La démocratisation au miroir de l’histoire culturelle.

Publié le par Jean-Claude Pompougnac

 

Au regard de l’ensemble des activités de production de biens culturels (artisanales ou industrielles), des marchés et des champs professionnels spécifiques qui les organisent, la place du livre et de la lecture est originale : les logiques industrielles et commerciales de la diffusion de l’imprimé sont, et de loin, antérieures à la problématique plus récente des « industries culturelles ».


Par ailleurs, tout un pan de l’histoire culturelle du livre et de la lecture s’est joué en dehors des politiques publiques. En vrac, pour la période récente : Le Club du Livre, France Loisirs, le Livre de poche, le livre et l’édition à la télévision  (émissions littéraires mais aussi présence du livre et des écrivains dans des émissions grand public) ; multiplication des jury littéraires « populaires » : (Prix du livre Inter, des lectrices de Elle, Goncourt des lycées ); « festivisation » et prolifération des salons et fêtes du livre ; retour de la « lecture » au théâtre, à la radio, ou par le biais des livres-CD…

 


La place du livre et de la lecture est tout aussi particulière dans l’ordre de l’action publique : elle constitue le socle des politiques d’alphabétisation et de développement de la scolarisation et imposerait, en toute rigueur, d’approfondir l’histoire des formes et de la culture scolaires. En vrac : corpus respectifs du primaire et du secondaire, lecture à haute voix et silencieuse, passage de l’explicitation de texte au commentaire, de la dissertation au résumé, lecture d’œuvres intégrales, étude d’œuvres contemporaines, légitimation par l’institution scolaire de genres considérés auparavant comme « mineurs »…).

Comment l’entreprise scolaire républicaine s’est-elle prolongée dans des actions en direction de publics plus larges ? (cf. Discours sur la lecture et Des bibliothèques populaires à la lecture publique et autres travaux de la même veine).


La lecture occupe, enfin, une place spécifique dans les problématiques de démocratisation culturelle particulièrement perceptible lors des constats récurrents sur « baisse de la lecture » dont ceux objectivés par les enquêtes Pratiques culturelles des français, (baisse considérée comme bien plus grave que celle de la fréquentation des théâtres ou des salles de concerts).
Au-delà des généralisations apocalyptiques (qui culminent avec la question de l’illettrisme) il est souhaitable d’analyser plus finement la réception contrastée des résultats de ces enquêtes dans le débat public, au sein des leaders d’opinion, dans le monde intellectuel et celui les professionnels du livre et de la lecture publique. 

 

Source : problématique de la journée d'études

Livre, lecture et politiques de démocratisation culturelle

organisée par l’ENSSIB, la BPI et le Comité d’histoire du ministère de la Culture et de la Communication, en février 2016.

 

 

21 sept. 1964 

Un étudiant en médecine affirme la nécessité d'une aristocratie des lecteurs, déplorant que le Livre de Poche offre "un droit de mépris".

 

 

 

21 sept. 1964 

 

Trois jeunes filles critiquent le peu de propositions de lectures offertes par la bibliothèque municipale, qui réserve les livres "d'adulte" aux plus de 16 ans. Un adolescent souligne le prix modique du Livre de Poche qui lui permet de s'offrir un ouvrage pour 200 francs.

 

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 « Il ne faut pas intervenir. Il ne faut pas se mêler des problèmes de chacun avec la lecture. Il ne faut pas souffrir pour les enfants qui ne lisent pas, perdre patience. (…)

 Personne ne doit encourager personne, ni inciter personne à aller voir ce qu'il en est. Il y a déjà beaucoup trop d'informations dans le monde sur la culture. On doit partir seul vers le continent, découvrir seul, opérer cette connaissance seul.

Par exemple, de Baudelaire, on doit être le premier à découvrir la splendeur. Et on est le premier. Et si on n'est pas le premier, on ne sera jamais un lecteur de Baudelaire. Tous les chefs d'œuvre  du monde devraient avoir été trouvés par les enfants, dans les décharges publiques et lus en cachette, à l'insu des parents et des maîtres. »

(Marguerite Duras)

 

 

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« Nous avons toujours su lire, nous ne pouvons pas nous rappeler le temps où nous ne savions pas lire, notre enfance nous semble faite d’après-midi lents, de soirs tombant dans une salle de classe, de lampes coniques suspendues au-dessus de nos têtes dans la lumière desquelles toujours nous lisions. » 

(Danièle Sallenave)

 

 

Voir aussi sur La Cité des sens :

L'école et la démocratisation de la lecture (Max Butlen)

Equipements culturels, centres d'intelligibilité du monde ? (Guy Saez)


 

 

 


 

 


 

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