Monsieur le Président, je vous fais une lettre

Publié le par Jean-Claude Pompougnac

La Cité des sens

 

 

 

 

Il est un rituel républicain qui confirme le caractère quasi monarchique de la V ème République : l'adresse faite aux candidats à l'élection suprême par les différents secteurs de la vie politique, économique, sociale de notre beau pays, par les groupes de pressions et autres mouvements et corporations

Au fil des ans et des échéances, l'âge venant, on pourrait éprouver une certaine lassitude face à ces postures répétitives.

Mais l'heure est assez grave. Les moyens de communication et les réseaux sociaux tiennent lieu d'agora et d'espace public et tolérèrent avec une certaine complaisance les propos nauséabonds, les provocations à l'exclusion et à la haine au nom d'une « insécurité culturelle ».

Culture et politique.

Le Manifeste de la FNCC « Pour une République culturelle décentralisée », rédigé collectivement dans le respect du pluralisme politique et territorial fondateur de la Fédération, a été rendu public par voie de conférence de presse, le jeudi 27 janvier. Présentation des 10 mesures phare et 30 chantiers à l’adresse des candidates et candidats à l’élection présidentielle 2022.

Télécharger le Manifeste de la FNCC (pdf)

 

J'entreprends aujourd'hui la lecture attentive d'une contribution recommandable de l'honorable Fédération Nationale des Collectivités pour la Culture (crée en 1960)

 

"Le financement des politiques culturelles publiques, dont le premier objectif est de soutenir les arts, les artistes et la création, est assumé à plus des deux tiers par les collectivités territoriales. Et l’innovation culturelle naît pour l’essentiel des territoires. On ne peut ni imaginer ni construire une politique culturelle nationale en dehors du cadre d’une décentralisation culturelle fondée sur un a vie artistique et culturelle dans notre société. La culture est le premier outil d’expérimentation de la liberté. Par ses valeurs de tolérance et d’innovation, de partage et d’épanouissement, elle est à la fois un outil et un accomplissement de la démocratie.

Aujourd’hui, notre pays fait face à des choix qui engagent l’avenir à long terme : le défi des enjeux climatiques et environnementaux, l’adaptation à la mutation numérique, la crise de la représentation politique, la lutte contre les inégalités, la demande de démocratie participative, l’exigence de respect de la diversité et des droits culturels, la défense de “l’exception culturelle”, l’inscription dans la dynamique européenne…

La culture est au cœur de la gouvernance sociale, symbolique, économique et politique. Si les enjeux artistiques et culturels y sont pleinement considérés, ce temps de l’élection présidentielle peut devenir une étape décisive pour notre pays, pour sa place dans le monde.

Par ce manifeste – fruit du pluralisme politique et territorial fondateur de la FNCC –, nous, élu.e.s locaux militants pour la culture et les arts, proposons à l’attention de celles et ceux qui se présentent à l’exercice de la plus haute fonction de l’État 30 chantiers exigeant une écoute réciproque et une action conjointe entre l’État et les collectivités territoriales, dans le respect de l’autonomie de toutes les instances élues de la République.

Candidates, candidats à l’élection présidentielle de 2022, au terme de ce mandat gouvernemental et dans le contexte d’une crise sanitaire qui a profondément fragilisé le monde de la culture et modifié les attentes et les comportements culturels des Françaises et des Français,

QUELLE AMBITION PORTEZ-VOUS POUR LES POLITIQUES CULTURELLES
AU NIVEAU NATIONAL ET EN LIEN AVEC LES PRINCIPAUX SOUTIENS DE
LA VIE CULTURELLE QUE SONT LES COLLECTIVITÉS TERRITORIALES ?"

 

 

On vient donc de lire, en ouverture de ce manifeste :

Le financement des politiques culturelles publiques, dont le premier objectif est de soutenir les arts, les artistes et la création, est assumé à plus des deux tiers par les collectivités territoriales.

Je m’efforce de rester correct et de ne pas poser la question d'où vient donc l'argent ? qui alimente le financement des politiques culturelles publiques.

Mais aussi que faut-il entendre par : dont le premier objectif est de soutenir les arts, les artistes et la création ?

 

On a pu affirmer, par le passé, que l'objectif du soutien aux arts et aux artistes était avant tout l'affaire de l’État. Je me souvient d'avoir entendu des élus de communes de dimensions modestes et peu fortunées me dire qu'il n'était pas leurs compétences de financer les artistes. De l'autre côté, j'ai travaillé au service de l’État et entendu des collègues soutenir que leur rôle étant d'être les garants de l'exigence (ou pire encore, de la qualité) artistique moyennant quoi « leurs » crédits (sic) devaient être prioritairement consacrés à la création artistique.

 

Mais, avant tout, méfions nous de l’arbre qui cache la forêt.

 

Le financement de l'activité artistique et culturelle n'est-il pas aussi le fait des citoyens qui achètent des livres, des CD, des billets d'entrée au musée, des places de concert, de spectacle ou de cinéma ?

De plus, dans tous ces domaines n’existe-il pas des taxes parafiscales redistribuées au bénéfice des industries artistiques et de la vie culturelle  qui ne figurent pas dans les comptes de puissances publiques.

Et plus encore, l'activité des artistes et techniciens du spectacle vivant et de l'audio-visuel, soumise au aléas d'une économie aux rythmes particuliers ne bénéficie-t-elle pas d'une indemnisation spécifique du chômage partiel dont la source n’est ni dans les caisses de l’État ou celles des collectivités mais dans la solidarité interprofessionnelle. C'est à dire, aussi, de la contribution de celles et ceux qui ne vont pas ou très peu au concert, au cinéma, au spectacle.

A cet égard et sous réserve d'une lecture plus attentive de ce copieux document je n'y vois nulle mention des COREPS.

Le mot « Coreps » serait-il en passe de devenir un des mantras des acteurs du spectacle vivant ? Ce sigle fait référence aux comités (ou commissions, selon les cas) régionaux des professions du spectacle. Cet été, l’Union syndicale des employeurs du secteur public du spectacle vivant (USEP-SV), a demandé au Premier ministre leur réunion dans toutes les régions « sans exception. » Pour sa part, le président de la Fédération nationale des collectivités pour la culture (FNCC), Jean-Philippe Lefèvre, y voit un lieu « dont nous avons besoin », pour « dialoguer entre fédérations d’élus, État, syndicats, et organisations professionnelles. »

La Gazette des communes :Publié le 10/09/2020 • Par Hélène Girard

 

 

 

Pour votre gouverne, si vous connaissez mal ces comités et en manière de clin d’œil à de bonnes personnes avec qui j'ai eu la chance de travailler : Le modèle du genre !

 

Enfin, il existe aussi un investissement non négligeable en faveur de la vie culturelle et donc des arts, des artistes et de la création. Certes, il est difficilement comptabilisable mais des milliers de personnes, de citoyens à travers associations, manifestations, festivals se mobilisent de manière bénévole.

Reste donc à vérifier à la lecture de la suite de ce manifeste qu’il n’est pas exclusivement centré sur les prérogatives des puissances publiques mais est capable de faire place au rôle des acteurs et de la société civile ?

 

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