Culture, formation, éducation populaire : quelle politique ?

Publié le par Jean-Claude Pompougnac

 

Pour développer le champ de l’éducation populaire dans les crises que nous traversons, il y a une urgence à replacer les politiques publiques de la culture dans une relation de correspondance au monde social. Cela suppose plus d’audace dans la pensée, une libération des imaginaires, une forte capacité d’invention, un meilleur partage de l’information, des prises de délibération partagées pour des fonctionnements pleinement démocratiques.
(…) Création, formation, éducation artistique et éducation populaire doivent se conjuguer et se réinventer ensemble.

Robin Renucci

Tribune de Robin Renucci, président de l’Association des rencontres internationales artistiques, publieé dans le quotidien Libération, à l'occasion des premières Rencontres nationales de l’éducation populaire (Poitiers 17 au 19 mars 2022).


 

Politiques publiques de la culture: «Pour une libération des imaginaires»

 

Une société comme la nôtre, complexe et en bouleversements accélérés, est forcément et nécessairement conflictuelle. Elle doit être en mesure de reconnaître ses divisions et savoir les affronter. Elle doit libérer les espaces permettant l’expression des contradictions et de la souffrance sociale. En période électorale cette nécessité est accrue.

Je milite avec les diverses équipes qui m’entourent, en nous saisissant de la création théâtrale, pour mettre en œuvre tout ce qui peut permettre aux femmes et aux hommes d’être individuellement et collectivement actrices et acteurs de leur destin, et du destin commun. Pour qu’ils se réapproprient les conditions de leur travail et de leur vie, jusqu’à la marche même de la société.

Le développement de l’art et de la culture est profondément connecté à celui de l’éducation en général et de l’éducation populaire en particulier.

Education par l’art

Pour développer le champ de l’éducation populaire dans les crises que nous traversons, il y a une urgence à replacer les politiques publiques de la culture dans une relation de correspondance au monde social. Cela suppose plus d’audace dans la pensée, une libération des imaginaires, une forte capacité d’invention, un meilleur partage de l’information, des prises de délibération partagées pour des fonctionnements pleinement démocratiques.

Proposons quelques orientations : d’abord, renforcer le soutien à la création artistique dans son indépendance et sa diversité. La création est par essence insoumise et incertaine ; il faut l’encourager pour qu’elle n’obéisse pas aux lois du marché. La création n’est pas une compétence exclusive de quelques-uns, un domaine réservé, mais chacun, chacune à sa façon est appelé à y trouver sa part.

Ensuite, il est nécessaire de promouvoir une éducation par l’art. Nous devons multiplier les expériences esthétiques à tous les âges de la vie et à tous les niveaux de la formation. Formation, recherche, création, diffusion, médiation. Ces éléments constituent un service public de la culture à préserver, rénover et développer, au-delà des institutions de prestige.

Enfin, favoriser la plus large participation à la vie artistique et culturelle de toutes et tous demeure l’enjeu démocratique majeur. Dans cet objectif, trois actions immédiates s’imposent.

Pertinence sociale et culturelle

Pour la création artistique : compléter le principe de la liberté de création inscrit dans la loi du 7 juillet 2016 par des garanties de diversité dans la production et la diffusion des œuvres, encourager le partage des outils de création, consolider le soutien à la formation et à l’emploi, permanent et intermittent.

Pour l’éducation artistique : renforcer, dans les programmes, les espaces et les temps scolaires, la réalisation de projets menés conjointement par les enseignants et les artistes, développer la formation des différents acteurs, dans les instituts nationaux supérieurs du professorat et de l’éducation, les écoles d’art, les formations des administrateurs et médiateurs, mobiliser les crédits nécessaires pour rendre effectif le parcours artistique et culturel inscrit dans la loi de refondation de l’école.

Pour la participation des citoyens : augmenter les expériences de travail artistique avec les populations, les pratiques en amateurs et la collaboration avec les professionnels, ajouter aux critères de qualité artistique celui de la pertinence sociale et culturelle évaluée de façon collégiale sur des indices davantage qualitatifs que quantitatifs.

 

Création, formation, éducation artistique et éducation populaire doivent se conjuguer et se réinventer ensemble.

 

© Libération Tribune Politiques publiques de la culture: «Pour une libération des imaginaires»

 

 

Une lecture attentive aura noté que ce remarquable texte politique se garde bien de faire usage de l'étiquette convenue EAC, tarte à la crème de cette « éducation artistique et culturelle » qui traduit une méconnaissance et condescendance « culturelle » à l'égard du service public de l'instruction publique et de l'éducation nationale.

 

Il en allait déjà de même de l'excellent

(octobre 2006) déjà signalé sur ces pages

 

 

 

 

 

 


 

 

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L
mais tu as quand meme bien remarqué que renucci ne fait pas de reference au cadre des droits humains fondamentaux donc aux droits culturels . tu l expliques comment cette absence qui rend caduque le propos.... ..!?
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