La chose artistique (7)

Publié le par Jean-Claude Pompougnac

L’objet de ces notes est d’éclairer la place faite à l’artistique (et aux artistes) dans les discours et les pratiques sociales contemporaines en s’intéressant aux choses concrètes, simples et banales que produit l’habitus des acteurs du monde culturel. Et de décrire la chose artistique en la libérant de l’aura exorbitante qui l’entoure surtout auprès de tous ceux qui vivent dans son intense clarté (politiques, fonctionnaires, directeurs d’institutions, journalistes, etc.). Avec le souci d’être profondément superficiel, d’interroger la surface des choses de telle sorte que la question rebondisse sur le questionnement lui-même et produise une altération de la réflexion. Comme un roman est un miroir qu’on promène le long d’un chemin, je m’oblige à porter une attention oblique et distraite au monde et au quotidien.

 

 

 

Résumé des chapitres précédents

La chose artistique (1)

La chose artistique (2)

La chose artistique (3)

La chose artistique (4)

La chose artistique (5)

La chose artistique (6)

 

Trouvé sur le blog Betapolitique

 

 

 

***

 

 

 

 

 

 

Les cultureux

Pierre Bastogne

Théâtre de la Commune, Aubervilliers, 12 février 2007

Ce qui est fatigant avec les cultureux, c’est qu’ils pensent que parler de culture c’est parler d’eux : les professionnels de la profession. Leur raisonnement, quand il est caricatural, devient tautologique : il faut défendre et protéger les cultureux au nom de la diversité culturelle… des cultureux. Puis il y a les artistes. Les artistes ne sont pas nécessairement des cultureux. Mais il y a des artistes cultureux. Ce ne sont pas nécessairement de mauvais artistes. Ce ne sont pas nécessairement non plus de bons artistes. Ce sont dans tous les cas des artistes légitimes, légitimés par la bureaucratie culturelle.

Le cultureux est le plus souvent un bureaucrate culturel, dans un bureau ou sur la scène ou dans un théâtre, une association, une maison de production. Le cultureux, outre ses tâches parfois utiles de bureaucratie culturelle, a pour principale mission de contrôler. Il contrôle que les activités de la Nation sont bien conformes au dogme cultureux.

Quand on n’est pas d’accord avec le cultureux bureaucrate, il se fâche, hausse le ton et en appelle aux ancêtres : Malraux, Vilar, Vitez. Ce recours aux ancêtres prend alors un faux air de malédiction. Le contradicteur, qui n’est d’ailleurs parfois que potentiel, est renvoyé aux affres du vulgaire et de l’avilissement du peuple. On manie la menace, on s’adresse à ceux qui voudraient abandonner le culte, ils sont excommuniés. Ça ne dérange pas grand monde. Ceux qui voudraient abandonner le culte sont rarement dans la salle ou s’exprime le bureaucrate cultureux.

Et pendant ce temps il y avait la banlieue grise de la chanson de Piaf citée par une artiste, et pendant ce temps il y avait la ville et puis le monde et tout cela changeait, vivait, espérait, chaque jour plus indifférent aux activités de ce qui avait été un temps porteur de changement, de vie, d’espoir. Pendant ce temps… ailleurs, la vie, le présent, l’avenir.

Arcadi_77_25

 

Publié dans La chose artistique

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article