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21 juillet 2016 4 21 /07 /juillet /2016 08:40
Culture et politique : Péguy, Gramsci, Pasolini

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Comme Péguy, Gramsci, Pasolini, et beaucoup d'autres, constatons aussi que la crise d'aujourd'hui est culturelle et que la culture, ou plutôt, pour éviter trop d'ambiguïtés, la question culturelle en est instrumentalisée.

Péguy distingue les « périodes », qui sont comme un temps de « bonace », dit-il, un temps calme où, en apparence, il ne se passe rien, et les « époques », qui sont les temps de crise pendant lesquels le monde se modifie. Pasolini, au début des années 1970 fait un constat analogue, s'appuyant notamment pour cela sur la lecture de Gramsci. On sait par ailleurs que Gramsci était lecteur de Péguy, notamment de L'Argent, et que Péguy, quant à lui, lisait Bergson. Admettons ces filiations entre des œuvres qui, à des époques certes différentes, s'attachent à analyser, à disséquer les crises, crises définies d'abord comme des crises culturelles. Quant à notre temps, il n'est pas hasardeux de prétendre que nous sommes de nouveau - si nous en sommes jamais sortis - dans une « époque », qu'il y a bien crise, et que, pour paraphraser la citation surexploitée de Gramsci, « l'ancien ne veut pas mourir et le nouveau ne peut pas naître ». Gramsci précise que c'est pendant les crises que naissent des monstres. Et l'on constate, ô combien, que notre époque voit naître et agir des monstres particulièrement violents et sordides. Comme Péguy, Gramsci, Pasolini, et beaucoup d'autres, constatons aussi que la crise d'aujourd'hui est culturelle et que la culture, ou plutôt, pour éviter trop d'ambiguïtés, la question culturelle en est instrumentalisée. Il y a les partisans de cet « ancien qui ne veut pas mourir » qui revendiquent pour eux-mêmes la « culture », mieux, qui revendiquent d'être la « culture », aidés et armés en cela par les clercs de tout acabit. Ce sont eux qui prêchent une sorte d'implosion temporelle où le passé deviendrait l'avenir. Et puis il y a les propagandistes écervelés du « nouveau » qui proclament, au nom de ce « nouveau » qu'ils sont eux aussi la culture, pour aujourd'hui et pour demain, et qui passent par dessus bord toutes les vieilleries culturelles qui n'auraient plus cours. Il suffit pour s'en convaincre d'entendre ou de lire certains chantres des technologies, qui sont d'autant plus acculturés qu'ils ignorent même qu'ils le sont et qui partent la fleur au fusil numérique sur les sentiers des technologies balisés par le grand capital. Les deux camps ont chacun leurs monstres, qui peuvent parfois paradoxalement s'entendre quand il s'agit de se partager les profits.

 

Diégèse  Pierre Oudart.


Si vous savez lire, vous ne pouvez manquer d'entendre qu'il est grand temps pour moi de signaler un travail au long cours, bien antérieur au mien, et dont je n’ai fâcheusement jamais parlé ici ?


 

Ce travail est commencé depuis 6045 jours (863semaines),
et son auteur est en vie depuis
 20498 jours (20498 = 2 x 37 x 277 jours)
Ce travail court ainsi sur une période qui représente 29,4907% de sa vie.


Il s’agit donc de Diégèse dont l’auteur est Pierre Oudart.

 


Qu'est-ce que « diégèse - l'Atelier du texte » ?

 

La diégèse, c'est un rapport de tension entre le réel et la fiction. C'est donc le réel puisque, aussi bien, il n'y a de réel que par interprétation... 

 

Diégèse est un protocole d'écriture quotidienne. Le protocole change chaque année. Diégèse commence en 2000.

Diégèse est une fiction qui joue avec le temps. C'est un seul texte et c'est un hypertexte. 

Diégèse, c'est le rapport entre le temps qui passe, le temps réel, le temps de la vie et le temps du récit, le temps de la fiction. 

De ce rapport naît le texte. Il s'agit donc d'imaginer ce que peut être la diégèse d'un hypertexte. 
Le protocole permet d'écrire tous les jours. 

En 2000, c'est un faux journal intime. Le site s'appelait alors Demain 2000 car les textes quotidiens étaient écrits avec un jour d'avance.  

En 2001, c'est la même chose, mais chaque jour, un mot est lié avec le même mot dans un des deux textes du même jour, un an auparavant. La barre de titre affichait 2001 = 2000 + 1. Le temps de 2001 est un bégaiement. 
Entre 2000 et 2001, des images ont été perdues. Ne subsistent parfois que les textes sous les images. 

En 2002, c'est un faux carnet de voyage, qui reprend chaque jour une phrase de 2000 et une phrase de 2001. L'itinéraire est construit à partir de cartes informatiques sur le Web. Un moteur de recherche fournit les images. Depuis 2002, les sites qui contenaient certaines de ces images ont disparu ou ont changé d'adresse et les liens sont rompus et ont été enlevés. 

En 2003, l'idée était d'abord de reprendre des notes prises à Lisbonne pour écrire un texte de fiction. Mais le temps porte ensuite vers le thème de l'éclipse, qui se déploiera dans un texte qui n'existe que sur papier et dont les fragments sur le site constituent le matériau de construction. A la place du texte qui n'a pas encore été écrit, j'ai mis des photos de Lisbonne. 

En 2004, je recopie phrase par phrase, du début jusqu'à la fin, Les Méditations métaphysiques de Descartes et les commente très librement, sans bien évidemment aucune prétention de faire de la philosophie. 

En 2005, une image, un texte. L'image est d'abord prise avec mon téléphone mobile, jusqu'en juillet, puis par un appareil numérique plus perfectionné. Ce ne sont cependant pas des images "de qualité", des photographies photogéniques. Ce sont des fragments de réel pixelisés. C'est tout. Le texte à côté de l'image est une chronique qui commence par la révolte contre les commentaires médiatiques et politiques après le Tsunami asiatique. C'est Charles Péguy et son pamphlet Notre jeunesse qui reviennent, qui rappellent que tout commence en mystique et tout finit en politique. Je marche en 2005 une main dans celle de Louis Massignon et l'autre dans celle de Charles Péguy. Je râle. 

En 2006, je tente, comme en 2003, mais sous la tutelle littéraire et politique de Monsieur Harold PINTER, d'écrire un texte. Diégèse est l'atelier du texte. Je reprends un mot, une phrase, un bout de phrase des années précédentes, des mêmes dates des années précédentes. Ce sont les matériaux. Puis je fais trois colonnes. La colonne de gauche, c'est avant le texte, c'est ce qu'il y a dans ma tête avant le texte. La colonne du milieu, c'est le texte, qui continue d'un jour sur l'autre. La colonne de droite, c'est après le texte, déjà le commentaire du texte. Chaque semaine, le texte est rétabli sous forme de séquences, notées S01, S02, S03... On peut accéder aux séquences par la page du calendrier 2006. 

En 2007, je reprends le prélèvement d'images. Ce sont ainsi chaque jour une image et une phrase. On peut supposer que les phrases sont prononcées par les personnages de 2006. D'ailleurs, ce sont parfois, exactement, des phrases déjà prononcées en 2006. Cependant, certains jours, les mots ou les phrases viennent de plus loin, et viennent de 2000 ou de 2001 ou de 2002 ou de 2003 ou de 2004 ou encore de 2005... Ce n'est pourtant pas comme si tous les mots avaient été prononcés, si tout avait été dit. C'est juste un parcours, une permanence et aussi une diégèse. 

En 2008, les personnages de 2006, Gustav, Mathieu et Noëmie, reviennent. Avec eux un quatrième personnage nommé D. 
Les quatre partent en voyage en suivant les traces du narrateur de 2002, en accomplissant donc exactement le voyage de 2002. Les personnages répètent en les agençant et parfois en les détournant des phrases déjà prononcées, déjà écrites les années précédentes, reprises en liens labyrinthiques. Gustav est perdu. Mathieu essaye de l'aider. Noëmie cite Descartes et D. est l'auteur d'un texte que l'on ne connaît pas. 

En 2009, en hommage à Monsieur Harold PINTER, décédé le 24 décembre 2008, je prolonge la méthode "Pinter" entreprise en 2006. Chacun des personnages apparus en 2006 et voyageurs en 2008 dispose de 91 jours de textes et de sons et peut reprendre, ou non, les phrases qu'il a prononcées les années précédentes. Ce sera d'abord Noëmie, puis Mathieu, puis Gustav et enfin D.  

En 2010, je tente d'allier la méthode "Pinter" à une nouvelle méthode, qui est en fait pour moi une première méthode, et qui serait la méthode "Barthes". Je reprends les cours de Roland Barthes au Collège de France de 1978-1980 sur La préparation du roman, cours auxquels, pour certains d'entre eux, j'ai assisté. Cette méthode Barthes, qui commence par le constat et la définition de ce qui serait le "milieu de la vie", ou ce que Péguy aurait appelé "le point de non retournement", et qui commence aussi par la nécessité d'accepter sa propre mort et même de prendre conscience que l'on est mortel, pose d'emblée l'écriture comme une salvation. Et, comme Pinter, de ce que cela dit et de ce que cela fait, je ne sais rien. Les cours de Roland Barthes au format mp3, deux CD, sont disponibles chez Livraphone, 119-121 rue Blomet, Paris 15ème et peuvent être commandés en ligne à l'adresse suivante :http://www.livraphone.com/product_info.php?products_id=128 

En 2011, je choisis chaque jour une maxime de François de La Rochefoucauld, puis je choisis une photographie ou un film publicitaires. Je produis ensuite une forme brève en rapport avec l'image ou le film publicitaires. Les personnages de 2006, 2008 et 2009, participent dans leur distance. 

En 2012, les personnages apparus en 2006, Gustav Mathieu et Noëmie, accompagnés de Daniel, leur auteur, reprennent le voyage de 2002, de 2008 et de 2009. Ils s'éloignent de Paris, y reviennent, en repartent. Il leur arrive de commenter le monde. Leur exercice cependant demeure un exercice littéraire. Quand ils le peuvent, les personnages publient leurs lignes sur le réseau à partir d'un compte à leur nom. Ils sont amis les uns avec les autres, et aussi avec l'auteur.

En 2013 chaque jour, un des personnages, selon l'ordonnancement défini en 2011, s'adosse aux Maximes de La Rochefoucauld pour tenter de décrypter les travers de ces humains qui sont aussi des personnages. Cela constitue leur "statut" de leur compte sur le réseau. Les images sont celles de 2012 extraites des images panoptiques de "Google View".

En 2014, les personnages écrivains tressent du roman et du romanesque avec des romanciers du 19ème siècle. En janvier, Daniel Diégèse commence par La Fortune des Rougon, d'Émile Zola, premier roman des 20 romans naturalistes des Rougon-Macquart. C'est un exercice de littérature augmentée. L'hypertexte se régénère, le texte matériau des années précédentes étant presque épuisé et saturé.

En 2015, Mathieu Diégèse reprend la Fortune des Rougon et en fait un texte compressé. Selon le découpage institué en 2014, il émet un message de moins de 140 caractères, qui peut ainsi alimenter son compte "Twitter" ; tandis que Gustav Diégèse, reprend le même roman, comme un guide et le décalque en plaçant les personnages dans la ville syrienne d'Alep, en 2011, au moment du soulèvement syrien contre le régime baathiste, réprimé violemment. Le roman décalqué vient alimenter son compte "Facebook".

En 2016, je rapproche dans une lecture continue et alternative deux auteurs qui se côtoient peu, voire même qui ne se côtoient pas : Charles Péguy et Pier Paolo Pasolini. Je juxtapose leurs textes politiques en prose, leur critique commune de la modernité. Cette juxtaposition s'effectue par la publication quotidienne de l'un et de l'autre et par quelques fragments que j'écris et qui doivent fonctionner comme un lien lectoral entre les deux textes. Les fragments cependant forment eux aussi des textes qui sont consolidés et publiés en tant que textes autonomes. Ensemble, ils forment recueil.

Pierre OUDART

 

 

 

 

Voila, vous ne pouvez pas dire que vous n'avez pas été prévenus !

Diégèse

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Published by J.C. POmpougnac Jean-Claude Pompougnac - dans Actualité Divergences La chose artistique
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11 juillet 2016 1 11 /07 /juillet /2016 08:40
La chose artistique #12

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Je tente d'articuler quelques propositions sur ce que je nomme "la chose artistique" à savoir la place faite à l’artistique (et aux artistes) dans les discours et les pratiques sociales contemporaines, en m’intéressant aux situations concrètes, simples voire banales que produit l’habitus des acteurs du "monde culturel".
Il s'agit décrire cette chose en la libérant de l’aura exorbitante qui l’entoure surtout auprès de tous ceux qui, sans être artistes eux-mêmes, vivent dans son obscure et mystique clarté (politiques, fonctionnaires, directeurs d’institutions, journalistes, etc.).
Avec le souci d’être profondément superficiel, c'est à dire d’interroger la surface des propos et des gestes de telle sorte que les observations rebondissent sur le questionnement lui-même en produisant une altération de la réflexion, une incertitude quant à ce que nous croyons penser par nous-mêmes au travers des catégories mentales, sociales, esthétiques, politiques qui organisent l'ordinaire et le commentaire quotidien de ce qu'il est convenu de considérer comme « la réalité ».

Jean-Claude Pompougnac

Deux textes de statuts assez différents sur ces questions (et je laisse le soin au lecteur d'établir quelle relation existe ou non entre les deux...)

Le premier est un extrait d'une note du philosophe et dramaturge (mais si... ça existe)

Jean-Louis Sagot-Duvouroux intitulée

REFONDER LES POLITIQUES CULTURELLES PUBLIQUES, et qui commence ainsi :

Une grosse fatigue s’est abattue sur l’appareil culturel public français, si prometteur à ses débuts, si abondant. Par quelle alchimie un système pensé et financé pour répandre les joies de l’esprit dans toutes les classes de la société s’éloigne-t-il si opiniâtrement de son objectif originel ? A moins qu’il soit devenu récif et que l’histoire, les histoires s’en soient allées ailleurs. Des politiques culturelles accordées aux mondes qui naissent ? Des outils propices à la rencontre des imaginaires plutôt qu’à la célébration nostalgique du vieil art ? Les réseaux remplaçant les podiums ? Le bouleversement est souhaitable. Le naufrage est possible.  

La refondation des politiques culturelles publiques est confrontée à deux enjeux majeurs.  

1 – L’agonie du cycle historique de la modernité occidentale.

2 – L’héritage d’un appareil culturel d’Etat construit dans et pour ce cycle agonisant.

 Elle nécessite une claire remise à plat des institutions et du projet.

 

L'extrait qui concerne la chose artistique

Fétichisation

Peu à peu, l’histoire unique a produit une représentation fétichisée des œuvres, considérées comme portant en elles-mêmes leur valeur, indépendamment de la nature des événements sociaux qu’elles provoquent et sans lesquels, pourtant, elles ne sont que « de la merde », pour reprendre une figure psychanalytique de l’argent. Un tableau de maître dans un coffre-fort n’est rien, sinon une « valeur » financière au même titre qu’une action dans une marque de choucroute ou un détournement de fonds (de fond ?), c’est-à-dire « de la merde ». Cette sacralisation des œuvres s’est accompagnée d’une sacerdotalisation des artistes, ordonnés médiateurs de l’inspiration sacrée. Cette évolution a largement dispensé les politiques publiques de se porter sur la nature des événements sociaux qui se nouent autour des œuvres. Abandonnés à la supposée magie de l’art, beaucoup d’événements où l’art se produit sont peu à peu colonisés par un public prédestiné, beaux esprits disposant des clefs de l’autoréférencement (vieux), à l’aise dans les lignées artistiques de l’histoire unique (Blancs), aptes à s’acquitter des tarifs « normaux » censés « valoriser » les œuvres (aisés). De la catégorie « Optima », la plus cossue, en descendant jusqu’à la 5e catégorie, les places de l’Opéra de Paris sont proposées pour des prix situés au dessus des 100€. Au Festival d’Avignon, le tarif « normal » pour une représentation à la cour d’honneur est de 38€. L’opéra et le festival sont pour une part très majoritaire financés par la subvention, c’est-à-dire par le contribuable. Fabriques de la classe dominante au frais de la nation.

En savoir plus.

 

 

 

 

Le second est une mise au poing publiée sur Facebook par la directrice d'un CDN (mais si... ça existe!)

 

Paraîtrait que certains messieurs se plaignent de "la politique de programmation" du CDN de Montluçon. Paraîtrait que la terrible féministe que je suis appliquerait une politique sexiste anti-mecs dans ses choix artistiques, privant ainsi grand nombre de nos talentueux metteurs en scène dotés d'une paire de bijoux de famille de la possibilité de bénéficier de l'accès à une scène de l'institution française, et ce à cause qu'ils en auraient (des bijoux). Et ils auraient bien raison de s'en plaindre si c'était vrai, car quelle injustice ce serait de les voir victimes à leur tour de ce que nous n'avons pas cessé de dénoncer : une sélection par le sexe.

Mais, hélas pour ces justiciers du sexisme inversé, il n'en est rien. J'aimerais avoir eu ce courage radical de décider de n'inviter que des artistes femmes à venir partager la scène des Ilets. Ce ne serait que justice et qu'une goutte d'eau dans l'océan de discrimination et de dépréciation dont elles sont la cible dans notre beau milieu aux grands idéaux démocratiques et égalitaires. Et j'avoue que je porte une attention particulière à la création des artistes femmes (parce que je les trouve souvent (pas "toujours") bien plus inattendues dans leurs choix, aigues dans leurs points de vue, bien moins timorées, moins paresseuses aussi sur les formes, plus habituées aux chemins de traverse, loin des autoroutes esthétiques ou du politiquement correct, que nombre de nos collègues masculins, mais ce sont des questions d'éducation et de déterminisme, les pauvres n'y peuvent rien). J'avoue aussi, et ce n'est pas contradictoire (faudrait voir à arrêter avec la simplification binaire cf. Bourdieu dans "La domination masculine"), que j'aime tout autant bon nombre d'artistes masculins. Je les aime, comme j'aime bon nombre d'artistes féminins : non parce qu'ils-elles sont masculins ou féminins, mais parce qu'ils-elles sont artistes, du moins à mes yeux (et tout ceci, faudrait se le rappeler, est terriblement subjectif et misérablement humain).

J'ai donc invité des artistes (auteurs, autrices, créateurs de scène et créatrices de scène), à partager la scène, les moyens et l'aventure du Théâtre des Ilets durant les trois années à venir. Cette constellation d'artistes est constituée à parts égales, je crois, ou à peu près, de femmes et d'hommes. Il doit bien y avoir aussi des artistes issus de la ... "diversité"? (Si tant est que j'arrive à comprendre ce que c'est que cette notion de "diversité", et qu'est-ce qui te définit "divers"? Et quelques questions me taraudent, comme par exemple : A partir de combien de générations on n'est plus issus de la diversité? On parle de "diverses" nuances de pigmentation? ou de "diversité" sociale? culturelle? religieuse? On parle de quoi au juste?)

OK. Je digresse. Mais pas tant en fait.
Bon. Bref. Tout ça commence à me courir sur le haricot. Et la course aux bons points du politiquement correct commence à me les brouter menu (mes non-bijoux de famille). Appeler à stopper et combattre les attitudes sexistes et racistes (disons les mots) de notre joli milieu sont des nécessités.

Mais cela vient agiter un problème de fond bien plus vaste qui est le problème de l'entre-soi bien pensant de "nos maisons", nos représentations de la démocratie, nos réseaux et réseautages et nos notions de l'égalité.

Faudrait aussi s'attaquer à la façon dont on traite dans notre beau milieu toutes celles et ceux qui n'en ont pas les codes (sociaux et culturels), qui ne partagent pas les référents bien pensants de la CULture, que ce soit parmi les "publics" ou parmi les artistes. Plutôt que de traiter chaque problème séparément en en faisant des concours de bijoux de famille.
Donc pour terminer ce post trop long, que les choses soient claires une bonne fois pour tous les aigris et les emmerdeurs :
Je ne fais pas de "programmation" au CDN de Montluçon.

Un CDN n'est pas une machine à laver. Je partage un lieu de création avec une constellation d'artistes qui toutes et tous font de la "création" c'est-à-dire travaillent à partir et sur des écritures contemporaines "inédites" et donc des créations "originales" (puisqu'il faut tenter ici de redonner son sens de base à ce terme en insistant lourdement). C'est le principe de base. Ça s'appelle un axe artistique. Et ça limite déjà pas mal. Cette constellation est composée d'artistes autour desquels les trois prochaines saisons à venir sont dessinées presque exclusivement : Céline DelbecqJean-Michel Rabeux,Lucienne Agnel (Pascale Henry qui a toujours son petit nom de FB),Frédéric FerrerMarion AubertMohamed Rouabhi, Pauline Peyrade, Gilles GranouilletAmélie Poirier, Collectif Invivo (Julien DubucChloe Dumas, Samuel Sérandour), Jacques DescordeNadège Prugnard, Koffi Kwahulé, Catherine Lenoble, Pierre MeunierAurore EvainSOlenn Denis, Rémi De Vos.

Et je n'indique ici que celles et ceux qui vont être accompagné-e-s directement en création ou écriture. 
Les messieurs énervés montés sur leurs ergots comprendront que vu le nombre des artistes pré-cités, ça limite drastiquement l'accueil d'autres artistes. C'est un choix. Qu'accompagner un-e artiste c'est accompagner un parcours, ce n'est pas juste balancer une coprod sur un spectacle comme on mise au tiercé. Et ça permet d'avoir le temps de la rencontre, de l'échange avec les gens sur un territoire. Et puis j'aime bien prendre le temps de partager des choses avec des gens qui ont un bon esprit de camaraderie et qui sont des artistes engagés. Ça change de pas mal de têtes de cons de ce milieu. 
Alors oui, ok, j'ai décidé, de façon très arbitraire et injuste, que hors les artistes de cette constellation, le très peu d'artistes en plus que le Théâtre des Ilets pourrait accueillir seraient des artistes femmes. Il va rester, quoi,1 ou 2 possibilités d'accueil par an, grand maximum... (on fait le compte de ce que ça représente dans les statistiques du paysage théâtral français?). 
Ah oui il y aussi les journées du matrimoine où on va programmer 1 ou 2 pièces écrites par des autrices du passé. Mais là désolée, je n'y suis pour rien si c'est pratiquement que des femmes qui s'intéressent à ces autrices oubliées et mettent en scène leurs textes. Et il me semble que côté Patrimoine on est servi sur les scènes françaises, non? ou on va m'accuser de faire là aussi de l'infâme discrimination sexiste?. 
Résultat des courses : la saison prochaine est répartie à peu près à égalité entre auteurs et autrices,créateurs-créatrices de scène, avec un léger + pour les femmes. Promis, la saison prochaine on sortira nos calculettes pour atteindre le fifty parfait. 
Quand ça bascule légèrement dans ce sens, apparemment ça ne passe pas. 
Bizarre que quand ça bascule dans l'autre sens (c'est à dire presque toujours, et souvent très lourdement) ça ne se remarque même pas.

 

Du même auteur...

 

Rappels

 

La chose artistique (un)

Au séminaire, il est une façon de manger un œuf à la coque qui annonce les progrès faits dans la vie dévote.

(Stendhal)

 

La chose artistique (deux)

Aujourd’hui que des créateurs proclament que l’art est partout, que le moindre déchet urbain est un objet de l’art, quand les philosophes voient (après Valéry) l’art dans le savoir, lorsque savoir et argent envahissent l’art, où est l’« artiste » ?

Les réponses sont nombreuses, contradictoires, toutes contestables. Les suggestions les plus justes sont peut-être celles qui viennent des artistes eux-mêmes, tel ce projet de l’architecte Robert Filliou pour les toilettes du musée d’Etat de Müchengladbach (1969), qui réjouira sans doute les lacaniens par les trois portes déplaçant la barre du signifiant » : men, women, artists.

(Alain Rey)

 

La chose artistique (trois)

Le bouclier est à la mode en ce début d’été pourri, vous n’avez pas remarqué?

Après le bouclier fiscal (pour les riches) et le bouclier sanitaire (pour les pauvres), voici le bouclier artistique(pour tout le monde).

 

La chose artistique (quatre)

Depuis quelques temps, j'ai remarqué l'apparition de plus en plus fréquente dans les annonces immobilières d'un intrigant "Idéal artiste". Par exemple :

« Belleville. Loft en duplex 100m² dans allée privée. Rez-de-chaussée de 57m² espace ouvert avec cuisine us. Au 1er étage, 43m² avec salle d'eau et wc séparés. Lumineux et calme. Idéal artiste. 500 000 euros. » Bon, il s'agit a priori plutôt d'artistes riches et puis aussi calmes (artistes retraités ?).

(Gaël Bouron)

 

La chose artistique (cinq)

On était habitué à une distinction assez claire entre la culture haute et la « pop culture ».La culture haute, c’était et c’est parfois encore la culture reconnue, celle des musées, des opéras, des œuvres classiques. C’est une culture élaborée par des professionnels spécialisés et reconnus ; c’est une culture réservée à un petit nombre par son coût, par sa rareté, par la difficulté de l’initiation qu’elle demande. C’est enfin une culture référencée dans des cadres comme l’histoire des arts, le savoir et l’expertise des connaisseurs.

(Yves Michaud)

 

La chose artistique et le spectacle vivant

Avec la liberté, partout où règne l’affluence, le bien-être y règne aussi. Plantez au milieu d’une place un piquet couronné de fleurs, rassemblez-y le peuple, et vous aurez une fête. Faites mieux encore : donnez les spectateurs en spectacle ; rendez-les acteurs eux-mêmes ; faites que chacun se voie et s’aime dans les autres, afin que tous en soient mieux unis.

(Jean-Jacques Rousseau)

 

Veni creator (la chose artistique – suite)

C'est pourquoi plus l'artiste est conscient du «don» qu'il possède, plus il est incité à se regarder lui-même, ainsi que tout le créé, avec des yeux capables de contempler et de remercier, en élevant vers Dieu son hymne de louange. C'est seulement ainsi qu'il peut se comprendre lui-même en profondeur, et comprendre sa vocation et sa mission.

Lettre du Pape Jean-Paul II aux artistes (1999).

 

 Travail et création artistique

 

Entretien avec Pierre-Michel Menger

 

Le spectacle de l'intermittence.

 

Christian Salmon, Jean-Louis Fabiani, Emmanuel Ethis, Damien Malinas, Pierre-Michel Menger


La chose artistique (onze)

Nathalie Heinich et Pierre-Michel Menger


 

 


 

Votre blog a donné lieu à une création de notice bibliographique dans le catalogue de la Bibliothèque nationale de France.

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ISSN : 2270-3586

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Auteur(s) : Pompougnac, Jean-Claude (1946-.... ). Auteur du texte
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Titre(s) : La Cité des sens [Ressource électronique] : le blog de Jean-Claude Pompougnac
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Publication : [Fresnes] : [Cité des sens], 2006-

Note(s) : Blogue. - Notice rédigée d'après la consultation de la ressource, 2013-11-14
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Published by J.C. POmpougnac Jean-Claude Pompougnac - dans La chose artistique Le genre et la culture.
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23 juin 2016 4 23 /06 /juin /2016 08:45

Le maire a, en effet, un petit souci avec «le logiciel de pensée Malraux-Lang» (comme il dit) des gens de la culture en général et du monde des arts vivants en particulier, synonyme de politique dispendieuse et élitiste. (…) Voilà ce que je retiens de cette politique qui se vante d’en être une et d’avoir de l’ambition. C’est un cocktail, un bazar, un agglomérat de pièces hétéroclites, foutras idéologiques...
(…)
Un tout finalement compliqué, contradictoire et paradoxal, mâtiné de suffisance et d’arrogance, de naïveté, à la Bouvard et Pécuchet, qui fait honte à ce parti dont je me sentais un proche et un sympathisant. Une politique culturelle qui a cette particularité de se rapprocher tristement de toutes les politiques en vigueur dans notre pays, celles déjà en action, et celles qui aspirent à prendre le pouvoir.

°

Lire la tribune de Joël Pommerat

°

-DEUX-

La réaction de François Deschamps sur Facebook (qui aurait pu être la mienne...)

°

Waouh !... c'est une charge violente assénée par Joël Pommerat, de passage une semaine à Grenoble, contre la politique culturelle actuelle de la ville. 
Sans vouloir m'insérer ni prendre parti dans une situation locale que je ne connais pas assez, le lecteur que je suis aurait aimé que la situation exposée soit mise en perspective avec le fait que les baisses de dotation de l'État touchent toutes les collectivités, qui doivent s'en dépatouiller (avec des choix qu'elles savent justifier...ou non, là est aussi le problème ; et félicitons bien sûr au passage celles qui décident courageusement de ne pas baisser leur budget culturel, ce qui est, au passage, le cas dans ma collectivité) ; avec aussi, dans le cas grenoblois, la problématique d'un nombre important d'équipements culturels structurants dont la charge est encore portée aujourd'hui par la ville-centre (162 780 hab) et non par la Métropole (450 494 h). 
Qu'il faille faire évoluer le modèle culturel actuel est une chose, c'en est une autre que le fait de ne pas savoir comment s'y prendre, savoir l'expliquer, voire laisser à penser que la solution est de jeter le bébé avec l'eau du bain... En tout cas c'est cela qu'a ressenti Pommerat : il voit bien ce qui est remis en cause, sans rien comprendre à ce qui est proposé et au discours qui l'entoure. Et sûrement un certain nombre de grenoblois sont aussi dans l'expectative.
Comme c'est une "tribune" dans la presse, on peut penser que le trait est peut-être un peu poussé, qu'il y a par exemple une marge entre défendre une place pour les amateurs dans la cité sans pour autant les opposer aux professionnels voire laisser penser que tout le monde est artiste ( il devrait y avoir de la place et des locaux pour tout le monde, leurs besoins respectifs ne sont pas les mêmes et ne sont pas comparables). J'attends avec impatience la réponse qui sera faite (je le souhaite) par les élus de la ville.
Cela faisait longtemps en tout cas qu'il n'y avait plus eu de débat sur les politiques culturelles territoriales dans l'espace public, cet article a le mérite de mettre les pieds dans le plat et de le relancer !

FD

-TROIS-

Écho aux paroles de Pommerat L’art et de la culture dans les politiques publiques.

 Sur le blog de Jean Caune qui lui, au contraire, connaît bien Grenoble. 

 


 

La déclaration de Pommerat examine ce qui, dans cet ensemble de décisions, en constitue la  signification profonde. Les mots qu’ils utilisent sont autant de jugements de pensée : populisme, pensée libérale, approximations, fatras idéologiques… Le maire de Grenoble s’étonne de les entendre. Ils avaient pourtant été évoqués lors de la dernière réunion des Chantiers de la culture, organisés par l’adjointe aux cultures en septembre 2015 dans une déclaration d’acteurs culturels ... Ces “chantiers”, morts-nés, faute d’avoir été construits avec les acteurs, témoignaient d’une curieuse conception de la démocratie citoyenne.
(...)
Il y a un populisme de droite qui feint de défendre le peuple contre les élites ; il y a un populisme de gauche qui manie l’invective et prétend parler au nom du peuple et de ses besoins. Il y a maintenant un écologie politique populiste qui distingue et oppose des spectacles élitaires destinés à cultiver l’entre soi des artistes et des intellectuels et des spectacles populaires qui ont pour fonction d’animer l’espace urbain, voyez La fête des Tuiles.

L’enjeu politique est que chacun soit reconnu dans sa dignité et son humanité et puisse exprimer ses pratiques et appartenances culturelles, que la liberté d’expression et de création artistique soit assurée, que des espaces de fabrication et d’échange s’inventent.
L’enjeu politique est aussi de s’atteler ensemble à construire du sens dans une société en profond questionnement. Pour cela, les espaces publics sont indispensables. La culture est un formidable espace public. Pour cela, les artistes sont indispensables.

°

Perplexité.

Les termes de ce «débat » sont (ou devraient être) complexes.

L'artiste Pommerat est dans son rôle et son argumentation auréolée de la splendeur lumineuse de La chose artistique (1).

Les édiles politiques « alternatifs » qui ont ravi la ville aux sociaux-démocrates du PS semblent vouloir démontrer (sans doute malgré eux) que la recherche d'un nouveau référentiel pour les politiques de la culture et le recours aux grands principes ne suffisent pas à fonder une pragmatique de l'action publique qui fasse effectivement bouger les lignes comme c'est le cas dans d'autres contrées (dont il n'est évidement jamais question dans ce genre de polémique compte tenu de l’excellence du modèle français).

 

(1) 

J'ai tenté d'articuler quelques propositions sur ce que je nomme la chose artistique à savoir la place faite à l’artistique (et aux artistes) dans les discours et les pratiques sociales contemporaines, en m’intéressant aux situations concrètes, simples voire banales que produit l’habitus des acteurs du "monde culturel".

Il s'agissait de décrire cette chose en la libérant de l’aura exorbitante qui l’entoure surtout auprès de tous ceux qui vivent dans son intense et mystique clarté (politiques, fonctionnaires, directeurs d’institutions, journalistes, etc.). Avec le souci d’être profondément superficiel, c'est à dire d’interroger la surface des propos et des gestes de telle sorte que la question rebondisse sur le questionnement lui-même et produise une altération de la réflexion, une incertitude quant au sens communément admis des catégories logiques, sociales, esthétiques, politiques à l'aide desquelles nous décrivons ordinairement et commentons quotidiennement ce qu'il est convenu de considérer comme « la réalité ».

°

-CINQ-

°

Mais la ville de Grenoble qu'ils dirigent a bien de la chance.

°

Forum des lucioles n°5

°

Devoir de Culture : Diversité culturelle, Droits culturels

 Culture, éducation populaire : les politiques publiques face aux droits culturels

Avec

Luc Carton

Philosophe, inspecteur au Ministère de la Culture de la Fédération Wallonie-Bruxelles

Jean-Michel Lucas

économiste, universitaire, acteur critique des politiques culturelles

Patrice Meyer-Bisch

Coordonnateur de l’Institut interdisciplinaire d’éthique et des droits de l’Homme (IIEDH)

 

Rencontre avec trois des principaux acteurs de la pensée des droits culturels dans une confrontation unique.

Les droits culturels sont désormais inscrits dans la loi. Comment vont-ils s’appliquer ? Quelles responsabilités devons-nous partager ? Quelles conséquences sur les politiques publiques ?

 Ce 5ème forum se veut un point d’étape, de réflexion et de propositions, qui prolonge les précédents. Il s’inscrit dans une perspective d’action citoyenne et de co-construction des politiques publiques.

Nous avons choisi de faire appel à trois témoins de référence qui ont nourri et orienté  la démarche du Forum des lucioles.

 

 

Je ne manquerai pas de clouer le bec au premier gros malin qui s’amusera à déclarer que les droits culturels ont désormais leur Sainte trinité!, à la militante qui nous fera le coup de H/F ou au "décolonisateur des arts" qui trouvera que nos trois principaux acteurs sont des visages pâles.  

Non. Mais  l’essentiel est ailleurs.

 

Le Forum des lucioles est une structure implantée dans cette « bonne » ville de Grenoble qui a une longue et belle histoire en matière d'action culturelle. Si vous ne l'avez jamais fait, attardez vous un moment sur leur site.

Prenez connaissance de leur appel :

La nécessaire intervention des pouvoirs publics dans le domaine de la culture ne peut se faire sans la participation des acteurs culturels, des artistes, des citoyens. La dimension culturelle doit porter l’action politique. Les mutations de notre société lors de ces trente dernières années nécessitent de conjuguer transformation sociale et innovation culturelle. C’est pourquoi un changement de conception des politiques culturelles s’impose aujourd’hui. Celles-ci doivent nécessairement prendre en compte la personne et sa capacité d’expression, d’action et de décision. En ce qui concerne la vie dans la Cité, il s’agit d’un devoir de culture.

 L’action culturelle* doit redonner à l’art sa dimension relationnelle. Il appartient aux pouvoirs publics et aux institutions de construire les conditions de rencontres et d’échanges entre les équipes artistiques et les populations. L’enjeu est de permettre à chacun de se construire et de se reconnaître, individuellement et collectivement, dans une relation sensible et active au sein de l’espace public*, c’est à dire là où les hommes et les femmes peuvent agir en tant que citoyen-nes.

 

Lire la suite.

 

Prenez aussi connaissance  de leur glossaire.

 

Exemple : 

Espace public, notion de philosophie politique, construite par le philosophe allemand J. Habermas, dans sa thèse, L’espace public. Archéologie de la publicité comme dimension constitutive de la société bourgeoise, est fondée sur la distinction entre privé et public.
L’espace public se constitue comme médiation entre l’État et la société sous la forme d’une opinion publique susceptible de s’opposer à la pratique du secret du pouvoir absolu.

Pour Habermas, la publicité — le fait de rendre public — constitutive de l’État moderne, s’est transformée en processus de formatage de l’opinion et désamorçage de ses fonctions critiques. L’espace public s’est fractionné en de multiples espaces : espace public politique, espace public culturel, espace public scientifique, etc.

La notion d’espace ne peut évidemment pas se limiter à sa dimension d’espace territorial et doit se rapporter au processus de débat raisonné et argumenté.

 

 

Tout cela est de la belle ouvrage.

 

 

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4 février 2016 4 04 /02 /février /2016 09:30

 

Rappel de la note précédente

De quoi sommes-nous contemporains ?

Je vous propose d'ouvrir ces réflexions du pont de vue du lecteur ordinaire.  Le lecteur ordinaire est d'ailleurs un personnage du monde contemporain, dont on peut dater l'émergence grâce à un certain nombre de travaux importants sur l'histoire de la lecture.

(...)

Pierre Dumayet :

« À quelle époque commence pour vous le film dans lequel nous vivons aujourd'hui ? Quand est-ce que ça commence, le contemporain ? Même si on ne sait pas décrire toutes ses caractéristiques, toutes ses richesses, toutes ses diversités, on peut essayer de fixer des repères. ».

(…)

Marx et Engels :

« La bourgeoisie a noyé les frissons sacrés de l'extase religieuse dans les eaux glacées du calcul égoïste. » 

(...)

Stendhal dans Le Rouge et le noir :

« Au séminaire, il est une manière de manger son œuf à la coque qui traduit des progrès faits dans la vie dévote ».

(…)

- La suite-

 

Donc à quelle époque commence le contemporain, comment peut-on essayer de le déterminer ? Vous voyez bien que Pierre Dumayet nous conduit à admettre ou bien que Jeanne d'Arc est notre contemporaine, ou bien que nous pouvons avoir une certaine lecture de Jeanne d'Arc qui se situe dans un espace chronologique. La chronologie du lecteur ordinaire est une chronologie floue, ce qui complexifie la notion de contemporain. Je voudrais d'ailleurs objecter à Pierre Dumayet que ces scansions du contemporain peuvent être discutées.

Il y a par exemple une phrase d'un roman, beaucoup plus récent que Jeanne d'Arc, que je situe avant le commencement du film auquel dont nous serions contemporains. Il s'agit de Du sang, de la volupté, de la mort de Maurice Barrès, dans lequel le narrateur écrit à propos de sa bien aimée :

"Je pouvais dire le soir au lit, d'après ses ardeurs, si elle avait communié le matin."

 

Je suis là projeté dans un monde passé dont j'ignore tout, que je ne connais pas, aussi lointain que ces frissons sacrés de l'extase religieuse qui ont été depuis longtemps noyés par la bourgeoisie ! Pourtant le texte est chronologiquement beaucoup plus proche de nous que le procès de Jeanne d'Arc...

Apprendre à interroger les rapports entre la fiction, la théorie et le contemporain, amène à une posture qui n'est ni celle des critiques, ni celle des avant-gardes esthétiques ou philosophiques, qui peut introduire la confusion des genres et brouiller les repères chronologiques. Dumayet note quelque part, et cela ressemble un peu à ce que disait Jean-Paul Sartre dans Les Mots, qu'il peut passer dans ses lectures d'Hamlet au Sapeur Camembert, du moment qu'il ne l'écrit pas. Ce qui est intéressant, c'est qu'il ne peut pas ignorer que Sartre l'a écrit et qu'il a fait son autoportrait, non pas de lecteur ordinaire, mais de philosophe, en racontant son accès à la lecture et ses allers et retours entre Heidegger et la Série noire.

Je ne voudrais pas oublier les préoccupations des associations comme le CRL et les implications pratiques de ce discours théorique. On invite des auteurs vivants à rencontrer les lecteurs, jeunes ou non. L'auteur a un corps, il existe, il est notre contemporain. Dumayet qui a longtemps pratiqué l'exercice d'interroger les écrivains, écrit ceci :

« Peu à peu s'installe l'envie d'interroger les textes, plutôt que les auteurs. Cette envie est assez normale puisque tous les écrivains que j'ai relus, ces dix dernières années, sont morts. Bien sûr, je lis souvent des livres écrits par des vivants. Nous avons des amis qui écrivent, d'autres qui peignent ou sculptent. Nous aimons les lire ou aller voir leurs œuvres. Cela fait partie de la vie. Mais la tentation de relire Flaubert, Proust ou Kafka fait aussi partie de la vie. D'autant qu'il peut être possible d'interroger une phrase écrite par l'un de ces trois-là, alors qu'il peut être impossible de questionner une phrase écrite par un contemporain. Et pourquoi donc ? Tout simplement parce que nous ne savons rien de l'écriture cachée de nos contemporains.  Nous ne connaissons pas — et c'est une bonne chose — leur correspondance. Nous ne savons pas (toujours) ce qu'ils pensent de ceci ou de cela. Et c'est très bien. Tandis que "les écrits" de Flaubert, Proust ou Kafka sont presque tous édités. Je sais bien que l'expression "les écrits" est fautive, mais elle a une vertu : elle met dans le même sac l'encre et le crayon, le roman et le billet. Quand on interroge un texte, ce n'est jamais lui qui répond. S'il y a une réponse, c'est un autre texte qui la donne. (...) Interroger un texte, c'est finalement, pour moi, formuler une question que je n'aurais pas pu poser à l'auteur, si j'avais été son contemporain. »

 

Au-delà de la posture un peu anarchique et libertaire du lecteur ordinaire, celui que Michel de Certeau décrivait comme un braconnier, celui qu'Alain désignait comme un animal mal apprivoisé, (je suis du reste très frappé, au-delà des différences fondamentales des systèmes de référence des deux auteurs, de la proximité des images utilisées !), nous constatons donc cette capacité du lecteur ordinaire à transgresser l'ordre chronologique, à faire résonner les textes ensemble. Cela nous conduit à une réflexion plus profonde sur la place de la formation à la lecture dans notre culture. Je pense que c'est une très bonne chose de faire en sorte que les collégiens et les lycéens rencontrent les écrivains en chair et en os. Mais il ne faudrait pas oublier ce que c'est que d'interroger un texte, ce que c'est que de lire et relire un même texte, — de le lire le jeudi parce qu'on l'avait lu un mardi, le mauvais jour ! — ou d'interroger le texte de fiction à partir de la correspondance.

Voilà donc ce que je pouvais dire sur la question du contemporain, il doit sûrement y avoir un moyen de déterminer un tant soit peu un certain nombre de points communs qui définiraient la contemporanéité de la philosophie et du roman contemporains. Il y a peut-être encore des avant-gardes qui seraient en mesure de montrer à partir de la décrépitude du monde qui s'écroule, lesquelles sont portées d'avenir, mais j'ai choisi un angle modeste, car je reste persuadé que cette posture est intenable. Dévoilons les cartes, il n'y a plus de critique littéraire, plus d'avant-garde, et s’il y a quelque chose de radicalement nouveau dans le contemporain, c'est précisément cet écroulement, cet effacement d'un certain nombre de repères qui ont fonctionné dans la République des lettres. Quand j'ai évoqué tout à l'heure le critique littéraire, c'était dans le but de faire référence à un texte très important à mon sens, de Marcel Gauchet publié en deux livraisons dans la revue Le Débat, qui s'intitule Essai de psychologie contemporaine, dans lequel il essaye de décrire ce qu'il appelle l'individu ultra contemporain, c'est-à-dire cette évolution entre l'individu démocratique et l'individu ultra contemporain. Sa thèse est que cette évolution modifie la façon dont nous avons pu penser l'inconscient psychique depuis Freud. Aujourd'hui le rapport de l'individu à son inconscient, le type de maladie psychique ou de trouble qu'il peut vivre est profondément modifié par la reconfiguration totale des rapports entre l'individu et le social.

« Dans une culture de tradition, le lien de société n'est pas posé comme ce qui découle de l'action des individus, il est posé au contraire, comme un modèle qui les précède radicalement. Nous sommes des héritiers, nous arrivons dans un monde tout constitué, qui comporte non seulement d'insurpassables canons du point de vue de la pensée et de l'art, mais qui s'ordonne autour de formes préréglées de coexistence avec les autres. »

Or toute l'évolution des sociétés individualistes aboutit à effacer, à découpler chaque jour un peu plus, cette relation entre l'inscription du social en nous et nous comme individus.

 « Ce qui est en cause, écrit Marcel Gauchet, c'est l'inscription psychique de la précédence du social ; l'inscription psychique de l'être en société qui permet à chacun de raisonner du point de vue de l'ensemble. »

 

Dans la société traditionnelle il y a des formes d'éducation, qui sont des formes de socialisation qui au cours de la petite enfance, dans la sphère familiale ou dans l'institution scolaire, inscrivent psychiquement le social dans l'individu. Il faut relire Durkheim, c'est écrit en toutes lettres. D'après Marcel Gauchet, les familles ne socialisent plus, le système éducatif, par conséquent, devient ingérable, car les pré-requis du fonctionnement de l'institution éducative réclament que les familles aient socialisé auparavant, et l’on arrive à ce nouveau type d'individus.

Il donne un exemple, celui de la critique de livre, qui dit-il par deux fois, n'est pas un exemple anecdotique. Ce n'est pas non plus anecdotique que je reprenne aujourd'hui cet exemple, car c'est dans la République des Lettres que s'est forgé le modèle de l'espace public :

« Critiquer un livre ne se résume pas à donner un avis personnel et particulier poursuit Marcel Gauchet. Critiquer un livre, c'est rendre lisible la place de ce livre au sein d'un ensemble ou d'un mouvement, c'est reconstituer ce en regard de quoi ce livre compte ou ne compte pas, c'est se situer du point de vue d'un lecteur idéal. »

C'est grâce à ce travail d'objectivation que peut s'instituer la chose publique comme un espace cognitif commun aux individus dans une même société. Et Marcel Gauchet ajoute que cette critique est en train de disparaître. On revient au point de vue particulier qui ne vise plus à une généralité, ou plus exactement, il dit ceci :

« Le combat entre l'esprit d'impartialité et l'esprit partisan a toujours existé. Mais il y avait combat. Opposition entre un idéal et les manquements à cet idéal. C'est cette opposition même qui se brouille aujourd'hui au profit non pas de la partialité, mais d'une particularité qui s'ignore, particularité de l'auteur qui ne fait que répondre aux particularismes du lecteur renfermé dans le cercle de ses intérêts. »

Cet exemple de la critique littéraire est donc pris par Marcel Gauchet pour signifier ce qu'il entend par le terme contemporain, par la place de l'individu contemporain dans la configuration sociale contemporaine. On peut faire un parallèle avec la corruption des hommes politiques :

« c'est le même mécanisme. Quand on cesse de voir les choses d'un point de vue public, on ne fait plus la distinction entre les intérêts privés et les intérêts publics, et l'on pense naïvement et en toute bonne conscience, qu'agir pour ses propres intérêts est la même chose qu'agir pour l'intérêt général ».

J'en aurai donc terminé, si j'ajoute que cette même démonstration de Marcel Gauchet qui diagnostique la ruine de la critique littéraire, diagnostique également celle des avant-gardes esthétiques ; dans la même logique... Parce que la date d'apparition de l'inconscient est la même que l'apparition, la structuration des religions sécularisées. La bourgeoisie a noyé les frissons sacrés de l'extase religieuse dans les eaux glacées du calcul égoïste, mais Lénine, Staline et les autres vont fabriquer une religion séculière, la croyance dans les lendemains qui chantent, un monde meilleur, la victoire du prolétariat, etc. Et c'est au même moment que se redéfinissent l'esthétique et les pouvoirs de l'art, ainsi que la capacité de l'art à nous proposer, parallèlement aux utopies politiques, une autre vision des choses, le dévoilement du monde.

Il y a une configuration relativement stable, je parle toujours selon Marcel Gauchet : l'apparition de la notion d'inconscience (c'est Freud), la possibilité d'une foi sécularisée (c'est Marx), la nouvelle définition d'un art autonome de tout canon, de toute fonction, l'art pour l'art. Une opération émancipatrice, prométhéenne, qui va nous dévoiler, un peu à la manière des utopies politiques, la vérité de notre vie, le sens du monde, etc. Selon Marcel Gauchet, cette configuration stable s'écroule avec un symptôme majeur selon lui, qui est l'effondrement des religions séculières, la fin des utopies, la fin des grands récits et en même temps, la dissolution des avant-gardes esthétiques. L'avenir ne peut plus faire l'objet d'une foi, il a un statut d'inconnu :

 « dissolvant pour la croyance écrit Marcel Gauchet, il décourage l'utopie en la frappant de vacuité et la route du salut terrestre est coupée ».

De la même manière, la religiosité séculaire de l'art, la foi dans les pouvoirs transcendants de la connaissance ou de la création artistique est en train de s'épuiser, de se dissoudre...

Il faudrait, bien entendu, ajouter à ce panorama, le phénomène du marché, cela va de soi.

Je vais terminer par des notations d'un lecteur ordinaire. Qu'a-t-on pu observer ces dernières années ? Entre le rayon philosophie et le rayon littérature, nous avons assisté à l'expansion d'un rayon situé entre les deux : ni philosophie, ni religion, ni littérature, ni fiction, ni recherche de la vérité ; c'est Paolo Coelho, c'est la spiritualité, le new âge, c'est le fantastique marché d'une littérature à fonction thérapeutique destinée à nous faire du bien et faire semblant de croire...

Je vous remercie de votre attention.

 

Jean-Claude Pompougnac

 

 

Télécharger le texte intégral.

 

Ce que le contemporain fait à la culture (suite et fin)

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2 février 2016 2 02 /02 /février /2016 10:30

 

Comme convenu dans ma précédente note.

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De quoi sommes-nous contemporains ?

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Après beaucoup d’hésitations, j’ai décidé de conserver à cette communication -qui pourrait bien sembler hors d’âge mais le lecteur en décidera-  la forme qu’elle a eue sans rien y changer.

Et je remercie le Centre Régional du Livre de la Région Centre de m’en avoir communiqué la transcription.

C’était il y a un bail, j’imagine que je l’avais relue et validée, mais peu importe…

 

 

Discours inaugural de Jean-Claude Pompougnac

 

Au fur et à mesure que la date d'aujourd'hui s'approchait, en plus de l'inquiétude ordinaire que quiconque ressent lorsqu'il sait qu'il devra parler plus de cinq minutes, s'accroissait la mauvaise conscience d'avoir accepté la proposition du Centre Régional du Livre adressée au Directeur Régional des Affaires Culturelles, qui ne consistait pas, comme c'est en général demandé, à prononcer une petite allocution institutionnelle d'ouverture où l'on remercie tous ceux qui ont contribué à... où l'on salue les élus locaux qui..., etc., mais de faire une véritable intervention au titre du thème de ces rencontres, à savoir Roman et Philosophie contemporains en question.

J'ai accepté, puis j'ai pensé que c'était un péché d'orgueil pour un fonctionnaire qui a autre chose à faire que des discours inauguraux. Un critique aurait pu être la personne indiquée pour problématiser et cadrer l'ensemble des débats : capable de dresser un état des lieux, un panorama du champ de la création littéraire ou de la philosophie contemporaine, sans développer un point de vue particulier ou singulier, mais ayant une vision englobante et utilisant des critères d'appréciation, comme l'indique le terme critique. Une seconde possibilité aurait été d'inviter un artiste ou un penseur d'avant-garde, quelqu'un qui se situant suffisamment en pointe par rapport au monde contemporain, aurait pu en décrire avec passion et finesse, la décomposition, la décrépitude, pour montrer que dans la pourriture du contemporain émerge un message nouveau, qu'il soit littéraire ou philosophique.

Mais ayant accepté cette invitation, je vous propose d'ouvrir ces réflexions d'un autre point de vue, celui du lecteur ordinaire. Celui de l'individu aux lectures particulières qui n'a aucune prétention messianique à représenter ce qui émerge aujourd'hui, et ne peut prétendre avoir une vision savante, universitaire, critique suffisamment large pour ne pas se tromper dans le choix de ses orientations. Le lecteur ordinaire est d'ailleurs un personnage du monde contemporain, dont on peut dater l'émergence grâce à un certain nombre de travaux importants sur l'histoire de la lecture.

Qu'est-ce qui fait qu'un roman, qu'un ouvrage de philosophie est contemporain ? On a le droit et l’on peut risquer l'hypothèse de répondre qu'il est contemporain, à partir du moment où il est actualisé par une lecture, indépendamment de sa date et de ses conditions de publications. La publication récente de Autobiographie d'un lecteur de Pierre Dumayet, m'a conforté dans cette hypothèse, un ouvrage remarquable où cette question de la contemporanéité de l'œuvre court tout au long du livre, comme un fil conducteur passionnant. Mais Pierre Dumayet est-il un lecteur ordinaire ? Je laisse volontairement de côté cette question, car l'auteur lui-même, y répond par l'affirmative, dans la mesure dit-il où il est capable de poser des questions absolument stupides, comme celle-ci, une des questions clés du livre :

"À quelle époque commence pour vous le film dans lequel nous vivons aujourd'hui ? Quand est-ce que ça commence, le contemporain ? Même si on ne sait pas décrire toutes ses caractéristiques, toutes ses richesses, toutes ses diversités, on peut essayer de fixer des repères". 

Pierre Dumayet note ceci à propos d'un roman de Raymond Queneau qui est publié en 1939, mais dont l'histoire se situe pendant la première guerre mondiale :

« Cette lecture a renforcé une « croyance » — discutable — que j'avais déjà : tous les textes peuvent se lire comme s'ils étaient nos contemporains. Ou comme si nous étions les leurs. C'était un refus de « l'admiration historique », mais c'était surtout l'affirmation — discutable — qu'il n'y avait pas, à proprement parler, d'histoire littéraire. Cela ne voulait pas dire que Villon ou Saint-Simon avaient écrit dans les mêmes conditions que Valéry ou Breton. Cela voulait dire que l'histoire littéraire était justement l'histoire de ces conditions, qu'il fallait la connaître et ne pas la prendre pour l'essentiel. L'essentiel étant le texte, la langue vivante du passé ou du présent. Cela ne voulait pas dire que le matérialisme historique était « dépassé » : le matérialisme historique pouvait, comme n'importe quel autre texte, rester dans son coin en attendant qu'on vienne le lire à nouveau. »

Je ne résiste pas au plaisir de vous lire le paragraphe qui suit, car il y a cette pratique de l'écriture chez Pierre Dumayet qui consiste, au moment même où on avance des arguments qui pourraient paraître sérieux aux esprits sérieux, à glisser un clin d'œil, à faire un pas de côté :

« Raymond Queneau a tenu à jour son carnet de lectures pendant soixante ans. Chaque livre lu était mentionné dans un carnet d'écolier à sa date. Je regrette de ne pas avoir pris cette précaution. Précaution que toute personne prudente devrait prendre. Supposez qu'un matin vous vienne l'horreur d'un jour de la semaine. Cela peut arriver : Flaubert détestait le mardi. En consultant votre carnet de lectures vous retrouveriez tous les livres lus un mardi. Vous pourriez alors décider de les relire un mercredi ou un jeudi, pour voir si votre lecture n'a pas été gâtée par un mauvais jour. »

Tout le livre est de cette veine, et tourne donc autour de la question de la contemporanéité et de cette croyance discutable que tous les textes peuvent être nos contemporains.

Il y a aussi cette référence au marxisme, que je garde un instant, puisque après tout, décider de ce qui est ou n'est pas contemporain, c'est par exemple agencer des propositions audacieuses, comme celle de Jean-Paul Sartre, qui disait que le matérialisme historique, le marxisme, est l'horizon indépassable de notre temps. Cela peut être une manière de définir le contemporain, sauf que précisément, lecteur ordinaire, qui n'hésite pas à pratiquer la confusion des genres — à lire des romans comme des textes philosophiques ou la philosophie comme des textes poétiques ou romanesques — j'ai toujours été saisi par cette formule du Manifeste du parti Communiste, dans lequel Marx et Engels écrivent à propos d'une période précise de l'histoire :

« La bourgeoisie a noyé les frissons sacrés de l'extase religieuse dans les eaux glacées du calcul égoïste. »

Cette phrase m'arrête toujours quand je lis ce texte, car on quitte le texte théorique pour entrer dans une formulation poétique : il y a un travail sur la langue qui fait que l'on sent dans sa chair, dans sa peau, à la fois un vague souvenir des frissons sacrés d'hier et cette douche froide du calcul égoïste de la bourgeoisie. Sauf que le marxisme devient bien l'horizon indépassable de notre temps parce que la bourgeoisie n'en finit pas de nous noyer d'eau glacée et n'en finit pas d'achever notre tendance à rechercher les frissons sacrés d'extase, qu'elle soit religieuse ou non, j'y reviendrai. Dans la même veine, quand je lis dans Le Rouge et le noir, alors que Julien Sorel est au séminaire,

« Au séminaire, il est une manière de manger son œuf à la coque qui traduit des progrès faits dans la vie dévote »,

j'ai le sentiment que Stendhal a résumé en une phrase, la moitié de ma bibliothèque de sociologie, que toute la théorie de l'habitus— qui vient d'Aristote, il est vrai, donc avant Stendhal — est résumée dans cette phrase et que s'il s'agissait de donner un exemple de ce qu'est l'habitus — concept bourdieusien — il suffirait de prendre celui de Julien Sorel mangeant son œuf avec toute cette onction et cette componction qui traduisent dans l'extérieur de ses postures ses progrès dans la vie dévote.

Je continue de vous proposer quelques extraits, quelques passages du livre de Pierre Dumayet, autour de cette même question :

« À quelle époque commence pour vous, le film dans lequel nous sommes encore aujourd'hui ? Impossible de répondre précisément à cette question. Disons — en rougissant — qu'avant Jeanne d'Arc, je ne me sens pas dans le même film. J'ai tout à fait conscience du ridicule de ce que j'écris. Pataugeons encore un peu. Il me semble qu'entre Jeanne d'Arc et aujourd'hui, je crois savoir de quel côté je suis. C'est une croyance qui n'est pas fondée, naturellement. C'est une illusion : ce n'est pas parce que j'aime lire le duc de Saint-Simon que je me rallie à ses objectifs politiques. Mais lire Saint-Simon avec plaisir, me fait croire que je peux comprendre (un peu) son siècle. De même Jeanne d'Arc : le texte qu'elle improvise pendant son procès fait d'elle un écrivain superbe. Dans la vie courante, je ne crois pas qu'une personne puisse entendre et voir des saints lui parler, mais quand je lis les Procès de Jeanne d'Arc, je crois tout à fait qu'elle a vu et entendu saint Michel lui parler. Entendons nous bien : je ne croirais pas Jeanne d'Arc si elle voulait nous prouver quelque chose. Mais elle ne veut rien nous prouver du tout. Elle veut seulement être crue quand elle dit ce qui lui est arrivé. »

 

A SUIVRE.

 
 

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Published by J.C. POmpougnac Jean-Claude Pompougnac - dans Les politiques culturelles en débat Divergences La chose artistique
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29 janvier 2015 4 29 /01 /janvier /2015 17:15
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Politiques culturelles : éloge de la complexité.

La gestion de la culture ne peut plus se résumer exclusivement à une gestion normée des activités culturelles et de ses équipements. Elle doit réintégrer la diversité culturelle car ce qui est en jeu ici, c’est le formidable potentiel que représentent toutes les formes d’expression (y compris artistiques), individuelles et collectives, pour la construction de la citoyenneté, de notre citoyenneté.

Prendre enfin en compte l’hétérogénéité culturelle et l’historicité des territoires dans la définition des politiques publiques.

Ce 12e séminaire de l’Institut de Coopération pour la Culture a été consacré à l’exploration d’une étude de cas présentée par Frédéric Simon, directeur de la Scène nationale Le Carreau de Forbach et de l’Est mosellan – que nous remercions – sur le Plan territorial d’éducation artistique et culturelle. Cette expérience est révélatrice de l’extrême complexité dans laquelle se déploient les projets portés par un établissement artistique et culturel sur un territoire. En posant l’hypothèse que les propositions d’ordre artistique sont à même de mobiliser l’ensemble des acteurs locaux, politiques et professionnels, praticiens et citoyens, la Scène nationale contribue à la nécessaire reconstruction d’une identité culturelle d’un territoire marqué par l’histoire de la mine.

 

Télécharger : ICC Contribution#6_janv 2015

 

Le site de l'Institut de Coopération pour la Culture.

 

 

 

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28 novembre 2014 5 28 /11 /novembre /2014 09:45

Comment définir la vie d’artiste ? Peut-on vivre de son art ? À quoi servent les créateurs en régime démocratique ? Comment évoluent les professions artistiques et culturelles ?

L’artiste se tient à l’écoute du monde et ne cesse de convoquer notre capacité d’étonnement. Pour autant, est-il un travailleur comme un autre ?

 

L’Observatoire, la revue des politiques culturelles.

N°44 été 2014

 

Vies et statuts de l'artiste  

 

L’artiste n’est plus cet individu hors du monde social, figure issue d’une vision réductrice du romantisme, mais il est souvent un travailleur précaire. Pour s’en sortir ou pour créer, il se démultiplie, devient hybride, parfois inclassable, jonglant avec de multiples activités et savoir-faire. L’artiste se tient à l’écoute du monde et ne cesse de convoquer notre capacité d’étonnement. Pour autant, est-il un travailleur comme un autre ?

C’est à cette question qu’est consacré ce dossier qui rassemble les propos d’artistes, de chercheurs et d’acteurs culturels autour des problématiques qui se posent aujourd’hui : comment définir la vie d’artiste ? Peut-on vivre de son art ? À quoi servent les créateurs en régime démocratique ? Comment évoluent les professions artistiques et culturelles ? Quelle place y occupent les artistes femmes ? La figure de l’artiste-entrepreneur dessine-t-elle un nouveau statut de l’artiste ? Quels sont les dispositifs d’accompagnement proposés par les collectivités ? etc.

 

Deux articles rédigés par des auteurs reconnus ( et par ailleurs, tous deux membres du Comité d'histoire du ministère de la culture et de la communication) ouvrent ce dossier :

 

L’expansion des professions artistiques et culturelles. Catégorisations et mécanismes

 

Pierre-Michel Menger

Les effectifs d’actifs classés dans les professions artistiques et culturelles ont connu, dans tous les pays développés, une croissance importante. En France, les professionnels des métiers artistiques sont deux fois plus nombreux en 2009 qu’au début des années 1990. Mesurer une croissance des effectifs suppose de stabiliser le contenu de la nomenclature des professions concernées, ici celle des « métiers artistiques », et de procéder à des mesures répétées de l’évolution des effectifs à l’aide de cette nomenclature stabilisée. La remarque est moins banale qu’il n’y paraît, en raison de la multiplication des définitions et des mesures du poids économique du secteur artistique et culturel et de son contenu en emploi.


 

À quoi servent les créateurs en régime démocratique ?

Nathalie Heinich

La société française post-révolutionnaire se trouve partagée entre des valeurs contradictoires : entre reconnaissance de l’excellence et exaltation de l’égalité, « orgueil aristocratique » et « envie démocratique ». Car l’héritage révolutionnaire ne se mesure pas qu’à un nouveau mode d’exercice du pouvoir, incarné dans la République, mais aussi à un nouveau système de valeurs, instituant liberté et égalité comme conditions natives de tout humain.


 

Sociologie de l'art.

 

Amoureux fervents et savants austères (Charles Baudelaire, Les chats, les Fleurs du mal), les lecteurs de ce blog souhaiteront peut-être prolonger cette actualité éditoriale par un « dialogue » plus ancien entre les deux sociologues, dialogue qui illustre, s'il en est besoin, le caractère potentiellement polémique des approches scientifiques de la chose artistique.

.

 

Sur le site La vie des idées, en juillet 2009, Nathalie Heinich avait rendu compte du considérable travail de Pierre-Michel Menger Le Travail créateur. S’accomplir dans l’incertain, Paris, Hautes Études - Gallimard/Seuil, 2009

La dame n'était guère tendre avec son collègue.

Extraits

 

À quelles conditions l’art, la création, le génie sont-ils justiciables de l’analyse sociologique et économique ? La notion d’incertitude, selon Pierre-Michel Menger, est à même de fonder leur statut en raison. Un travail d’une haute densité théorique, mais qui reste parfois à la marge de son sujet spécifique, estime Nathalie Heinich, faute de donner toute sa place au point de vue des acteurs et, notamment, à la question de la reconnaissance.

(...)

Aussi cette approche strictement hypothético-déductive désoriente-t-elle par sa propension à aligner théories sur théories tout en laissant dans l’ombre les caractéristiques les plus spécifiques du monde de l’art. Parmi celles-ci, la question de la singularité – non pas au sens faible de spécificité, mais au sens fort d’originalité, unicité, incommensurabilité – aurait peut-être permis à l’auteur de donner plus d’ampleur à son modèle de l’incertitude, dans la mesure où celle-ci n’en est, à l’évidence, que l’une des conséquences : dès lors que l’originalité, l’innovation, l’irréductibilité aux canons, sont devenus les réquisits de principe de la qualité artistique, comme c’est le cas depuis un siècle et demi environ, l’incertitude du créateur sur son propre talent comme sur ses chances d’être reconnu devient constitutive de son statut, ce qui n’était pas le cas du temps où l’activité artistique s’exerçait dans le régime du métier ou dans celui de la profession. La prise en compte de cette problématique de la singularité aurait aussi permis à Menger de compléter son analyse en y introduisant la construction de l’insubstituabilité, par laquelle les mondes artistiques – tant pour les créateurs que pour les interprètes – offrent aux sciences sociales un terrain d’investigation particulièrement riche.

 

Lire le compte rendu de Nathalie Heinich

 

Et, sous le titre La création comme un travail, celui qui devait devenir pau après titulaire de la chaire de Sociologie du travail créateur au Collège de France, n'avait pas manqué de lui répondre.

 

Cet article est une réponse au compte rendu par Nathalie Heinich du livre de Pierre-Michel Menger, Le Travail créateur. S’accomplir dans l’incertain, Paris, Hautes Études - Gallimard/Seuil, 2009, paru dans  La Vie des idées

 

Extraits :

 

Dans la lecture que Nathalie Heinich propose de mon livre, une dimension est à peu près absente, alors que j’en ai fait le centre de mon livre, la question du travail, et la qualification des actes de création comme des actes de travail. C’est donc par là que je voudrais commencer, en rappelant l’argumentation générale du livre, ce qui me permettra ensuite de répondre à quelques-unes des questions et des objections que m’adresse ma collègue. Le titre que j’ai choisi, Le travail créateur, juxtapose deux lexiques qui semblent s’opposer ordinairement. La création est, depuis longtemps, conçue comme une activité dont les résultats les plus admirés incarnent l’émergence du nouveau, mais d’un nouveau significatif, exemplaire. Kant définissait le génie comme une aptitude à produire sans règle déterminée, sauf celle de l’originalité, mais aussi comme la capacité à produire des œuvres qui soient en mesure de constituer des modèles. Et comment caractériser la beauté des œuvres, telle qu’elle résulte d’un jugement de goût ? L’argument kantien bien connu tient dans cette formule énigmatique : « La beauté est la forme de la finalité d’un objet, en tant qu’elle est perçue dans cet objet sans représentation d’une fin ». L’argument peut être déplacé vers l’activité productrice elle-même, comme je le rappelle après Hintikka .

 

(…)

Au fond, qu’est-ce qui distingue une sociologie analytique du travail comme celle que je propose d’une sociologie compréhensive de l’art, qui met l’accent sur la « singularité » des artistes et la « problématique de la reconnaissance » ? C’est la volonté d’examiner comment agit la compétition dans des mondes de travail où les qualités d’invention sont difficilement détectables et où les gratifications de l’autonomie dans le travail, et l’estime accordée à ceux qui retiennent l’attention, attirent un grand nombre de candidats à la carrière. Un créateur souscrit à une conception expressive du travail en se laissant guider par la motivation pour l’activité plutôt que pour les gains (par la valeur absolue plutôt que relative de son engagement), mais doit apprendre progressivement comment traiter les informations que lui fournit les mises en comparaison de son travail avec celui d’autres, alors que la règle de l’originalité créatrice interdit normalement de définir des standards simples de comparaison. En rester à la notion de singularité, c’est risquer d’être paralysé par l’argument de l’incommensurabilité.

 

Lire la réponse de Pierre-Michel Menger

 

 

La Cité des sens : à propos de la « chose artistique ».

 

J'ai tenté d'articuler quelques propositions sur ce que je nomme la chose artistique à savoir la place faite à l’artistique (et aux artistes) dans les discours et les pratiques sociales contemporaines, en m’intéressant aux situations concrètes, simples voire banales que produit l’habitus des acteurs du "monde culturel".

Il s'agissait de décrire cette chose en la libérant de l’aura exorbitante qui l’entoure surtout auprès de tous ceux qui vivent dans son intense et mystique clarté (politiques, fonctionnaires, directeurs d’institutions, journalistes, etc.). Avec le souci d’être profondément superficiel, c'est à dire d’interroger la surface des propos et des gestes de telle sorte que la question rebondisse sur le questionnement lui-même et produise une altération de la réflexion, une incertitude quant au sens communément admis des catégories logiques, sociales, esthétiques, politiques à l'aide desquelles nous décrivons ordinairement et commentons quotidiennement ce qu'il est convenu de considérer comme « la réalité ».

 

 

 

La chose artistique (un)

 

La chose artistique (deux)

 

La chose artistique (trois)

 

La chose artistique (quatre)

 

La chose artistique (cinq)

 

La chose artistique (six)

 

La chose artistique et le spectacle vivant

 

Veni creator (la chose artistique – suite)

 

Travail et création artistique

 

Le spectacle de l'intermittence.

 

 

Voir aussi sur ce blog : Actualités des politiques culturelles

 

 

 

 

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Published by J.C. POmpougnac Jean-Claude Pompougnac - dans La chose artistique Divergences
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24 juin 2014 2 24 /06 /juin /2014 17:07

Le caractère répétitif des polémiques sur le régime des intermittents du spectacle permet-il de mieux analyser les politiques publiques de la culture ?

 

On peut reprocher à une pensée commune du « monde de la culture » d'être fascinée par le caractère original, singulier, novateur, subversif de la création artistique.

Il n'en reste pas moins qu'une création peut (ou doit ?) être précédée de répétions et espérer être suivie de reprises.

 

Cela explique peut-être pourquoi, chacun de leur côté, Christian Salmon et Emmanuel Ethis jugent bon de republier sur leurs blogs ce qu'ils écrivaient déjà en 2003, le premier avec Olivier Py, le second avec Jean-Louis Fabiani et Damien Malinas à propos de la crise (inouïe) de 2003.

 

 

Sous le titre : Intermittents : la domestication culturelle,, Christian Salmon écrivait le 8 juin dernier , sur son blog (Médiapart)

 

Il y a onze ans la crise des intermittents provoquait l'annulation du festival d'Avignon.

Le 22 juillet 2003 Olivier Py et moi même décidions de publier une tribune qui se voulait aussi un appel, une alarme mais aussi un cri d'espoir. Olivier Py est aujourd'hui directeur du Festival d'Avignon, l'alternance a ramené les socialistes au pouvoir mais rien n'a changé. Il est même désespérant de constater que nous aurions pu publier la même tribune aujourd'hui sans en retirer un mot...

 

C'est ainsi qu'en vingt ans nous sommes passés de la politique culturelle à la culture de proximité. Des organismes privés seront très bientôt en charge de la culture dans le monde idéal de la communication et des loisirs. Une culture qui s'est lentement préparée à son nouveau maître, en devenant majoritairement muette, festive, décorative, sérieuse, pédagogique, divertissante, etc., bref domestique.

La domestication des individus est devenue aujourd'hui le but même de la vie en société. Car il ne s'agit pas seulement de substituer le divertissement à la culture, et la culture à l'art mais d'expulser toute réalité de l'espace social, de substituer l'exhibition à l'expérience, la télé-réalité au récit. La télé-réalité est bien plus qu'un programme de télévision ; c'est le programme intégré de toute la société ; absorber la réalité. Programme-buvard. Brouiller les contours entre le vrai et le faux, la réalité et la fiction. Un programme que Hanna Arendt qualifiait de «totalitaire». 

De fait , c'est avec le plus grand intérêt qu'on pourra lire les commentaires , nombreux et pas toujours très consensuel,  que provoque cette publication réitérée.

 

Accéder au texte intégral.

 

 

Démarche analogue d'Emmanuel Ethis qui publie de nouveau sur son blog La performance des vulnérables, un texte cosigné avec Jean-Louis Fabiani et Damien Malinas, publié pour la première fois en juillet 2013.

 

La crise des intermittents rompt le pacte qui repose sur l’échange admis entre l’incertitude et la liberté : ne reste que la certitude du désespoir, de l’interruption du jeu. Ce n’est pas la défense d’un style de vie où un minimum de confort qui est en jeu. La menace porte sur quelque chose de beaucoup plus diffus et de beaucoup plus fort : la possibilité même de se jouer des déterminations sociales en jouant, de se maintenir en suspension dans l’ordre social, de ménager un chemin de liberté qui a son coût social, mais dont la crise révèle soudain l’énormité. Que se passe-t-il lorsqu’on cesse de jouer à être un autre pour être réduit à être un simple individu social ? Les visages et les corps disent l’anxiété de cette fin de partie annoncée. Le paradoxe de l’action collective éclate : pour certains, il s’agit de ne plus jouer pour continuer à jouer, pour d’autres, il s’agit de jouer à n’importe quel prix, pour sauver sa peau d’artiste. La menace redoutée installe des arguments qui justifient les attitudes les plus contradictoires. L’interruption est momentanée, mais qui sait ? Dans la suspension, il y a toujours l’anxiété de la fermeture définitive. Le festival est installé dans la durée : n’est-il pas aujourd’hui une tradition nationale, bâtie sur une chaîne intergénérationnelle faites d’émotions, de plaisirs partagés mais aussi de disputes. De disputes, de conflits sévères, certes, mais pas comme ça, pas au point que la mort du théâtre ne devienne une possibilité. Et les corps disent, plus que les slogans, le prix qu’on attache à être ici ensemble dans un lieu de mémoire par excellence dont on ne sait plus si l’est un lieu d’avenir. Nous avons tellement joué avec la mort du théâtre que nous sommes surpris, presque interdits, par cet arrêt de jeu.


Accéder au texte intégral.

 

Le caractère récurent de la crise, des polémiques empreintes de mauvaise foi, du débat politique trop souvent convenu sur fond de questions techniques (pas toujours limpide, loin s'en faut) appellerait une étude suivie de la question, une compétence dans la compréhension du mécanisme et un certain courage intellectuel dans l'analyse qu'on peut sans doute trouver ici :

 

Pierre-Michel Menger  : L’intermittence, c’est le travail hyperflexible : un employeur embauche pour quelques heures, sans aucune contrainte, à la différence du CDD ou de l’intérim, qui sont beaucoup moins flexibles. Cela arrange donc tout le monde : le secteur privé comme le secteur public, les associations 1901 qui constituent l’immense majorité des employeurs du spectacle vivant, et l’Etat et les collectivités locales, qui ont utilisé pour l’essentiel la forme associative pour subventionner les structures et les événements, telles que les compagnies, troupes, festivals, etc. Au total, tous les employeurs du secteur des spectacles ont un intérêt au moins équivalent à celui des salariés pour défendre l’intermittence, aussi longtemps qu’ils pourront transférer le déséquilibre du régime particulier des intermittents (1,1 milliard d’euros d’écart entre prestations versées et cotisations encaissées) sur l’ensemble des autres secteurs d’activité, au titre de la solidarité interprofessionnelle de l’assurance-chômage. Donc employeurs du secteur et salariés sont d’accord entre eux.

Le cas de l’intermittence n’est pas un conflit social. Elle ne le deviendrait que si les employeurs avaient des intérêts différents des salariés et de leurs représentants, ce qui ne s’est jamais vu jusqu’ici. C’est un cas exceptionnel, dans le marché du travail en France, et un cas sans équivalent à l’étranger. Aucune procédure n’existe pour vérifier la légalité de l’embauche ou de la fin du contrat. Les employeurs n’ont que des cotisations à payer avec le versement d’un salaire, et aucune responsabilité à l’égard de la carrière individuelle des salariés. La souplesse procédurale du contrat de travail d’usage est imbattable, aucun théoricien de l’économie capitaliste la plus concurrentielle ne pourrait rêver disposer d’un système plus abouti qui transforme les coûts fixes du travail en coûts variables. Donc les employeurs du secteur sont solidaires des intermittents pour défendre un système qui a pour eux des avantages imbattables. Et tout irait bien si ce régime était équilibré, mais il est déficitaire depuis 30 ans… C’est un déficit structurel. Il tient tout simplement au mécanisme même de l’emploi au projet : quand on crée de l’emploi sous forme de contrats au cachet, on crée immédiatement et systématiquement du chômage d’inter-contrats, et donc les dépenses d’indemnisation du chômage augmentent alors même que la masse salariale augmente. C’est l’inverse du fonctionnement normal d’un marché du travail.

(...)

© Influences, le site web des idées.

 

 

Lire l'intégralité de l'entretien La condition « hyperflexible » des intermittents du spectacle , accordé par Pierre-Michel Menger au site Influences.

 

 

 

 

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6 juin 2014 5 06 /06 /juin /2014 15:34

 

 

La création artistique peut-elle être considérée comme un travail ?

Entretien avec le sociologue Pierre-Michel Menger

Professeur au Collège de France et titulaire de la chaire Sociologie du travail créateur
Pour plus d'information et de contenus connectez-vous sur le site internet du Collège de France :
http://www.college-de-france.fr/site/...

 

© Journaliste : Sophie Bécherel. Production Collège de France

 

Cette éclairante analyse du sociologue voudrait ici faire écho à une rubrique déjà un peu ancienne et beaucoup moins savante de ce blog : La chose artistique

L’objet de cette série de notes est de s’interroger sur la place faite à l’artistique (et aux artistes) dans les discours et les pratiques sociales contemporaines. Et de conduire cette enquête en s’intéressant aux choses concrètes, simples et banales que produit l’habitus des acteurs du monde culturel. De dégager la chose artistique de l’aura exorbitante qui l’entoure surtout auprès de tous ceux qui vivent dans son intense lumière (politiques, fonctionnaires, directeurs d’institutions, journalistes, etc.)

Au séminaire, il est une façon de manger un œuf à la coque qui annonce les progrès faits dans la vie dévote (Stendhal).

Et ce, Avec le souci d’être profondément superficiel, d’interroger la surface des choses de telle sorte que la question rebondisse sur le questionnement lui-même et produise une altération de la réflexion, une incertitude quant au sens communément admis des catégories logiques, sociales, esthétiques, politiques à l'aide desquelles nous décrivons ordinairement et commentons quotidiennement, la « réalité ».


 

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Published by J.C. POmpougnac Jean-Claude Pompougnac - dans La chose artistique
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9 juillet 2012 1 09 /07 /juillet /2012 19:57

 

 

 

Donner envie de relire les pages que Marcel Proust écrivit en préface à sa traduction de l’ouvrage de l’anglais John Ruskin Sésame et les Lys, Des Trésors des Rois, préface que l’on trouve aujourd’hui publié sous le titre Sur la lecture. ou en  fichier .pdf, à cette adresse, par exemple ou encore  à celle-ci

 

 

Ce qu’écrit Proust dans ce texte majeur (dont les premières pages consacrées à l’évocation des lectures d’enfance sont une merveilleuse miniature d’A la recherche du temps perdu) s’applique, me semble-t-il, à la culture (en un sens, il est vrai,  qui n’est peut-être pas le sens communément admis).

 

Pour nous, qui ne voulons ici que discuter en elle-même, et sans nous occuper de ses origines historiques, la thèse de Ruskin, nous pouvons la résumer assez exactement par ces mots de Descartes, que « la lecture de tous les bons livres est comme une conversation avec les plus honnêtes gens des siècles passés qui en ont été les auteurs.

 

En réalité, Proust  récuse cette analogie un peu convenue entre la lecture et la conversation :

 

Mais si je crois que la lecture, dans son essence originale, dans ce miracle fécond d'une communication au sein de la solitude, est quelque chose de plus, quelque chose d'autre que ce qu'a dit Ruskin, je ne crois pas malgré cela qu'on puisse lui reconnaître dans notre vie spirituelle le rôle prépondérant qu'il semble lui assigner.

 

Malgré de nouvelles excursions vers les lectures d’enfance, Proust tient solidement le fil qui unit selon lui lecture (culture, dirions nous) et vie spirituelle.


Et c'est là en effet un des grands et merveilleux caractères des beaux livres (et qui nous fera comprendre le rôle à la fois essentiel et limité que la lecture peut jouer dans notre vie spirituelle) que pour l'auteur ils pourraient s'appeler « Conclusions » et pour le lecteur « Incitations ». Nous sentons très bien que notre sagesse commence où celle de l'auteur finit, et nous voudrions qu'il nous donnât des réponses, quand tout ce qu'il peut faire est de nous donner des désirs. (…) Tel est le prix de la lecture et telle est aussi son insuffisance. C'est donner un trop grand rôle à ce qui n'est qu'une initiation d'en faire une discipline. La lecture est au seuil de la vie spirituelle; elle peut nous y introduire : elle ne la constitue pas.

 

Pour asseoir cette conviction, Proust fait état de son intérêt pour la psychologie et Les maladies de la volonté (il cite en note cet ouvrage de Théodule Ribot).

Il est cependant certains cas, certains cas pathologiques pour ainsi dire, de dépression spirituelle, où la lecture peut devenir une sorte de discipline curative et être chargée par des incitations répétées de réintroduire perpétuellement un esprit paresseux dans la vie de l'esprit. Les livres jouent alors auprès de lui un rôle analogue à celui des psychothérapeutes auprès de certains neurasthéniques.

On sait que, dans certaines affections du système nerveux, le malade, sans qu'aucun de ses organes soit lui-même atteint, est enlisé dans une sorte d'impossibilité de vouloir, comme dans une ornière profonde d'où il ne peut se tirer seul, et où il finirait par dépérir, si une main puissante et secourable ne lui était tendue. Son cerveau, ses jambes, ses poumons, son estomac, sont intacts. Il n'a aucune incapacité réelle de travailler, de marcher, de s'exposer au froid, de manger. Mais ces différents actes, qu'il serait très capable d'accomplir, il est incapable de les vouloir. Et une déchéance organique qui finirait par devenir l'équivalent des maladies qu'il n'a pas serait la conséquence irrémédiable de l'inertie de sa volonté, si l'impulsion qu'il ne peut trouver en lui-même ne lui venait de dehors, d'un médecin qui voudra pour lui, jusqu'à ce qu’il ait peu à peu rééduqué ses divers vouloirs organiques. Or, il existe certains esprits qu'on pourrait comparer à ces malades et qu'une sorte de paresse (5) ou de frivolité empêche de descendre spontanément dans les régions profondes de soi-même où commence la véritable vie de l'esprit. Ce n'est pas qu'une fois qu'on les y a conduits ils ne soient capables d'y découvrir et d'y exploiter de véritables richesses, mais, sans cette intervention étrangère, ils vivent à la surface dans un perpétuel oubli d'eux-mêmes, dans une sorte de passivité qui les rend le jouet de tous les plaisirs, les diminue à la taille de ceux qui les entourent et les agitent, et, pareils à ce gentilhomme qui, partageant depuis son enfance la vie des voleurs de grand chemin, avait, pour avoir depuis trop longtemps cessé de le porter, oublié jusqu’à son nom, ils finiraient par abolir en eux tout sentiment et tout souvenir de leur noblesse spirituelle, si une impulsion extérieure ne venait les réintroduire en quelque sorte de force dans la vie de l'esprit, où ils retrouvent subitement la puissance de penser par eux-mêmes et de créer. Or cette impulsion que l'esprit paresseux ne peut trouver en lui-même et qui doit lui venir d'autrui, il est clair qu'il doit la recevoir au sein de la solitude hors de laquelle, nous l'avons vu, ne peut se produire cette activité créatrice qu'il s'agit précisément de ressusciter en lui. De la pure solitude l'esprit paresseux ne pourrait rien tirer, puisqu'il est incapable de mettre de lui-même en branle son activité créatrice. Mais la conversation la plus élevée, les conseils les plus pressants ne lui serviraient non plus à rien, puisque cette activité originale ils ne peuvent la produire directement. Ce qu'il faut donc, c'est une intervention qui, tout en venant d'un autre, se produise au fond de nous-mêmes, c'est bien l'impulsion d'un autre esprit, mais reçue au sein de la solitude. Or nous avons vu que c'était précisément là la définition de la lecture, et qu'à la lecture seule elle convenait. La seule discipline qui puisse exercer une influence favorable sur de tels esprits, c'est donc la lecture : ce qu'il fallait démontrer, comme disent les géomètres.

 

 

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  • : La Cité des sens. Culture et politique.
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  • Jean-Claude Pompougnac
  • Responsable du service de la recherche à la BPI (Centre Pompidou) puis conseiller au cabinet du Ministre de la culture (Jack Lang), j'ai dirigé ensuite la Délégation au développement et aux formations de ce même ministère. A l’issue d’une alternance politique, très élégamment remercié par Jacques Toubon arrivé rue de Valois je me suis vu offrir le poste de directeur de l'Institut français de Barcelone. Quatre ans après, le ministère des affaires étrangères a jugé mes compétences insuffisamment diplomatiques. En conséquence, à partir de 1999, j'ai dirigé la DRAC Centre à Orléans. Remercié par la Droite,. j'ai ensuite crée l'un des premiers EPCC, ARCADI en Île-de-France. Remercié par la Gauche je suis devenu  DAC de la ville de BONDY (93). Aujourd'hui consultant. Membre de l'Institut de coopération pour la culture et correspondant du Comité d'histoire du MCC où j'ai contribué à la conception de séminaires et de journées d'études.
  • Responsable du service de la recherche à la BPI (Centre Pompidou) puis conseiller au cabinet du Ministre de la culture (Jack Lang), j'ai dirigé ensuite la Délégation au développement et aux formations de ce même ministère. A l’issue d’une alternance politique, très élégamment remercié par Jacques Toubon arrivé rue de Valois je me suis vu offrir le poste de directeur de l'Institut français de Barcelone. Quatre ans après, le ministère des affaires étrangères a jugé mes compétences insuffisamment diplomatiques. En conséquence, à partir de 1999, j'ai dirigé la DRAC Centre à Orléans. Remercié par la Droite,. j'ai ensuite crée l'un des premiers EPCC, ARCADI en Île-de-France. Remercié par la Gauche je suis devenu DAC de la ville de BONDY (93). Aujourd'hui consultant. Membre de l'Institut de coopération pour la culture et correspondant du Comité d'histoire du MCC où j'ai contribué à la conception de séminaires et de journées d'études.

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