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25 janvier 2007 4 25 /01 /janvier /2007 22:30

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Ceux qui n’ont pas eu la chance de l’écouter accompagner ou improviser ne comprendront probablement pas ma grande tristesse.

Article paru dans le Midi Libre :

Siegfried Kessler, l'imprévisible dernière note

Au bout du ponton F, « F comme fa dièse », aimait-il à dire. Depuis plus de vingt ans, Siegfried Kessler, pianiste de jazz hors norme, s'était installé, là, à La Grande-Motte. A bord d'un ancien bateau de course transformé en appartement.

Ce « fou du grand large, tempétueux, ne naviguant que par grand vent » a été retrouvé inanimé par un passant, lundi dans la nuit, dans l'eau glaciale du port grand-mottois. Quand les secours sont arrivés sur place, il était trop tard. La mort remontait déjà à plusieurs heures. Selon les premières constatations de la gendarmerie, l'alcool pourrait être la cause de cet accident. Siegfried Kessler avait 71 ans.

De sa longue carrière, on retient surtout son goût immodéré pour les improvisations. En quelques accords, ce jazzman des cimes était capable d'emmener l'auditeur au bord de l'asphyxie comme dans les plus profondes respirations de l'introspection. « Il ne faut jamais perdre le goût de l'esthétique, une certaine élégance et la liberté », confiait-il il y a trois ans. Juste avant un mémorable concert donné au Jam, en compagnie du saxophoniste Archie Shepp. Son complice, son double, l'une de ses « stimulations » comme pouvaient l'être, pour lui, Thelonious Monk, Walter Bishop ou encore John Coltrane.

Les deux hommes se sont rencontrés à la fin des années 60. Le musicien américain est en tournée en Europe. Dans un club parisien, un pianiste l'accueille en jouant les accords de sa mythique composition, Le matin des Noirs. Ce pianiste, c'est Siegfried Kessler. En quarante ans, leur complicité ne sera jamais démentie. Comme l'atteste leur performance, en 2003, Live in Jam, concert enregistré pour la postérité.

Entre deux bords, le pianiste aimait à fréquenter cette salle ou à y jouer. « J'adore, car il y a l'odeur du jazz. C'est un lieu qui marche à la passion, pas pour le fric. » Le public ne pouvait pas rester insensible à sa silhouette de corsaire des mers du Sud.

A l'inverse de Novecento, le personnage pianiste de théâtre d'Alessandro Barrico ayant toujours vécu sur un paquebot, « la terre, c'est un bateau trop grand pour moi. C'est un trop long voyage . Pardonnez-moi. Mais je ne descendrai pas. » Siegfried Kessler s'en est allé après y avoir goûté. A pleines dents.


Christophe GAYRAUD

C’est l’occasion de surveiller le site du ministère de la culture sur lequel les ministres successifs égrènent les communiqués nécrologiques afin de voir si l’un des plus grands pianistes de jazz ayant exercé dans notre douce France aura ou non les honneurs des gardiens du temple de l’excellence artistique.

(En vérité, je m’en fous).

Arcadi_77_19

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Published by J.C. POmpougnac Jean-Claude Pompougnac - dans Notes de 2007
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  • Responsable du service de la recherche à la BPI (Centre Pompidou) puis conseiller au cabinet du Ministre de la culture (Jack Lang), j'ai dirigé ensuite la Délégation au développement et aux formations de ce même ministère. A l’issue d’une alternance politique, très élégamment remercié par Jacques Toubon arrivé rue de Valois je me suis vu offrir le poste de directeur de l'Institut français de Barcelone. Quatre ans après, le ministère des affaires étrangères a jugé mes compétences insuffisamment diplomatiques. En conséquence, à partir de 1999, j'ai dirigé la DRAC Centre à Orléans. Remercié par la Droite,. j'ai ensuite crée l'un des premiers EPCC, ARCADI en Île-de-France. Remercié par la Gauche je suis devenu  DAC de la ville de BONDY (93). Aujourd'hui consultant. Membre de l'Institut de coopération pour la culture et correspondant du Comité d'histoire du MCC où j'ai contribué à la conception de séminaires et de journées d'études.
  • Responsable du service de la recherche à la BPI (Centre Pompidou) puis conseiller au cabinet du Ministre de la culture (Jack Lang), j'ai dirigé ensuite la Délégation au développement et aux formations de ce même ministère. A l’issue d’une alternance politique, très élégamment remercié par Jacques Toubon arrivé rue de Valois je me suis vu offrir le poste de directeur de l'Institut français de Barcelone. Quatre ans après, le ministère des affaires étrangères a jugé mes compétences insuffisamment diplomatiques. En conséquence, à partir de 1999, j'ai dirigé la DRAC Centre à Orléans. Remercié par la Droite,. j'ai ensuite crée l'un des premiers EPCC, ARCADI en Île-de-France. Remercié par la Gauche je suis devenu DAC de la ville de BONDY (93). Aujourd'hui consultant. Membre de l'Institut de coopération pour la culture et correspondant du Comité d'histoire du MCC où j'ai contribué à la conception de séminaires et de journées d'études.

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