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12 avril 2017 3 12 /04 /avril /2017 08:35

La maîtrise du temps, liée à des logiques économiques et libérales, a imprégné le champ artistique et culturel, asservissant le travail culturel et artistique à des temps non-artistiques. Qu’il s’agisse de l’action culturelle passée de la longue durée à la courte durée ; de l’émergence qui n’offre qu’un état de visibilité momentanée pour les artistes ; ou du rapport aux territoires calqué sur le découpage territorial politique, tout est désormais soumis au temps politique. Le temps est l’un des éléments centraux d’infiltration de l’imaginaire et de la pensée de l’art, mais il est aussi un moyen d’asservir les consciences et l’inconscient. Il y a désormais une culpabilité à prendre du temps et les artistes sont soit dans une urgence soit dans une échéance, toujours contraignantes. Après, il n’y a pas eu d’âge d’or non plus… Néanmoins une bascule s’est faite, il s’est produit une incorporation des logiques économiques.

Michel Simonot.

A propos de l'ouvrage de Michel Simonot  La Langue retournée de la culture 

Entretien par Caroline Châtelet | 17 mars 2017

Revue Regards

 


Qu’est-ce que le néolibéralisme et sa "rationalisation" font à la culture et aux politiques culturelles ? Dans un ouvrage concis et clair, le sociologue Michel Simonot analyse des changements qui commencent avec la contamination du langage.

 

Listant et analysant les transformations sémantiques à l’œuvre dans le champ culturel, La Langue retournée de la culture énonce en creux un changement de paradigme. Entre la disparition de certains termes, l’évolution d’autres, la substitution d’un mot par un autre, c’est à une absence totale de pensée des politiques de l’art et de la culture, au profit de la mise en œuvre de logiques managériales, qui s’énonce. Une contamination par le néolibéralisme qui produit, selon le mot de Michel Simonot, un « retournement de la langue » et la naturalisation d’une idéologie. Rencontre avec Michel Simonot
 

* * *

Regards. Qu’est-ce qui, en tant que sociologue et auteur dramatique, vous a amené à ce projet de livre ?

Michel Simonot. 

(…) Je travaille sur l’usage de la langue et des mots dans les domaines des politiques culturelles et du social depuis longtemps. Constatant que nous sommes aujourd’hui arrivés dans le champ de la culture à de tels contresens, à un tel retournement idéologique, je suis revenu à ce projet. Nous avons une histoire politique institutionnelle, et il me semblait important de rappeler d’où viennent les mots, quel est leur origine, leur sens. J’ai choisi les termes en fonction des enjeux politiques, sélectionnant ceux qui sont essentiels dans le contexte actuel.

(…)

© Caroline Châtelet | 17 mars 2017

Lire l'entretien.

 


 

Comme on peut le noter à la lecture du sommaire, le terme de culture se trouve à la fin de ce dictionnaire critique et intempestif. Il en fournit l'envoi. Ni l'art, ni toute autre forme de mise en question un tant soi peu radicale, ne sont solubles dans un sens commun, dans un récit national ou communautaire. Délibération, confrontation, conflits... il faut sans cesse  redonner sens aux mots de la tribu démocratique.

¤

Michel Simonot écrit :

«  (…) le politique est dans la quête obsessionnelle d'une culture et d'un art (et surtout d'artistes) qui -outre la politique sécuritaire- résoudraient le problème des différences, des affrontements, qu'il ne parvient pas lui-même à gérer »

(...)

(...)


 

¤

A SUIVRE, cela va de soi...

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8 mars 2017 3 08 /03 /mars /2017 09:45

Arcadi_36

UNE ARCHIVE...

Je fouille, je range, je classe... ces dernières semaines, comme vous, j'ai compris de nouveau que le pire n'est pas toujours certain. Mais quand même!

Grosse fatigue !

J'essaie de mettre de l'ordre, à défaut de pouvoir le faire dans mes idées, au moins dans mes archives... et je retrouve cette chronique de Jacques Bertin, (Policultures, septembre 2006), déjà signalée ici.

Mais comme je suis loin d'avoir son talent, je fais tourner de nouveau.

 

« Oui, il faut mettre "l'artiste au cœur de la cité". Et traiter comme il le mérite le salaud qui dans l'assistance a glissé qu'on ferait bien, aussi, de mettre la cité au coeur de l'artiste. C'est la porte ouverte à la censure et la tyrannie. Je serre la main de l'adjoint au maire, et je me casse »

Jacques Bertin, « Tous marranes », Policultures, n° 109, septembre 2006.

Jacques Bertin écrivait et ça n'a pas pris une ride :

« C'est décidé : je serai un marrane.

Un marrane ?

Les marranes étaient des Juifs espagnols et portugais qui, convertis de force au XVe siècle, continuèrent secrètement à pratiquer leur religion. Ils étaient catholiques dans la rue, à l'église ; chez eux, ils redevenaient libres.

Et donc, pauvres amis, mes chers amis, voilà la nouvelle, triste et gaie, que je vous annonce : ne pouvant plus, dans la société d'aujourd'hui, dire mes opinions simplement, justes ou erronées, astucieuses ou solennelles, étant épuisé de faire lever au premier mot le sourcil dur et le regard tueur, reculant devant la suspicion quotidienne d'être dans quelque dérive fascisante, ne trouvant plus l'écho de mes idées dans les médias qui furent quarante ans miens, j'ai décidé d'assumer pleinement ce silence obligé : je serai un marrane.

Pauvres idées… Elles finissent par n'avoir plus droit de cité qu'en moi. Ma tête est un pays où je circule seul. J'y suis libre, tant que je me tiens à l'écart des villes, des médias, de ce qu'il faut en penser

(...)

Il y a pire. Je crois dans le peuple. Son intelligence, son courage, sa dignité. Le peuple en général, et le français, en particulier. Je déteste les élites actuelles. Là, je sens bien votre interrogation angoissée : cet homme est-il - ayant gardé son secret quarante ans - un Nazi ? Oh, je suis seulement très fatigué. Si je parle de morale, on m'accuse de puritanisme ; si, quoique non-croyant, je défends l'Eglise catholique, me voilà un croisé au siège de Béziers ; si je corrige une bêtise sur les gentils Indiens écologistes, je suis un massacreur à Wounded Knee ; mon attachement à la laïcité me fait anti-arabe ; ma critique du gouvernement algérien m'enrôle à l'OAS ; si j'explique à un jeune que Le Pen n'est pas un fasciste, c'est que je le suis moi-même ; si je dis que toutes les cultures, non, ne se valent pas ; si je dis qu'on ne doit pas juger les sociétés passées, sous peine d'être un clown intellectuel ; si… si… si…

Et je m'adresse aujourd'hui à tous ceux qui partagent ma lassitude. Tous des marranes, mes amis ! Nous nous reconnaîtrons par l'obséquiosité exagérée avec laquelle nous approuverons ce qui se dit, ce qu'on en pense et ce qu'il faut en dire. Oui, ceux qui critiquent les élites sont des poujadistes ! Oui, les faux poètes émargeant au CNL sont des authentiques poètes, et la novation est sacrée. Oui, Untel est un authentique rebelle (révolté par l'injustice). Sa remise en question du ministère, dans sa dernière œuvre, montre combien est radicale sa rupture. Le ministre a bien fait de le décorer et d'augmenter sa subvention. Oui, il faut mettre "l'artiste au cœur de la cité". Et traiter comme il le mérite le salaud qui dans l'assistance a glissé qu'on ferait bien, aussi, de mettre la cité au cœur de l'artiste. C'est la porte ouverte à la censure et la tyrannie. Je serre la main de l'adjoint au maire, et je me casse".

(…)

Lire la chronique de Jacques Bertin.


 

 


 

 

 

 

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1 février 2017 3 01 /02 /février /2017 10:05

 

 

 

 

 

 

 

Au printemps 1992, au moment où je participais à ce collectif et figurais parmi les premiers signataires de l'appel ci-dessous, Emmanuel Macron avait tout juste 15 ans, Benoît Hamon, 25 ans était assistant parlementaire d'un député PS avant de devenir président du Mouvement des Jeunes Socialistes et Jean-Luc Mélanchon était déjà sénateur PS du département de l'Essonne, après avoir été auparavant comme Lionel Jospin, Jean-Christophe Cambadélis et quelques autres, militant de l'OCI (groupe trotskiste lambertiste).

¤

A l'usage des jeunes générations, ce qui constitue, on le sait, l'une des vocations essentielles de ce blog, je publie donc ce texte en laissant à chacun le soin de mesurer sur quels points il aurait pu prendre des rides.

¤

L'urgence absolue, c'est de lancer le débat d'idées, sous peine de renoncer à tout espoir de redonner une crédibilité politique à la gauche et de transformer la défaite électorale en déroute.
La gauche refondée sera morale ou ne sera ps. Les citoyens n'accepteront de se réconcilier avec la politique que si l'éthique et la raison en forment les valeurs indépassables.
La gauche existe, inventons là. Travaillions à une utopie moderne et modeste , qui n'oppose plus l'individu et la société, mais esquisse un devenir : rendre possible, d'un même geste, plus d'individu et plus de société.

Gauche, fin et suite. 1992

¤

Nota Bene : La mention manuscrite (stylo plume, encre bleue), avait pour auteur l'actuel directeur de l'Institut du Monde Arabe.

¤

Télécharger l'appel Gauche, fin et suite.

Pour celles ou ceux qui ont encore un peu de loisir, une certaine curiosité pour le passé -même récent- et le goût du débat d'idées, la version longue (29 pages plus la liste des signataires).

Sommaire

¤

 

Télécharger Gauche, fin et suite, l'argumentaire.

 

¤

Gauche, fin et suite, première partie

Gauche, fin et suite, deuxième partie.

Gauche, fin et suite, troisième partie

Signataires manifeste Gauche, fin et suite, mai-juin 1992

 

 

 

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5 décembre 2016 1 05 /12 /décembre /2016 17:36

J'ai commencé à rendre compte, ici même, du colloque Les droits culturels sont dans la loi... et après ?  organisé par les sénatrices Marie Blandin et Sylvie Robert le lundi 14 novembre dernier

Elles viennent de communiquer à ce sujet :

Nous souhaitons vivement que ce colloque ne soit qu'une première étape  dans la réflexion pour une mise en oeuvre concrète des droits culturels  aujourd'hui consacrés par la loi ; qu'ils deviennent réalité, grâce à la  volonté, à la créativité de toutes celles et de tous ceux qui croient en  leur pouvoir de transformation.

 

Vous trouverez le colloque dans son intégralité sur les liens suivants :


http://sylvie-robert.fr/colloque-droits-culturels-loi-apres/ 

http://www.dailymotion.com/mcblandin.

 

Je m'autorise à en publier un extrait, la communication d’Emmanuel Wallon qui analyse pourquoi et comment, au delà de des mots et des phrases, la route est encore longue...

 

Pour éviter (ou tenter de le faire) toute interprétation erronée de cette assez claire mise au point, il importe de rappeler que le sociologue fut signataire en févier 2015 de l'appel Qui a peur des droits culturels ? publié par le quotidien L'Humanité (-fondé par Jean Jaurès- je dis ça, je dis rien... ), en compagnie de Marie-Christine Blandin, Robin Renucci, Jack Ralite, Catherine Tasca, Sylvie Robert, Brigitte Gonthier-Maurin, Barbara Pompili, Florian Salazar-Martin, Jean-Michel Lucas, Jean-Pierre Saez, Valérie de Saint-Do, Nicolas Roméas 
et Jean-Michel Le Boulanger.

Malgré les nombreux engagements internationaux ratifiés par la France en faveur des droits culturels (déclaration de l’Unesco sur la diversité culturelle, convention Unesco sur le patrimoine immatériel ou même la Déclaration universelle des droits de l’homme) qui les portent comme des « droits indispensables à la dignité et au libre développement de la personnalité », l’Assemblée nationale menace une disposition introduite par le Sénat dans le cadre du projet de loi portant nouvelle organisation territoriale de la République (dite loi « Notre »). Nombre d’acteurs culturels impliqués sur le terrain, auprès des publics dits « empêchés », dans des secteurs géographiques peu favorisés, ou encore dans de vraies actions de démocratie culturelle, sont dans l’incompréhension. Cet amendement du Sénat, très attentif aux territoires, proposait d’inscrire les droits culturels comme principes fondamentaux pour des politiques partagées entre l’État et les collectivités territoriales. Il est passé sous les fourches caudines des commissions de l’Assemblée. La reconnaissance des droits culturels a pour unique ambition de placer les publics, dans leur ensemble, au cœur des politiques culturelles, et ce, sur l’ensemble de nos territoires, qu’ils soient urbains, ruraux ou périphériques. La lecture des débats des députés en commission révèle des frilosités injustifiées et une vraie méconnaissance de ce que sont ces « droits culturels ». Certains ont craint un nouveau droit opposable, à l’heure de budgets en tension. L’idée d’opposabilité n’est pas vraiment dans le référentiel des droits humains, surtout sur le volet des droits culturels. D’ailleurs, tous ces textes se donnent pour des références éthiques, ouvrant sur les discussions publiques et des compromis entre forces aux intérêts divergents : la personne « doit pouvoir », disent l’article 5 de la déclaration universelle de l’Unesco sur la diversité culturelle, en citant les articles 13 et 15 du pacte 
international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, et l’article 27 de la Déclaration universelle des droits de l’homme. D’autres ont mis en perspective un risque pour la liberté de programmation, au motif que certains activistes censeurs se seraient revendiqués des droits culturels. Ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain. Quand des leaders extrémistes emploient et dévoient le mot démocratie, ce sont eux que nous combattons, pas la démocratie. Les droits culturels, loin de porter atteinte à la liberté des créateurs et des diffuseurs, ancrent dans le quotidien de l’action publique un travail collectif sur le sens : liberté d’expression, épanouissement et émancipation de chacun. Les droits culturels sont les droits de chacun, à être reconnu dans son égale dignité, au travers de politiques inclusives, co-construites et attentives. Ces principes sont un guide pour faire humanité ensemble, et utiliser au mieux l’argent public. Non, la culture n’est pas un arrangement étroit et bourgeois entre personnes bien-pensantes, financeurs et financés. Les droits culturels embrassent des pratiques et des œuvres d’une grande diversité, ils vont de l’éducation artistique au café sciences, des fanfares à Bertolt Brecht, du lyrique aux musées, de l’éducation populaire à la Fondation Louis-Vuitton, du slam à la photographie, du fest-noz à la calligraphie, du Mucem à une lecture de contes dans la salle des fêtes d’un village de Savoie… Rien n’est encore perdu, l’espoir réside désormais dans le vote des députés qui ont la possibilité, comme le gouvernement, de réintroduire cette disposition. Ce signe humaniste honorerait notre pays et serait une digne réponse face aux extrémismes, replis communautaristes et toutes tentatives de nier les autres en assimilant diversité et risque.


 

Comme je l'ai déjà fait ici même , je ne m'interdis pas de revenir sur certains aspects de la scénographie de cette journée sénatoriale...


 

 

 

 

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17 novembre 2016 4 17 /11 /novembre /2016 11:33

 

 

 

 

 

 

 

 

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Sous le beau titre Les droits culturels sont dans la loi... et après ?, les sénatrices Marie Blandin et Sylvie Robert ont organisé ce lundi 14 novembre un colloque de haute tenue suivi par un public fourni..

​​​​​​​J’ai tout bien écouté, comme il faut... je crois.

Les happy few qui me suivent sur les réseaux sociaux ont eu droit à trois post successifs :

 

-un-

Sénat, colloque sur les Droits culturels. 
Je dis ça, je dis rien mais ça serait peut-être bien de repolitiser et re-historiciser l'inscription de ces droits dans les instances internationales, l'Etat de droit et la République française :


1. les génocides et l'émergence de la notion de crime contre l'humanité.
2. la critique du totalitarisme
3. la décolonisation
4. l'affaiblissement des idéaux comme la laïcité et l'éducation populaire.


Je dis rien.

-deux-

Sénat. Colloque sur les Droits culturels. Excellente observation d'une élue de Lyon : les droits des personnes de participer à la vie culturelle s'arrêtent là où commence l'urbanisme.

-trois-

Sénat, Droits culturels. Emmanuel Wallon propose d'ajouter un codicille à la Déclaration de Fribourg : le droit de laisser ouverte l'interprétation du sens de la notion de Droits culturels.


 

L'intervention du sociologue fut particulièrement pertinente (comme à l'accoutumée) et j'y reviendrai (comme je reviendrai sur la question de l'urbanisme)

En attendant, il est urgent de lire Les enfants de Cassandre, le très beau texte qu'il vient de publier à propos de l'aventure de la revue Casssandre/Horschamp.

 

Une synthèse de cette journée de réflexion au Sénat devrait voir le jour nous promettent les sénatrices qui se sont démenées pour la cause des droits culturels.

En attendant, le président de la commission culture de l'Assemblée nationale, le député parisien Patrick Bloche (très enthousiaste partisan de l'inscription de la référence aux droits culturels dans la loi NOTRe... on s'en souvient) a tiré le premier et publié le texte de son intervention en fin de colloque sur son blog.

Citation :

L’intitulé de cette dernière table ronde pose la question de l’avenir des droits culturels : il n’est bien entendu pas question de s’en tenir là et de nous reposer sur nos lauriers.

La politique est un art, je vous dit.


 

 

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10 novembre 2016 4 10 /11 /novembre /2016 11:26

Vous vous demandez peut-être à quoi sert le Ministère de la culture et de la communication ?

C’est assurément une bonne question.

Deux éléments de réponse recueillis ce jour, sur le Bulletin officiel des marchés publics (BOAMP) d’une part, et (grâce à François Deschamps via FB) sur La Gazette des communes, d’autre part.

-UN-

Étude relative au développement d'équipements touristiques marchands au sein des sites patrimoniaux en France.

L’essentiel du marché

Nom et adresse officiels de l'organisme acheteur :

Ministère économie finances industrie

Objet du marché :

réalisation d'une étude de faisabilité relative au développement d'équipements touristiques marchands au sein des sites patrimoniaux en France.

Lieu d'exécution des travaux, de livraison fournitures ou de prestation des services :

France métropolitaine

Caractéristiques principales :

Marché d'étude à prix forfaitaire passé par un groupement de commande constitué du ministère de l'économie et des finances représenté par la direction générale des entreprises (DGE), du ministère de la culture et de la communication représenté par la direction générale des patrimoines (DG patrimoines) et de la Caisse des dépôts et consignations (CDC)

Date limite de réception des offres :

01/12/2016 à 00h00

Délai minimum de validité des offres :

90 jours

Critères d'attribution :

Offre économiquement la plus avantageuse appréciée en fonction des critères énoncés dans le cahier des charges (règlement de la consultation, lettre d'invitation ou document descriptif).

Références complètes :

 

Avis n°16-161787

- DEUX-

Les éditeurs mettent la pression sur les collectivités.

© La Gazettte des communes. Par 

 

De semaine en semaine, les responsables d’équipements de lecture publique sont de plus en plus nombreux à voir arriver sur leur bureau des courriers transmis par le DG de leur collectivité. Ces lettres émanent de la Société civile des éditeurs de langue française(SCELF).

Cette société de perception et de répartition des droits d’auteurs représente quelque 300 éditeurs. Elle est mandatée par ces derniers pour percevoir les droits d’auteurs générés les adaptations des œuvres.
Or, tout au long de l’année, les bibliothèques organisent des animations littéraires, des « lectures publiques » d’extraits ou d’œuvres intégrales.

Sollicitée par ses adhérents, l’Association des bibliothécaires de France (ABF) doit rencontrer les représentants de la SCELF le 14 novembre 2016. « Dans un contexte de baisse budgétaire, nous défendrons les bibliothèques comme lieu de promotion et d’accès à la lecture, plaide Xavier Galaup, président de l’ABF. Une éventuelle taxation risquerait de se faire au détriment des animations en bibliothèque. Nous espérons avoir une marge de discussion. Car, des acquisitions d’ouvrages aux animations, les bibliothèques contribuent pleinement à promouvoir la littérature et l’édition. » De son côté, la SCELF, à ce stade, n’a pas souhaité expliquer sa démarche à la Gazette.

Les bibliothèques ne sont pas les premières à qui la SCELF demande le versement de droits d’auteurs. Théâtres, radios, télévisions y sont déjà soumis de longue date. « La grande différence, c’est que les bibliothèques ne font pas payer l’accès aux animations qui proposent des lectures publiques, fait valoir Xavier Galaup. Elles ne sont pas des structures qui réalisent des bénéfices à l’occasion de manifestations culturelles. » Pour l’heure, la balle est donc dans le camp de la SCELF.

 

Voila.

Soyons raisonnables, le Ministère fait bien d’autres choses passionnantes.

Vous pouvez néanmoins accéder ci-dessous aux commentaires !!!

 

 

 

 

 

 

 

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21 octobre 2016 5 21 /10 /octobre /2016 08:50

Quelques références pour faire suite à ma dernière note Monde de la culture et barbarie du management.

 

« J’ai essayé de passer ma vie à comprendre pourquoi la haute culture n’a pas pu enrayer la barbarie, pourquoi elle en a été souvent l’alliée, le décor, le chœur au sens du chœur d’une tragédie grecque. »

Ce qui me hante, entretien avec G. Steiner,

Antoine Spire, Editions Bord de l’eau, 1999.George Steiner

Lorsque la culture ne remplit plus sa mission anthropologique de donner du sens et d'inscrire dans l'histoire l'existence singulière autant que collective, qu'elle ne permet plus d'imaginer, il suffit d'une vague de désespérance sociale pour que les opinions les plus folles, la force la plus inhumaine, la folie la plus barbare viennent suppléer au manque de penser.

ADELHAUSER, GORI, SAURET

La folie évaluation. Les nouvelles fabrique de la servitude. Ed. Mille et une nuits, 2001


 

Façonner la sensibilité et l’intellect entraîne naturellement l’individu et, par conséquent, la société dans laquelle il s’insère, à adopter une conduite rationnelle et bénéfique. Qu’il revienne à l’éducation d’assurer le progrès moral et politique, tel était bien le dogme laïc : l’instruction publique par l’entremise des lycées, bibliothèques municipales et cours du soir se substituait aux illuminations intérieures, aux élans vers la perfection morale, jusque là sanctionnés, pour une poignée d’élus, par la religion. .... Là ou fleurissait la culture, la barbarie était par définition un cauchemar du passé.

(…)

Nous savons maintenant qu’il n’en était pas ainsi… Nous comprenons maintenant que les sommets de l’hystérie collective et de la sauvagerie peuvent aller de pair avec le maintien et même le renforcement des institutions, de l’appareil et de l’éthique de la haute culture. En d’autres termes, les bibliothèques, musées, théâtres universités et centres de recherche, qui perpétuent la vie des humanités et de la science, peuvent très bien prospérer à l’ombre des camps de concentration …. Nous savons aussi – et cette fois-ci les preuves sont solides, bien que la raison s’obstine à les ignorer - que des qualités évidentes de finesse littéraire et de sens esthétique peuvent voisiner chez le même individu, avec des attitudes barbares, délibérément sadiques. Des hommes comme Hans Franck, qui avait la haute main sur la « solution finale » en Europe de l’Est, étaient des connaisseurs exigeants, et parfois même de bons interprètes, de Bach et Mozart. On compte parmi les ronds de cuir de la torture ou de la chambre à gaz des admirateurs de Goethe ou des amoureux de Rilke.

 

Georges Steiner Le Chateau de Barbe bleue

Cité par Jean-Michel Lucas dans Réponse à l’article de Michel Guérin On ne cultive que les riches

"Deux types de barbarie coexistent et parfois se combattent. Le premier est cette barbarie de masse aujourd’hui de Daech, hier du nazisme, du stalinisme ou du maoïsme. Cette barbarie, récurrente dans l’histoire, renaît à chaque conflit, et chaque conflit la fait renaître. On s’en offusque en 2016 en découvrant les images ou les témoignages dans l’État islamique, mais les millions de morts des camps nazis, des goulags soviétiques, de la révolution culturelle chinoise comme du génocide perpétré par les Khmers rouges rappellent, s’il en était besoin, que l’abomination barbare n’est pas propre au XXIe siècle ni à l’Islam ! Ce qui distingue la première des quatre autres qui l’ont précédée dans l’histoire, c’est simplement la racine du fanatisme religieux.

Le second type de barbarie, de plus en plus hégémonique dans la civilisation contemporaine, est celui du calcul et du chiffre. Non seulement tout est calcul et chiffre (profit, bénéfices, PIB, croissance, chômage, sondages…), non seulement même les volets humains de la société sont calcul et chiffre, mais désormais tout ce qui est économie est circonscrit au calcul et au chiffre. Au point que tous les maux de la société semblent avoir pour origine l’économique, comme c’est la conviction du ministre de l’Économie Emmanuel Macron. Cette vision unilatérale et réductrice favorise la tyrannie du profit, de la spéculation internationale, de la concurrence sauvage. Au nom de la compétitivité, tous les coups sont permis et même encouragés ou exigés, jusqu’à instaurer des organisations du travail déshumanisantes comme en atteste le phénomène exponentiel de burn-out. Déshumanisantes, mais aussi contre efficientes à l’heure où la rentabilité des entreprises est davantage conditionnée à la qualité de l’immatériel (coopération, prise d’initiatives, sens de la responsabilité, créativité, hybridation des services et des métiers, intégration, management, etc.) qu’à la quantité du matériel (ratios financiers, fonds propres, cours de bourse, etc.). Ainsi la compétitivité est sa propre ennemie. Cette situation est liée au refus d’aborder les réalités du monde, de la société, et de l’individu dans leur complexité".

Edgar Morin : « Le temps est venu de changer de civilisation »

© : Denis Lafay | La Tribune

 

Il serait vain de se détourner du passé pour ne penser qu’à l’avenir. C’est une illusion dangereuse de croire qu’il y ait même là une possibilité. L’opposition entre l’avenir et le passé est absurde. L’avenir ne nous apporte rien, ne nous donne rien ; c’est nous qui pour le construire devons tout lui donner, lui donner notre vie elle-même. Mais pour donner il faut posséder, et nous ne possédons d’autre vie, d’autre sève, que les trésors hérités du passé et digérés, assimilés, recréés par nous. De tous les besoins de l’âme humaine, il n’y en a pas de plus vital que le passé.

 L’amour du passé n’a rien à voir avec une orientation politique réactionnaire. Comme toutes les activités humaines, la révolution puise toute sa sève dans une tradition. Marx l’a si bien senti qu’il a tenu à faire remonter cette tradition aux âges les plus lointains en faisant de la lutte des classes l’unique principe d’explication historique. Au début de ce siècle encore, peu de choses en Europe étaient plus près du Moyen Âge que le syndicalisme français, unique reflet chez nous de l’esprit des corporations. Les faibles restes de ce syndicalisme sont au nombre des étincelles sur lesquelles il est le plus urgent de souffler.

 

Depuis plusieurs siècles, les hommes de race blanche ont détruit du passé partout, stupidement, aveuglément, chez eux et hors de chez eux. Si à certains égards il y a eu néanmoins progrès véritable au cours de cette période, ce n’est pas à cause de cette rage, mais malgré elle, sous l’impulsion du peu de passé demeuré vivant.

Le passé détruit ne revient jamais plus. La destruction du passé est peut-être le plus grand crime. Aujourd’hui, la conservation du peu qui reste devrait devenir presque une idée fixe. Il faut arrêter le déracinement terrible que produisent toujours les méthodes coloniales des Européens, même sous leurs formes les moins cruelles. 


Simone WeilL’Enracinement (1943)

 

La globalisation est une transformation dont il serait absurde de méconnaître l’importance. Il ne serait pas moins absurde de croire qu’elle va imposer un modèle unique. Tout au contraire, à travers les confrontations qu’elle rend possibles, à travers les nouveaux rapports de force qu’elle rend visibles, elle produit un autre répertoire de différences. À cet égard, le problème me paraît moins être celui de sauvegarder ces différences comme traces du passé, que de comprendre ce que les protagonistes, anciens et nouveaux, vont faire d’elles.
Mais cela suppose peut-être que nous – j’entends : les sociétés occidentales, qui se sont longtemps réservé le privilège du déchiffrement et de l’interprétation de l’histoire – commencions par reconnaître que ce privilège est désormais partagé. La prophétie d’une catastrophe civilisationnelle, que l’on entend parfois annoncer, pourrait bien n’être qu’une manière de dire que nous ne sommes plus les seuls maîtres du jeu. Il y a là un réajustement qui est sans nul doute difficile mais qui pourrait, à terme, être salutaire – et qui, de toute façon, ne nous laisse guère de choix. C’est sans doute de là qu’il faut repartir.

Jacques REVEL

Extrait de Le passé est devenu une valeur refuge

 

Conversation avec Jacques Revel, Historien par Caroline Gaudriault © Zig-Zag Blog.com

 

 

Voir aussi, sur La Cité des sens, Le spectacle de la tragédie et la violence de l'histoire.

 

 

 

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Il lui a été attribué un numéro international normalisé

ISSN : 2270-3586

Type : document électronique, publication en série
Auteur(s) : Pompougnac, Jean-Claude (1946-.... ). Auteur du texte
Titre clé : La Cité des sens

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19 octobre 2016 3 19 /10 /octobre /2016 08:50

Traiter de manière séparée ce qui relèverait d'un « secteur culturel » et les soubresauts violents de la réalité sociale relève d'une sorte d'aveuglement.

 

Il y a quelque chose de moins en moins supportable dans l’entre soi qu'ont fini par produire plusieurs décennies de développement des productions artistiques et des politiques culturelles (au demeurant, forts estimables en soi). Au fil du temps, on aboutit à cette « évidence » qu'il y a un secteur de « la culture », un « monde de la culture ».

L'évidence produit l'aveuglement dès lors que l'on traite de manière séparée la chose artistique ou les question dites « culturelles », à l'écart des tourments du social et de la violence faite aux groupes et au personnes. Elle facilité l'oubli ( massif ou momentané) du fait que que nous vivons l’époque étrange d’une culture qui veut en finir avec l’humanité.

L'expression n'émane pas d'un penseur labellisé du contemporain, ni d'un indigné illustre ou médiatique mais d'un historien du droit et psychanalyste, cité par un psychologue exerçant au sein de l’Association Handicap Recherche et Santé mentale de Lyon (ARMH).

Au sein d’un environnement hospitalier contraint où les professionnels doivent faire plus avec moins de moyens, le management se place comme l’arme relationnelle de la gestion. Et à travers lui, l’efficience est une règle de bonne gestion désormais incontournable. Dans ce contexte, l’humain est mis à mal, dépouillé petit à petit de sa capacité de réflexion ainsi que de son langage.

Penser un hôpital comme une entreprise qui doit être rentable, est, à mon sens, d’une stupidité sans nom. Mais c’est bien dans la lignée néolibérale pour laquelle toute activité humaine doit répondre à une logique de marché. Et quand on a décidé de répondre favorablement à une telle injonction, quand on fait trop vite allégeance au système, on décide dans le même temps, qu’on le veuille ou non, de dégrader la qualité des soins.

Le management comme arme  relationnelle de la gestion.

Ça existe déjà d’ailleurs, comme le relève un cadre supérieur de santé, Christophe Pacific, par ailleurs docteur en philosophie, dans un texte qui s’appelle Du mépris rentable au management durable au travers de ce qui s’appelle les procédures dégradées, quand on ne remplace pas l’absentéisme de courte durée. Ce qui représente somme toute un moindre mal. Mais le risque serait de penser ce moindre mal comme un bien en soi et de s’habituer à ce moindre mal comme seul remède.

Et dans le petit monde du soin, à l’hôpital, les contraintes managériales ne se laissent pas réinterroger, sous peine d’être vécu tel un renégat (ne pas coller à l’esprit d’entreprise, ne pas être loyal !) et ces contraintes ininterrogeables s’immiscent dans le soin par le biais de la gestion, et de son bras armé : le management.

Quel lien entre les deux ? J’emprunte à Étienne Rodin (sociologue, consultant pour les entreprises) ce passage de son excellent livre L’horreur managériale, un passage assez éclairant : La gestion, … trop économique, manque d’humanité. Autrement dit : elle ne s’attaque pas assez à l’humain… Le management est l’arme relationnelle de la gestion. Si la gestion est trop strictement économique et objective, le management lui sert de relais émotionnel et subjectif. Le management instille les impératifs gestionnaires dans la sphère cognitive, il facilite leur intériorisation. Ainsi fleurissent les coachs en tous genres, symptômes et agents de cette pénétration psychologique. Dès lors, le management prend possession des fors intérieurs afin de les orienter vers l’impératif de travail et de productivité, double impératif auquel ils doivent consentir pour mieux être enrôlés.

Ce qui pousse des humains à mépriser l’humanité

Curieusement, quand Rodin nous dit que la gestion ne s’attaque pas assez à l’humain, il rejoint là ce que dit d’une autre façon Pierre Legendre : Nous vivons l’époque étrange d’une culture qui veut en finir avec l’humanité. Ce qui devrait peut-être nous interroger, nous qui travaillons avec des humains et qui, théoriquement, faisons œuvre d’humanité ! Nous pourrions utilement nous demander ce qui pousse des humains à mépriser l’humanité, ce qui, dans un autre champ, pousse des médecins à participer à la destruction de l’hôpital public ou participant au service public ?

(...)

Mais le management au fait, qu’est-ce que c’est ? (...)

© Francis Dumont Psychologue ARHM Lyonfrancis.dumont@arhm.fr

Lire la suite sur le site Infirmiers.com

 

J'invite à lire cette analyse dans son entier en considérant l’hôpital évoqué ici comme un cas particulier du monde du travail et des entreprises en général.

Et j'invite aussi à la rapprocher de ce texte fort éclairant que citait Jack Ralite, lors d'un colloque, à Metz, en novembre 2011


 

Car cet activiste désœuvré embusqué en chacun de nous n’a jamais dit son dernier mot. Pour se défendre il se durcit et se ramasse. Il s’insensibilise. Pour oublier, il s’oublie. Diminué, il « fait le mort ». Et, à cet instant, l'œuvre d’art ne lui parle plus. Elle parle seule. Car l’œuvre d‘art n’a pas d’adresse chez le désœuvré.

Yves CLOT

 

Le travail contre la culture ?

Yves Clot,

Titulaire de la Chaire de psychologie du travail du CNAM.

 

Il faut remettre la France au travail. L’argument est à la mode. Et, sur les tribunes, l’approximation n’effraie pas. Efficacité et intensification du travail seraient purement et simplement la même chose. Pourtant, dans la réalité professionnelle, la course aux chiffres mine l’intelligence du but à atteindre, l’ingéniosité et la qualité de l’acte. La tyrannie du court terme laisse les femmes et les hommes aux prises avec un compactage du temps qui use le corps et l’esprit parfois jusqu’à la rupture. L’obsession des résultats et le fétichisme du produit imposent la démesure d'un engagement sans horizon. Travaillez plus : expirez, inspirez. Du rythme! Le travail est fait pour travailler! On respire dehors !

Et pourtant, sous le masque d‘une mobilisation de tous les instants, une immobilisation. psychique insidieuse fait son nid. D’un côté s’avance une sorte d’ «externalisation de la respiration», figure moderne du travail « en apnée ». Mais, de l’autre, cette sur-activité ressemble de plus en plus à un engourdissement. Le travail est malade, enflammé et éteint à la fois. Gâté par le manque d air, il essouffle ceux qui travaillent sans reposer les autres, ceux qui sont livrés à la respiration artificielle des appareils du chômage de masse. De grâce, ne mettons pas ce type de travail au centre de la société. Il y est déjà trop.

L‘efficacité du travail est pourtant tout le contraire de cette intensification factice. Car, au fond, travailler — on le sait, on le sent — c’est aussi le loisir de penser et de repenser ce qu’on fait. C’est le temps qu’on perd pour en gagner, l’imagination de ce qu’on aurait pu faire et de ce qu’il faudra refaire. La source insoupçonnée du temps libre se trouve là. Dans l'interruption de l'action, là où l'action bute sur ses limites, dans la disponibilité conquise au travers du résultat, par—delà le déjà fait et au—delà du déjà dit. Le temps libre c‘est d'abord la liberté qu’on prend de ruminer son acte, de le jauger, même et surtout différemment de son collègue, avec son collègue, contre son chef, avec son chef. La possibilité gardée intacte de s’étonner; la curiosité nourrie par l’échange au sein de collectifs humains dignes de ce nom, branchés sur le réel qui tient si bien tête aux idées reçues ; où la pensée circule pour progresser. C’est le loisir de déchiffrer et pas seulement le devoir de chiffrer. Si la France doit se remettre au travail que ce soit plutôt celui—là.

Voilà qui prend sans doute à contre—pied "l'homme nouveau" du néo-stakhanovisme montant. Mais il faut choisir. Car le loisir de penser au travail ne « s’externalise » pas sans risque. Quand l’activité professionnelle manque d’inspiration, elle finit par empoisonner la vie entière. Elle a le bras long. Ce qui s’y trouve refoulé intoxique les autres domaines de l’existence. Alors, le « temps libre » vire au temps mort qu’on cherche à remplir à tout prix. Et même sans penser.

Qui n’a pas connu ce désœuvrement? Dangereux pour les destinées de la création artistique, il s’enracine au travail. Quand l’activité ordinaire se trouve systématiquement contrariée, ravalée et finalement désaffectée, la vie au travail, d’abord impensable, devient indéfendable. Superflue. De trop. Désœuvrée. Le désœuvrement premier se tapit la. La suractivité laisse la vie en jachère. L’effet sur l’âme de ce refroidissement climatique de la vie professionnelle n’est pas à sous-estimer. Ses incidences sur la culture non plus. Car cet activiste désœuvré embusqué en chacun de nous n’a jamais dit son dernier mot. Pour se défendre il se durcit et se ramasse. Il s’insensibilise. Pour oublier, il s’oublie. Diminué, il « fait le mort ». Et, à cet instant, l'œuvre d’art ne lui parle plus. Elle parle seule. Car l’œuvre d‘art n’a pas d’adresse chez le désœuvré.

Lourdes conséquences. Car alors, l’œuvre elle-même, métamorphosée en consommable culturel, n‘est plus qu’un tranquillisant. Elle soulage une vie amputée : anesthésique pour «boxeur manchot». La faute consiste à croire qu’empoisonnée au travail, la vie pourrait être placée sous perfusion culturelle.

Car lorsqu'on assèche le continent du travail de son potentiel créatif on brise les ressorts de sa « demande » à l’égard des artistes. Au mieux, on fabrique le souci de se distraire. Mais le divertissement culturel ne fait pas la voie libre. Il prend souvent l’allure grimaçante d’une passion triste où l’on s’oublie une deuxième fois. Plus grave, il vaccine à tort contre les risques de l’œuvre. Car l’œuvre, au fond, irrite le désœuvré en attisant la vie empêchée qu’il a dû s’employer à éteindre, à tromper comme on trompe sa faim.

Sans destinataire dans le monde du travail, la création artistique est donc en danger. Nous aussi. Elle respire mal et se rouille en marchandises. Elle survit. Mais pour-vivre, il lui faut se mêler à la re-création du travail. De l’air ! C’est une question de santé publique, comme on dit aujourd’hui. . .

 

© Yves Clot, La Croix du 1 1 Mars 2007.

 

Pour aller encore plus loin :

Le harcèlement moral au travail est-il l’expression d’une société malade ?

Un débat enregistré le 4 octobre 2016 (France Culture, Collège des Bernardins).

Marie-France Hirigoyen, psychiatre et psychothérapeute

Christelle Mazza, avocate

Samuel Rouvillois, théologien et philosophe.

Le blog Chantiers de culture.

A propos de ce blog

Animé par une équipe de journalistes et de contributeurs reconnus dans leur domaine, ce blog a pour objectif de mettre en rapport deux thèmes souvent opposés : culture et travail. Or, d’hier à aujourd’hui, le geste au travail recèle une portée ou une dimension culturelles. De la même manière, l’acte culturel, en quelque domaine que ce soit, est le fruit d’un procès de travail.

D’où son ambition à travers analyses, chroniques, dossiers et critiques : élever l’art de la dispute au rang d’outil majeur dans la compréhension et la transformation du monde, donner à voir ce que font et disent hommes et femmes au travail de la plume ou de l’enclume, mettre en perspective et signifier en quoi leur ouvrage est porteur de sens en vue d’une émancipation individuelle et collective. Quels que soient leur rang sur l’échiquier social, leur place dans le domaine de la production ou de la création.

Une manière singulière de donner corps aux propos d’Antonin Artaud, dans « Le théâtre et son double » : « Le plus urgent ne me paraît pas tant de défendre une culture dont l’existence n’a jamais sauvé un homme du souci de mieux vivre et d’avoir faim que d’extraire, de ce qu’on appelle la culture, des idées dont la force vivante est identique à celle de la faim ».

Yonnel Liégeois

 

 

 

 

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21 septembre 2016 3 21 /09 /septembre /2016 08:55

 

Sous le titre N’enfermons pas l’art dans une soi-disant culture populaire , le quotidien Le Monde a publié le 16 septembre dernier une libre opinion de Jean-Marie Hordé, directeur du Théâtre de la Bastille.

Depuis deux décennies au moins, la question essentielle de la culture est la grande absente des discours politiques. Si l’on considère qu’en politique, la parole est un acte, cet envahissant silence devient un acte politique par défaut. Or, s’il en était besoin, notre actualité démontre comment les questions de l’art et de la culture sont au cœur des tragédies qui nous bouleversent et combien elles constituent un enjeu plus important que toutes les considérations économiques.

Cela est d’autant plus grave que les glissements idéologiques vers des positions populistes ou démagogiques qui prétendent qu’une culture « élitaire » aurait pris la place d’une autre, nécessairement plus légitime, dite culture « populaire » semblent rester sans réponse. Déjà, certaines villes s’engouffrent dans le vide et profitent de l’absence d’un vaste discours affichant une réelle volonté politique. Le plus triste est que ce manque de courage trouve des alliés dans des sphères de la société que l’on voudrait plus éclairées : certains médias, et jusqu’à des services du ministère concerné se complaisent volontiers dans cette simplification.

L’échec de la démocratisation culturelle

Depuis des années, on ne cesse de répéter que la politique culturelle de la France est un échec puisque seulement 10 % environ des Français fréquentent les théâtres, objet pourtant d’une importante aide publique. Cette fausse évidence porte un nom : l’échec de la démocratisation culturelle.

L’accès à la totalité de l’article est protégé


En savoir plus

Pour saisir le ressort de l’argumentation de J.M. Hordé, on peut se reporter à la recension, publiée en 2011, de son ouvrage Le Démocratiseur – De quelle médiocrité la démocratisation culturelle est-elle aujourd’hui l’aveu ? (Les Solitaires intempestifs).

Pour Hordé, l’angle mort de la démocratisation tient à ce qu’on cherche moins à rendre "accessible" (Malraux) qu’à rendre "disponible", moins à"populariser" qu’à "saisir le déjà populaire". "L’intimidation" est le slogan anxiogène que le démocratiseur met en avant pour invalider toute action culturelle audacieuse.

Or, pour Hordé, opposé à cette politique de la peur et cette haine des élites, il ne faut pas confondre "une commune possibilité d’accès avec une égalisation de l’usage".

"L’art divise avant de rassembler", souligne-t-il. "Les oeuvres de la culture ne sont pas spontanément unificatrices ; or la nouvelle idéologie du pouvoir s’organise sur le rêve de l’Un. Il prend le nom de populaire."

Le seul échec d’une politique culturelle cohérente est de "renoncer à l’expérience en tant qu’elle peut rater". Pour l’auteur, dont le Théâtre de la Bastille a su séduire un public, à partir d’une exigence et de prises de risque, l’urgence politique pousse à "refonder la nécessité de l’aide publique sur une conception commune de l’enjeu artistique et démocratique". Or, fonder une politique artistique et culturelle sur la demande, "c’est renoncer à un principe fondamental : comprendre que ce qui assemble diffère de ce qui est déjà assemblé".

Ce texte fort et sincère pose un cadre idéologique essentiel. Le problème ici soulevé touche bien à la fonction que l’Etat doit assigner au ministère de la Culture : doit-il rester "le simple ordonnateur de notre commun assentiment" ou un soutien de la création artistique, même la plus risquée, pour qui "le geste de partage qui partage est le véritable indice démocratique" ?

 

© par Jean-Marie Durand, Les Inrocks, Août 2011.

 

A celles et ceux qui trouveraient ces propos ( à commencer par le sempiternel : depuis -indiquer la durée de votre choix- , la question essentielle de la culture est la grande absente des discours politiques) passablement rebattus, La Cité des sens propose d’écouter une autre voix, moins connue, certes, qui s'exprime sur un site déjà évoqué ici : Indisciplines. Savoirs, nature, cultures et alternatives sociales.

 

Celle de Larbi benBelkacem

En vrac. Pas d’ironie svp, je débute.
Un préambule un peu long pour expliquer notre démarche.

Nous sommes une compagnie d’écriture et de danse contemporaine, nous produisons des spectacles et animons des ateliers de médiation culturelle en direction de publics divers.

(…)

Le pire est dans l’aspect culture pour tous : on nous conseille de favoriser l’émergence de cultures les plus diverses possibles, mais en respectant une hiérarchie : les créations d’excellence, pour les lieux d’excellence tels que les théâtres subventionnés, et d’autres, que j’appelle créations de médiocrité, pour les lieux médiocres. Voilà la situation de la culture en France, et ce, depuis l’abandon de l’Éducation Populaire et la création du ministère de la culture.
Nous croyons que la Culture est Une, jamais plurielle. Accepter une hiérarchie, c’est condamner le peuple aux spectacles de qualité inférieure. C’est le but de la culture telle qu’elle a été mise en place par les gouvernements depuis 1960. La Culture est dangereuse pour les pouvoirs, ce sont les artistes qu’on enferme ou qu’on tue dans les dictatures.
Les fractures sociales sont provoquées par les fractures culturelles.

La démocratisation de la culture s’est souvent faite d’une façon telle que les résultats en ont déçus les initiateurs.

Pour la diffusion de la culture, je ne sais que trois voies possibles:
-La première procède de l’imprégnation, par la « naissance ». Pour le bénéficiaire, elle va de soi.
-La seconde, plus commune, nécessite la participation de missionnaires, d’éducateurs.
-La troisième, moins connue, est l’appropriation d’un patrimoine auquel « on » n’a pas droit.

Transmission héréditaire, Distribution, Vol : Trois mécanismes d’acquisition que l’on retrouve dans tous les moyens de diffusion et d’acquisition des biens, qu’ils soient matériels ou non.
La Transmission se révèle avoir un excellent rendement. Les bénéficiaires peuvent en critiquer les modalités, ils en acceptent les avantages.
La Distribution n’a de limites que celles des « missionnaires ». Celles ci sont, hélas, vite atteintes.
Le Vol n’est pas compris, pas étudié. C’est à dessein que j’emploie le mot « vol », car les bénéficiaires s’emploient bien vite à le légaliser, le « blanchir ».

C’est un peu le bordel, mais je demande de l’aide pour corriger, élargir, rétrécir ou annuler les éléments discutables.
Et ils le sont tous.

Lire le post

 

Et aussi celui-ci

Les esthètes.

Ecrit par Larbi benBelkacem, 29 Déc 2015, 26 commentaires

Je hais les esthètes. Je les hais pour ce qu’ils sont. Je les hais surtout pour ce qu’ils font. Je les hais pour avoir kidnappé les mots pour dire. Pour avoir privatisé le chemin qui va de l’émotion aux mots, des mots à l’émotion. Je les hais pour avoir fait en sorte que nul, s’il n’est de la famille, n’osera pas dire simplement, sereinement, qu’il aime ou qu’il n’aime pas. Je les hais pour nous avoir enjôlés par leur grande âme, ouverte à la beauté, à la pure joie, au pur bonheur. Je les hais pour nous avoir engeôlés dans les chromos saint-sulpiciens, saint-sulmerdiens, dans la musique légère ou lourde, dans les guidécares. Je les hais pour nous avoir repoussés là où il n’y a rien à dire. Je les hais pour le rouge de la honte qui nous monte au front quand ils nous pressent de dire nos émotions devant la beauté. Je les hais de nous faire sentir ridicules avec nos petits mots, nos petites phrases. Je les hais pour leurs mots sensibles, pour leurs phrases bien scandées, polies. Je les hais pour avoir séduit et entravé les poètes afin qu’ils n’aient aucune longueur d’avance. Je les hais pour avoir fait une arme des mots. Je les hais pour avoir adopté le jugement de dieu, où le meilleur frappeur a raison, où le plus beau parleur a raison. Je les hais pour le mépris de nous-mêmes dans lequel ils nous ont enfermés. Je les hais pour nous avoir préparés à donner raison au meilleur parleur, au meilleur tribun, au meilleur démagogue. Je les hais parce qu’ils ont toujours balisé le chemin des gourmands de pouvoir, qui savent pouvoir compter sur eux. Je les hais, et ce n’est pas tout, pour avoir décanaillé l’art.

Malfaiteurs, va!

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6 septembre 2016 2 06 /09 /septembre /2016 09:10

Eric Piolle, maire de Grenoble (JDD 2 septembre 2016)

A Grenoble, le maire écologiste Eric Piolle fait face aux critiques après la présentation d'un "plan de sauvegarde des services publics". Le JDD a profité des Journées d’été d’EELV à Lorient, la semaine dernière, pour le rencontrer. 

 

(voir ci-dessous, chapitres précédents).

"(…) Après, la question est de savoir si on décide qu’il y a un budget - celui de la culture par exemple - auquel on ne touche pas. Notre priorité est l'éducation. C’est la moitié de notre plan d’investissement. Et ceux qui me disent que la culture est le barrage contre le vote Front national, je leur dis que la région Nord-Pas-de-Calais avait une politique culturelle extrêmement développée, or le FN a fait 40% (au premier tour des régionales de 2015, NDLR).

Ça veut dire qu’il ne faut plus de politique culturelle?
Ce n’est pas ça. Mais il faut se demander comment on sort d’un modèle de démocratisation de la culture, qui a permis beaucoup de choses, mais qui, petit à petit, nie la culture au sens large. C'est cette réflexion que nous avons. Comment s'adresse-t-on aux jeunes? Nous avons rendu le musée gratuit jusqu’à 26 ans, nous sommes sortis de la logique de statut pour une logique de revenu… Il faut aussi avoir une politique pour que la culture vienne titiller, bousculer, chaque citoyen dans l’espace public et qu’il y ait une réflexion autour de cela. Il y a cette politique d’invention où tout est à définir.

Vous estimez donc qu’un mauvais procès vous est fait?
Non. En partant du diagnostic, qui est partagé je crois, que le modèle  était à bout de souffle, la difficulté est d’inventer et de mettre en pratique un nouveau modèle. Comment on permet l’émergence culturelle, si les budgets n’augmentent pas? Un travail sur les subventions a été fait pendant les deux premières années. Ces montants sont figés et ne baisseront plus à l’avenir. On a redéfini le périmètre de la ville. Grenoble porte la métropole a elle toute seule. Les équipes précédentes étaient passées complètement à côté de la métropolisation pour des raisons de divergences ou d’affichage politiques. A Grenoble, on a raté le train de l’intercommunalité il y a quinze ans".


 

© Anne-Charlotte Dusseaulx - JDD.fr 2 septembre 2016

Rappels.

- UN-

Grenoble, la déception de l’écologie culturelle

Par Joel Pommerat, Dramaturge, metteur en scène. — Libération 2 juin 2016

 

 

Le maire a, en effet, un petit souci avec «le logiciel de pensée Malraux-Lang» (comme il dit) des gens de la culture en général et du monde des arts vivants en particulier, synonyme de politique dispendieuse et élitiste. (…) Voilà ce que je retiens de cette politique qui se vante d’en être une et d’avoir de l’ambition. C’est un cocktail, un bazar, un agglomérat de pièces hétéroclites, foutras idéologiques...
(…) 
Un tout finalement compliqué, contradictoire et paradoxal, mâtiné de suffisance et d’arrogance, de naïveté, à la Bouvard et Pécuchet, qui fait honte à ce parti dont je me sentais un proche et un sympathisant. Une politique culturelle qui a cette particularité de se rapprocher tristement de toutes les politiques en vigueur dans notre pays, celles déjà en action, et celles qui aspirent à prendre le pouvoir.

°

Lire la tribune de Joël Pommerat

°

-DEUX-

La réaction de François Deschamps sur Facebook (qui aurait pu être la mienne...)

°

Waouh !... c'est une charge violente assénée par Joël Pommerat, de passage une semaine à Grenoble, contre la politique culturelle actuelle de la ville. 
Sans vouloir m'insérer ni prendre parti dans une situation locale que je ne connais pas assez, le lecteur que je suis aurait aimé que la situation exposée soit mise en perspective avec le fait que les baisses de dotation de l'État touchent toutes les collectivités, qui doivent s'en dépatouiller (avec des choix qu'elles savent justifier...ou non, là est aussi le problème ; et félicitons bien sûr au passage celles qui décident courageusement de ne pas baisser leur budget culturel, ce qui est, au passage, le cas dans ma collectivité) ; avec aussi, dans le cas grenoblois, la problématique d'un nombre important d'équipements culturels structurants dont la charge est encore portée aujourd'hui par la ville-centre (162 780 hab) et non par la Métropole (450 494 h). 
Qu'il faille faire évoluer le modèle culturel actuel est une chose, c'en est une autre que le fait de ne pas savoir comment s'y prendre, savoir l'expliquer, voire laisser à penser que la solution est de jeter le bébé avec l'eau du bain... En tout cas c'est cela qu'a ressenti Pommerat : il voit bien ce qui est remis en cause, sans rien comprendre à ce qui est proposé et au discours qui l'entoure. Et sûrement un certain nombre de grenoblois sont aussi dans l'expectative.
Comme c'est une "tribune" dans la presse, on peut penser que le trait est peut-être un peu poussé, qu'il y a par exemple une marge entre défendre une place pour les amateurs dans la cité sans pour autant les opposer aux professionnels voire laisser penser que tout le monde est artiste ( il devrait y avoir de la place et des locaux pour tout le monde, leurs besoins respectifs ne sont pas les mêmes et ne sont pas comparables). J'attends avec impatience la réponse qui sera faite (je le souhaite) par les élus de la ville.
Cela faisait longtemps en tout cas qu'il n'y avait plus eu de débat sur les politiques culturelles territoriales dans l'espace public, cet article a le mérite de mettre les pieds dans le plat et de le relancer !

F.D.

-TROIS-

Écho aux paroles de Pommerat : L’art et de la culture dans les politiques publiques.

Sur le blog de Jean Caune qui lui, au contraire, connaît bien Grenoble.

 

La déclaration de Pommerat examine ce qui, dans cet ensemble de décisions, en constitue la  signification profonde. Les mots qu’ils utilisent sont autant de jugements de pensée : populisme, pensée libérale, approximations, fatras idéologiques… Le maire de Grenoble s’étonne de les entendre. Ils avaient pourtant été évoqués lors de la dernière réunion des Chantiers de la culture, organisés par l’adjointe aux cultures en septembre 2015 dans une déclaration d’acteurs culturels ... Ces “chantiers”, morts-nés, faute d’avoir été construits avec les acteurs, témoignaient d’une curieuse conception de la démocratie citoyenne.
(...)
Il y a un populisme de droite qui feint de défendre le peuple contre les élites ; il y a un populisme de gauche qui manie l’invective et prétend parler au nom du peuple et de ses besoins. Il y a maintenant un écologie politique populiste qui distingue et oppose des spectacles élitaires destinés à cultiver l’entre soi des artistes et des intellectuels et des spectacles populaires qui ont pour fonction d’animer l’espace urbain, voyez La fête des Tuiles.

 

Lire la rigoureuse analyse de Jean Caune

 

-QUATRE-

A Grenoble, une culture ni populiste ni libérale

La réponse à la charge de Pommerat par Éric Piolle , Maire de Grenoble et Corinne Bernard , Adjointe aux cultures de Grenoble — Libération12 juin 2016

 

L’enjeu politique est que chacun soit reconnu dans sa dignité et son humanité et puisse exprimer ses pratiques et appartenances culturelles, que la liberté d’expression et de création artistique soit assurée, que des espaces de fabrication et d’échange s’inventent.
L’enjeu politique est aussi de s’atteler ensemble à construire du sens dans une société en profond questionnement. Pour cela, les espaces publics sont indispensables. La culture est un formidable espace public. Pour cela, les artistes sont indispensables.

°

- CINQ -

Perplexité.

Les termes de ce «débat » sont (ou devraient être) complexes.

L'artiste Pommerat est dans son rôle et son argumentation auréolée de la splendeur lumineuse de La chose artistique (1).

Les édiles politiques « alternatifs » qui ont ravi la ville aux sociaux-démocrates du PS semblent vouloir démontrer (sans doute malgré eux) que la recherche d'un nouveau référentiel pour les politiques de la culture et le recours aux grands principes ne suffisent pas à fonder une pragmatique de l'action publique qui fasse effectivement bouger les lignes comme c'est le cas dans d'autres contrées (dont il n'est évidement jamais question dans ce genre de polémique compte tenu de l’excellence du modèle français).

 

(1) 

J'ai tenté d'articuler quelques propositions sur ce que je nomme la chose artistique à savoir la place faite à l’artistique (et aux artistes) dans les discours et les pratiques sociales contemporaines, en m’intéressant aux situations concrètes, simples voire banales que produit l’habitus des acteurs du "monde culturel".

Il s'agissait de décrire cette chose en la libérant de l’aura exorbitante qui l’entoure surtout auprès de tous ceux qui vivent dans son intense et mystique clarté (politiques, fonctionnaires, directeurs d’institutions, journalistes, etc.). Avec le souci d’être profondément superficiel, c'est à dire d’interroger la surface des propos et des gestes de telle sorte que la question rebondisse sur le questionnement lui-même et produise une altération de la réflexion, une incertitude quant au sens communément admis des catégories logiques, sociales, esthétiques, politiques à l'aide desquelles nous décrivons ordinairement et commentons quotidiennement ce qu'il est convenu de considérer comme « la réalité ».

°

 

 

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  • Jean-Claude Pompougnac
  • Responsable du service de la recherche à la BPI (Centre Pompidou) puis conseiller au cabinet du Ministre de la culture (Jack Lang), j'ai dirigé ensuite la Délégation au développement et aux formations de ce même ministère. A l’issue d’une alternance politique, très élégamment remercié par Jacques Toubon arrivé rue de Valois je me suis vu offrir le poste de directeur de l'Institut français de Barcelone. Quatre ans après, le ministère des affaires étrangères a jugé mes compétences insuffisamment diplomatiques. En conséquence, à partir de 1999, j'ai dirigé la DRAC Centre à Orléans. Remercié par la Droite,. j'ai ensuite crée l'un des premiers EPCC, ARCADI en Île-de-France. Remercié par la Gauche je suis devenu  DAC de la ville de BONDY (93). Aujourd'hui consultant. Membre de l'Institut de coopération pour la culture et correspondant du Comité d'histoire du MCC où j'ai contribué à la conception de séminaires et de journées d'études.
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