artistique et de l’usage des formes symboliques.

(…)

© Jean Caune

La suite ?

Elle est consacrée à la priorité « éducation artistique » (Mais cette question peut-elle s’aborder dans les termes institutionnels des années soixante où l’École et les institutions culturelles étaient l’objet d’une séparation de nature. Et s’agit-il seulement de faire une place à l’art dans le système éducatif ? Et cette place peut-elle être occupée par l’Histoire de l’art ? ) et elle est du même tonneau, de la même redoutable pertinence.

Il faut donc lire l’article de Jean Caune

 

Convergence ?

On en jugera. Une des dernieres chroniques de Jacques Bertin dans Policultures (16 avril 2013) :

OUI, LA CRISE.

La crise. Oui, la crise. Ca va mal.

Tout le monde sait maintenant et tout le monde dit et répète que “ Ca va mal ! ” Et que la société française est en crise. Economique ? Oh oui, mais oh non ! Ce serait trop simple : dix ans de misère pour les classes inférieures et ça repart ! Mais une crise sociétale, culturelle, une crise de foi ; la fin d’un monde.

(…)

Je pense à cela en repliant le grand quotidien national plein d’assurance, de mépris à l’égard du peuple ringard, et tout entier occupé à la lutte contre la frilosité (qui handicape notre économie). J’ai lu aujourd’hui dix fois le mot populisme. Observez l’emploi de ce mot dans les bons médias : c’est atterrant. Il en est de même pour le mot “ Etat-providence ”. Quel mépris ! Comme si le cantonnier n’était pas l’Etat-providence pour le PDG dans sa limousine... (Mon père et ma mère, au boulot à treize ans ; ils ont vécu de l’Etat-providence...)

(…)

Bon. Mais la culture ? L’intelligentsia ? Les artistes ? Ils nous aident, dans cette crise ? Ne sont-ils pas habitués à parler, donner des directions, des mots de passe ?

Non. Ils ne m’aident pas du tout.

C’est que la culture et l’art arrivent à la fin d’un cycle (la rupture, la rébellion, le dépassement des formes etc.). Les cultureux continuent ce train-train et n’ont surtout rien à dire sur l’homme dans l’époque : l’homme, ça n’existe pas, on n’est pas naïf.

Trop occupés dans l’expression de leurs génies individuels, dans la religion de la novation, toute cette lourdinguerie contemporaine. Les “révolutions”. A quoi servent ces “révolutions” ? A l’argent et au commerce. Dans certains cas (l’art plastique), elles servent carrément à fonder un nouveau secteur de placements financiers. Dans d’autres cas (la “ mode ”) elles peuvent même servir, en brisant les codes du beau, à aider les industriels à vendre n’importe quoi très vite... Souvenez-vous comme il y a cinquante ans chaque costume était ajusté au millimètre selon les critères de l’élégance. L’élégance, aujourd’hui, c’est d’être “ décalé ”. Belle victoire, grande cause.

Donc, la culture “ bouscule mes conformismes ”, elle “ remet en question mes croyances ”... Ca va durer combien de temps encore ce gag triste ? Le dérangeant ? Arrête donc de me déranger, mon garçon, la vie s’en charge tous les jours.

(…)

©Jacques Bertin, Policultures


 Lire : Oui,  la crise, par Jacques Bertin

 

 

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11 janvier 2013 5 11 /01 /janvier /2013 16:21

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La prochaine séance de travaux dirigés du groupe  « Regards croisés : histoire culturelle du social et histoire sociale des faits culturels » aura lieu le lundi 28 janvier à 18 h 30, salle Célestin Bouglé, Bat. A , 1er étage.

 

Les participants travailleront sur les documents ci-dessous en problématisant les points suivants :

 

Quel sens y a-t-il à ce que la chaîne culturelle France Musique reprenne de nos jours cet extrait des archives de l’INA pour une campagne de promotion ?

 

Quels enseignements peut-on tirer du  contexte politique, historique et culturel dans lequel ce sketch a été crée ?  (Emission Un égal trois / Emission du 30 janvier 1964 / ORTF/ Jean YANNE et Paul MERCEY : "Les forçats de la nuit ", réalisation : Claude Fayard).

 

Les éléments de correction seront publiés ici même.

 

 

 

° ° ° ° °

Un second extrait est disponible ici

 

 

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17 décembre 2012 1 17 /12 /décembre /2012 10:06

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Numérique, mondialisation  et diversité  sont dans un bateau…

 

Tel était le joli titre de l’un des trois ateliers des Rencontres  européennes de l’Adami  organisées à Cabourg  les 6 & 7 décembre derniers.

 

 

Les intervenants étaient :

 

Lorena Boix Alonso, Chef d'unité des médias et des contenus convergents, DG Connect Commission européenne

Jean-françois Dutertre, musicien

Jacques Fansten, président de la SACD

Jean-Michel Lucas, consultant en déformation culturelle

Thu-Lang Tran Wasescha, conseillère à la division de la propriété intellectuelle, OMC

Marcel Rogemont, Député PS, commission des affaires culturelles et de l'éducation, Assemblée nationale

 

Ainsi commence le papier de Jean-Michel Lucas :

 

J'ai failli trouver cette entrée assez plaisante .. J'ai cherché à savoir qui était le « Pincemi » qui tombe dans l'eau et se noie ! Et qui était le

« Pincemoi », qui lui, reste dans le bateau et berne l'auditeur trop attentif à l'histoire qu'on lui raconte !

Et c'est là que ça finit d'être drôle... car la seule signification que je peux donner à cette comptine est dramatique : sur ce bateau de la mondialisation, de la numérisation et de la diversité, « Pincemi » ne peut être que le musicien. C'est lui qui tombe dans l'eau , il se débat presque submergé par les flots.

Il essaye de sortir la tête de l'eau. Il a besoin d'aide. Qui reste au sec dans le bateau pour feindre de lui apporter secours ? La réponse est cruciale pour sauver le musicien éploré et sans attendre la fin de l'histoire, le consommateur répond ému : « Taxe- moi ! ».

Trop subjugué par le vendeur des musiques perdues dans le vaste océan des économies du monde, il n'a pas pensé qu'il y avait d'autres manières pour le genre humain, de sauver le musicien !

Finalement, la comptine n'est qu'une mauvaise histoire de bouée de sauvetage dans un univers marchand désemparé par l'accès sans frein aux musiques et aux images. Avec ce titre, on voudrait presque que nous racontions une nouvelle fois, cet après midi, l'histoire de la licence globale et de la taxe de plus qu'elle nécessite. Ce qui ne va pas plaire au PDG de Free et de quelques autres qui le rapporteront certainement à l'oreille de Pierre Lescure !

Pour ma part, je voudrais raconter autrement l'histoire de ce bateau en me demandant d'abord dans quel « bon » sens il devrait aller ? Son parcours dans les vagues tumultueuses d'une rentabilité en berne, mènent-ils à l'enfer ou au paradis ? J'ose ainsi vous dire que la première question est effectivement celle du sens collectif, celle donc des « bonnes » valeurs d'intérêt général à protéger, pour garantir que le bateau de la mondialisation, de la diversité, de la numérisation et de la musique chemine dans la « bonne » direction, quitte à ajuster le cap au gré des tempêtes.

Pour fixer ce cap, je vous propose de prendre comme références les valeurs universelles

(...)

Au cœur de son analyse, on trouve ce très beau passage (car enfin, s’il s’agit  vraiment de « défendre » l’art et les artistes, comme le prétendent les tenants de « l’excellence », autant citer les bons auteurs !!!).

Si la valeur n'est plus réduite au prix, où se cache-t-elle ? Pour ma part, je considère que la bonne réponse a été apportée par Vladimir Jankelevitch. Je vous rappelle son analyse qui va si bien avec notre préoccupation de diriger le navire des musiciens dans la bonne direction du progrès humain :

D'abord, nous dit Jankelevtitch , pour les humains, la musique est pouvoir. Déjà Platon affirmait : « elle pénètre à l'intérieur de l'âme et s'empare d'elle de manière la plus énergique ». Et, tout autant, « la musique agit sur l'homme sur le système nerveux de l'homme et même ses fonctions vitales. »

Pouvoir réel, mais qu'il est inutile de chercher à maîtriser, à rationaliser car cette emprise de la musique est une « opération irrationnelle et même inavouable qui s'accomplit en marge de la vérité : aussi tient-elle plus de la magie que de la science démonstrative ». Jankelevitch s'emploie alors à démonter toutes les tentatives de donner un sens à la musique (et aux expressions musicales) parce que l'exercice est vain : « l'homme est d'autant plus tenté d'attribuer au discours musical une signification métaphysique que la musique n'exprimant aucune sens communicable se prête avec une docilité complaisante aux interprétations les plus complexes et les plus dialectiques ».

Nous voulons justifier son importance, pour nous et pour autrui, prôner par exemple plus d'éducation musicale pour adoucir les moeurs de l'Humanité, pourquoi pas, « La musique a bon dos ! Ici, tout est plausible, les idéologies les plus fantastiques, les herméneutiques les plus insondables… Qui nous démentira jamais ? La musique « crée le monde », dit le grand poète russe Alexandre Blok ».

La musique est donc « expressive », mais peut tout autant devenir « inexpressive », violente et sereine, « le contraire, autre chose », et, pour aller à l'essentiel : « la musique signifie donc quelque chose en général sans jamais vouloir dire rien en particulie . Elle exprime l'inexprimable à l'infini ».

Si l'on suit Jankelevitch, il faut alors admettre que faire de la musique, entendre de la musique, acheter de la musique, vivre de la musique a pour implication d'assumer cette part de mystère, qui échappe à la rationalité.

Notre bateau s'emplit donc de ce mystère et il doit en éprouver une fierté manifeste car « ce mystère que la musique nous transmet n'est pas l'inexprimable stérilisant de la mort, mais l'inexprimable fécond de la vie, de la liberté, de l'amour ; plus brièvement, le mystère musical n'est pas l'indicible mais l'ineffable ».

Avec cette précision qu'il va nous falloir prendre en charge si nous voulons donner sa place à la musique dans la conduite du progrès collectif : « Est indicible ce dont il est absolument rien à dire et qui rend l'homme muet en accablant sa raison et en médusant son discours. Et l'ineffable tout à l'inverse est inexprimable parce qu'il y a sur lui infiniment, interminablement à dire : tel est l'insondable mystère de Dieu, tel l'inépuisable mystère d'amour qui est mystère poétique par excellence ».

Nous voilà ramené au coeur du propos, peut on avec la musique finir de discuter ? « Tout est dit ? Non, jamais personne n'en aura fini avec un charme que d'interminables paroles et d'innombrables musiques n épuiseraient pas ; ici beaucoup à dire, et en somme et sans cesse tout à dire. Avec les promesses incluses dans l'ineffable, c'est l'espérance d'un vaste avenir qui nous est donnée. »

Je n'en rajoute pas : la musique est ineffable, elle est incommensurable, impondérable, imprenable par la Raison et ses raisonnements.

Permettez moi encore une citation pour nous reposer des vagues comptables qui ont fait tanguer notre bateau : « Si nous convenons enfin qu'il s'agit d'un mystère, et non point d'un secret matériel, d'un charme et non d'une chose, si nous comprenons que ce charme tient tout entier dans l'intention et le moment du temps et le mouvement spontané du coeur, si nous reconnaissons que la fragile évidence liée à d'impondérables et innombrables facteurs, dépend d'abord de notre sincérité, alors nous connaîtrons peut-être ce consentement au charme qui est, en musique, le seul et véritable état de grâce ».

 

Comme à l’accoutumée, l’ensemble de la démonstration est d’une très grande rigueur.

 

Télécharger la version intégrale de la contribution de Jean-Michel Lucas.

 

La table ronde et le débat avec la salle, c’est ici.


Voir aussi, sur La Cité des sens, une récente intervention du même consultant en déformation culturelle sur la décentralisation et les positions de la FNCC

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10 octobre 2012 3 10 /10 /octobre /2012 17:38

 

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Une tribune dans Libé et un nouveau site…

Message reçu hier :

Bonjour,

nous sommes heureux de vous informer que  vient de paraître dans Libération une tribune intitulée
"L'éducation artistique : c'est maintenant." 
Ce texte est signé par un collectif d'artistes, d'enseignants et chercheurs  soucieux de voir se mettre en place une politique nouvelle et cohérente dans le domaine de l'éducation artistique et culturelle.

Nous vous invitons à retrouver l'intégralité de ce texte sur le blog : 

"Pour l'éducation artistique et culturelle"

Vous pouvez y ajouter votre signature, et donner ainsi plus de force à ce document, 
en nous adressant un mail en retour à pourleac@orange.fr

Merci de nous aider à faire connaître cette initiative si vous le pensez utile.
Collectif pour l'éducation artistique et culturelle

 

Sur le même sujet, le texte initial de Jean-Gabriel Carasso : Pour une éducation créative,

texte qui fait suite à sa participation à la journée de concertation organisée par le ministère de l'Education nationale, dans le cadre des débats sur la Refondation de l'école, le 19 septembre 2012.

 

 

 

Le point de vue d’un autre signataire du texte, François Deschamps.

 

Refondation de l'école : ne noyons pas l'éducation artistique et culturelle dans un grand fourre tout culturel !  

Date de mise en ligne : 07/10/2012.

Rubrique : Edito

Métiers : Culture

 

Après trois mois de concertation sur la refondation de l'école le rapport issu des travaux a été rendu  vendredi au ministre de l'Education nationale par les quatre membres du comité de pilotage (la sociologue Nathalie Mons, la journaliste Marie-Françoise Colombani, l'administrateur général du Conservatoire national des arts et métiers Christian Forestier, et le président de la Région Centre François Bonneau) avant les premiers arbitrages la semaine prochaine. Mardi 9 octobre, le rapport sera présenté officiellement à la Sorbonne, en présence de François Hollande qui doit fixer ses choix en vue d'une prochaine loi de programmation et d'orientation devant être présentée au conseil des ministres fin octobre.

Dans l'article que lemonde.fr consacre à ce rapport le 6 octobre, on y parle de l'introduction souhaitée de nouvelles pédagogies. L'idée est « de rendre les élèves plus actifs, de les faire travailler en petits groupes et sur des projets ». Célestin Freinet, Maria Montessori  et les mouvements d'éducation nouvelle (CEMEA, etc.) seraient-ils enfin entendus après au moins 80 ans d'expérimentations ? En revanche, dans cet article, aucune mention du renforcement de l'éducation artistique et culturelle.

Comment celle-ci a-t-elle été traitée dans la concertation ?  Elle faisait partie de l'une des quatre grandes thématiques, celle portant sur « la réussite scolaire » (aux côtés de la priorité au primaire, du socle commun ou du décrochage scolaire). Pour le Ministère, « il s'agit de faire en sorte que chaque élève puisse bénéficier d'un véritable parcours culturel, de l'école au lycée ; ce parcours pourrait intégrer simultanément enseignement, pratique et culture de manière à agir au mieux en faveur des publics qui n'auraient pas accès autrement aux œuvres et aux pratiques artistiques ».

On remarque cependant que l'artistique disparait dorénavant du vocabulaire. Le 26 septembre, la rapporteuse de l'atelier sur l'éducation artistique et culturelle expliqua que ce terme, devenu obsolète, était désormais remplacé par celui d'éducation culturelle, qui comprend la culture technique et scientifique, la culture numérique et la culture artistique. Les deux premières me semblent tout à fait honorables, mais avec un terme aussi général et flou, le risque est grand de ne plus voir élever l'éducation artistique et culturelle au rang de priorité nationale, mais dilué dans un vague fourre tout qui serait marginalisé en regard des transmissions académiques.

Par ailleurs, l'appui de l'Etat auprès de l'ensemble des collectivités est nécessaire. Or  la fiche réalisée par le Ministère de l'Education nationale est assez maladroite à cet égard. Il est indiqué que les dispositifs développés par les académies s'appuient généralement sur des partenariats entre le ministère de l'éducation nationale et les collectivités locales, et plus particulièrement les Régions. Or les conventions avec celles-ci  représentent 12 académies sur 26 (46%), et les conventions avec les conseils généraux sont au nombre de 43, soit près de 45%. Mais tout cela est pour en arriver au fait « qu'une politique d'éducation artistique et culturelle ambitieuse devrait reposer sur un partenariat fort entre l'éducation nationale et les collectivités territoriales - en particulier les Régions ». Cela sous-entend-il que les Régions s'intéresseraient dorénavant à l'EAC  dans les écoles et les collèges, ou bien, autre hypothèse, que l'EAC serait prioritaire pour les seuls  lycées dont s'occupent les Régions ?

Il y a donc de quoi être un peu inquiet, d'autant que la concertation hélas n'a pas été menée de front par les deux ministères (mais pourquoi les services du Premier Ministre ne l'ont-ils pas imposé ?), et que le Ministère de la Culture va maintenant lancer la sienne de façon décalée...

Certaines associations ont apporté de précieuses contributions dans le cadre de cette concertation. c'est le cas par exemple, dans le domaine des arts de la scène, des propositions de l'ANRAT.  L'association a suggéré un plan national d'éducation artistique et culturelle garantissant à chaque enfant un volume horaire de 108 h, soit ½ journée par semaine (dont 40h en présence d'un partenaire artistique et/ou culturel), avec un parcours de fréquentation des œuvres + des temps de pratique artistique, ainsi que la mise en œuvre d'un projet artistique et culturel conçu à l'intérieur du temps scolaire. Il est proposé des commissions territoriales  pour l'éducation artistique et culturelle, dont les travaux seraient mis en relation par une  structure nationale interministérielle. Deuxième pan de cette proposition, une nouvelle définition du rôle de l'enseignant et de ses missions d'éducation et d'accompagnement des enfants, tous les enseignants devant pouvoir concevoir ou porter une démarche de projet et de parcours. Cela ne peut se faire sans un programme national de formation  (pas uniquement des enseignants, mais aussi des partenaires artistiques) , ainsi que la production d'outils pour fournir des ressources aux acteurs concernés.

De façon plus générale, une quinzaine de chercheurs et acteurs de l'éducation artistique et culturelle (dont je suis), d'ores et déjà rejoints par d'autres signataires, s'apprêtent à publier dans la presse nationale une tribune (nous en reparlerons ici). Car l'éducation artistique et culturelle, « c'est maintenant »  (ou jamais) qu'il faut la promouvoir pour qu'elle soit prise au sérieux et obtienne droit de cité grâce à une politique forte de l'Etat (bien entendu aux côté des collectivités territoriales, déjà largement engagées dans ce domaine).

François Deschamps

Cet éditorial a été publié sur Territorial.fr

 

Restent à l’évidence beaucoup d’interrogations sur la possibilité même de « refonder » l’école à la française…

L’école française, qui se targue d’être gratuite, républicaine et égalitaire, avec sa fameuse « méritocratie », serait une des plus discriminantes, et elle est loin d’être parmi les plus performantes. En cause, une pédagogie datant des années 50, un système élitiste de reproduction sociale, une idéologie anxiogène, et des intérêts concertés pour que rien ne bouge.

Louis Maurin est l’un des fondateurs de l’Observatoire des inégalités qui, depuis 2002, met en lumière les failles de la société française. Pour lui, l’école est le premier lieu des souffrances sociales mais aussi humaines : la réforme qu’il appelle profiterait à tous, aux enfants « favorisés », essorés par une pression délirante, aux enseignants, et à un pays qui a plus besoin de têtes créatives bien faites que de têtes bien remplies.

Lire Même à gauche, certains n’ont pas intérêt à changer l’école, l’entretien avec Louis Maurin sur Rue 89.

 

 

Analyse confirmée par les chiffres selon Eric Charbonnier, expert éducation à l’OCDE Le système français est inégalitaire…

Alors certes, le système d’éducation français obtient, dans l’enquête PISA, des performances équivalentes à la moyenne des pays de l’OCDE, mais il est devenu de plus en plus dichotomique : d’un côté, soutenu par ses bons éléments qui représentent environ 1/3 des élèves âgés de 15 ans (contre 28 %, en moyenne, dans les pays de l’OCDE), mais de l’autre, se dégradant par le bas et conduisant chaque année 150 000 jeunes à quitter l’école sans diplôme, et donc à se retrouver en situation d’extrême précarité sur le marché du travail.

Plus encore, le poids des inégalités sociales n’a jamais été aussi fort pour expliquer les performances des élèves de 15 ans et le taux d’échec scolaire est passé, en 10 ans, de 15 % à 20 %. C’est au fond actuellement le chiffre le plus alarmant du système français, celui qu’il convient de corriger car il est anormal que la France (après la Nouvelle-Zélande) soit le pays où la corrélation entre le milieu socio-économique des parents et les résultats des élèves de 15 ans est la plus forte .

 

Lire la suite sur L’éducation déchiffrée, le blog d’Eric Charbonnier

 

 

 

 

Ne vous y trompez pas, j’aime l’école, et… qui aime bien châtie bien.

Donc encore une petite pincée de diagnostic pour contribuer à la refondation

 

Les manuels scolaires professent sexisme rétrograde et discriminations postcoloniales

Telle est la leçon de l’étude portant sur la Place des stéréotypes et discriminations dans les  manuels scolaires à laquelle  a participé la sociologue

Sabrina Sinigaglia-Amadio,  du Laboratoire de sciences  sociales (2L2S/ERASE) de l’université de Lorraine 

 

Depuis les années 1970, des études ont été réalisées sur la présence de stéréotypes dans les manuels, en particulier sur la façon dont le genre était traité, dont les femmes et les hommes étaient représentéEs . Par ailleurs, des travaux ont permis d’avoir une vision plus étendue des stéréotypes de genre véhiculés par la littérature destinée aux enfants. Le rapport publié en 2008 par la HALDE s’inscrit dans la continuité de ces recherches, et leur compare les données recueillies après quarante années de combats féministes.  

Le rapport de la HALDE publié en 2008 sous la direction de Pascal Tisserant et d’Anne-Lorraine Wagner est accablant : les manuels scolaires français sont empreints de représentations hétérosexistes stéréotypées et discriminatoires. C’est là la conclusion qui s’est imposée aux chercheuses et chercheurs qui ont analysé 29 manuels de disciplines diverses (français, mathématiques, sciences de la vie et de la terre, anglais, histoire/géographie, éducation civique, sciences économiques et sociales) enseignées en collège et lycée, dans l’enseignement général et professionnel.

 

 

Lire la suite sur Féministes en tous genres,  un blog du Nouvel Observateur.

 

Voir aussi : Comment sauver l’école ? Dialogue entre le ministre Vincent Peillon et le sociologue Jean-Pierre Terrail publié dans Télérama

 

 

et le blog de Philippe Meirieu

 

 

 

 

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29 août 2012 3 29 /08 /août /2012 12:47

 

tolbiac.JPG

 

Louis, 14 ans: Chez moi, dans le couloir, il y a une grande bibliothèque. Je peux prendre le temps de chercher le bon livre. Il y a quelques jours, j’ai pris l’Etranger de Camus. Je viens de le commencer, et je n’ai pas encore rencontré l’étranger.

Camus est souvent étudié pendant la scolarité. Un prof vous l’a conseillé ?

Louis. : Je n’aurais jamais pu le lire si un prof me l’avait conseillé. C’est mon livre. C’est mon parcours. Je n’aime pas qu’on s’octroie le droit de porter un jugement sur ma lecture.

Alors pourquoi Camus ?

Louis. : J’adore la couverture du Folio : une peinture sur fond jaune et le titre qui n’a rien à voir. Ça m’a intéressé.

Fanny, 20 ans. : J’aime bien griffonner mes livres, et ensuite, je fais beaucoup de recherches, je vais chercher quels auteurs sont admirés par l’écrivain, de qui il est l’interprète, quels sont ses autres livres. Je vais les lire. Je me renseigne sur sa vie…

Louis. : Ce que je ne fais jamais. Je lis Camus, je n’ai pas envie de savoir qui il est. Sa vie privée ne me regarde pas. J’ai besoin d’avoir un accès direct au texte. Déjà, forcément, il y a un rapport entre ce qu’il écrit et ce qu’il est, et j’arrive un peu à cerner sa personnalité. C’est suffisant.

 

Extrait de la remarquable série de portraits de lecteurs publiée par Anne Diatkine dans Libération cet été... c’était le premier article Ecrire la vérité c’est possible.

 

A découvrir aussi Un Robert m’a sauvé la vie (témoignage d’un prisonnier) et Des appels d’air dans ma rumination (propos d’un patient interné en hôpital psychiatrique).

 

Quant aux propos de Louis 14 ans, ils font écho à cette vision radicale de la lecture formulée jadis par Margueritte Duras.

 

Il ne faut pas intervenir, il ne faut pas se mêler des problèmes que chacun a avec la lecture. Il ne faut pas souffrir pour les enfants qui ne lisent pas, perdre patience. Il s’agit de la découverte du continent de la lecture. Personne ne doit encourager ni inciter personne à aller voir ce qu’il en est. Il y a déjà beaucoup trop d’informations dans le monde sur la culture. On doit partir seul vers le continent. Découvrir seul. Opérer cette naissance seul. Par exemple, de Baudelaire, on doit être le premier à découvrir la splendeur. Et on est le premier. Et si on n’est pas le premier, on ne sera jamais un lecteur de Baudelaire. Tous les chefs-d’œuvre du monde devraient avoir été trouvés par les enfants dans des décharges publiques et lus en cachette à l’insu des parents et des maîtres.

Extrait d’un texte publié à l’origine dans le New York Times le 23 juin 1985. et fort heureusement en grande partie mis en ligne par François Bon sur son excellent site/magazine Le Tiers Livre(Ne pas manquer de lire aussi les commentaires).


 Et, justement, puisque Marguerite D. s’interrogeait, dans le même article :

On se demande par quelle aberration les grandes bibliothèques publiques sont fermées la nuit.

je me dois de signaler la mise en ligne  (captation vidéo) des contributions à la rencontre La bibliothèque : faire société (25 et 26 juin 2012)

 

La bibliothèque : faire société  

Rencontre organisée à l'enssib les 25 et 26 juin 2012 dans le cadre des Estivales.
Auteurs : Berthiaume, Guy,  Bertrand, Anne-Marie,  Bret, Jean-Paul,  Charle, Christophe,  Damien, Robert,  Doueihi, Milad,  Kambouchner, Denis,  Melot, Michel,  Pompougnac, Jean-Claude,  Racine, Bruno,  Roubaud, Jacques

 

Thématiques du 25 juin : Bibliothèque, création et mémoire
Thématiques du 26 juin : Bibliothèque, éducation et politique

Comme l’école, après l’école, la bibliothèque peut être un instrument de connaissance du passé, d’analyse du présent et de construction de l’avenir. Qu’est-ce qui rend ce projet possible, légitime, nécessaire ? En quoi la bibliothèque et, plus généralement, les instances de partage du savoir et les institutions culturelles permettent d’être « parmi les hommes » ? Comment, inscrites dans l’épaisseur du temps, elles se nourrissent nécessairement de mémoire et d’histoire ? En quoi elles peuvent/doivent contribuer à la reconstruction d’un espace public, d’un débat public ? Quelle ambition politique, quel projet démocratique peuvent trouver un ancrage une assise, dans ces institutions et fonder leur raison d’être ?

A travers ce colloque et ses intervenants, l’Enssib a souhaité interroger quelques-unes de ses convictions et de ses exigences : la curiosité intellectuelle, la liberté de l’esprit, la mémoire partagée, la passion de la chose publique, le rôle politique de la bibliothèque.
Une éthique de la bibliothèque.

 

 

à C’EST ICI

 

Et, bien sûr, sublime, forcément sublimeProust, Sur la lecture note déjà publiée en ces pages…

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  • : Les politiques culturelles aujourd'hui et leur histoire. Culture et politique, ressources, documents, analyses et débats par Jean-Claude Pompougnac .
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  • Jean-Claude Pompougnac
  • Responsable du service de la recherche à la BPI (Centre Pompidou) puis conseiller au cabinet du Ministre de la culture (Jack Lang), j'ai dirigé ensuite la Délégation au développement et aux formations de ce même ministère. A l’issue d’une alternance politique, très élégamment remercié par Jacques Toubon arrivé rue de Valois je me suis vu offrir le poste de directeur de l'Institut français de Barcelone. Quatre ans après, le ministère des affaires étrangères a jugé mes compétences insuffisamment diplomatiques. En conséquence, à partir de 1999, j'ai dirigé la DRAC Centre à Orléans. Remercié par la Droite,. j'ai ensuite crée l'un des premiers EPCC, ARCADI en Île-de-France. Remercié par la Gauche je suis devenu  DAC de la ville de BONDY (93). Aujourd'hui consultant. Membre de l'Institut de coopération pour la culture et correspondant du Comité d'histoire du MCC où j'ai contribué à la conception de séminaires et de journées d'études.
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