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17 mai 2016 2 17 /05 /mai /2016 08:45

Episodes précédents.

 

Droits culturels : continuons le débat.

Le mérite des contributions évoquées dans cette note est de constituer un appel à la vigilance : la récente inclusion des droits culturels dans l’article 103 de la loi NOTRe, désormais une loi de notre République, ne saurait en aucune manière clore le débat.

 

Droits culturels : une longue histoire

 

Il est peut-être utile de situer le débat récent sur l’inscription ou non dans la législation française du concept de droits culturels dans un horizon historique plus large que celui de la signature par la France, dans les années 2000, de conventions internationales portant sur la nécessité de reconnaître, protéger et promouvoir la diversité culturelle.

 

Je voudrais continuer le parcours engagé dans ces notes précédentes, de façon à attirer l’attention sur l’histoire des notions successives ou sédimentées qui ont fondé et légitimé l’intervention publique dans les affaires culturelles.

Toutefois, je ne suis en aucune manière historien. Il ne s’agit que « d’arrêts sur image » et, pour des approches mieux fondées et documentées, il conviendrait, par exemple, de se reporter aux travaux de Pascal Ory et Laurent Martin.

 

L’Entre-deux-mai : Histoire culturelle de la France (mai 1968-mai 1981), Paris, Le Seuil,? 1983, Pasccal Ory

 

 

L’Enjeu culturel. La réflexion internationale sur les politiques culturelles, Paris, La Documentation française, 2013. Laurent Martin.

 

 

Il importe aussi de profiter du consistant dossier ( chronologie, anthologie des écrits sur la démocratisation culturelle) réalisé par Pierre Moulinier dans le cadre des travaux du séminaire que j’ai animé avec lui. On peut le retrouver sur les pages du Comité d'histoire du ministère de la culture te de la communication.

.

 

Cette période de « l’entre deux mai » (1968,1981), post De Gaulle et post Malraux est celle d’une intense reformulations des objectifs des politiques culturelles, dans le sillage de La Nouvelle société, prônée par Chaban-Delmas et la substitution au référentiel de la démocratisation culturelle de celui du développement culturel (Jacques Duhamel).

L’un des inspirateurs majeurs de ces changements est Augustin Girard, chargé dès 1963 (donc par André Malraux) de créer le Service des études et de la recherche du ministère de la Culture.

Mais il a aussi été, et dans le même temps, un acteur particulièrement important des échanges internationaux sur les questions de politique culturelle et c’est ce double rôle qu’étudie avec rigueur Laurent Martin dans l’ouvrage cité ci-dessus.

 

Ce double regard objectivant et « internationalisant » va infléchir le paradigme français et républicain.

 

Pour reprendre la piste de la reconnaissance de la diversité et des droits culturels, arrêtée dans mes précédentes notes en 1968 (avec la double référence au manifeste de Villeurbanne et à la déclaration de l’UNESCO sur les droits culturels), je « saute » au « moment d’Arc et Senans » (1972).

 

Sur le thème « Prospective du développement culturel », un important colloque européen a réuni une vingtaine de participants futurologues, et chercheurs de diverses disciplines venus d’une dizaine de pays

L’objectif était de proposer à l’attention des Ministres de la Culture, qui se réuniront à Helsinki en juin 1972, les fondements de stratégies de la culture. Il ne s’agissait donc pas d’un symposium supplémentaire sur « Qu’est-ce que la culture ? » mais d’une action destinée à faire partie de stratégies de développement.

 

Exposé des motifs et objectif de l’étude.

Commande d’Augustin Girard, Service des études et de la recherche du ministère des affaires culturelles à Michel de Certeau.

Les participants seront invités à traiter trois thèmes :

1. Pourquoi l’effort de démocratisation de la culture déployé dans plusieurs pays a-t-il abouti à de si médiocres résultats ?

2. Le rôle des institutions culturelles traditionnelles n’est-il pas à réévaluer compte tenu de cet échec ?

3. Quels sont les modes d’intervention qui permettraient de faire participer à une vie culturelle active et créatrice non plus seulement une élite déjà cultivée mais la grande majorité de la population.

 

Extraits des observations portées lors de ce colloque

La réalité culturelle telle qu’elle est vécue aujourd’hui par la grande majorité de la population dépasse de beaucoup l’art et les humanités classiques.

Parler aujourd’hui de culture signifie parler des systèmes scolaires, des grands moyens de communication de masse, des industries culturelles (du journal au livre, du disque à la vidéo-cassettes, du cinéma, de la publicité, de l’habitat, de la mode). On ne peut donc s’en tenir à une démocratisation de la culture qui vise à étendre à tous la diffusion et la consommation des beaux-arts.

(…) Toute politique culturelle a pour objectif fondamental la mise en œuvre de l’ensemble des moyens capables de développer les possibilités de l’expression et d’assurer la liberté de celle-ci. Il s’agit de reconnaître à l’homme le droit d’être auteur de modes de vie et de pratiques sociales qui aient signification. Il y a lieu en conséquence de ménager les conditions de la créativité où qu’elles se situent, de reconnaître la diversité culturelle en garantissant l’existence et le développement des milieux les plus faibles.

Extraits des conclusions du colloque

 

- donner la priorité à la restauration de l’accord entre l’homme et son milieu ;

- passer d’un système culturel qui ne vise qu’a reproduire l’état de fait actuel pour s’orienter vers la protection – y compris aux niveaux politique et technique – des groupes et des personnes dont les facultés créatrices constituent le meilleur moyen de faire face aux situations provoquées par le choc du futur.

 

Télécharger la déclaration finale du colloque d'Arc et Senans -1972

 

 

Lorsque François Mitterrand devient le premier président de gauche de la Vème République, le décret d’attribution du ministère crée par De Gaulle et Malraux adopte un ton résolument nouveau qui semble reprendre à son compte les acquis de la période « développement culturel », tout en leur donnant une formulation « démocratie culturelle »

 

MINISTÈRE DE LA CULTURE. ORGANISATION Décret n° 82-394 du 10 mai 1982

Le ministère chargé de la culture a pour mission :

de permettre à tous les Français de cultiver leur capacité d'inventer et de créer, d'exprimer librement leurs talents et de recevoir la formation artistique de leur choix ;

de préserver le patrimoine culturel national, régional ou des divers groupes sociaux pour le profit commun de la collectivité tout entière ;

de favoriser la création des œuvres de l'art et de l'esprit et de leur donner la plus vaste audience ; de contribuer au rayonnement de la culture et de l'art français dans le libre dialogue des cultures du monde.

 

Une telle définition des responsabilités de l'Etat en matière de culture est unique dans la série de ces décrets d’attribution (on reviendra par la suite à des énoncés plus proches du décret initial de 1958).

 

Certes, dans cet esprit, Jack Lang crée une Direction du développement culturel mais on ne peut pas dire que son action et celle de la majeure partie de son administration aient été profondément marquées par cette mise en avant de la démocratie, de la diversité et des droits culturels.

 

Interrogé bien plus tard sur la formulation de ce décret, Lang explique.

 

« Malgré les défauts de rédaction de ce texte, je continue de partager sincèrement ce constat.

Je pense qu'aujourd'hui encore il y a dans ce pays, en art, mais aussi en science, en intelligence créative, des réserves insoupçonnées de création et d'invention. Malheureusement, nous ne faisons jamais assez dans ce domaine. Les pays d'Asie, la Chine, la Corée, consacrent aujourd'hui des efforts gigantesques à l'éducation des enfants, aux universités, à la formation d'artistes, et pendant ce temps-là les pays européens ont tendance à baisser quelque peu leur garde et à régresser. C'est une folie car l'avenir, le levain du futur est là. La culture européenne n'est malheureusement pas immortelle. Il reste absolument indispensable de redonner à l'école, à l'art, à l'éducation, à la recherche, une place de choix ».

 

 

 

Source : JACK LANG, BATAILLES POUR LA CULTURE, DIX ANS DE POLITIQUES CULTURELLES

Comité d’histoire du ministère de la Culture – Maryvonne de Saint-Pulgent 
Paris, La Documentation française et France Culture 

 

 

Au cours de ce même entretien diffusé sur France Culture (en 1911, soit 30 ans après son arriuvée rue de Valois) dans une série d’émissions animées par Maryvonne de Saint-Pulgent, Jack Lang est invité à revenir sur l'épineuse question de la démocratisation culturelle. Il défend certes son bilan (y compris sur la question de l’école) mais ajoute cette intéressante réflexion (un peu inattendue, me semble-t-il).

 

« Une des premières mesures à prendre pour démocratiser l'école ou la culture réside dans un changement total de notre système d'urbanisme, grâce à des transferts d'argent des régions riches vers les régions pauvres, comme cela est fait en Allemagne. Il faudrait aujourd'hui qu'un nouveau Haussmann soit chargé de reconstruire une partie des villes et des banlieues, car demander au seul ministère de la Culture ou au seul ministère de l'Education nationale de réparer les injustices sociales causées par une politique d'ensemble qui met au chômage des millions de gens et qui refuse de donner leur chance à de nombreux enfants, c'est une illusion. Pourquoi culpabiliser à ce point les artistes ou les éducateurs qui font ce qu'ils peuvent ? Les limites de la démocratisation sont liées au déterminisme des lieux de vie, aux déterminismes sociaux et économiques. »

 

Où l’on passe, en matière de fondements de l’action politique, de l’aide à la création (à la diffusion, à la démocratisation de la culture) à la question de l’urbanisme et à l’urbanité.

 

 

"Reconstruire l’urbanité, c’est reconstruire la coexistence des groupes sociaux, des cultures, des langues, des religions, des âges et des activités, et cela à l’intérieur du périmètre physique qui définit l’espace de la ville. Cette coexistence est le fondement aussi de l’intelligence comme de la liberté car le resserrement dans l’espace, le rapprochement des êtres et des activités produisent l’étincelle née du choc de la diversité .

 

La coexistence permet donc à la ville d’être le lieu non de la rencontre des semblables par la famille ou la culture mais d’être par excellence le lieu de la rencontre de la différence dans la liberté et l’égalité, grâce à quoi il est possible, au moins pour partie de dépasser les contraintes et les limitations de la fortune, de l’appartenance culturelle et même ethnique ".

 

ANSAY Pierre, SCHOONBROT René, Penser la ville, Ed. AAM, Bruxelles.

 

Par où l'on approche d'un possible référentiel : la laïcité culturelle.

 

Et donc : à suivre

 

 

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12 mai 2016 4 12 /05 /mai /2016 10:49

La culture ne se décrète pas, elle se construit, se vit et se réinvente dans une pluralité de pratiques sociales. La légitimité d’une politique publique de la culture n’est pas posée à jamais : elle relève d’un travail de définition permanent auquel participent les responsables politiques, les acteurs des mondes de la culture et les citoyens. Ce qui fonde, nous semble-t-il, l’originalité du modèle français, par-delà des évolutions et des inflexions considérables depuis deux siècles, c’est l’idée, largement partagée, que la politique publique de la culture participe de la construction de la République et de la démocratie.

Philippe Poirrier, historien

 

 

Grâce à Politiques de la culture, le carnet de recherche du Comité d'histoire du ministère de la culture et de la communication, on peut accéder en ligne à l'introduction de la récente réédition de Les politiques de la culture en France 1790-2015, l'ouvrage de Philippe Poirrier

 

Accéder a l'introduction générale de l'ouvrage.

 

 

Comment mieux comprendre les politiques culturelles conduites en France dans leur continuité parfois saisissante malgré les profondes mutations qui ont marqué le demi siècle qui nous sépare de la création du ministère ?

L'ouvrage de Philippe Poirrier, professeur d'histoire contemporaine à l'Université de Bourgogne (et vice président du Comité d'histoire du ministère) propose une réponse historienne à partir d'un corpus de textes de natures diverses : lois et règlements, discours et écrits de responsables de l’action publique, etc.

Ce recueil commence bien avent 1959 : les caractéristiques de l'exception française en matière d'intervention publique dans le domaine commandent en effet de remonter aux débats de la Constituante ou de la Convention (protection des monuments et des oeuvres d'art, liberté des théâtres ou reconnaissance de la propriété intellectuelle contre les pirates littéraires! ).

L'ouvrage permet ainsi de reconstituer les cheminements parfois complexes qui conduisent aux temps forts, aux lois structurantes et aux réformes administratives. On y lit, par exemple, comment, entre la « belle illusion » du Front Populaire et le programme du CNR et les ordonnances de la Libération (création de la direction générale de l’architecture des bibliothèques centrales de prêt et du CNC) les mesures du régime de Vichy ne peuvent être occultées (ordre des architectes, réglementation des fouilles archéologiques...).

La périodisation proposée ensuite est très éclairante : l'invention de la politique culturelle (1959-1969) ; le développement culturel (1969-1981) ; l'impératif culturel, (1981-1993) ; réformes et défis à l'ère du numérique (1993-2015) .

Outre les textes de nature juridique, pour chacune d'entre elles ont trouve les grands textes de fond qui explicitent les orientations politiques : discours d'André Malraux mais aussi de Gaëtan Picon et Émile Biasinin ; rapport de la commission Culture du VI plan et discours de Jacques Duhamel ou Georges Pompidou ; le décret d'attribution du ministère pour le moins atypique de mai 1982, les interventions de Jack Lang mais aussi du Président Mitterrand, textes sur la décentralisation ou les Grands travaux.... Et plus proches nous la charte des missions de service public, les Entretiens de Valois, la loi Hadopi ou le projet de loi relative à la liberté de création encore en débat.

Chaque partie de ce recueil s'ouvre sur une introduction à la fois consistante et synthétique, le tout offrant une remarquable synthèse sur l'histoire des politiques de la culture en France.

¤

J.C.P.

 

 

Signalons également que le carnet de recherches Politiques de la culture met aussi en ligne un des textes de ce recueil, le discours d’André Malraux lors de l’inauguration de la Maison de la Culture d’Amiens – 19 mars 1966 (in Philippe Poirrier, Les politiques de la culture en France, Paris, La Documentation française, 2016, p. 313-321.)

Accéder au texte du discours.

 

 

 

Là est la grandeur suprême de l’art. Tout ce que nous défendons, ce n’est pas d’avoir des tableaux ou des chansons agréables, ou pas agréables, c’est la métamorphose la plus profonde de l’être humain qui finit toujours par faire des martyrs avec des bourreaux.
Maintenant, mesdames et messieurs, c’est à cela que je fais appel : il n’y a pas, il n’y aura pas de maisons de la culture sur la base de l’État ni d’ailleurs de la municipalité ; la maison de la culture, c’est vous. Il s’agit de vouloir si vous voulez le faire ou si vous ne le voulez pas. Et, si vous le voulez, je vous dis que vous tentez une des plus belles choses qu’on ait tentées en France, parce qu’alors, avant dix ans, ce mot hideux de « province » aura cessé d’exister en France.

André Malraux

 

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2 mai 2016 1 02 /05 /mai /2016 08:40

 

Il y aura bientôt un mois, dans un post de ce blog intitulé Culture : labels, nominations et entre soi, je citais un billet publié dans La Tribune par Jérôme Impellizzieri :

Culture, pour en finir avec les ravages de l'entre soi.


 

La reproduction socio-culturelle a rarement été aussi forte qu'aujourd'hui. Les enfants de, les cousins de, les nièces et neveux de.... Les groupes de copains de lycée... forment la plupart du personnel politique, culturel... et même enseignant. Pour caricaturer, on pourrait dire que le monde du travail se divise en deux catégories : ceux qui peuvent être cooptés, et ceux qui sont condamnés à chercher.

(…)

Prenons la culture. Les organigrammes des lieux de fabrique et/ou de diffusion, particulièrement ceux qui sont labellisés, les organigrammes ministériels, d'office publics, les plateaux des théâtres, les génériques des films, sont remplis de cette endogamie, de cet entre-soi.

Lire l'intégralité de cette tribune dans La Tribune.


 

Il y a une semaine avait lieu, au Théâtre de l’Épée de Bois la Rencontre « État d’urgence culturelle : on continue à parler ? »

Débattre, échanger des idées, rencontrer des acteurs culturels et artistiques avec lesquels mener des actions, rechercher ensemble des solutions pour l’avenir et construire de nouveaux outils : une grande conversation sur les enjeux actuellement portés par l’art et la culture.
Organisée par Cassandre/Horschamp en partenariat avec Arcadi Île-de-France.


 

Sur son blog, l'une des responsables historiques de Cassandre/ Hors Champ, Valérie de Saint Do revient, non sans une certaine amertume sur la façon dont s’est déroulée cette rencontre.

On continue à parler… Et à gémir, monologuer, radoter.

Ou pourquoi les anciens combattants de l’art et la culture sont totalement largués. 

(…) Mauvaises habitudes et réflexes conditionnés reviennent vite, hélas (…) la majorité des orateurs se révèlent incapables, dans une conversation, de renoncer aux numéros d’étalage des ego et de la juxtaposition de monologues préformatés dès qu’on les place sur la scène d’un théâtre, en l’occurrence celui, magnifique de l’Épée de bois à la Cartoucherie de Vincennes. 

(...)

Las, dès qu’on rassemble des acteurs de la culture, le réflexe coryphée des pleureuses tend à prendre le dessus. Doit-on s’étonner d’être isolé et incompris, quand on en est encore à pleurnicher sur les portes fermées de l’Institution théâtrale, en invoquant les mânes de Jeanne Laurent et des jours heureux aussi faussement mythifiés que les Trente glorieuses ? (au moment où ce sont les lieux et festivals où quelque chose se passe vraiment artistiquement et politiquement  qui ferment leurs portes les uns après les autres, comme va le faire le Chêne à Villejuif en juillet).

(...)

« Sortez de votre coquille, de vos jargons, de vos chapelles, de vos corporatismes, de vos égo, de votre timidité, sortez-en pour une fois et venez parler ensemble, ou dire avec votre langage, venez faire connaissance et construire un mouvement. Faisons connaissance. C’est, comme on dit, le moment ou jamais », disait l’invitation.

Le moins que l’on puisse dire est qu’elle a été ignorée. « Moi Je cause toujours »  est la réponse implicite de nombre de participants. Comme la vieille politique, la vieille culture impose les monologues interminables des ego dans ce qui était censé être une conversation, hélas parasitée par un défilé de « paroles autorisées »


 

LIRE CE TEXTE sur Débords, le blog de Valérie de Saint Do (dans lequel il est aussi question de l'appel Décoloniser les arts, de Jean-Michel Lucas et des droits culturels -sujets également abordés ici même)et penser à cliquer sur les commentaires

 


Certes, de nouveaux visages apparaissent, de nouvelles voix tentent de se faire entendre (par exemple : Christelle Fritz, Steven Hearn, Jérélie Lachal, Eric Petrotto) et de rompre avec les liturgies de l'entre-soi.

Mais avec quel argumentaire ?

 

Le monde de la culture se divise en deux catégories : d’un côté celui de la création artistique, peu rentable mais noble, et de l’autre celui de l’économie du divertissement, véritable industrie guidée avant tout par sa performance économique. C’est du moins la vision caricaturale qui semble se dégager de l’opinion publique, laquelle repose en réalité sur un panorama incomplet. Car cette vision dichotomique occulte le large champ des possibles qu’offre la culture en matière d’insertion sociale, d’attractivité territoriale, et de rayonnement extérieur du pays. Des entrepreneurs ne cessent de s’investir aujourd’hui pour dépasser cette dualité, et imaginer de nouveaux dispositifs, plaçant la création de valeur économique au service des artistes et de leurs œuvres, et de l’accès à ce bien fondamental qu’est la culture. Prenant acte du contexte économique contraignant la puissance publique, partenaire historique du secteur de la culture, et défrichant un tout nouveau pan de l’économie, source d’innovations sociales et d’emplois, ces entrepreneurs culturels sont à la croisée des chemins et sont bien décidés à tracer leur propre voie.

Les UP Conferences, en partenariat avec le programme Idée² du Carreau du Temple, vous proposent d’en rencontrer des ambassadeurs emblématiques, qui contribueront sans doute demain à continuer de faire rayonner l’art made in France.


 

Lire l'intégralité de la présentation et du programme de la rencontre Le Futur de la culture, organisée par UP Conférences – Inspirer l'innovation sociale.


J'ai trouvé, sur une page Facebook qui relayait l'information sur cette rencontre, le commentaire suivant :

 

Christian Berger Difficile de commenter un tel article sur Facebook ! Mais les idées-forces qui s’en détachent méritent quelques remarques : le titre interroge sur le futur de la « culture », la dernière phrase questionne le futur des « industries culturelles » en passant par la « culture pour tous » et la « valeur ajoutée » comme « outil d’insertion ». Si je devais en dégager une phrase je citerai : « l’industrie culturelle est…sommée de se réinventer pour poursuivre sa mission sociale ». La rapidité de l’exposé omet de différencier ce qui relève d’une part de la circulation des biens et produits culturels, qui participe d’une économie et qui en relève, et d’autre part ce qui relève des pratiques sociétales d’échange des valeurs symboliques qui fondent ce qui fait culture dans un groupe humain.

 

Je ne saurais mieux dire...

 

 

 

 

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29 avril 2016 5 29 /04 /avril /2016 14:40

Article Premier
1. Toute culture a une dignité et une valeur qui doivent être respectées et sauvegardées.
2. Tout peuple a le droit et le devoir de développer sa culture
3. Dans leur variété féconde, leur diversité et l'influence qu'elles exercent les unes sur les autres, toutes les cultures font partie du patrimoine commune de l'humanité.

UNESCO, juillet 1968

¤

Chapitre précédent.

Droits culturels : continuons le débat !

Il n'est peut-être pas inutile de situer le débat récent sur l’inscription ou non dans la législation française du concept de droits culturels dans un horizon historique plus large que celui de la signature par la France, dans les années 2000, de conventions internationales portant sur la nécessité de reconnaître, protéger et promouvoir la diversité culturelle.


 

Il renvoie, en effet, à la consolidation au cours de ces 60 dernières années, d’une conception française des politiques culturelles marquée par l’affirmation du rôle primordial de l’État en la matière, de sa légitimité à intervenir de manière « régalienne » dans le champ complexe de la pluralité des intervention publiques et privées en matière d’éducation, d’art et de culture.

La mission confiée à André Malraux à partir de 1958 s’accomplit par une rupture idéologique, politique et administrative avec d’une part les politiques municipales (jugées moyennes, sinon médiocres) et d’autre part avec les politiques d’instruction publique, d’éducation nationale et le monde de l’éducation populaire.

D’où cette formule de Malraux : « Il faut bien admettre qu'un jour on aura fait pour la culture ce que Jules Ferry a fait pour l'instruction : la culture sera gratuite ».

(9 novembre 1967 : Discours à l'Assemblée nationale)


 

Or si Jules Ferry fut l’artisan de l’instruction publique, gratuite et laïque, il faut aussi l’un de ceux qui menèrent à bien l’entreprise qui devait aboutir à la construction de l’Empire colonial français.

Et, à l’inverse, le Général de Gaulle, inventeur d’un ministère des affaires culturelles et protecteur de l’auteur de La Condition humaine, fut lui, l’artisan de la décolonisation.

C’est évidemment ce paradoxe qu’il faut aujourd'hui rappeler .

Dix ans après la création du dit ministère, le monde entier, comme la France, sont agités de soubresauts, de mouvements révolutionnaires, de guerres d'indépendance, de subversions conduites au nom de la contre-culture et de l'anti-impérialisme.

Pour la première fois, le projet prêté à Malraux de démocratisation culturelle est explicitement considéré comme un échec. Y compris par ceux chargés d’y contribuer. Dans le sillage du mouvement étudiant et des occupations d’usines par ce qui était encore, la classe ouvrière, le monde du théâtre public fait son A.G.


 

Les États généraux de la Culture réunissent au Théâtre de la Cité de Villeurbanne, du 21 mai au 11 juin, autour de Roger Planchon et de Francis Jeanson, les directeurs des Centres dramatiques et des Maisons de la culture.

¤

Hubert Gignoux et Patrice Chéreau¤

Le "Manifeste de Villeurbanne", adopté le 24 mai, est un texte autocritique et de prise de conscience qui met au centre de la réflexion le concept du "non-public" - les exclus de la culture -, qui signale un déficit démocratique de l’action culturelle. La déclaration contient aussi une plate-forme revendicatrice et réformiste sur le statut des établissements culturels, qui doivent être dégagés de la double tutelle de l’État et des municipalités et qui demandent, classiquement, des moyens supplémentaires.

"D’un seul coup la révolte des étudiants et la grève des ouvriers sont venues projeter sur cette situation familière et plus ou moins admise, un éclairage particulièrement brutal. Ce que nous étions quelques-uns à entrevoir, et sans trop vouloir nous y attarder, est devenu pour tous une évidence : le viol de l’événement a mis fin aux incertitudes de nos fragiles réflexions. Nous le savons désormais, et nul ne peut plus l’ignorer : la coupure culturelle est profonde, elle recouvre à la fois une coupure économico-sociale et une coupure entre générations. Et dans les deux cas, c’est - au plan qui nous concerne - notre attitude même à l’égard de la culture qui se trouve mise en question de la façon la plus radicale. Quelle que soit la pureté de nos intentions, cette attitude apparaît en effet à une quantité considérable de nos concitoyens comme une option faite par des privilégiés en faveur d’une culture héréditaire, particulariste, c’est-à-dire tout simplement bourgeoise.

Il y a d’un côté le public, notre public, et peu importe qu’il soit, selon les cas, actuel ou potentiel (c’est-à-dire susceptible d’être actualisé au prix de quelques efforts supplémentaires sur le prix des places ou sur le volume du budget publicitaire) ; et il y a, de l’autre, un "non -public" : une immensité humaine composée de tous ceux qui n’ont encore aucun accès ni aucune chance d’accéder prochainement au phénomène culturel sous les formes qu’il persiste à revêtir dans la presque totalité des cas".

 

Accéder au texte de la déclaration de Villeurbanne grâce au site de la Bibliothèque municipale de Lyon

 

 

 

Mais qui est donc Francis Jeanson à qui l'on attribue la rédaction de cette synthèse (travail d’écriture qui n'a pas du être simple après des jours et des nuits d'assemblées générales) ?

 

Francis Jeanson, né à Bordeaux le 7 juillet 1922, mort à Arès le1er août 2009, est un philosophe français, notamment connu pour son engagement et faveur du FLN pendant la guerre d'Algérie.

Lors de la Seconde Guerre mondiale, il s'évade par l'Espagne pour fuir le STO et rejoint l'Armée française de la Libération en 1943.

Reporter à Alger républicain en 1945, il rencontre Albert Camus et Jean-Paul Sartre et ce dernier lui confie la gérance de la revue Les Temps modernes de 1951 à 1956.

Il se lie d'amitié avec Emmanuel Mounier, qui lui ouvre en 1948 les portes de la revue Esprit, où règne alors un certain « philocommunisme », et qui facilite son entrée dans le sérail intellectuel de l'après-guerre.

À partir de 1957, au plus fort de la guerre d'Algérie, il met en pratique ses idéaux anticolonialistes en créant le Réseau Jeanson chargé de transporter des fonds à destination du FLN. Ce réseau clandestin de militants sera démantelé en 1960. En fuite à l'étranger, Francis Jeanson sera jugé par contumace, reconnu coupable de haute trahison, et condamné en octobre 1960 à dix ans de réclusion.

Il revient s'installer à Paris à l'occasion de son amnistie, en 1966, puis travaille avec le Théâtre de Bourgogne (dirigé par Jacques Fornier) et est chargé de préfigurer la politique culturelle de la Maison de la culture de Chalon-sur-Saône (1967-1971). Il propose et élabore à travers cette expérience la notion de "non public", qui sera reprise en mai 1968 dans la Déclaration de Villeurbanne, dont il est le principal rédacteur.

(Source WIkipedia).

¤

Il se trouve que quelques semaines après la publication de la déclaration de Villeurbanne, Jeanson participe à un colloque de l'Unesco, organisé à Paris du 8 au 13 juillet 1968 dont le titre est Les droits culturels en tant que droits de l'homme.

 

Sa communication porte sur... la notion de non-public.

 

¤

Elle figure en page 99 de la publication « Politiques culturelles : études et documents » de l'UNESCO 1970 qui reprend les actes de cette Rencontre.

 

Télécharger ce document.

 

Déclaration sur les droits culturels en tant que droits de l’homme

Préambule.

La réunion a été organisée pour étudier les droits culturels en fonction des droits de l’homme. Elle devait offrir l’occasion d’examiner ce que ces droits signifient pour l’individu et les responsabilités qui incombent aux individus et aux États membres pour leur mise en œuvre.

 

Texte complet de le déclaration page 109 de la publication « Politiques culturelles : études et documents » UNESCO 1970

 

 

 

 

Déclaration des principes de la coopération culturelle internationale

 

ARTICLE PREMIER

I. Toute culture a une dignité et une valeur qui doivent être respectées et sauvegardées.

2. Tout peuple a le droit et le devoir de développer sa culture.

3. Dans leur variété féconde, leur diversité et l’influence réciproque qu’elles exercent les unes sur les autres, toutes les cultures font partie du patrimoine commun de l’humanité.

ARTICLE II

Les nations s’efforceront de poursuivre le développement parallèle et, autant que possible, simultané de la culture dans ses divers domaines, afin que s’établisse un harmonieux équilibre entre le progrès technique et l’élévation intellectuelle et morale de l’humanité.

ARTICLE III La coopération culturelle internationale s’étendra à tous les domaines des activités intellectuelles et créatrices relevant de l’éducation, de la science et de la culture.

ARTICLE IV La coopération culturelle internationale, sous ses formes diverses - bilatérale ou multilatérale, régionale ou universelle - aura pour fins:

(…)

ARTICLE V La coopération culturelle est un droit et un devoir pour tous les peuples et toutes les nations, qui doivent partager leur savoir et leurs connaissances.

 

Texte complet de le déclaration page 127 de la publication « Politiques culturelles : études et documents » UNESCO 1970

 

 

 

Or, dans le Document de travail rédigé par le Secrétariat, (page 12 du document téléchargeable ci-dessus), on peut lire ceci :

 

 

 

 

 

¤

D'où le rapport entre affirmation des droits culturels et prise en compte des effets d'un mouvement général de décolonisation.

D'où également l'importance de sortir d'une vision franco-française des politiques culturelles (d'une propension à confondre exception culturelle et exception française, terre des Arts, patrie des Lumières et fille aînée de la Culture...)

Et l'intérêt de mieux comprendre qu'à partir du moment historique qu'on vient de rappeler, la construction du référentiel du ministère français de la culture (qui va continuer et continue à se penser et se présenter comme « le » modèle) va avoir à se confronter à une approche plurielle et à des échanges internationaux sur les questions de politiques culturelles.

On y reviendra.

 

¤

Lecture et bibliothèques.

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25 avril 2016 1 25 /04 /avril /2016 14:56

C’est la diversité des diversités, celle qui compte, qui est à respecter et à valoriser, sans cesse. Et c’est la liberté des personnes de choisir de se référer à cette diversité de ressources, à ne pas être enfermées à une seule, que les droits culturels, en tant que droits humains, défendent.

Patrice Meyer-Bisch

 


 

A propos du manifeste Décoloniser les arts et du débat sur la diversité et les droits culturels.

 

Je dois le reconnaître, je n'avais ni signalé, ni commenté l'appel et le questionnaire intitulé Décoloniser les arts.

 

Avec la présente note c'est donc chose faite dès lors que je relaie l’interrogation qui était un peu la mienne (et mieux formulée sans doute que je n'aurais su le faire) par Patrice Meyer-Bisch


 

France, le 1er février 2016

Aux directeurs et directrices, de théâtre, ou de festival,

Aux responsables culturels,

 Nous sommes un collectif d’artistes et de professionnels des Arts et de la Culture, porteurs et porteuses de Cultures minorées. Nous agissons au quotidien contre les discriminations ethniques dans le spectacle vivant et les arts. Nous sommes convaincu-e-s de partager nombre de valeurs démocratiques avec la plupart d’entre vous, et c’est pour cela qu’aujourd’hui, nous décidons de vous faire part de certaines de nos réflexions. Celles-ci se construisent à partir du constat d’une réalité alarmante qu’il nous appartient, désormais, de réorienter ensemble.

 Afin de parfaire les présentations, vous trouverez en pièce jointe la charte de notre association nommée Décoloniser les arts.

 Les nombreux débats sur la diversité qui se sont tenus pendant le dernier festival d’Avignon et un peu partout depuis témoignent de la prise de conscience des questionnements du milieu culturel sur le manque de représentation des populations « non-blanches » sur les plateaux de France.

 La réalité nous invite à une réflexion en profondeur dans nos pratiques : pouvons-nous continuer à affirmer une Culture qui ne ressemble plus à la population française d’aujourd’hui ? Si la Culture est le moyen de lutter contre les replis identitaires, une Culture qui exclut et ne considère pas prend le risque de contribuer à l’apparition de certains identitarismes, nationalismes ou extrémismes religieux de tous crins.

(...)

 

 

Je renvoie aussi au questionnaire adressé par les auteurs de l'appel Décoloniser les arts, aux responsables de lieux culturels.

 

Chers directeurs et directrices de théâtre ou de festival, de lieux culturels... Poursuivons ensemble notre parcours dans l'analyse de nos lieux de culture... Ces quelques questions peuvent aider :

Analysons les équipes :

- Connaissez-vous des non-blancs, non-blanches directeur ou directrice d’institution culturelle publique ?

 - Si oui, dans des  Scènes nationales ?

 - Ou des CDN ?

- En France métropolitaine ou en outre-mer ?

- Dans des Théâtres nationaux ?

- Avez-vous des collaborateurs non-blancs dans votre équipe permanente ?

- Si oui, à quels postes ?

- Partagez-vous ce sentiment que la France est construite et nettoyée par une infra-société invisible et non-blanche ?

 Observons les artistes associés :

- Avez-vous des artistes associé.e.s dans votre théâtre ?

- Quelle est leur couleur de peau ?

 Observons les plateaux

- Pourquoi n’y a-t-il que des blanc.he.s dans la plupart des spectacles français ?

- Quel est le sens dramaturgique recherché ?

- La couleur de la peau est-elle d’ailleurs dramaturgiquement signifiante ?

Lire la suite.

 

Voir aussi le LEXIQUE de Décoloniser les arts.

 

 

 

L’appel « Décoloniser les arts » qui circule depuis quelques semaines dans les médias interpelle les institutions nationales et internationales à propos de la nécessité de garantir une juste visibilité de la diversité culturelle sur nos scènes, sur nos écrans, afin de lutter contre les discriminations dans le spectacle vivant et les arts à l’encontre « des populations minorées et post-coloniales ». L’argument proposé dans l’appel prend également appui sur la récente inclusion des droits culturels dans l’article 103 de la loi NOTRe.

Patrice Meyer-Bisch, coordonnateur de l’Institut interdisciplinaire d’éthique et des droits de l’homme de Fribourg (IIEDH), a réagit à l'appel « Décoloniser les arts » en apportant des précisions sur ce qui fait « diversité culturelle » selon une approche basée sur les droits de l’homme.

 

" Il n’est pas possible, mais vraiment pas possible de réduire la diversité aux couleurs de peaux. Cette réduction est non seulement une erreur, mais un piège grossier. Des personnes sont en effet « racisées » (entendons, discriminées selon un motif de race), mais les races n’existent pas. Non seulement des Français de seconde ou troisième génération peuvent, tout en étant noirs ou bruns ou aux yeux bridés, être plus parisiens républicains que bien des français, mais surtout, il y a toutes sortes de diversités culturelles, d’origines géographiques (pas seulement noir-blanc), mais aussi de conditions sociales variées impliquant des références culturelles très diverses.

C’est l’ensemble des diversités qu’il faut considérer, car elles croisent les diversités de peaux. Votre démarche les thématise, risquant de ré-édifier ce que vous voulez contrer. Ce n’est pas la couleur de la peau qui fait principalement l’identité pour beaucoup, c’est un grand nombre de références culturelles (langue, famille, religion, disciplines apprises, modes de vie, métier, arts, religion, sport,…). C’est la diversité des diversités, celle qui compte, qui est à respecter et à valoriser, sans cesse. Et c’est la liberté des personnes de choisir de se référer à cette diversité de ressources, à ne pas être enfermées à une seule, que les droits culturels, en tant que droits humains, défendent."

 

Lire l'intégralité de la réponse de Patrice Meyer-Bisch,

 

Le mérité de ce débat, me semble -t-il est de constituer un appel à la vigilance sur le fait que la récente inclusion des droits culturels dans l’article 103 de la loi NOTRe, désormais une loi de notre République, ne saurait en aucune manière clore le débat.


 

Pour ne prendre qu'une illustration de l’ardente obligation de ce débat : Abraham Bengio s’exprime sur le sujet dans le numéro 2 de l’excellente revue Nectart où son analyse est confrontée avec celle de Mylène Bidaut

 


 


 

L’irruption des droits culturels dans le débat sur les politiques publiques de la culture a représenté une bouffée d’air frais, peut-être même un véritable changement de paradigme. Au cœur de la réflexion, à l’avant-garde du combat, on s’attendait à trouver les artistes et les opérateurs culturels. Par un curieux paradoxe, ils en sont absents et tout se passe comme si les défenseurs des droits culturels se méfiaient d’eux et les tenaient pour responsables de l’échec de la démocratisation culturelle. Comme toujours, les torts sont partagés. Sous peine de voir les droits culturels n’accoucher que d’une gesticulation vide de sens et la création artistique s’épuiser en une stérile célébration de l’entre-soi, il est urgent de lever ce malentendu : on n’en finirait pas d’énumérer les chantiers passionnants qui naîtront de ce dialogue.


 

 

 


 

 


 


 


 

Fidèle à sa vocation, La Cité des sens reviendra sans tarder sur le contexte historique des questions liées à la diversité, aux droits culturels et à la décolonisation.

Droits culturels : continuons le débat !

¤

 

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21 avril 2016 4 21 /04 /avril /2016 18:05

« Les hommes qui ne rêvent point la nuit perdent un tiers de leur existence. »

Jean Zay Souvenirs et solitude.

Le Front populaire :

 naissance d’une politique culturelle

Acteurs et Héritages

 9 mai 2016

Auditorium de l’Hôtel de Ville de Paris

 

Avec le soutien du Centre d’histoire sociale de l’Université Paris 1

Association Ciné-Histoire

Les amis de Jean Zay

La Ligue de l'enseignement.

 

Le Front populaire a été un  temps où la question de la « culture »  (ce type de vocabulaire apparaît précisément à cette époque) aura occupé une place sans précédent dans les débats publics et dans les programmes des partis, des syndicats et des gouvernements, qu’il s’agisse de la création artistique ou de la recherche scientifique, des réformes scolaires ou de l’« organisation des loisirs ». De grandes figures entrent, à cette occasion, dans le panthéon de la mémoire républicaine, comme Jean Zay, ministre de l’Éducation nationale, Georges Huisman, directeur général des Beaux-arts, Jean Cassou, Léo Lagrange, Jean Perrin, Paul Rivet...

 

     Cette journée d’étude interrogera la conjoncture (économique, politique, culturelle) qui a conduit à cette exceptionnelle mobilisation des individus, au sein d’un vaste mouvement collectif où, à côté des organisations déjà en place, se distinguent de nombreuses associations apparues entre 1935 et 1937.

    

     Elle posera la question des oppositions externes et des contradictions internes qui ont pu affaiblir ou empêcher certaines réformes, anéantir certains espoirs, et cherchera à resituer à l’échelle de deux ou trois générations, jusqu’aux prémisses du XXIème siècle, l’héritage culturel de « 36 ».

 

 

 

9h15 — Accueil par Nicole DORRA, présidente de l’association Ciné-Histoire, et Pascal ORY, professeurd’histoire à l’Université Paris 1, président de l’Association des Amis de Jean Zay.

 

CONTEXTES ET MOBILISATIONS

9h30-10h — Introduction par Antoine PROST, professeur émérite d’histoire contemporaine à Paris 1.

10h-11h00 — Table Ronde, avec Hélène DE TALHOUËT, docteur en histoire, Pascal ORY, Nicolas PALLUAU, docteur en histoire, Antoine PROST.  

11h00-12h00 — Présentation et extraits du film L’école est à nous ! Ou comment Jean Zay révolutionna l’Éducation nationale, de Stéphane BENHAMOU (2015).


 

CONTRADICTIONS ET HERITAGES

14h-14h30 Introduction par Pascal ORY.

14h30-15h30 Table Ronde, avec Laurent BESSE, maître de conférences à l’Université de Tours, Pascal ORY, Antoine PROST.

15h45 Présentation et projection du film La Marseillaise, de Jean RENOIR (1938).

Réservation indispensable

Association Ciné Histoire

8 rue Dupleix, 75015 PARIS

par courriel : nicoledorra@gmail.com

 

 

  À propos de la réédition de la somme de Pascal OryLa belle illusion. Culture et politique sous le signe du Front populaire, CNRS éditions, Biblis, 2016, 1033p, 17€  Article paru dans L’OURS n°250, mai 1994, p. 10-11

par Pascale Goetschel


 

(…) Pascal Ory distingue trois domaines d’application de la politique culturelle du Front populaire : la création qui comprend le livre, les arts plastiques, la musique, le théâtre, le cinéma et la création scientifique, la médiation avec l’information et l’école, le loisir enfin englobant les sports, les loisirs et la fête. L’analyse des rubriques signale l’extension élargie que le Front populaire donne au terme de culture, ne se limitant pas seulement aux Belles Lettres et aux Beaux-Arts mais considérant que tout ce qui relève d’une culture spécifiquement populaire, le chant, le folklore, les loisirs, doit être valorisé. Il ne s’agit pas ici d’énumérer les projets, les avancées, les échecs, et ils sont nombreux, que connaît chacun des domaines passés au crible mais de constater que, dans l’ensemble, règne le souci partagé de populariser et d’organiser. La volonté de créer des institutions et de rationaliser est repérable dans les projets de Jean Zay, pourtant malheureux dans les deux cas, de fonder une «école unique» ou d’établir un statut du cinéma qui verrait le contrôle des recettes, la réorganisation de la profession et la reconnaissance du droit des auteurs. Mais que l’on songe aussi à l’idée, avortée, de moraliser la presse, ou aux intentions, abouties celles-là, de réunir les théâtres lyriques nationaux ou de créer un Conseil national de la recherche scientifique et l’on aura une idée de l’ampleur des réformes envisagées.

(...)

Lire l'intégralité de la recension

 

 

 

 

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7 avril 2016 4 07 /04 /avril /2016 08:40

C’est une vieille et douteuse plaisanterie de l’auteur de ce blog que d’évoquer la rue de Valois en parlant du « ministère des nominations et des labels au bois dormant ».


 

C’est justement à la question des labels que Jean-Michel Lucas consacre sa deuxième Chronique d'une loi ordinaire à propos de l'article 3 de la loi Création, architecture, patrimoine.

L'article 3 porte sur les labels : le ministère de la culture entend apporter une aide conséquente à 400 structures artistiques au sein « d'une petite douzaine de labels ». Qui s'en plaindrait ?

Pourtant, cette reconnaissance nous ramène au bon temps de la féodalité : un grand seigneur qui choisit d'adouber ses chevaliers et le reste va nu pieds. La vérité est là : hors du label pour les 400, l'Etat ne prévoit rien et refuse même ouvertement que la loi envisage des conventions avec d'autres que les labellisés.

Le ministère de la culture considère, donc, comme négligeable le reste des projets artistiques qui sont, pourtant, reconnus par l'article 2 lequel a allongé encore la liste des projets pertinents pour l'intérêt général. ( Par exemple « les activités de création artistique pratiquées en amateur, » ou « les artistes, les auteurs, les professionnels et les personnes morales et les établissements de droit public ou de droit privé, bénéficiant ou non d’un label, qui interviennent dans les domaines de la création, de la production, de la diffusion, de l’enseignement artistique et de la recherche, de l’éducation artistique et culturelle, de l’éducation populaire et de la sensibilisation des publics » ).

De tout ce tas informe et plébéien, le ministère ne veut reconnaître et protéger que ses chevaliers labellisés ! Avant il le faisait avec discrétion ; avec l'article 3, il veut que la loi républicaine lui accorde ce privilège ! Par conséquent, il ne restera plus pour les autres cultueux que des miettes aléatoires et déconcentrées !

Le Sénat, lui, avait bien compris que ce retour au féodalisme était archaïque et mal adapté aux changements rapides du monde des arts. Il avait inscrit, dans l'article 3, la possibilité de conventionnement durable avec des acteurs culturels répondant aux critères d'intérêt général de l'article 2 ! Rien que de très logique. Dans cette ensemble de conventions, le ministère aurait pu se faire plaisir en décernant des labels aux plus méritants. Au moins, les acteurs ne faisant pas partie des 400 familles auraient eu un peu d'espoir de négocier un minimum de sécurité conventionnelle.

Mais le ministère s'est opposé fermement à cette possibilité. Il a montré sa vraie nature en refusant de sortir des remparts des labels. Non pas par manque d'argent ! Mais en raison de la nature même de sa politique culturelle : prévoir des conventionnements - c'est à dire avoir un œil ouvert sur la diversité des initiatives artistiques et culturelles - déstabiliserait la noblesse artistique de ce pays. Voici le texte de son amendement, d'une cruauté sans nom pour ceux qui ne sont pas adoubés dans la grande famille des 400 ; « la rédaction adoptée par le Sénat en introduisant le principe d’un conventionnement et en supprimant l’agrément du ministre chargé de la culture dénature le cadre de ce qui constitue la politique nationale actuellement en place pour les structures labellisées. Elle est porteuse de déstabilisation pour les structures du spectacle vivant et des arts plastiques bénéficiant actuellement d’un label. » On a tous compris : la nature même de la politique culturelle nationale, ce sont les labellisés « stabilisés » contre les autres qui ne le seront pas, les gros protégés contre les petits faiblards ! Ce texte de la République crée deux catégories d'acteurs culturels : les uns avec des garanties solides données par la loi via le label et les autres,.. rien ! Même pas l'idée de conventionnement ! Cet argument de la déstabilisation des plus gros quand tous les autres - hors des 400 - pataugent dans les difficultés économiques est incroyable. Une forme d'indignité que j'ai toujours mal vécue quand j'étais DRAC. C'est grave de la voir maintenant organisée par une loi de la République.

En adoptant l'article 3, les députés sont-ils à ce point naïfs qu'ils n'aient pas vu qu'en supprimant le conventionnement, d'un coté, le ministère se réservait - en pratique, se repliait - sur la bonne culture d'Etat et laissait, de fait, aux collectivités territoriales tout le reste du menu fretin de l'article 2 !!

J'espère que les labellisés, même au SYNDEAC, ne seront pas complices de cet état de droit qui laisse tomber le tiers-état des cultureux et ne protège que la chefferie labellisée. Curieuse république !

Il faut rétablir, dans l'article 3, le principe du conventionnement, c'est à dire le principe de garantir plus de sécurité pour beaucoup de projets en matière artistique et culturelle et non développer la "flexibilité" pour le plus grand nombre et promouvoir la stabilité pour les seuls privilégiés du prince.

© Jean Michel Lucas

 

Quant à Guillaume Cerutti, c’est aux nominations dont les ministres de la culture ont ou devraient avoir le privilège qu’il consacre sa chronique du 1er avril dernier.

Le pouvoir de nomination est pour tout ministre de la Culture l'un des leviers essentiels permettant de mettre en œuvre sa politique et d'imprimer sa marque. Cette prérogative s'exerce à plusieurs niveaux. Au sein de l'administration centrale du ministère sont notamment concernés le poste de secrétaire général et les trois postes de directeurs généraux (patrimoines, création, médias et industries culturelles). Nommés par décret en Conseil des ministres sur proposition du ministre de la Culture, sans durée de mandat et révocables ad nutum, ces postes ont désormais un fort contenu administratif et gestionnaire.

(…)

Les nominations à la tête des grands établissements culturels sont désormais au centre de nombreuses convoitises et monopolisent l'attention médiatique, comme on l'a vu récemment pour le Centre Pompidou, pour la Villa Médicis ou pour le musée d'Orsay. Pour les postes de ce type, une observation majeure s'impose : les choix ont ces dernières années échappé au ministre de la Culture, pour relever in fine de l'autorité de Matignon ou, plus sûrement, de l'Elysée. Cela n'est pas anormal en soi, car ces nominations doivent être prises par décret présidentiel. Ce qui est plus inquiétant, voire désastreux pour le ministère de la Culture, c'est que ce dernier ait perdu sa capacité de proposition ou que celle-ci ait parfois donné l'impression de s'exercer à contretemps ou de manière totalement factice.

(…)

Non sans paradoxe, le ministre de la Culture reste en revanche un acteur décisif pour les nominations à la tête de certains établissements ne relevant pas de son autorité directe. Ainsi pour les 3 5 centres dramatiques nationaux, dont les directeurs sont nommés par le ministre en concertation avec les collectivités locales impliquées, et pour les 70 scènes nationales, dont les directeurs sont nommés par leur conseil d'administration après agrément du ministère de la Culture, Cette prérogative est un instrument utile lorsqu'elle permet à un ministre - en l'occurrence Aurélie Filippetti - de veiller à ce que ces directions ne deviennent pas des rentes de situation, et s'ouvrent davantage aux jeunes et aux femmes. Pour autant, on souhaiterait que l'implication croissante des collectivités locales dans le domaine culturel leur confère progressivement une autorité plus affirmée en matière de nominations dans les structures locales, tandis que le ministre se consacrerait se consacrerait surtout au choix des dirigeants d'établissements de niveau national.


 

© Guillaume Cerutti. Le Quotidien de l’Art. 1 avril 2016 - N°1035


 

Culture, pour en finir avec les ravages de l’entre soi semble répondre Jérôme Impellizzieri, président (PS) de la commission pour la permanence artistique de la région Ile de France de 2010 à 2015.

 

La reproduction socio-culturelle a rarement été aussi forte qu'aujourd'hui. Les enfants de, les cousins de, les nièces et neveux de.... Les groupes de copains de lycée... forment la plupart du personnel politique, culturel... et même enseignant. Pour caricaturer, on pourrait dire que le monde du travail se divise en deux catégories : ceux qui peuvent être cooptés, et ceux qui sont condamnés à chercher.

(…)

Prenons la culture. Les organigrammes des lieux de fabrique et/ou de diffusion, particulièrement ceux qui sont labellisés, les organigrammes ministériels, d'office publics, les plateaux des théâtres, les génériques des films, sont remplis de cette endogamie, de cet entre-soi. Le pire, dans tout cela, c'est que bien souvent, il n'y a pas d'injustice si l'on considère le niveau (selon le référencement en vigueur, c'est un débat à avoir) : ce sont, bien souvent, les meilleurs. La question de la formation, et du partage de l'information sur les formations, se pose. Celles des parcours aussi, bien sûr. Tout est figé, quasiment dès la naissance. Pourtant, l'univers de la création artistique devrait être ouvert, flottant, bordélique à souhait, joyeux, et même, structurellement désorganisé. C'est tout l'inverse. Je suis entré dans la profession en 1999. 17 ans plus tard, qui peut affirmer que le paysage humain a bougé, si ce n'est à la marge ou en lien avec la pyramide des âges (et encore !).

(…)

Malgré ce constat, je persiste à penser que c'est dans la culture, par la culture, que se trouve certainement la voie vers un horizon plus... humain.


 

Lire cette tribune dans La Tribune du 1er avril 2016

 


 

Le même jour, le politologue et écrivain belge d'origine italienne, Giuseppe Santoliquido publiait une tribune intitulée

« Attentats de Bruxelles : les responsabilités du monde culturel ».


 

Elle se conclut ainsi :

 

Il nous semble donc qu'une des missions essentielles qui incombe au monde de la culture dans les temps à venir est de repenser au plus vite son rapport à la société. De réfléchir à une définition nouvelle de l'engagement culturel, qui est par essence engagement sociétal. À notre présence permanente et peut-être même obligatoire dans les écoles, dans les franges de la société les moins habituées à nos interventions. Et cette réflexion, nous en sommes convaincus, c'est aux artistes et aux intellectuels eux-mêmes de la mener, en toute autonomie, avec le sens de la responsabilité sociale qu'implique le devoir culturel.

°

Lire l’intégralité de cette tribune.

 

Les lecteurs fidèles de La Cité des sens savent le peu de goût que j’ai pour les formules comme  monde culturel  ou monde de la culture. Cette libre opinion mérite toutefois d’être lue, pour pouvoir être discutée.

A l’occasion on peut aussi relire Zola ou Durkheim 


 

Lecture et bibliothèques.

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Published by J.C. POmpougnac Jean-Claude Pompougnac - dans Les politiques culturelles en débat Divergences Actualité
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31 mars 2016 4 31 /03 /mars /2016 08:45

¤

Suite de la note précédente.

 

Echanges avec le public.

Suite à un certain nombre d'interventions dont la mienne :

DE LA CULTURE COMME PRIVILEGE A LA CULTURE COMME DROIT

 


 

Question du public.

 

Il me semble à la réflexion que la logique ne peut pas être dans cette pensée binaire, d'opposition entre démocratisation et démocratie mais bien d'essayer le niveau supérieur qui permet de relier les deux pour construire cette relation d'identité. Et l'altérité.

Pour reprendre le débat de ce matin, je pense que l'enjeu pour nous dans les conservatoires est bien de mettre en lien la diversité - ça peut être aussi un autre terme qu'on peut employer sans être dans le « singulier/pluriel » ou dans « l'identité/altérité » -, de mettre en jeu la pluralité des esthétiques, des modalités pédagogiques, des cheminements en tous genres pour pouvoir justement répondre à la fois à une notion de démocratie culturelle et être toujours en même temps dans cette éventuelle recherche de démocratisation.

La question qui me taraude au quotidien c'est : à quel niveau on peut se placer pour dépasser cette opposition entre démocratie et démocratisation, entre individu et identité, et altérité relationnelle. Comment peut-on dans un cadre d'enseignement institutionnel dépasser cette problématique ?

 

Jean-Claude Pompougnac

Comme les gens auront beaucoup de choses intéressantes à dire, pour répondre directement à votre question, je vais proposer un petit détour.

Je m'en excuse, je ne vous réponds pas directement mais c'est lié à mes TOQ, à mes troubles obsessionnels du questionnement.

Encore une fois, le premier c'est : qui parle de culture ? Qui peut nommer la culture, dire ce qu'est la culture et ainsi tracer une frontière entre « eux » et « nous » ?

La deuxième question c'est : quelles sont les formes de la prise en charge de la responsabilité de la transmission culturelle d'une génération à l'autre ? C'est-à-dire comment s'organise la société pour assumer la responsabilité qui est la sienne de transmettre la culture d'une génération à l'autre, pour éviter les effets de barbarie dont on parlait tout à l'heure ? Avec au passage une petite observation latérale bien connue (je m'excuse d'enfoncer là encore une porte ouverte) : les autodafés de l'époque du Troisième Reich étaient le fait de gens dont on ne peut pas dire qu'ils n'étaient pas cultivés, ce qui pose à Hannah Arendt ou à d'autres auteurs beaucoup de questions profondes. Je ferme cette parenthèse.

Comme j'ai beaucoup travaillé sur la question de l'entrée dans la lecture, parmi les questions idiotes que je me pose sur l'altérité, la frontière entre « eux » et « nous », par exemple il y en a une que j'ai essayé de traiter à la fin d'un petit livre que j'ai écrit qui est : Pourquoi les femmes lisent plus que les hommes ? Voyez : des questions idiotes qui correspondent en même temps à des réalités. Je vais laisser la parole à mes voisins mais je vais vous lire un extrait d'article qui a été publié dans le New York Times le 23 juin 1985 sans vous dire qui a écrit ces lignes qui vont nous ramener au sublime : « Il ne faut pas intervenir. Il ne faut pas se mêler des problèmes de chacun avec la lecture. Il ne faut pas souffrir pour les enfants qui ne lisent pas, perdre patience. Il s'agit là de la découverte du continent de la lecture. Personne ne doit encourager personne, ni inciter personne à aller voir ce qu'il en est. Il y a déjà beaucoup trop d'informations dans le monde sur la culture. On doit partir seul vers le continent, découvrir seul, opérer cette connaissance seul. Par exemple, de Baudelaire, on doit être le premier à découvrir la splendeur. Et on est le premier. Et si on n'est pas le premier, on ne sera jamais un lecteur de Baudelaire. Tous les chefs d'œuvre du monde devraient avoir été trouvés par les enfants, dans les décharges publiques et lus en cachette, à l'insu des parents et des maîtres..

Sublimes, forcément sublimes. Ce sont des phrases de Marguerite Duras. Et je laisse maintenant mes collègues répondre sérieusement à votre question.

 

(...)

 

Jean-Claude Pompougnac

Je me sens un peu dans la position du cinéaste qui a fait plusieurs films et qui va en faire un autre. J'ai quand même participé depuis de nombreuses années à un certain nombre de rencontres de ce genre. Et c'est vrai que j'ai dit tout à l'heure, peut-être avec exagération, qu'il y avait une espèce de ressassement mais votre question est extrêmement intéressante. Moi, je ne suis pas du tout un spécialiste du choc artistique, de la révélation artistique, du sublime. Il se trouve que ma trajectoire personnelle fait que sur ces questions-là, j'ai en réalité très peu d'expérience. Et donc je souscris à ce que disent ceux qui en savent plus que moi sur ces questions.

Par contre, je sais qu'il y a des travaux dont on parle moins que d'autres. Des auteurs qui sont moins souvent cités que d'autres dans ces débats. C'est-à-dire qu'on revient toujours un peu à la même manière de problématiser, toujours sur les mêmes formes de catégorisations mentales. Donc j'en citerai deux très rapidement : Michel de Certeau d'abord, qui a été sans doute un des premiers dès après 1968 à interroger l'institution scolaire mais plus largement le champ culturel, qui a publié un livre, La Culture au pluriel, et qui a été l'auteur de rapports commandés par Jack Lang à l'époque de son premier septennat. Le deuxième auteur, c'est Jacques Rancière qui vient de publier un livre qui s'appelle Le Spectateur émancipé. Le caractère commun de ces deux auteurs dont on parle moins dans les médias que de beaucoup d'autres, c'est qu'ils établissent une continuité de problématique sur la question de la transmission culturelle, entre la transmission culturelle scolaire (la relation pédagogique dont vous parliez tout à l'heure, la transmission culturelle dans l'institution scolaire) et la transmission culturelle ailleurs. Et ce qui me paraît très intéressant dans ces problématiques, puisque vous employiez le mot « altérité » tout à l'heure, c'est qu'au fond, je peux concevoir que le travail de transmission scolaire puisse se penser sous la métaphore de la traduction. C'est-à-dire qu'il y a des personnes qui sont en communication, et que celui qui transmet ou enseigne, et celui qui écoute l'enseignant sont dans un rapport qui à mon sens relève de la métaphore de la traduction, et ça me paraît un point extrêmement important.

De la même manière, dans leur rencontre avec l'œuvre d'art, je me pose toujours la question de la réciprocité ou non réciprocité de l'altération. C'est-à-dire que je comprends bien que le spectateur soit altéré par l'œuvre. Je comprends bien que le spectateur subisse un choc, une émotion de l'ordre du choc esthétique, du sublime, etc. La question que je me pose et que posent ces auteurs, c'est de savoir dans quelle mesure les formes esthétiques, les œuvres, le patrimoine culturel en général sont altérés par la réception des spectateurs.

 

 

(...)

Jean-Claude Pompougnac

Je suis d'accord sur le fait que le monde dans lequel nous vivons peut susciter beaucoup de signes d'inquiétude. Je m'interroge sur la question de savoir pourquoi je n'arrive pas à être démoralisé. Pour le dire autrement, je me demande pourquoi, quand on engage ce genre de discussion, on fait l'émission de Finkielkraut du samedi matin à neuf heures. Je dirai : elle existe, il n'y a qu'à l'écouter si on a envie de l'écouter. Moi je ne la supporte pas donc je ne l'écoute pas.

Bon, pour répondre sur la question, oui c'est vrai que ce sont des questions en débat depuis très longtemps et nous continuons notre travail. Et nous le continuerons jusqu'à ce que nous puissions faire valoir nos droits à la retraite et peut-être même qu'après avoir fait valoir notre droit à la retraite, nous nous engagerons bénévolement pour continuer ce travail.

Alors la question de la démocratisation, elle est très compliquée. Je vais juste dire deux mots. J'étais ravi d'apprendre tout à l'heure qu'il y avait une formule mathématique qui permettait de savoir, quand un film sortait le mercredi à 14 heures, s'il va faire du public ou pas. Parce que, quand vous lisez attentivement la dernière directive nationale d'orientation envoyée par la ministre - lecture que je vous déconseille formellement, c'est absolument insupportable - vous y voyez que précisément il y a un jeu fantastique. On reprend l'argument de la démocratisation culturelle avec la nouvelle injonction qui est la culture du « résultat », c'est-àdire : « remplissez les salles ». Et en même temps, on maintient l'objectif philanthropique qui a été inventé à l'époque du développement culturel, c'est-à-dire : « n'oubliez pas les exclus ». Donc : « pensez aux handicapés, pensez aux pauvres, aux Rmistes, etc. » C'est pour moi une lecture politiquement totalement insupportable puisque, précisément, on y tricote l'argument budgétaire de : « on ne va quand même pas consacrer autant de pognon aux institutions culturelles si vous n'êtes pas capables de remplir les salles ».

La chose que je voudrais dire aussi par rapport aux questions de la fréquentation, c'est que, quand on interroge les Français pour savoir s'il doit y avoir des politiques et des budgets culturels, en général, ils répondent positivement. Dans culture, il y a culte. Pour moi, la meilleure métaphore de ce rapport paradoxal que nous entretenons en France, c'est la métaphore religieuse. C'est-à-dire que ce sont des croyants non pratiquants. Beaucoup de nos contemporains n'ont aucune difficulté à croire à la culture (je parle des classes moyennes, je ne parle pas de ceux qui pour des raisons diverses et variées seraient très éloignés de l'offre culturelle). Il n'empêche que, effectivement, ils ont cessé de fréquenter les temples ou ils les fréquentent moins. Même si, encore une fois, tout ça doit être nuancé puisque les files d'attente s'allongent devant les musées quand il y a des grandes expositions.

Mais il me semble quand même qu'en cinquante ans il y a quelque chose d'autre qui a changé, qui a été évoqué à travers certains de nos propos, même si je ne suis pas un partisan du parcours apocalyptique en matière culturelle ou philosophique : c'est le développement des pratiques amateurs.

Et c'est l'intérêt d'un nombre croissant de nos contemporains pour ce qu'on appelle le développement personnel. Allez dans une grande librairie et regardez. Vous avez : philosophie, religions, ésotérisme, développement personnel. Un orateur a fait tout à l'heure un lapsus que je trouve très intéressant entre « injonction » et « injection ».

Il y a une injonction à la singularité : « be yourself ! » Nous devons être quelqu'un. Moyennant quoi, nous sommes le pays le plus gros consommateur de psychotropes. Pour moi, la question de la démocratisation culturelle, c'est aussi, à condition de s'éloigner un instant du regard philanthropique et condescendant porté sur les exclus et de s'intéresser aux « gens de la moyenne » comme disait Colette Magny, la question de la culture aujourd'hui, la question du goût pour les pratiques amateurs, de la démocratisation culturelle, c'est aussi le malaise dans lequel est une certaine société du culte de la performance, de l'injonction d'être soi-même et donc de la nécessité, pour tenir le coup, d'avaler quelques pilules jaunes ou bleues. Je crois que ça répond aussi à votre question.

 

Question du public.

Est-ce qu'on ne peut pas se poser la question de la démocratisation de la culture sous un autre point de vue ? Est-ce que la notion de démocratisation de la culture ne peut pas être aussi une sorte d'alibi ou de bonne conscience pour dire qu'on déploie beaucoup de moyens sur une forme de culture qui est, ce que nous appelons, nous, « la » culture. Beaucoup de moyens, et que ces moyens dans une bonne République ne peuvent se justifier que s'ils s'adressent vraiment à tous ?

 

Jean- Claude Pompougnac

Merci de cette question. J'ai tout à l'heure rappelé que j'avais une fâcheuse tendance à enfoncer les portes ouvertes. C'est précisément le sens de la fondation du Ministère de la culture par André Malraux et de toute cette histoire. Plus on a augmenté les budgets de la culture, plus on a augmenté les moyens publics pour un service public de la culture, plus évidemment, l'obligation que ce service s'adresse au plus grand nombre est devenue forte. Mais le constat qu'on peut faire n'est pas tout-à-fait celui-là, d'où le débat que nous avons.

 

(...)

Jean-Claude Pompougnac

Je regrette encore une fois d'avoir pris la place de Pascal Ory. Il nous aurait sûrement rappelé qu'il y avait une vie avant Malraux, il nous aurait rappelé l'expérience du théâtre populaire de Jean Vilar, il nous aurait parlé du Front Populaire, de la Libération, du Comité National de la Résistance, enfin bref.

Bien entendu, je suis d'accord avec Alain Foix. Il y a une histoire beaucoup plus épaisse que celle à laquelle je me suis référé parce que je ne suis pas historien. Mais dans cette histoire, il se trouve que le monde du théâtre – je ne sais pas si tu seras d'accord - a une capacité à prendre une parole politique plus importante que dans d'autres disciplines artistiques et que ça pèse beaucoup sur l'histoire des politiques culturelles, qu'elles soient d'ailleurs nationales ou locales. Les gens de théâtre ont la prise de parole politique plus facile peut-être que d'autres artistes, d'autres disciplines et ça a beaucoup marqué l'histoire de ce Ministère. Peut-être beaucoup trop.

 

(...)

Jean-Claude Pompougnac

On parle aussi à l'Education nationale d'éducation artistique et culturelle comme si l'éducation n'était pas culturelle. Je suis enseignant de formation. J'ai toujours beaucoup souffert de cette idée que l'éducation pourrait n'être pas culturelle. Lorsqu'un prof de mathématiques, fou furieux comme moi de La Règle du jeu de Jean Renoir ou de La Nuit du chasseur, parle de ces films à ses élèves pendant un moment où il arrête de faire des mathématiques parce qu'après tout, quand on est prof, on a bien le droit de s'autoriser quelque liberté, il fait de l'action culturelle évidemment. Et peut-être avec une efficacité redoutable par rapport aux gens qui sont payés pour faire de l'action culturelle ailleurs.

 

 

Question du public.

 

On est, me semble-t-il, dans la problématique du rapport de l'art et du pouvoir. Tous les gens qui sont là sont directement liés aux moyens mis en place par le pouvoir, même si on les juge insuffisants. Je suis bien d'accord pour les juger insuffisants aussi. La question de l'avantMalraux, elle remonte aussi à l'histoire du rapport de l'art et du pouvoir.

Les moyens pour l'art, il y en a eu de tous temps, ils étaient plus ou moins importants. Il y a eu des périodes où ils étaient très importants.

Ce qui me frappe, c'est que finalement, l'idée de démocratisation de la culture, de la mise en relation de cet art officiel avec tout le peuple, elle est venue au même moment que se révélait aussi une expression culturelle, et même des expressions artistiques, ailleurs que du côté du pouvoir. Et qui se faisait en plus sans moyens, sans ces moyens financiers du pouvoir.

Si on se mettait à la place de ces artistes-là, les taggers, ceux qui font du hip-hop – on les évoquait ce matin -, est-ce qu'on ne pourrait pas aussi se poser la question de la démocratisation de leur culture ? Pourquoi est-ce qu'on n'arrive pas à reconnaître une espèce de culture ou d'art global, général, et pourquoi il y a toujours cette séparation entre un art qui n'est pas pratiqué du côté du pouvoir et puis l'art du pouvoir ?

Parce qu’on se pose la question de la démocratisation de la culture mais on n'intègre pas les cultures artistiques de ces populations-là.

 

Jean-Claude Pompougnac

Ce que je trouve extrêmement intéressant dans votre intervention, c'est comment la question des rapports de l'art et du pouvoir pourrait venir brouiller une réflexion politique beaucoup plus basique et beaucoup plus générale qui est de savoir si nos démocraties sont des démocraties.

C'est pour ça que dans les mots que j'aurais souhaité qu'on examine, j'avais mis le mot « contre-pouvoir ». C’est un mot qui est devenu obsolète. Je pense que ce n'est pas lié à la question artistique, c'est une question beaucoup plus générale de la démocratie. Que celle de savoir qu'en réalité, selon Jacques Rancière, nous vivons dans un système oligarchique et que la démocratie reste un horizon à conquérir par toutes sortes de moyens, y compris pourquoi pas, l'action artistique.

C'est pourquoi je me suis permis, puisqu'on m'avait demandé des références, de vous mettre un lien Internet vers un texte brésilien qui vient de Sao Paulo, qui s'appelle La Charte des responsabilités de l'artiste. Et vous verrez qu’il s'est trouvé là-bas plusieurs centaines d'artistes pour se réunir et écrire un texte dans lequel ils s'expriment sur leurs responsabilités civiques, de manière extrêmement intéressante. C'est pourquoi je citai également L'Agenda 21 pour la culture parce qu’il s'agit là d'un texte non hexagonal, extra-hexagonal, mondial, international, dans lequel la question que vous posez est également posée en terme de contrepouvoir.

 

 

Télécharger la version intégrale des Actes des Assises nationales et le Manifeste des Conservatoires de France (2009)


 

 

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29 mars 2016 2 29 /03 /mars /2016 14:19

¤

Cette contribution commence à dater sérieusement.  Je la publie néanmoins telle quelle.


 


 


 

DE LA CULTURE COMME PRIVILEGE A LA CULTURE COMME DROIT

 

Jean-Claude POMPOUGNAC

Directeur de l’action culturelle de la ville de Bondy (93)

 

 

 

Le titre de mon intervention avait été initialement prévu pour un historien, un historien très compétent sur ces questions qu’est Pascal Ory. Pour avoir lu certains de ses travaux, j’imagine tout ce qu’il aurait pu vous apporter comme éléments d’éclairage sur l’histoire contemporaine et sur les différentes lignes de force historiques, politiques, culturelles et sociales qui ont conduit à la mise en place des politiques culturelles et du service public de la culture que nous connaissons. J’ai néanmoins gardé cet intitulé parce que j’ai réfléchi d’une autre manière à ces questions. Après moi, d’autres interventions viendront illustrer ce questionnement de fond de manière sans doute plus concrète.

En fait, je pratique un double exercice sur ces questions-là : à la fois enfoncer des portes ouvertes et tracer les lignes des nécessaires polémiques qui doivent exister dans une société démocratique. Cela peut paraître paradoxal mais, en fait, cela consiste à rappeler les choses que tout le monde sait en essayant de montrer en quoi elles peuvent être sujets de débats dont on peut s’inquiéter effectivement qu’ils n’aient pas eu lieu. J’expose en général ce qui relève plutôt de mes « TOQ », non pas mes « troubles obsessionnels du comportement », mais mes « troubles obsessionnels du questionnement », c’est-à-dire toujours un peu les mêmes questions.

 

Dans la plaquette présentant vos Assises vous rappelez à très juste titre que les conservatoires sont les héritiers de la Révolution française. C’est vrai aussi des musées, des biens nationaux et du patrimoine, de l’instruction publique : beaucoup de choses sont héritières de la Révolution française. Nous vivons dans un régime qui est marqué par l’inscription dans la Constitution de notre pays du droit à la culture et en même temps nous vivons dans un monde qui change, qui bouge, et où nous ne sommes pas les seuls à nous préoccuper du droit à la culture. L’une des difficultés premières, et là commence l’exercice qui consiste à enfoncer les portes ouvertes, porte sur l’acception même du mot culture. Bien entendu le mot culture a plusieurs acceptions possibles et en particulier une acception extrêmement large qui est la culture au sens anthropologique. La culture, prise dans son sens anthropologique le plus étendu, est ce tout complexe qui inclut la connaissance, la croyance, l’art, les choses morales, la loi, la coutume et toutes les autres aptitudes et habitudes acquises par l’homme en tant que membre de la société, comme le disait, sous une autre forme, Edgard Morin :

 

«Il est clair que nous avons un sens restreint et un sens ample du mot culture, le sens restreint c’est la culture cultivée, la culture des productions esthétiques, artistiques, intellectuelles, et le sens ample, qui est, en même temps, un sens très profond, c’est un sens anthropologique, c’est l’ensemble des normes, des comportements, des prescriptions, des tabous qui, en quelque sorte, ordonnent notre vivre dans une société donnée. Evidemment nous sommes ballotés entre ces deux sens et nous faisons sans cesse le va-et-vient, nous sautons d’un code à un autre de façon tout-à-fait inconsciente. » 1

 

Donc ma question, au fond, n’est pas tant directement celle du droit à la culture que celle du droit à dire la culture, du droit à parler de la culture, du droit à définir ce qu’est ou ce que doit être la culture.

Alors, porte ouverte encore, je pense que nous sommes une très grande majorité dans cette salle à avoir poursuivi des études au moins jusqu’au baccalauréat, donc à avoir suivi un enseignement de philosophie en classe terminale, et très probablement nous n’avons pas pu échapper à l’étude d’au moins un passage du Discours de la Méthode de René Descartes qui écrivait :

« Pour ce que nous avons tous été enfants avant que d’être hommes, et qu’il nous a fallu longtemps être gouvernés par nos appétits et nos précepteurs, qui étaient souvent contraires les uns aux autres, et qui, ni les uns et les autres, ne nous conseillaient peut-être pas toujours le meilleur, il est presque impossible que nos jugements soient si purs, ni si solides qu’ils auraient été, si nous avions eu l’usage entier de notre raison dès le point de notre naissance, et que nous n’eussions jamais été conduits que par elle. »

Le Discours de la Méthode, c’est l’éloge de la Raison, et cette étrange hypothèse, que finalement les choses auraient été beaucoup mieux ou seraient beaucoup mieux si nous n’avions jamais été enfants, si nous avions été d’emblée plongés dans le monde de la raison, m’a toujours fasciné.

Ce qui est intéressant, en tout cas pour moi, dans ce texte, c’est que cela nous renvoie bien entendu à la question de la définition anthropologique de la culture et à la question de la culture comme un fait massif qui nous précède.

Nous naissons enfants, dans un environnement et dans un monde culturel que je dirais planétaire, c’est-à-dire dans des civilisations différentes, dans des catégories sociales différentes, dans des classes sociales différentes, et ceci évidemment n’est pas sans importance sur la conception même de l’action et des politiques culturelles. Mais ce fantasme cartésien qui consiste à imaginer qu’au fond notre connaissance, notre raison, notre culture seraient bien plus fiables si nous n’avions pas été enfants correspond à ce qu’on appelle en psychologie l’amnésie infantile et correspond aussi en sociologie à ce qu’on peut appeler l’effacement des conditions d’accès à la culture, c’est-à-dire les différentes formes d’oubli, de gommage, de brouillage, de méconnaissance, de mystification sur les conditions qui nous permettent d’accéder à la culture. Quelques remarques encore sur ce sujet : je rappelle que, par exemple, dans ce livre majeur que sont Les Confessions de Jean-Jacques Rousseau, on peut lire cette phrase :

« Je n’ai jamais appris à lire, il me semble l’avoir toujours su. »

 

Pourtant Dieu sait si dans Les Confessions, Rousseau s’étend sur les moindres détails de son enfance ! Mais s’agissant de la clé d’accès première à la culture que peut constituer la lecture, il l’a oublié. Je ne résiste pas non plus au désir de citer un écrivain contemporain, Danielle Sallenave, grand défenseur de la culture générale de l’enseignement littéraire et de l’excellence artistique et culturelle, qui écrivait dans une chronique du Matin de Paris cette chose merveilleuse : « Nous avons toujours su lire, nous ne pouvons pas nous rappeler le temps où nous ne savions pas lire, notre enfance nous semble faite d’après-midi lents, de soirs tombant dans une salle de classe, de lampes coniques suspendues au-dessus de nos têtes dans la lumière desquelles toujours nous lisions. »

 

Ce qui se passe ici, en tout cas pour moi, quand je lis ce genre de texte, est lié à la question du droit à la culture et à la question de ce que vont être ensuite la définition des politiques culturelles, la définition des stratégies liées à ces politiques culturelles, la définition des institutions culturelles. Ce qui se dit ici consiste à tracer une frontière entre « nous » et « eux ». Quand Rousseau dit « je n’ai jamais appris à lire, il me semble avoir toujours su », cela ne m’atteint pas, il dit « je » ; lorsque Danielle Sallenave dit « nous avons toujours su lire » là, ça coince parce que bien entendu je ne me reconnais pas dans ce « nous » et un certain nombre de gens ne peuvent pas se reconnaître dans ce « nous ». On est là donc dans une manière de parler de la culture qui va tracer une frontière plus ou moins reconnue, plus ou moins inconsciente, plus ou moins mystifiante entre un « eux » et un « nous ».

 

Dans notre pays, l’exercice du droit à la culture est lié depuis au moins 1959 à la création d’un Ministère des affaires culturelles. Je lis le décret signé de la main d’André Malraux, il y a cinquante ans (mais c’est toujours le même décret d’attribution des compétences du Ministre de la Culture) : « Le Ministère chargé des affaires culturelles a pour mission de rendre accessibles les œuvres capitales de l’humanité et d’abord de la France au plus grand nombre possible de Français, d’assurer la plus vaste audience à notre patrimoine culturel et de favoriser la création des œuvres de l’art et de l’esprit qui l’enrichissent. »

C’est donc il y a cinquante ans que le droit à la culture dans ce pays se traduit par la création d’une instance politique, le Ministère des Affaires culturelles, dont les missions sont brièvement rappelées dans le texte que je viens de lire, et qui va reprendre à son compte les institutions antérieures puisque les conservatoires, les musées et beaucoup d’autres institutions culturelles existaient fort heureusement avant le Général de Gaulle et avant André Malraux. Mais disons qu’avec la Vème République, nous entrons non seulement dans une forme de Constitution mais aussi de modernité économique - ce qu’on a appelé les Trente Glorieuses - puis de modernité artistique, culturelle, etc., qui sont marquées par cette création. La légitimation que donne André Malraux à l’existence d’un Ministère chargé des Affaires culturelles et donc à l’existence politique d’institutions culturelles consiste à couper le cordon ombilical entre ce qu’il appelle la culture et l’enseignement. L’idée a été de découpler les activités conduites en direction de l’enfance, de la jeunesse, voire des adultes - sous la forme de l’éducation permanente et d’éducation populaire - des actions de ce qui va s’appeler l’Action culturelle, les Affaires culturelles, et les institutions culturelles. Je ne cite pas les textes de Malraux, ils sont connus. Au fond, depuis ce moment-là nous entendons le même disque rayé, celui de la « démocratisation culturelle ». Puisqu’il existe un « nous » politique, institutionnel et peut-être même artistique qui s’autorise à se distinguer d’un « eux », la question c’est de faire en sorte que ces « eux », ces gens-là, puissent accéder à cette culture dont « nous » sommes dépositaires. Je dis le disque rayé de la démocratisation de la culture parce que cela fait cinquante ans que ça dure, que depuis les années 70 nous faisons un certain nombre de constats de nature sociale, sociologique, politique qui montrent que, malgré le remarquable travail déployé par les acteurs de l’action culturelle, les résultats restent relativement limités. Nous avons vu récemment dans la lettre de mission de Monsieur le Président de la République à Madame la Ministre de la culture affirmer très clairement, qu’elle devait reprendre cette ambition de démocratisation culturelle qui jusqu’à présent avait été marquée par un échec cuisant. Autrement dit, tout ce qui avait précédé ce nouveau passage de l’ombre à la lumière qu’est l’accession au pouvoir de Nicolas Sarkozy, non seulement signifie qu’il ne s’est rien passé mais en plus signifie qu’on remet le même disque sur la platine. Et si c’était un disque trop usé ? Si c’était un logiciel qui ne fonctionnait plus ?

 

Encore une remarque avant de conclure. Cette remarque vous concerne directement en tant que professionnels de l’action culturelle : les constats statistiques dont on nous rebat les oreilles suggèrent que l’investissement culturel, les budgets, les créations d’institutions, d’équipements, de postes, etc. ne bénéficient qu’à une petite fraction de nos concitoyens : c’est là-dessus que se fonde en général la critique des politiques culturelles et en particulier le récent rappel à l’ordre de la Ministre de la culture. Ces statistiques sont fondées sur des outils de mesure qui ne mesurent que ce qu’ils mesurent comme tout outil de mesure !

 

Je voudrais citer pour alimenter la polémique ce qu’écrit Olivier Donnat, qui est le grand responsable des études du Département des études et de la prospective, sur les pratiques culturelles des Français. Ces études sont réalisées à peu près tous les cinq ans et donnent, à peu près tous les cinq ans, le même constat qui pourrait sembler désespérant. Dans un commentaire critique de ses propres travaux, Olivier Donnat dit ceci :

« Ces études sont capables de rendre compte des activités culturelles d’un pays tout entier, mais elles sont trop « frustes » pour entrer dans le détail et restituer les évolutions culturelles des univers culturels trop restreints ou des disparités régionales. […] Tout ce qui est réaction prometteuse, brèche à travers les inerties et les innovations porteuses d’avenir, et qui est peut-être le plus important pour imaginer les politiques de culture, s’écoule sans laisser de trace à travers les grosses mailles de ce type d’enquête. […] Si telle ville de banlieue a pu former cent cinquante musiciens professionnels en quinze ans dans son conservatoire grâce aux subventions publiques, rien n’apparaît dans nos résultats, pas plus que les cinquante ouvriers qui sont devenus clients réguliers de la bibliothèque municipale. […] Ces cent cinquante musiciens nouveaux issus d’origine modeste, ces 50 ouvriers devenus lecteurs sont pourtant des témoins importants par rapport à ce que peut faire une politique de démocratisation culturelle. »


 

Autrement dit, il y a un niveau de débat public, général, et puis il y a le niveau des actions que vous connaissez mieux que moi puisque c’est vous qui les conduisez. Il y a une espèce de drame dans la disparité entre ce niveau de manipulation des grandes masses de chiffres, des grands discours ou des grandes intentions, et le niveau des réalisations qu’on peut observer : ceci oblige effectivement à un débat. Est-ce seulement un débat entre les politiques et les acteurs, est-ce seulement un débat entre les décideurs et les professionnels au titre desquels évidemment les artistes, est-ce que ce débat public culturel doit se limiter à ce qu’il est actuellement ? Que dire de la polémique, souvent passionnante d’ailleurs, entre des professionnels qui s’irritent de voir l’Etat se désengager de ses responsabilités et qui constatent que les élus locaux ne prennent pas suffisamment le relais ? Que dire de l’émoi des acteurs du spectacle vivant devant les conditions de plus en plus difficiles de l’exercice de leurs professions ? Dans quelle mesure un tel débat doit-il concerner aussi l’ensemble des citoyens ?

Certes, nous sommes les héritiers de la Révolution Française, certes le droit à la culture est inscrit dans notre Constitution, certes nous avons depuis cinquante ans un Ministère chargé des Affaires culturelles qui se préoccupe de démocratiser la culture, mais nous vivons dans un monde où d’autres approches sont possibles, et je voudrais simplement dire pour conclure que, tout d’abord la France est signataire de la déclaration de l’Unesco sur la diversité culturelle, texte qui propose une autre entrée dans la définition de la démocratisation de la culture que l’entrée franco-française. Ce texte a le mérite de rappeler précisément que tout part de la définition anthropologique de la culture, car la diversité culturelle, c’est d’abord la diversité des cultures entendues au sens large, c’est-à-dire des milieux dans lesquels naissent les enfants dans les cultures qui les précèdent. Puis qu’un certain nombre de cités, de gouvernements locaux, de collectivités territoriales un peu partout dans le monde - il y en a un certain nombre en France - ont signé un texte qui s’appelle l’Agenda 21 pour la culture, qui est un texte dans lequel ces gouvernements locaux et ces cités locales s’engagent à inviter les citoyens à participer à l’élaboration, au suivi et l’évaluation des politiques publiques de la culture.

 

Je vous remercie de votre attention.


Télécharger, ci-dessous,le texte de l'intervention au format .pdf

1

  

 

Télécharger la contribution.

.../...

A suivre : le débat avec le public.

.../...

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22 février 2016 1 22 /02 /février /2016 10:49

Certains lecteurs de ce blog ses sont interrogés sur ce passage d’une récente note intitulée Culture et politique un moment historique ? :

 

Laissons, de côté les pseudo-révélations d'un site complotiste selon lequel et cet appel et la « saisie de la balle au bond » par la ministre n'ont rien d'un événement imprévu mais relèvent plutôt d'un habile coup de théâtre préparé de longue main avec l'aide d'un vieux routier du milieu dont les responsabilités longtemps exercées ont permis de connaître bon nombre des 20 du Groupe et de leur suggérer cette sorte de « fédération ». Le ministère aurait en sous-main suivi l’affaire, le cabinet de Fleur Pellerin allant jusqu'à appeler au téléphone les intervenants de ces biens nommées Biennales du spectacle pour connaître la teneur de leurs prises des parole.


 

 

Le sommaire de le récente Lettre d'information « Culture » du groupe Territorial (N°454 - 01/02/2016) les éclairera peut-être : 

 

Le discours de Fleur Pellerin aux BIS sur « l'urgence de l'essentiel »...

 

L'Appel de Nantes initié par Fabien Janelle : 20 associations professionnelles du spectacle vivant se rassemblent pour porter une parole commune.

(…)

Pour en finir avec cet événement auquel je n'ai malheureusement pas assisté, je renvoie à Bruno Caillet pour son remarquable compte-rendu sur le site artishoc.

 

Extraits :

Deux jours au BIS, Salon nantais dédié aux professionnels du spectacle vivant, c’est généralement dur pour les jambes. Cette année, l’ambiance était aussi douloureuse pour le moral.

Lors des échanges publics, un sévère constat de crise partagé par les professionnels. Crise des publics, crise dans les relations avec les tutelles, crise amplifiée par le numérique.
Dans les travées du Salon, les marchands dénoncés à l’étage sont rois. Des innovations techniques sont présentées. Certaines visent désormais « une économie de l’attention » et s’inscrivent à l’inverse d’une politique culturelle plurielle. 
Contre cette crise, de premières alternatives émergent, celle de la ministre annonçant des assises pour la culture dans tous les territoires et celle de « l’appel de Nantes ».

(…)

L’appel de Nantes et les annonces de la ministre.

En ouvrant, « des assises de la culture, dans tous les territoires », la ministre a rebondi sur l’appel de Nantes cosigné par l’ensemble des associations d’institutions et de compagnies françaises, se refusant à : « laisser les marchands s’emparer du secteur culturel ».

Nous pourrions sourire à cet énième appel au changement si le constat n’était pas si grave et si les dites institutions ne proposaient pas dans cet appel de « ré-interroger le sens de leurs missions (…) de réfléchir sans corporatisme, sans posture, dans le sens de l’intérêt général». De manière transversale et ouverte, l’appel est fait à « promouvoir des formes nouvelles et collaboratives ». La démarche ne peut donc être qu’encouragée.

Acte manqué de ce qui allait se dire ces deux jours durant, artishoc, la plate-forme coopérative d’acteurs culturels sur internet, a proposé #EmotionPublic. Préparant l’entre-deux tours des prochaines présidentielles, cette plate-forme démarre la collecte de témoignages de femmes et d’hommes pour qui un spectacle a changé quelque chose dans leur vie. Aux statistiques, démonstrations et revendications d’acteurs culturels qui accompagneront la présence probable du FN au second tour, #EmotionPublic propose en lien l’expérience pour la nécessaire sauvegarde d’une culture plurielle. A sa façon,#EmotionPublic se propose de «remettre l’humanité et le sensible au Coeur du débat public ».

© Bruno Caillet
artishoc.com

Accéder à l’intégralité de l’article.

 

En contrepoint de l’appel du Groupe des 20, cité plus haut, je rappelle le manifeste qui souhaite faire bouger les lignes, déjà cité ici, je crois, On est un certain nombre et qui commence ainsi :

 

Nous mettons en œuvre des projets artistiques ancrés dans la vie de nos territoires. Nous les élaborons avec des artistes en y associant une grande diversité de partenaires institutionnels, d’acteurs associatifs et militants, d’habitants. Ceux et celles à qui nous nous adressons portent et font le sens de ces projets, parce qu’ils en sont avec nous les acteurs

Je me suis livré à l’exercice qui consiste à transformer leurs convictions et engagements d’acteurs artistiques et culturels en principes d’action pour les puissances publiques (en italique, leur manifeste, en gras : les engagements souhaitables, à mon sens, des acteurs publics).

Ça donne à peu près ceci.

Nous mettons en œuvre des projets artistiques ancrés dans la vie de nos territoires. Nous les élaborons avec des artistes en y associant une grande diversité de partenaires institutionnels, d’acteurs associatifs et militants, d’habitants. Ceux et celles à qui nous nous adressons portent et font le sens de ces projets, parce qu’ils en sont avec nous les acteurs. La dimension de ces projets dépasse l’expérience esthétique du spectateur et l’expérience artistique de l’amateur.

Privilégier dans le cahier des charges des institutions, les délégations de service public ou dans les appels à projets, les démarches capables de faire bouger les lignes de partage entre l’expérience esthétique du spectateur et l’expérience artistique de l’amateur.

(...)

Le monde culturel doit s’emparer de ces questions (développement soutenable, aspiration à une participation plus active des citoyens à la vie et aux décisions publiques, urgence d’agir contre la persistance et le renforcement des inégalités, maintien du lien entre les générations, devenir des territoires délaissés.) pour en faire des aires de création, de réflexion, de confrontation et de partage de pratiques artistiques et démocratiques.

Susciter, identifier, soutenir les lieux, groupes et projets capables de construire des aires de création, de réflexion, de confrontation et de partage de pratiques artistiques et démocratiques.

Cette démarche conduit à modifier les logiques de production, de diffusion et de médiation trop souvent dissociées. Les notions d’œuvre et d’action culturelle s’en trouvent bousculées et repensées. L’exigence artistique se conjugue avec l’exigence relationnelle. Le faire ensemble devient la condition du vivre ensemble.

Réviser les règlements d'intervention de la collectivité à partir d'un diagnostic éclairé des logiques économiques de la production de biens symboliques en traitant conjointement les logiques de production, de diffusion et de médiation, le soutien à la création et à l’action culturelle, l’exigence artistique et l’exigence relationnelle.

Présence artistique durable sur un territoire, développement culturel en milieu rural et urbain, actions hors les murs, créations partagées, hybridation des problématiques artistiques et sociétales, éducation artistique et culturelle, toutes ces propositions doivent sortir de leur statut expérimental et cesser d’être cantonnées au volet social d’une programmation dans un système culturel qui resterait inchangé dans sa hiérarchie et ses priorités.

Refonder l'action publique en rompant résolument avec la relégation au second plan des « volets » territoriaux, sociaux, éducatifs d’une programmation dans un système culturel qui resterait inchangé dans sa hiérarchie et ses priorités.

(…)

Mettons ces questions au cœur de la réflexion sur les politiques culturelles de demain. Inventons des espaces de mutualisation d’expériences similaires. Incitons les partenaires publics à prendre en considération ces mutations, à légitimer ces démarches, à réfléchir avec nous aux nouveaux indicateurs de développement, de bilan et d’évaluation qui pourraient être inventés à partir de ces expériences.

Le partage des cultures, des arts et du sens est à ce prix.

 

Annexe.

Sur la scène du Grand auditorium de la Cité des Congrès de Nantes, Jean Louis Bonnin, consultant, ancien directeur de la culture de la ville de Nantes et ancien directeur de scène nationale, partage ses idées et ses visions innovantes aux BIS 2016.

C'est ici.

 

 

 
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Indice(s) Dewey : 020.5 (22e éd.) ; 301.094 4 (22e éd.)
ISSN et titre clé : ISSN 2270-3586 = La Cité des sens
ISSN-L 2270-3586
URL : http://cite.over-blog.com/. - Format(s) de diffusion : HTML. - Accès libre et intégral. - Consulté le 2013-11-14

Notice n° : FRBNF43711075

http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb43711075f/PUBLIC

 

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Published by J.C. POmpougnac Jean-Claude Pompougnac - dans Les politiques culturelles en débat Divergences
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  • : La Cité des sens. Culture et politique.
  • La Cité des sens. Culture et politique.
  • : Les politiques culturelles aujourd'hui et leur histoire. Culture et politique, ressources, documents, analyses et débats par Jean-Claude Pompougnac .
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  • Jean-Claude Pompougnac
  • Responsable du service de la recherche à la BPI (Centre Pompidou) puis conseiller au cabinet du Ministre de la culture (Jack Lang), j'ai dirigé ensuite la Délégation au développement et aux formations de ce même ministère. A l’issue d’une alternance politique, très élégamment remercié par Jacques Toubon arrivé rue de Valois je me suis vu offrir le poste de directeur de l'Institut français de Barcelone. Quatre ans après, le ministère des affaires étrangères a jugé mes compétences insuffisamment diplomatiques. En conséquence, à partir de 1999, j'ai dirigé la DRAC Centre à Orléans. Remercié par la Droite,. j'ai ensuite crée l'un des premiers EPCC, ARCADI en Île-de-France. Remercié par la Gauche je suis devenu  DAC de la ville de BONDY (93). Aujourd'hui consultant. Membre de l'Institut de coopération pour la culture et correspondant du Comité d'histoire du MCC où j'ai contribué à la conception de séminaires et de journées d'études.
  • Responsable du service de la recherche à la BPI (Centre Pompidou) puis conseiller au cabinet du Ministre de la culture (Jack Lang), j'ai dirigé ensuite la Délégation au développement et aux formations de ce même ministère. A l’issue d’une alternance politique, très élégamment remercié par Jacques Toubon arrivé rue de Valois je me suis vu offrir le poste de directeur de l'Institut français de Barcelone. Quatre ans après, le ministère des affaires étrangères a jugé mes compétences insuffisamment diplomatiques. En conséquence, à partir de 1999, j'ai dirigé la DRAC Centre à Orléans. Remercié par la Droite,. j'ai ensuite crée l'un des premiers EPCC, ARCADI en Île-de-France. Remercié par la Gauche je suis devenu DAC de la ville de BONDY (93). Aujourd'hui consultant. Membre de l'Institut de coopération pour la culture et correspondant du Comité d'histoire du MCC où j'ai contribué à la conception de séminaires et de journées d'études.

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