Droits culturels et mémoire courte.

Publié le par Jean-Claude Pompougnac

Le blog de Jean-Claude Pompougnac

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Je poursuis l'examen commencé hier sous le titre Monsieur le Président, je vous fais une lettre du récent Manifeste de la FNCC  Pour une République culturelle décentralisée 

 

 Mais avant toutes choses, faire amende honorable.

Contrairement à ce que j'écrivais, il est bien question des COREPS -comités (ou commissions, selon les cas) régionaux des professions du spectacle- dans ce texte.

J'y reviendrai ci-dessous.

Il est vrai ( ce n'est pas une excuse) que la construction de ce manifeste est assez touffue, en forme de catalogue et entre les 10 mesures phare et les 30 chantiers on peine à distinguer cohérence et lignes de force.

Je rappelle toutefois qu'on peut lire en ouverture de ce manifeste  :

Le financement des politiques culturelles publiques, dont le premier objectif est de soutenir les arts, les artistes et la création, est assumé à plus des deux tiers par les collectivités territoriales.

D'où ma question : que faut-il entendre par le premier objectif est de soutenir les arts, les artistes et la création ?

 

Serait-ce à dire que le référentiel de la FNCC a profondément changé en moins de 10 ans.

 

Il faut en effet attendre la sixième des dix mesures phares  dans la catégorie Renforcer (qui compte 4 items) adressés aux candidats à la présidentielle pour trouver :

 

Promouvoir activement l’égale représentation des femmes et des hommes dans la création artistique et aux responsabilités culturelles (…)

Intégrer toutes les pratiques artistiques et culturelles, toutes les esthétiques qu’elles soient savantes ou populaires, profess ionnelles ou en amateur, régionales ou “du monde” dans les objectifs des politiques culturelles (...)

Développer nationalement et dans le cadre de la concertation européenne, une fiscalité sur les opérateurs d’Internet au bénéfice des artistes et des acteurs de la culture. (…)

 

Promouvoir le respect des droits culturels à l’horizon des politiques culturelles : soutien à la diversité de la création, participation et contribution des citoyennes et des citoyens, accompagnement des pratiques.

  • Quelles mesures concrètes prendrez-vous pour le respect des droits culturels inscrits dans les lois NOTRe et LCAP ?

     

Respect des droits culturels (inscrits dans la loi) à l'horizon ; quel horizon, indépassable ou inatteignable ?

De la part de responsables (de différentes tendances poltiques), élus pour agir sur des territoires très variés qui vont des Régions aux métropoles, intercommunalités, communes.. . demander au futur président de la République quelles mesures concrètes il entend prendre pour être garant des lois de la République, quel sens cela a-t-il ?

Pour moi, la réponse est claire : outre celui d'une inquiétante méconnaissance (voire d'un certain mépris) pour les expérimentations et réalisations déjà opérées à différentes échelles, c'est surtout celui d'une fantastique régression politique de la dite Fédération « pluraliste ».

 

Oui. C'était il y a moins de 10 ans.

FNCC, janvier 2013. Document d'orientation politique.

Le champ culturel

Plus de cinquante ans de politiques culturelles impulsées par le ministère de la Culture et par les collectivités territoriales ont développé sur l’ensemble du territoire un réseau d’équipements culturels remarquablement dense : scènes de théâtre, de concerts, écoles de musique, bibliothèques, musées…

Avec le concours des collectivités, l’État a pleinement rempli son rôle régulateur en assurant les conditions économiques d’une pérennité de la circulation des biens culturels. Le maillage culturel de nos territoires est aujourd’hui largement opérationnel.

Il faut le reconnaître, s’ils ne le sont pas parfaitement bien sûr, la culture et les arts ont en revanche, les moyens d’être présents partout, donc pour tous.

C’est la démocratisation culturelle, un effort conçu pour l’accès du plus grand nombre aux productions de l’intelligence sensible. Un effort maintenant relayé par les nouveaux moyens technologiques.

 

Mais c’est une politique de l’offre et de la diffusion, de l’accompagnement et de la médiation. Une politique qui donne beaucoup mais écoute peu. Une politique qui oublie que chacun est aussi porteur d’une culture propre, d’une identité singulière, tissée d’appartenances multiples, et que c’est en le reconnaissant en tant que personne libre qu’on le mettra en capacité de recevoir, d’échanger, de dialoguer.

C’est pourquoi il nous faut aujourd’hui promouvoir une politique culturelle qui place la reconnaissance des droits culturels au fondement de son action et la dignité des personnes comme son objectif central, permettant ainsi la prise en compte du désir d’expérimentation créatrice de chacun et la valorisation des identités collectives, et par delà, le dialogue entre les individus et les groupes. Elle passe aussi par le soutien à une éducation à l’expression artistique.

Aujourd’hui – et en particulier grâce à l’enrichissement d’une société mêlant des cultures de plus en plus diverses et grâce à l’impératif de préservation et de promotion de la diversité des expressions culturelles porté par l’Unesco –, c’est à partir de leur histoire propre, pour l’explorer, la transmettre ou s’en dégager, que les personnes sont en mesure de déployer pleinement les cadres de leurs appartenances multiples, riches de différences et d’échanges.

 

Au-delà d’une politique de l’offre

Le donner de la démocratisation doit aujourd’hui s’enrichir du écouter de la démocratie culturelle.

Il revient aux pouvoirs publics, dans leur attention aux droits culturels de tous, mais aussi dans leur conscience des menaces de standardisation qui pèsent sur les imaginaires partagés, de prendre en compte l’appel d’autonomie de chacun. C’est une autre voie, complémentaire à celle de la démocratisation. Une voie qui part des territoires, des personnes et de leurs communautés de sensibilité.

Une voie qui passe par la valorisation des pratiques en amateur, tout autant que par la recherche collective de l’appropriation des grandes œuvres esthétiques. Une voie qui permettra l’affirmation des identités culturelles, mais aussi la nécessité du partage et du dialogue avec les autres cultures.

La faculté de juger, d’aimer, d’inventer – et non seulement celle d’admirer, d’adhérer et de recevoir – des personnes, en tant que sujets des droits culturels, doit être placée au centre des politiques culturelles.

(…/...)

La FNCC mettra toute son énergie à favoriser le dialogue et la concertation entre les collectivités et à les placer à l’horizon de leur responsabilité nationale. Elle fait siens les impératifs du développement durable, ceux du respect de la diversité culturelle, des droits culturels, de la perspective européenne et internationale, mais aussi ceux liés aux profondes mutations des comportements et des attentes de culture induites par le numérique et la troublante articulation qu’il opère entre le proche et le lointain, le territorial et le mondial. Inventer donc, avec tous : avec les personnes pour l’émancipation citoyenne, avec les groupes dans leur diversité pour le partage des différences, avec les collectivités et avec l’État pour la cohérence du dialogue territorial et pour l’intérêt général.

Par cette triple perspective :

  • mettre la personne tant productrice que réceptrice au centre de gravité des politiques publiques de la culture,

  • placer les territoires dans leurs diversités au cœur de la définition des politiques culturelles nationales,

  • et construire entre les collectivités et avec l’État un dialogue mêlant horizon commun et profondeur locale.

    (…/...)

Lire le document dans son ensemble.

 

Sinon, pour les COREPS, ça se trouve après le 10 mesures phares, quelque part dans les 30 chantiers.

Plus précisément :

1.   Renforcer les instances de dialogue État/collectivités :

  • rendre obligatoire la consultation du Conseil national des territoires pour la culture (CNTC) pour toute décision relevant des politiques culturelles nationales et de celui des Conseils locaux des territoires pour la culture (CLTC) pour toute décision concernant les territoires, et en redéfinir leur rôle et leur fonctionnement ;

  • activer les Comités régionaux des professions du spectacle (Coreps) dans toutes les Régions ;

  • lancer une réflexion sur l’avenir des commissions culture des Conseils territoriaux de l’action publique (CTAP) voulus par les lois NOTRe et LCAP.

 

Il est tout à fait louable de vouloir activer des commissions en léthargie dans nombre de Régions (faute de volonté affirmée de l’État déconcentré de voir exister ces déclinaisons régionales du Conseil national des professions du spectacle). C'est en revanche une conception tout à fait particulière et discutable des instances paritaires de dialogue social que de les mettre dans le même sac que les organes de concertation entre État et collectivités.

 

 

Qu'on ne vienne pas me reprocher d'être sévère avec la FNCC d’aujourd’hui.

Je salue comme il se doit les idées neuves que porte son manifeste.

Par exemple, dans les 30 chantiers :

Mieux reconnaître et accompagner la diversité de la création et des pratiques artistiques et culturelles

15. Inciter à une gouvernance de la vie nocturne dans les politiques culturelles, via notamment la création d’un Conseil national des politiques de la Nuit.

 

A celles et ceux qui s’interrogeraient sur l'urgence ou l'importance d'un telle mesure, je suggère de s’intéresser à l'identité de l'actuel président de la Fédération pluraliste qui œuvre pour une république culturelle décentralisée, maire adjoint de la Ville Lumière , en charge du tourisme et de la vie nocturne.

 

Sur La Cité des sens :

Les droits culturels en question(s)


A SUIVRE

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
L
bravo mais il y a dix ans , le président de la fncc n'était pas le même et on parlait encore de diversité culturelle. Mais en 2021 personne n'a fêté le 20 anniversaire de la déclaration universelle sur la diversité culturelle... alors la FNCC n'est pas le lieu pour inverser les tendances.. et sur les droits culturels, je n'ai pas vu un seul représentant s'intéresser à tous ceux qui avançaient .. à quelques uns seulement !<br /> <br /> Et tu n'as pas parlé de Faro : la fncc ne propose pas de ratifier la convention , seulement d'agir dans l'esprit de Faro comme l'Etat qui s'y refuse aussi avec de mauvaises raisons où la démocratie est bien meurtrie. Voir mon étude des raisons du refus : https://e1.pcloud.link/publink/show?code=XZv60JZWYNe36ErHOhhbIVonm2DdQVwI4Yy
Répondre