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12 février 2016 5 12 /02 /février /2016 10:49
Pratiques culturelles : rock' n'roll à La Courneuve.

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Good bye Lenine, Pif gadget et Georges Marchais.

 

Au lendemain de la seconde guerre mondiale, le positionnement franco- et soviéto-centré du PCF l’amène à s’opposer à l’importation d’objets culturels américains comme le Coca-Cola ou la bande-dessinée. Également d’origine américaine, le rock’n’roll ne subira pas le même traitement. Dès 1963, le bureau politique du Parti crée un magazine pour jeunes qui se veut le pendant communiste de Salut Les Copains et qui traite donc des chanteurs yé-yé. Cette même année, le groupe français de rock’n’roll Les Chaussettes Noires se produit à la Fête de l’Humanité. À partir de 1970, des groupes anglais (Pink Floyd, Who) ou américains (Chuck Berry, Jerry Lee Lewis) y jouent également. À travers des articles du journal L’Humanité, il s’agira d’étudier les usages du rock et de la pop music par le PCF à l’occasion des concerts organisés à la Fête de L’Humanité de 1970 à 1973. La présence du rock à une manifestation communiste relève d’une stratégie politico-culturelle du Parti et les journalistes de L’Humanité travaillent à concilier l’origine américaine du rock et leur anti-américanisme. L’article donnera l’occasion de poser la question des enjeux politiques et nationaux des circulations culturelles.

 

Résumé de l'article Coco & rock à la Fête de l’Humanité 
Usage politique de la musique rock et pop

 

Matthias Glenn, « Coco & rock à la Fête de l’Humanité. Usage politique de la musique rock et pop »

dans Musique, Pouvoirs, Politiques, Philippe Gonin et Philippe Poirrier [dir.], Territoires contemporains - nouvelle série [en ligne], 05 février 2016, n°  6, disponible sur : http://tristan.u-bourgogne.fr/CGC/prodscientifique/TC.html.
Auteur : Matthias Glenn.
Droits : © Tous droits réservés - Ce texte ne doit pas être reproduit (sauf pour usage strictement privé), traduit ou diffusé. Le principe de la courte citation doit être respecté. 
ISSN : 1961-9944

 

 

Voir le sommaire complet de ce numéro

 

dont ;

 

La musique et l’aménagement culturel de la métropole parisienne : entre démocratisation et compétitivité des territoires
Camille Rouchi (Université Paris 1-Panthéon-Sorbonne)

 

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Publication : [Fresnes] : [Cité des sens], 2006-

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11 février 2016 4 11 /02 /février /2016 09:30

Advienne que pourra, je creuse mon sillon.

 

Dans mes précédentes notes, suite au "moment historique" qui s’est produit le 20 janvier dernier à Nantes, je me suis posé la question : de quoi, au juste, sommes-nous contemporains ?,  en m’appuyant largement sur l’ouvrage de Pierre Dumayet Autobiographie d’un lecteur.

 

Continuons donc le questionnement qu’il proposait :

"À quelle époque commence pour vous le film dans lequel nous vivons aujourd'hui ? Quand est-ce que ça commence, le contemporain ? Même si on ne sait pas décrire toutes ses caractéristiques, toutes ses richesses, toutes ses diversités, on peut essayer de fixer des repères". 

Ou, pour le demander en d'autres termes : C'est quoi l'esprit du temps ? 

Extraordinaire dialogue entre lui, Dumayet, le grand médiateur d'une l'époque où la télévision était enconte un instrument d'émancipation culturelle, et Edgar Morin (en jeune premier, cuir, lunettes sombres, look à la Jean-Pierre Melville) : les prémices - nous sommes en 1962 !!! - d’une analyse des rapports complexes entre la "démocratisation culturelle"; les "industries culturelles" et les pratiques induites par cette "culture de masse" qui continue de caractériser le temps présent.

Bonne rétrospective.

Et, promis, sans tarder, je reviens sur la question des pratiques culturelles de nos contemporains ?

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4 février 2016 4 04 /02 /février /2016 09:30

 

Rappel de la note précédente

De quoi sommes-nous contemporains ?

Je vous propose d'ouvrir ces réflexions du pont de vue du lecteur ordinaire.  Le lecteur ordinaire est d'ailleurs un personnage du monde contemporain, dont on peut dater l'émergence grâce à un certain nombre de travaux importants sur l'histoire de la lecture.

(...)

Pierre Dumayet :

« À quelle époque commence pour vous le film dans lequel nous vivons aujourd'hui ? Quand est-ce que ça commence, le contemporain ? Même si on ne sait pas décrire toutes ses caractéristiques, toutes ses richesses, toutes ses diversités, on peut essayer de fixer des repères. ».

(…)

Marx et Engels :

« La bourgeoisie a noyé les frissons sacrés de l'extase religieuse dans les eaux glacées du calcul égoïste. » 

(...)

Stendhal dans Le Rouge et le noir :

« Au séminaire, il est une manière de manger son œuf à la coque qui traduit des progrès faits dans la vie dévote ».

(…)

- La suite-

 

Donc à quelle époque commence le contemporain, comment peut-on essayer de le déterminer ? Vous voyez bien que Pierre Dumayet nous conduit à admettre ou bien que Jeanne d'Arc est notre contemporaine, ou bien que nous pouvons avoir une certaine lecture de Jeanne d'Arc qui se situe dans un espace chronologique. La chronologie du lecteur ordinaire est une chronologie floue, ce qui complexifie la notion de contemporain. Je voudrais d'ailleurs objecter à Pierre Dumayet que ces scansions du contemporain peuvent être discutées.

Il y a par exemple une phrase d'un roman, beaucoup plus récent que Jeanne d'Arc, que je situe avant le commencement du film auquel dont nous serions contemporains. Il s'agit de Du sang, de la volupté, de la mort de Maurice Barrès, dans lequel le narrateur écrit à propos de sa bien aimée :

"Je pouvais dire le soir au lit, d'après ses ardeurs, si elle avait communié le matin."

 

Je suis là projeté dans un monde passé dont j'ignore tout, que je ne connais pas, aussi lointain que ces frissons sacrés de l'extase religieuse qui ont été depuis longtemps noyés par la bourgeoisie ! Pourtant le texte est chronologiquement beaucoup plus proche de nous que le procès de Jeanne d'Arc...

Apprendre à interroger les rapports entre la fiction, la théorie et le contemporain, amène à une posture qui n'est ni celle des critiques, ni celle des avant-gardes esthétiques ou philosophiques, qui peut introduire la confusion des genres et brouiller les repères chronologiques. Dumayet note quelque part, et cela ressemble un peu à ce que disait Jean-Paul Sartre dans Les Mots, qu'il peut passer dans ses lectures d'Hamlet au Sapeur Camembert, du moment qu'il ne l'écrit pas. Ce qui est intéressant, c'est qu'il ne peut pas ignorer que Sartre l'a écrit et qu'il a fait son autoportrait, non pas de lecteur ordinaire, mais de philosophe, en racontant son accès à la lecture et ses allers et retours entre Heidegger et la Série noire.

Je ne voudrais pas oublier les préoccupations des associations comme le CRL et les implications pratiques de ce discours théorique. On invite des auteurs vivants à rencontrer les lecteurs, jeunes ou non. L'auteur a un corps, il existe, il est notre contemporain. Dumayet qui a longtemps pratiqué l'exercice d'interroger les écrivains, écrit ceci :

« Peu à peu s'installe l'envie d'interroger les textes, plutôt que les auteurs. Cette envie est assez normale puisque tous les écrivains que j'ai relus, ces dix dernières années, sont morts. Bien sûr, je lis souvent des livres écrits par des vivants. Nous avons des amis qui écrivent, d'autres qui peignent ou sculptent. Nous aimons les lire ou aller voir leurs œuvres. Cela fait partie de la vie. Mais la tentation de relire Flaubert, Proust ou Kafka fait aussi partie de la vie. D'autant qu'il peut être possible d'interroger une phrase écrite par l'un de ces trois-là, alors qu'il peut être impossible de questionner une phrase écrite par un contemporain. Et pourquoi donc ? Tout simplement parce que nous ne savons rien de l'écriture cachée de nos contemporains.  Nous ne connaissons pas — et c'est une bonne chose — leur correspondance. Nous ne savons pas (toujours) ce qu'ils pensent de ceci ou de cela. Et c'est très bien. Tandis que "les écrits" de Flaubert, Proust ou Kafka sont presque tous édités. Je sais bien que l'expression "les écrits" est fautive, mais elle a une vertu : elle met dans le même sac l'encre et le crayon, le roman et le billet. Quand on interroge un texte, ce n'est jamais lui qui répond. S'il y a une réponse, c'est un autre texte qui la donne. (...) Interroger un texte, c'est finalement, pour moi, formuler une question que je n'aurais pas pu poser à l'auteur, si j'avais été son contemporain. »

 

Au-delà de la posture un peu anarchique et libertaire du lecteur ordinaire, celui que Michel de Certeau décrivait comme un braconnier, celui qu'Alain désignait comme un animal mal apprivoisé, (je suis du reste très frappé, au-delà des différences fondamentales des systèmes de référence des deux auteurs, de la proximité des images utilisées !), nous constatons donc cette capacité du lecteur ordinaire à transgresser l'ordre chronologique, à faire résonner les textes ensemble. Cela nous conduit à une réflexion plus profonde sur la place de la formation à la lecture dans notre culture. Je pense que c'est une très bonne chose de faire en sorte que les collégiens et les lycéens rencontrent les écrivains en chair et en os. Mais il ne faudrait pas oublier ce que c'est que d'interroger un texte, ce que c'est que de lire et relire un même texte, — de le lire le jeudi parce qu'on l'avait lu un mardi, le mauvais jour ! — ou d'interroger le texte de fiction à partir de la correspondance.

Voilà donc ce que je pouvais dire sur la question du contemporain, il doit sûrement y avoir un moyen de déterminer un tant soit peu un certain nombre de points communs qui définiraient la contemporanéité de la philosophie et du roman contemporains. Il y a peut-être encore des avant-gardes qui seraient en mesure de montrer à partir de la décrépitude du monde qui s'écroule, lesquelles sont portées d'avenir, mais j'ai choisi un angle modeste, car je reste persuadé que cette posture est intenable. Dévoilons les cartes, il n'y a plus de critique littéraire, plus d'avant-garde, et s’il y a quelque chose de radicalement nouveau dans le contemporain, c'est précisément cet écroulement, cet effacement d'un certain nombre de repères qui ont fonctionné dans la République des lettres. Quand j'ai évoqué tout à l'heure le critique littéraire, c'était dans le but de faire référence à un texte très important à mon sens, de Marcel Gauchet publié en deux livraisons dans la revue Le Débat, qui s'intitule Essai de psychologie contemporaine, dans lequel il essaye de décrire ce qu'il appelle l'individu ultra contemporain, c'est-à-dire cette évolution entre l'individu démocratique et l'individu ultra contemporain. Sa thèse est que cette évolution modifie la façon dont nous avons pu penser l'inconscient psychique depuis Freud. Aujourd'hui le rapport de l'individu à son inconscient, le type de maladie psychique ou de trouble qu'il peut vivre est profondément modifié par la reconfiguration totale des rapports entre l'individu et le social.

« Dans une culture de tradition, le lien de société n'est pas posé comme ce qui découle de l'action des individus, il est posé au contraire, comme un modèle qui les précède radicalement. Nous sommes des héritiers, nous arrivons dans un monde tout constitué, qui comporte non seulement d'insurpassables canons du point de vue de la pensée et de l'art, mais qui s'ordonne autour de formes préréglées de coexistence avec les autres. »

Or toute l'évolution des sociétés individualistes aboutit à effacer, à découpler chaque jour un peu plus, cette relation entre l'inscription du social en nous et nous comme individus.

 « Ce qui est en cause, écrit Marcel Gauchet, c'est l'inscription psychique de la précédence du social ; l'inscription psychique de l'être en société qui permet à chacun de raisonner du point de vue de l'ensemble. »

 

Dans la société traditionnelle il y a des formes d'éducation, qui sont des formes de socialisation qui au cours de la petite enfance, dans la sphère familiale ou dans l'institution scolaire, inscrivent psychiquement le social dans l'individu. Il faut relire Durkheim, c'est écrit en toutes lettres. D'après Marcel Gauchet, les familles ne socialisent plus, le système éducatif, par conséquent, devient ingérable, car les pré-requis du fonctionnement de l'institution éducative réclament que les familles aient socialisé auparavant, et l’on arrive à ce nouveau type d'individus.

Il donne un exemple, celui de la critique de livre, qui dit-il par deux fois, n'est pas un exemple anecdotique. Ce n'est pas non plus anecdotique que je reprenne aujourd'hui cet exemple, car c'est dans la République des Lettres que s'est forgé le modèle de l'espace public :

« Critiquer un livre ne se résume pas à donner un avis personnel et particulier poursuit Marcel Gauchet. Critiquer un livre, c'est rendre lisible la place de ce livre au sein d'un ensemble ou d'un mouvement, c'est reconstituer ce en regard de quoi ce livre compte ou ne compte pas, c'est se situer du point de vue d'un lecteur idéal. »

C'est grâce à ce travail d'objectivation que peut s'instituer la chose publique comme un espace cognitif commun aux individus dans une même société. Et Marcel Gauchet ajoute que cette critique est en train de disparaître. On revient au point de vue particulier qui ne vise plus à une généralité, ou plus exactement, il dit ceci :

« Le combat entre l'esprit d'impartialité et l'esprit partisan a toujours existé. Mais il y avait combat. Opposition entre un idéal et les manquements à cet idéal. C'est cette opposition même qui se brouille aujourd'hui au profit non pas de la partialité, mais d'une particularité qui s'ignore, particularité de l'auteur qui ne fait que répondre aux particularismes du lecteur renfermé dans le cercle de ses intérêts. »

Cet exemple de la critique littéraire est donc pris par Marcel Gauchet pour signifier ce qu'il entend par le terme contemporain, par la place de l'individu contemporain dans la configuration sociale contemporaine. On peut faire un parallèle avec la corruption des hommes politiques :

« c'est le même mécanisme. Quand on cesse de voir les choses d'un point de vue public, on ne fait plus la distinction entre les intérêts privés et les intérêts publics, et l'on pense naïvement et en toute bonne conscience, qu'agir pour ses propres intérêts est la même chose qu'agir pour l'intérêt général ».

J'en aurai donc terminé, si j'ajoute que cette même démonstration de Marcel Gauchet qui diagnostique la ruine de la critique littéraire, diagnostique également celle des avant-gardes esthétiques ; dans la même logique... Parce que la date d'apparition de l'inconscient est la même que l'apparition, la structuration des religions sécularisées. La bourgeoisie a noyé les frissons sacrés de l'extase religieuse dans les eaux glacées du calcul égoïste, mais Lénine, Staline et les autres vont fabriquer une religion séculière, la croyance dans les lendemains qui chantent, un monde meilleur, la victoire du prolétariat, etc. Et c'est au même moment que se redéfinissent l'esthétique et les pouvoirs de l'art, ainsi que la capacité de l'art à nous proposer, parallèlement aux utopies politiques, une autre vision des choses, le dévoilement du monde.

Il y a une configuration relativement stable, je parle toujours selon Marcel Gauchet : l'apparition de la notion d'inconscience (c'est Freud), la possibilité d'une foi sécularisée (c'est Marx), la nouvelle définition d'un art autonome de tout canon, de toute fonction, l'art pour l'art. Une opération émancipatrice, prométhéenne, qui va nous dévoiler, un peu à la manière des utopies politiques, la vérité de notre vie, le sens du monde, etc. Selon Marcel Gauchet, cette configuration stable s'écroule avec un symptôme majeur selon lui, qui est l'effondrement des religions séculières, la fin des utopies, la fin des grands récits et en même temps, la dissolution des avant-gardes esthétiques. L'avenir ne peut plus faire l'objet d'une foi, il a un statut d'inconnu :

 « dissolvant pour la croyance écrit Marcel Gauchet, il décourage l'utopie en la frappant de vacuité et la route du salut terrestre est coupée ».

De la même manière, la religiosité séculaire de l'art, la foi dans les pouvoirs transcendants de la connaissance ou de la création artistique est en train de s'épuiser, de se dissoudre...

Il faudrait, bien entendu, ajouter à ce panorama, le phénomène du marché, cela va de soi.

Je vais terminer par des notations d'un lecteur ordinaire. Qu'a-t-on pu observer ces dernières années ? Entre le rayon philosophie et le rayon littérature, nous avons assisté à l'expansion d'un rayon situé entre les deux : ni philosophie, ni religion, ni littérature, ni fiction, ni recherche de la vérité ; c'est Paolo Coelho, c'est la spiritualité, le new âge, c'est le fantastique marché d'une littérature à fonction thérapeutique destinée à nous faire du bien et faire semblant de croire...

Je vous remercie de votre attention.

 

Jean-Claude Pompougnac

 

 

Télécharger le texte intégral.

 

Ce que le contemporain fait à la culture (suite et fin)

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2 février 2016 2 02 /02 /février /2016 10:30

 

Comme convenu dans ma précédente note.

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De quoi sommes-nous contemporains ?

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Après beaucoup d’hésitations, j’ai décidé de conserver à cette communication -qui pourrait bien sembler hors d’âge mais le lecteur en décidera-  la forme qu’elle a eue sans rien y changer.

Et je remercie le Centre Régional du Livre de la Région Centre de m’en avoir communiqué la transcription.

C’était il y a un bail, j’imagine que je l’avais relue et validée, mais peu importe…

 

 

Discours inaugural de Jean-Claude Pompougnac

 

Au fur et à mesure que la date d'aujourd'hui s'approchait, en plus de l'inquiétude ordinaire que quiconque ressent lorsqu'il sait qu'il devra parler plus de cinq minutes, s'accroissait la mauvaise conscience d'avoir accepté la proposition du Centre Régional du Livre adressée au Directeur Régional des Affaires Culturelles, qui ne consistait pas, comme c'est en général demandé, à prononcer une petite allocution institutionnelle d'ouverture où l'on remercie tous ceux qui ont contribué à... où l'on salue les élus locaux qui..., etc., mais de faire une véritable intervention au titre du thème de ces rencontres, à savoir Roman et Philosophie contemporains en question.

J'ai accepté, puis j'ai pensé que c'était un péché d'orgueil pour un fonctionnaire qui a autre chose à faire que des discours inauguraux. Un critique aurait pu être la personne indiquée pour problématiser et cadrer l'ensemble des débats : capable de dresser un état des lieux, un panorama du champ de la création littéraire ou de la philosophie contemporaine, sans développer un point de vue particulier ou singulier, mais ayant une vision englobante et utilisant des critères d'appréciation, comme l'indique le terme critique. Une seconde possibilité aurait été d'inviter un artiste ou un penseur d'avant-garde, quelqu'un qui se situant suffisamment en pointe par rapport au monde contemporain, aurait pu en décrire avec passion et finesse, la décomposition, la décrépitude, pour montrer que dans la pourriture du contemporain émerge un message nouveau, qu'il soit littéraire ou philosophique.

Mais ayant accepté cette invitation, je vous propose d'ouvrir ces réflexions d'un autre point de vue, celui du lecteur ordinaire. Celui de l'individu aux lectures particulières qui n'a aucune prétention messianique à représenter ce qui émerge aujourd'hui, et ne peut prétendre avoir une vision savante, universitaire, critique suffisamment large pour ne pas se tromper dans le choix de ses orientations. Le lecteur ordinaire est d'ailleurs un personnage du monde contemporain, dont on peut dater l'émergence grâce à un certain nombre de travaux importants sur l'histoire de la lecture.

Qu'est-ce qui fait qu'un roman, qu'un ouvrage de philosophie est contemporain ? On a le droit et l’on peut risquer l'hypothèse de répondre qu'il est contemporain, à partir du moment où il est actualisé par une lecture, indépendamment de sa date et de ses conditions de publications. La publication récente de Autobiographie d'un lecteur de Pierre Dumayet, m'a conforté dans cette hypothèse, un ouvrage remarquable où cette question de la contemporanéité de l'œuvre court tout au long du livre, comme un fil conducteur passionnant. Mais Pierre Dumayet est-il un lecteur ordinaire ? Je laisse volontairement de côté cette question, car l'auteur lui-même, y répond par l'affirmative, dans la mesure dit-il où il est capable de poser des questions absolument stupides, comme celle-ci, une des questions clés du livre :

"À quelle époque commence pour vous le film dans lequel nous vivons aujourd'hui ? Quand est-ce que ça commence, le contemporain ? Même si on ne sait pas décrire toutes ses caractéristiques, toutes ses richesses, toutes ses diversités, on peut essayer de fixer des repères". 

Pierre Dumayet note ceci à propos d'un roman de Raymond Queneau qui est publié en 1939, mais dont l'histoire se situe pendant la première guerre mondiale :

« Cette lecture a renforcé une « croyance » — discutable — que j'avais déjà : tous les textes peuvent se lire comme s'ils étaient nos contemporains. Ou comme si nous étions les leurs. C'était un refus de « l'admiration historique », mais c'était surtout l'affirmation — discutable — qu'il n'y avait pas, à proprement parler, d'histoire littéraire. Cela ne voulait pas dire que Villon ou Saint-Simon avaient écrit dans les mêmes conditions que Valéry ou Breton. Cela voulait dire que l'histoire littéraire était justement l'histoire de ces conditions, qu'il fallait la connaître et ne pas la prendre pour l'essentiel. L'essentiel étant le texte, la langue vivante du passé ou du présent. Cela ne voulait pas dire que le matérialisme historique était « dépassé » : le matérialisme historique pouvait, comme n'importe quel autre texte, rester dans son coin en attendant qu'on vienne le lire à nouveau. »

Je ne résiste pas au plaisir de vous lire le paragraphe qui suit, car il y a cette pratique de l'écriture chez Pierre Dumayet qui consiste, au moment même où on avance des arguments qui pourraient paraître sérieux aux esprits sérieux, à glisser un clin d'œil, à faire un pas de côté :

« Raymond Queneau a tenu à jour son carnet de lectures pendant soixante ans. Chaque livre lu était mentionné dans un carnet d'écolier à sa date. Je regrette de ne pas avoir pris cette précaution. Précaution que toute personne prudente devrait prendre. Supposez qu'un matin vous vienne l'horreur d'un jour de la semaine. Cela peut arriver : Flaubert détestait le mardi. En consultant votre carnet de lectures vous retrouveriez tous les livres lus un mardi. Vous pourriez alors décider de les relire un mercredi ou un jeudi, pour voir si votre lecture n'a pas été gâtée par un mauvais jour. »

Tout le livre est de cette veine, et tourne donc autour de la question de la contemporanéité et de cette croyance discutable que tous les textes peuvent être nos contemporains.

Il y a aussi cette référence au marxisme, que je garde un instant, puisque après tout, décider de ce qui est ou n'est pas contemporain, c'est par exemple agencer des propositions audacieuses, comme celle de Jean-Paul Sartre, qui disait que le matérialisme historique, le marxisme, est l'horizon indépassable de notre temps. Cela peut être une manière de définir le contemporain, sauf que précisément, lecteur ordinaire, qui n'hésite pas à pratiquer la confusion des genres — à lire des romans comme des textes philosophiques ou la philosophie comme des textes poétiques ou romanesques — j'ai toujours été saisi par cette formule du Manifeste du parti Communiste, dans lequel Marx et Engels écrivent à propos d'une période précise de l'histoire :

« La bourgeoisie a noyé les frissons sacrés de l'extase religieuse dans les eaux glacées du calcul égoïste. »

Cette phrase m'arrête toujours quand je lis ce texte, car on quitte le texte théorique pour entrer dans une formulation poétique : il y a un travail sur la langue qui fait que l'on sent dans sa chair, dans sa peau, à la fois un vague souvenir des frissons sacrés d'hier et cette douche froide du calcul égoïste de la bourgeoisie. Sauf que le marxisme devient bien l'horizon indépassable de notre temps parce que la bourgeoisie n'en finit pas de nous noyer d'eau glacée et n'en finit pas d'achever notre tendance à rechercher les frissons sacrés d'extase, qu'elle soit religieuse ou non, j'y reviendrai. Dans la même veine, quand je lis dans Le Rouge et le noir, alors que Julien Sorel est au séminaire,

« Au séminaire, il est une manière de manger son œuf à la coque qui traduit des progrès faits dans la vie dévote »,

j'ai le sentiment que Stendhal a résumé en une phrase, la moitié de ma bibliothèque de sociologie, que toute la théorie de l'habitus— qui vient d'Aristote, il est vrai, donc avant Stendhal — est résumée dans cette phrase et que s'il s'agissait de donner un exemple de ce qu'est l'habitus — concept bourdieusien — il suffirait de prendre celui de Julien Sorel mangeant son œuf avec toute cette onction et cette componction qui traduisent dans l'extérieur de ses postures ses progrès dans la vie dévote.

Je continue de vous proposer quelques extraits, quelques passages du livre de Pierre Dumayet, autour de cette même question :

« À quelle époque commence pour vous, le film dans lequel nous sommes encore aujourd'hui ? Impossible de répondre précisément à cette question. Disons — en rougissant — qu'avant Jeanne d'Arc, je ne me sens pas dans le même film. J'ai tout à fait conscience du ridicule de ce que j'écris. Pataugeons encore un peu. Il me semble qu'entre Jeanne d'Arc et aujourd'hui, je crois savoir de quel côté je suis. C'est une croyance qui n'est pas fondée, naturellement. C'est une illusion : ce n'est pas parce que j'aime lire le duc de Saint-Simon que je me rallie à ses objectifs politiques. Mais lire Saint-Simon avec plaisir, me fait croire que je peux comprendre (un peu) son siècle. De même Jeanne d'Arc : le texte qu'elle improvise pendant son procès fait d'elle un écrivain superbe. Dans la vie courante, je ne crois pas qu'une personne puisse entendre et voir des saints lui parler, mais quand je lis les Procès de Jeanne d'Arc, je crois tout à fait qu'elle a vu et entendu saint Michel lui parler. Entendons nous bien : je ne croirais pas Jeanne d'Arc si elle voulait nous prouver quelque chose. Mais elle ne veut rien nous prouver du tout. Elle veut seulement être crue quand elle dit ce qui lui est arrivé. »

 

A SUIVRE.

 
 

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1 février 2016 1 01 /02 /février /2016 18:02

 

Il y a un peu plus d'une semaine, un événement historique s'est donc produit.

 

Au lendemain des Biennales du spectacle vivant qui viennent de se tenir à Nantes du 20 au 21 janvier, 2016 s'annonce comme un tournant pour les politiques publiques en matière de spectacle vivant. Avec d'un côté, l’Appel de Nantes lancé par le G20 des arts vivants ; de l’autre, l’annonce, par la ministre de la culture, de la tenue d’assises de la Culture sur tout le territoire. Des démarches dissociées, mais convergentes quant aux objectifs, dans lesquelles les élus à la culture sont prêts à s'engager.

© La Gazette des communes

 

Pour la première fois en effet, 20 associations et réseaux de professionnels des arts vivants (1) se sont réunis au sein d’un « G20 », pour « porter les valeurs essentielles du vivre ensemble » et réfléchir sur les politiques culturelles au travers d'un manifeste, intitulé « Appel de Nantes ».  

Il faut évidement lire ce texte, et attentivement, en plus. Il se conclut ainsi :

Nous nous engageons (…) à projeter notre travail dans une perspective de société, étendue à l’Europe et au monde, car il est bien question aujourd'hui de construire ensemble une réponse à la crise morale, intellectuelle et politique à laquelle nous sommes confrontés ;

• faciliter et soutenir le partage et les coopérations en réfléchissant à la mise en œuvre de nouveaux modèles collaboratifs.

• repenser nos actions en prenant en compte les droits culturels ; ils sont inscrits dans la loi NOTRe, qui affirme notamment la responsabilité de l’État et des collectivités locales en matière culturelle, dans le respect de la dignité des personnes.

 

Il signifierait que des organisations aussi différentes que l'Association des Centres chorégraphiques nationaux (ACCN) ou celle des CDN se sont entendues avec l'UFISC comme avec l' Association des Scènes nationales (ASN) et la Réunion des opéras de France (ROF) ;  pour prendre en compte la référence aux droits culturels qui, il y a peu divisaient profondément le monde politique et les milieux professionnels.

Historique donc.

Nuançons toutefois, pour être complets et précis, : le « canal historique » tient bon, LA PREUVE.

 

Historique insiste la Gazette des communes :

Artistes, intellectuels, chercheurs, élus politiques, responsables associatifs, syndicats, publics, amateurs, simples citoyens sont aussi invités à les rejoindre au sein « d’espaces de recherche, de réflexion et d’expérimentations ». Les signataires se donnent dix-huit mois pour mener à bien leur projet, à compter de ce mois de janvier 2016. Leur tâche s’annonce immense. Mais si les nouvelles politiques culturelles restent à construire, ils savent déjà ce qu’ils veulent à tout prix éviter. Leur « Appel de Nantes » pointe :

  • les « dangers des forces régressives qu’elles soient politiques, économiques, intellectuelles ou religieuses » ;

  • les « marchands » qu’il veut empêcher de « s’emparer du champ artistique à des fins spéculatives et idéologiques ».

 

Lors de son intervention, la ministre de la Culture Fleur Pellerin a salué l’initiative du « G20 » des arts vivants. :

« Je mesure la dimension historique du G20, et je prends la balle au bond , a assuré la locataire de la Rue de Valois. 

 

© La Gazette des communes

Laissons, de côté les pseudo-révélations d'un site complotiste selon lequel et cet appel et la « saisie de la balle au bond » par la ministre n'ont rien d'un événement imprévu mais relèvent plutôt d'un habile coup de théâtre préparé de longue main avec l'aide  d'un vieux routier du milieu dont les responsabilités longtemps exercées ont permis de connaître bon nombre des 20 du Groupe et de leur suggérer cette sorte  de « fédération ».

Le ministère aurait en sous main suivi l’affaire, le cabinet de Fleur Pellerin allant jusqu'à appeler au téléphone les intervenants des ces biens nommées Biennales du spectacle pour connaître la teneur de leurs prises des parole.

 

Foin de ces élucubrations, la dimension « historique » ne m'échappe pas .

 

Car  je vois dans cette grandiloquence et cette mémoire courte un signe de la contribution active et efficace d'une certaine conception de  la culture  (commune aux professionnels et à leurs interlocuteurs politiques) aux ravages sociaux et intellectuels du présentisme.

 

Il en va ainsi de même de la réaction de la FNCC :

 

De son côté, la Fédération nationale des  collectivités territoriales pour la culture (FNCC) a promis de prêter  une oreille attentive aux professionnels.  «La FNCC répondra à l’Appel du G20», a assuré son président Florian Salazar-Martin, lors d’un autre débat organisé par la FNCC et le Syndicat national des scènes publiques. Les modalités de cette réponse seront discutées le 28 janvier  lors du prochain CA de la la FNCC. « Il nous faut réinventer ce que nous faisons au quotidien, même financièrement », estime Florian Salazar-Martin.

© La Gazette des communes

 

Si je comprends bien, aux « oubliettes de l'histoire », le texte d’orientation politique de décembre 2012,  de même que la déclaration commune  l'ensemble des associations d'élus  publiée à l'occasion du Forum organisé à Avignon, le 16 juillet 2010, affirmant leur engagement  solidaire en faveur de l'art et de la culture.

 

L'histoire passe donc, une certaine histoire où « l'événement se confond avec son spectacle et la comédie avec le dramatique effondrement du politique » (L'Orchestre du Titanic, Chantal Manach-Vermaud,  Editions du Tertre, Bruxelles, 2013)

On comprend donc que ce blog doit désormais s’attacher à mieux tenter de saisir ce qu'il en est des effets spécifiques du contemporain dans « la culture ». Et réciproquement.

Dès demain ou après-demain.

 
 

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8 janvier 2016 5 08 /01 /janvier /2016 09:50

 

Retour sur quelques unes des notes publiées sur La Cité des sens en 2015.

 

Comme ce dixième post (publié pour la première fois le 21 octobre 2015), elles sont pour l'essentiel liées à ma participation aux travaux de l' Institut de coopération pour la culture et du Comité d'histoire du ministère de la culture et de la communication.

 

Bonne lecture

 

 

21 octobre 2015

 

 

A mon humble avis, l'une de conclusions les plus éclairantes de l'étude

 Élargir la participation à la vie culturelle : expériences françaises et étrangères 

évoquéedans mon précédent post est la suivante


 

UNE ACTION CULTURELLE SANS PÉDAGOGIE

Traduction concrète de la démocratisation culturelle, l’action culturelle reste marquée par l’idéal malrucien de mise en contact direct des publics avec les œuvres, et cela, quels que soient les pays. Car si les projets étudiés se réclament souvent de l’éducation populaire, ils n’en restent pas moins fondés en grande partie sur une relation plus ou moins directe à des objets et à des œuvres, tandis que la réflexion sur l’accompagnement pédagogique, et proprement humain, apparaît comme le parent pauvre de la plupart des démarches observées. Les intervenants mobilisés sur les différents projets semblent en effet trouver dans les supports matériels – que ce soit des objets ordinaires et recyclés ou des technologies très avancées (notamment numériques) – et dans la volonté de favoriser l’interaction, l’intuition et la participation des publics, une façon d’éviter l’exercice d’un quelconque magister esthétique sans pour autant bousculer les mécanismes de la socialisation culturelle. Tout se passe alors comme si la volonté de ces différents acteurs de favoriser la « participation » et la « diversité » des « publics » contribuait à évacuer une réflexion sur les finalités précises et les modalités d’appropriation de leurs propositions culturelles par lesdits « publics », tandis que la réflexion sur des modalités pédagogiques qui seraient propres à l’action culturelle (i.e. détachées de la « forme scolaire ») apparaît comme un angle mort de la plupart des projets que nous avons étudiés. Devenue une référence obligée d’une action culturelle « renouvelée », la notion de médiation culturelle n’échappe pas à cette analyse. Centrées sur le public et ses motivations, les actions de médiation proposent rarement une réflexion poussée sur l’activité et les outils pratiques des médiateurs et des différents acteurs de l’action culturelle. Elles apparaissent autant comme un support de mise en relation avec des œuvres que comme un outil de communication des institutions ; la volonté de reconnecter des lieux, des objets et des personnages culturels avec des citoyens qui s’en éloignent, demeurant souvent l’objectif principal. éloignent, demeurant souvent l’objectif principal.

 

D'où l'intérêt constant porté ici aux groupes, projets, initiatives, réflexions qui tentent de nouvelles problématiques et des cadres d'intervention renouvelés.

 

Un exemple de plus :

 

On est un certain nombre 

Nous mettons en œuvre des projets artistiques ancrés dans la vie de nos territoires. Nous les élaborons avec des artistes en y associant une grande diversité de partenaires institutionnels, d’acteurs associatifs et militants, d’habitants. Ceux et celles à qui nous nous adressons portent et font le sens de ces projets, parce qu’ils en sont avec nous les acteurs. La dimension de ces projets dépasse l’expérience esthétique du spectateur et l’expérience artistique de l’amateur. Elle se développe aussi dans l’expérience civique, par laquelle chaque organisation, chaque individu prennent part à la réflexion sur la société où ils vivent et contribuent par leur action à la faire évoluer. En reconnaissant à chacun cette capacité, il s’agit de mieux prendre en compte les besoins culturels de la population et les droits culturels de la personne.

De nouveaux enjeux se dessinent pour notre société : nécessité d’un développement soutenable, aspiration à une participation plus active des citoyens à la vie et aux décisions publiques, urgence d’agir contre la persistance et le renforcement des inégalités, maintien du lien entre les générations, devenir des territoires délaissés. Le monde culturel doit s’emparer de ces questions pour en faire des aires de création, de réflexion, de confrontation et de partage de pratiques artistiques et démocratiques.

Cette démarche conduit à modifier les logiques de production, de diffusion et de médiation trop souvent dissociées. Les notions d’œuvre et d’action culturelle s’en trouvent bousculées et repensées. L’exigence artistique se conjugue avec l’exigence relationnelle. Le faire ensemble devient la condition du vivre ensemble.

Présence artistique durable sur un territoire, développement culturel en milieu rural et urbain, actions hors les murs, créations partagées, hybridation des problématiques artistiques et sociétales, éducation artistique et culturelle, toutes ces propositions doivent sortir de leur statut expérimental et cesser d’être cantonnées au volet social d’une programmation dans un système culturel qui resterait inchangé dans sa hiérarchie et ses priorités.

Il s’agit bien d’associer une population à son devenir culturel, de faire émerger de nouvelles pratiques en croisant recherche et action et de reconnaître à ce travail sa capacité à ouvrir de nouveaux champs de rencontres.

Mettons ces questions au cœur de la réflexion sur les politiques culturelles de demain. Inventons des espaces de mutualisation d’expériences similaires. Incitons les partenaires publics à prendre en considération ces mutations, à légitimer ces démarches, à réfléchir avec nous aux nouveaux indicateurs de développement, de bilan et d’évaluation qui pourraient être inventés à partir de ces expériences.

Le partage des cultures, des arts et du sens est à ce prix.

Février 2014

http://onestuncertainnombre.com/

VOIR AUSSI

 

 

Ne pas manquer le remarquable espace ressources de La Nacre (Agence culturelle Rhône-Alpes) sur les droits culturels.


 

 

 

 

Politiques culturelles : quel (s) référentiel(s) ?

°

 
 

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7 janvier 2016 4 07 /01 /janvier /2016 12:24

Vers la fin de l'an dernier je signalais sur mon fil d'actualités Scoop It une article paru dans le Monde et intitulé La culture le privilège des riches ?

Pour pouvoir lire cette tribune dans son entier, il faut être abonné au Monde électronique ou acheter l’article.

Je ne sais laquelle des deux solutions est à la disposition de Jean-Michel Lucas mais il a fermement répondu à l'auteur de cette libre opinion, réponse que je me plais à reproduire ici.

Monsieur Guerrin a publié dans le Monde un article le 21 décembre : culture : le privilège des riches ? 

Je lui ai répondu :

Cher Monsieur Guérrin,

Vous m'avez écrit récemment qu'il était difficile de parler des droits culturels dans un quotidien comme "Le Monde". Pourtant vous n'êtes pas passé loin dans votre article "On ne cultive que les riches" !

Car j'ai cru un moment que votre critique de la politique de "l'accès à la culture pour tous" vous amènerait à conclure qu'une question aussi mal résolue devait certainement être mal posée !

Pourtant, vous avez maintenu le dogme et seulement imaginé qu'il fallait changer la méthode de répartition des moyens publics, pour une plus grande "proximité". Je dois avouer que ce fut longtemps ma conviction quand j'étais au cabinet de Lang en lançant les "cafés musiques" puis comme Drac à Bordeaux en sillonnant la campagne et les banlieues. Mais, c'était il y a plus de vingt ans ! Et il a bien fallu que je me rende compte de l'épaisseur du plafond de verre qui anéantit les meilleures volontés de faire don de sa culture aux autres, au nom du service public culturel. Il a bien fallu, inévitablement, revenir à la question de départ : pourquoi penser que nos références culturelles font "œuvres capitales de l'humanité" comme on dit dans le décret Malraux constituant, encore et toujours, le ministère de la culture ? Pourquoi nos cultures devraient-elles être "bonnes" pour tout le reste de la Terre ? L'accès des "pauvres" à la culture des "riches" est -il un impératif pour les sauver de la barbarie et humaniser la planète ?

 

La réponse est évidemment négative : cette culture cultivée ne fait pas le bonheur ! Elle ne garantit ni le Bien -être des riches, ni celui des pauvres. Elle n'est pas une assurance vie qui apporterait, à coup sûr, liberté et dignité. "La culture", nommée par ceux qui ont le privilège d'en dire le nom, ne peut faire croire qu'elle est progrès vers une humanité plus juste !

 

Jean Vilar savait déjà que la culture nageait dans l'ambiguïté des sens :

La culture c'est d'abord une entraide, non pas une aumône. Nous savons aussi – du moins je vous en propose l'idée – que
 la culture n'est pas obligatoirement signe d'intelligence pas plus qu'elle n'est le blanc-seing de la fraternité ou des bons sentiments. Nous savons bien que culture n'est pas la meilleure médecine du bonheur, que la recherche et la connaissance ont été souvent, trop souvent, à l'origine des crimes collectifs ou du moins des inventions finalement meurtrières et qui, d'un coup désormais peuvent effacer les hommes et donc rendre dérisoire l'objet de nos débats. (Avignon///1964 )

 

Georges Steiner nous a d'ailleurs interdit toute illusion : "Façonner la sensibilité et l’intellect entraîne naturellement l’individu et, par conséquent, la société dans laquelle il s’insère, à adopter une conduite rationnelle et bénéfique. Qu’il revienne à l’éducation d’assurer le progrès moral et politique, tel était bien le dogme laïc : l’instruction publique par l’entremise des lycées, bibliothèques municipales et cours du soir se substituait aux illuminations intérieures, aux élans vers la perfection morale, jusque là sanctionnés, pour une poignée d’élus, par la religion. .... Là ou florissait la culture, la barbarie était par définition un cauchemar du passé ».... Mais, " nous savons maintenant qu’il n’en était pas ainsi… Nous comprenons maintenant que les sommets de l’hystérie collective et de la sauvagerie peuvent aller de pair avec le maintien et même le renforcement des institutions, de l’appareil et de l’éthique de la haute culture. En d’autres termes, les bibliothèques, musées, théâtres universités et centres de recherche, qui perpétuent la vie des humanités et de la science, peuvent très bien prospérer à l’ombre des camps de concentration …. Nous savons aussi – et cette fois-ci les preuves sont solides, bien que la raison s’obstine à les ignorer - que des qualités évidentes de finesse littéraire et de sens esthétique peuvent voisiner chez le même individu, avec des attitudes barbares, délibérément sadiques. Des hommes comme Hans Franck, qui avait la haute main sur la « solution finale » en Europe de l’Est, étaient des connaisseurs exigeants, et parfois même de bons interprètes, de Bach et Mozart. On compte parmi les ronds de cuir de la torture ou de la chambre à gaz des admirateurs de Goethe ou des amoureux de Rilke./ »(Dans leChateau de Barbe bleue" page 90). Le constat est sans appel. Le dogme de l’épanouissement des hommes par la rencontre avec les arts est une "fiction nécessaire » et ne saurait passer pour une vérité universelle, qui s’imposerait, partout et pour tous.

 

Et les luttes de décolonisation nous ont montré que la bonne culture était aussi une force à haut potentiel destructeur, comme l'ont rappelé les débats à l'Unesco sur la diversité culturelle ! Personne au "Monde" n'aurait donc lu depuis 1995 "Notre diversité créatrice " de Peres de Cuellar ? Et je ne cite même pas Bourdieu et la lame de fond de la Distinction !

 

En clair : vouloir que tous les êtres humains de tous les lieux et tous les temps accèdent, universellement, aux quelques références culturelles de quelques spécialistes de quelques disciplines de l'imaginaire est indécent. Les lecteurs du "Musée Imaginaire"de Malraux ne devraient jamais l'oublier. L'Oeuvre ne l'est pas en soi, elle est reconquête incertaine de chaque génération : "Le chef d’œuvre ne maintient pas un monologue souverain mais un invincible dialogue" (page 67).

 

Ainsi, affirmer la permanence de l'Oeuvre est un dogme dont vous auriez dû vous moquer. Comme Rabelais se riait des papistes de l'île des Papimanes réunis en banquet ( délicieusement servi par des "jeunes filles de l'endroit" , "belles à croquer",) faisant l'éloge des "saintes écritures" comme aujourd'hui on fait prière à "la culture" : "Extravagantes "angéliques", comme les pauvres âmes périraient sans vous, elles qui, ici-bas, errent dans les corps mortels en cette vallée de misère ! Hélas ! quand accordera-t-on aux humains ce don de grâce particulière qui leur ferait abandonner toutes les autres études et affaires, pour vous lire, vous entendre, vous connaître, vous mettre en œuvre et en pratique, vous incorporer, transformer en sang, et vous faire pénétrer au plus profond des ventricules de leurs cerveaux, dans les moelles internes de leurs os, dans les labyrinthes compliqués de leurs artères ? Oh, c'est alors que le monde sera heureux, ni plus tôt, ni autrement !"

 

Il faudrait être plus modeste et accepter que le seul" accès" que la politique publique devrait défendre est celui de l'accès des personnes à plus d'autonomie, plus de liberté reconnue par les autres, pour plus de dignité dans la relation de leur identité culturelle avec la diversité des êtres du monde des vivants. Cette route vers plus d'autonomie (de liberté sociale dirait Axel Honneth) passera certainement par la rencontre avec les multiples oeuvres des multiples artistes, mais ce parcours sera celui de la "personne" dans la singularité de sa sensibilité et de sa raison.

 

C'est peut -être ce que vous appelez "proximité" , mais, pour être valide, la proximité ne consiste pas à s'adresser à l'autre en niant sa culture, avec cette dose de mépris que la commisération pour les innocents laisse si souvent percevoir dans la démocratisation de la culture. Elle ne passe pas non plus par la multiplication des "épiceries culturelles" répondant aux besoins de ce que vous appelez "les populations" (de consommateurs individuels, sans doute !) .

 

Il faut d'abord accepter la "personne" comme telle, comme être de liberté et de dignité, auquel nul ne peut voler le droit de dire sa valeur au monde ! Les droits humains fondamentaux - le droit culturel en est un - interdisent à quiconque de dire "nous" à la place du "je". En revanche, le "nous" s'élabore en faisant "humanité ensemble", c'est à dire en ouvrant à chaque personne un maximum d' opportunités pour entrer en interaction avec les autres cultures et forger ainsi son autonomie. C'est l'antidote au repli identitaire, la réponse par la diversité culturelle que déteste tant le FN. C'est la fameuse sentence d'Edouard Glissant : "Je change par échanger avec l'autre , sans me perdre pourtant, ni me dénaturer".(Philosophie de la relation , page 66/ voir aussi page 37 sur l'illusion de l'universalité des littératures).

 

Et que l'on ne dise pas que c'est trop abstrait, populiste ou difficile à pratiquer car c'est, par exemple la mission publique que les élus ont confié aux professionnels des musées de Newcastle : non pas délecter les consommateurs de bonnes oeuvres, mais "permettre aux personnes de mieux se situer au monde, de renforcer leur identité propre, pour plus de respect pour elles-mêmes, plus de respect pour les autres ". Une proximité partant de la personne pour mieux répondre aux enjeux du développement des droits humains. Pas seulement un jeu de boutiquiers de la subvention !

 

Ce monde de la culture de la personne serait-il étranger au " Monde" ? Quinze ans après la Déclaration universelle sur la diversité culturelle ? Je crains de devoir être affirmatif: aucun article, aucun débat ouvert sur la Déclaration ( toujours confondue avec la Convention sur la diversité des expressions culturelles de 2005). Peut- être une forme de repli identitaire à la française, comme si c'était le moment pour un quotidien qui veut résister à la pensée clôturée sur elle-même et répondre à "l'insécurité culturelle" que le Figaro aime tant scénariser !!!.
Bien respectueusement à vous ...

Jean Michel Lucas

il est sur Facebook, sous le nom de Kasimir Bisou

Et parmi les commentaires laissé sur sa page FB, un intervenant bien avisé nous a rappelé cette belle antériorité à redécouvrir absolument.

 

 
 

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5 janvier 2016 2 05 /01 /janvier /2016 10:05

Retour sur quelques unes des notes publiées sur La Cité des sens en 2015.

 

Comme les précédents, ce post (publié le 28 septembre 2015), est lié à ma participation aux travaux de l' Institut de coopération pour la culture et du Comité d'histoire du ministère de la culture et de la communication.

 

Bonne lecture

 

28 septembre 2015
Démocratisation culturelle : le retour !

¤

EVALUATION DE LA POLITIQUE DE DÉMOCRATISATION CULTURELLE


 

La politique de démocratisation culturelle vise à garantir à tous un égal accès à la culture tout au long de la vie, en particulier parmi les populations et les territoires qui en sont les plus éloignés pour des raisons géographiques, économiques ou sociales. Cette politique recouvre des objectifs connexes puisqu’elle favorise la diversité culturelle, l’émancipation des citoyens et permet de renforcer la cohésion sociale. L’évaluation de la politique de démocratisation culturelle vise à en améliorer le pilotage, à renforcer sa cohérence et à la rendre plus participative dans un contexte de développement des outils numériques.

 

Lancée en septembre 2015, l’évaluation de la politique de démocratisation culturelle a été confiée à une mission composée de membres de l’inspection générale des affaires culturelles (IGAC) et du ministère de la Culture et de la Communication.

 

Accéder au site du Secrétariat général pour la modernisation publique

 

 

Madame Ia ministre,

 

Le gouvernement s'est fixe une ambition forte pour une action publique plus efficace, plus économe et plus juste.

 

Les évaluations menées dans le cadre de la modernisation de !'action publique (MAP) contribueront directement en 2015 a poursuivre notre effort collectif en ce sens. L'objectif de ces évaluations est en effet de réinterroger les politiques publiques, leurs résultats, leur utilité et leur adéquation avec les attentes des bénéficiaires, et d'identifier leurs marges d’amélioration et d’évolution. Ces évaluations s'inscrivent par ailleurs dans une logique démocratique d'association des parties prenantes de la politique évaluée et de transparence quant a leurs objectifs, leur déroulement et leurs conclusions.

 

J'ai décidé de retenir votre proposition d'engager une évaluation de Ia politique de démocratisation culturelleVous en assurerez la ma1trise d'ouvrage dans le cadre et selon les modalités que vous avez précisées dans la fiche ci-jointe. Je demande par lettre séparée à la cheffe du service de !'inspection générale des affaires culturelles et à votre secrétaire général de bien vouloir designer un inspecteur général et un expert de haut niveau qui en assureront la ma1trise d’œuvre, le cas échéant en association avec des experts ou évaluateurs externes à !'administration que vous jugerez bon de solliciter.

 

Conformément a la méthodologie élaborée par le secrétariat général pour la modernisation de l'action publique (SGMAP), vous réunirez et présiderez à trois reprises au moins un comité d’évaluation qui sera compose des principales parties prenantes et auquel la maîtrise d’œuvre présentera ses travaux de cadrage opérationnel et de diagnostic, ainsi que les scénarios de transformation qu'elle proposera. Tout au long de la mission, le SGMAP devra pouvoir rendre compte a mon cabinet de 1'avancement des travaux engages et de leur bon déroulement; à cet effet, le cabinet de la secrétaire d'Etat chargée de la réforme de l'Etat, placée auprès de moi, sera votre interlocuteur privilégié.

 

En vertu du principe de transparence des évaluations, la pressente lettre de mission, l’état d'avancement du processus d’évaluation et les rapports de diagnostic et de scénarios seront mis en ligne.

 

Manuel Valls

 

 

En cliquant ici, on peut accéder aux documents accompagnant cette lettre de mission

et notamment :

 

 

Fiche de cadrage

à produire par le ministère pilote de l’ évaluation

 

 

Quelques extraits (c'est mieux de tout lire en entier …) :

 

Principaux enjeux d’évolution/transformation/reforme de l’action à évaluer:

 

1. Au regard des résultats récurrents des études du DEPS sur les pratiques culturelles des français, rendre plus opérantes les politiques publiques,notamment interministérielles, d’accès a Ia culture pour tous

 

2.Renforcer Ia cohérence de Ia politique publique, plus particulièrement L’articulation entre les différents acteurs, partenaires et collectivités territoriales afin de gagner en efficience.

 

3.Renforcer !'articulation entre démocratisation culturelle et démocratie culturelle,en tant que politique publique définie par les acteurs publics et Ia société civile afin de promouvoir une approche émancipatrice de Ia culture et de valoriser Ia diversité culturelle. Cela suppose une forte mobilisation des forces vives des différents territoires, qu'il s'agisse d'acteurs institutionnels ou d'acteurs associatifs (relais locaux de !'éducation populaire et des pratiques amateurs,etc.) pour co-construire et mettre en œuvre les dispositifs de Ia politique publique. A cet égard,il conviendra d'interroger Ia place qu'occupent aujourd'hui dans Ia politique publique certains outils tels que Ia médiation culturelle ou le numérique et leur adéquation aux nouveaux usages. L'apport de ces outils a l'atteinte des résultats de Ia politique de démocratisation culturelle peut-il être davantage précisé et mesuré?

 

(…)

Principales questions auxquelles devra répondre l’évaluation:

 

L’évaluation s'attachera a répondre trois questions principales qui peuvent être déclinées en un ensemble de sous-questions évaluatives :

• 1. Quels sont aujourd'hui les moyens et les résultats de cette politique publique? Comment en mesurer fidèlement les effets? Comment rendre plus opérant l’accès a Ia culture pour tous,notamment au niveau interministériel?

(...)

- 2.Comment améliorer le pilotage et renforcer Ia cohérence de Ia politique publique,plus particulièrement l’articulation entre les différents acteurs,partenaires et collectivités territoriales?

-(...)

 

• 3.Comment renouveler Ia politique publique en Ia rendant plus participative dans une approche émancipatrice de Ia culture visant une valorisation de Ia diversité des usages culturels davantage qu'une logique d’accès a une offre existante?

(…)

 

 

 

Je signale accessoirement qu'en poursuivant la lecture de cette feuille de route méthodologique on peut lire :

Les travaux du comité d'histoire (Moulinier, Pompougnac, etc.) ont permis de mettre en perspective l'histoire de la democratisation au sein des politiques du MCC. Un important corpus d'etudes,de travaux existe.

 

 

 

 

Démocratisation culturelle : le retour !

¤

Quelques références à ces travaux sur la Cité des sens :

 

Pour une histoire de la démocratisation culturelle.

 

Écrits sur la démocratisation culturelle.

 

Archives des politiques de la culture.

 

Voir aussi le dossier relatif à ces travaux (bibliographie, ressources documentaires, chronologie, anthologie des écrits sur la démocratisation culturelle réalisée par Pierre Moulinier...) sur les pages du Comité d'histoire

 

Et enfin... Politiques de la culture, le carnet de recherches du Comité.

 

 

 

Pour aller plus loin, et alimenter le débat

rappelons le texte qu'Olivier Donnat publiait en 2008 dans  Culture et société : un lien à reconstruire, sous la direction de Jean-Pierre Saez, Éditions de l’Attribut, article repris sur la toile.

© Olivier Donnat Editions de l'Attribut.

Démocratisation de la culture : fin... et suite ?

OLIVIER DONNAT

L'échec des politiques dites de "démocratisation de la culture" nous oblige à repenser notre approche des politiques culturelles. Comment ? Voici quelques pistes proposées par le sociologue Olivier Donnat.

Depuis sa création, une des principales missions du ministère français de la Culture est de promouvoir un meilleur accès à la culture. Selon Olivier Donnat, sociologue et auteur du rapport sur les pratiques culturelles des Français, cet objectif de démocratisation a été peu à peu oublié sans que celui-ci soit atteint. 

 

Accéder à l'article

 

 

 

Il est aussi vivement conseillé de se reporter à l'article qu'Emmanuel Wallon a mis en ligne sur son site

La démocratisation culturelle, un horizon d’action

EMMANUEL WALLON

ARTICLE PARU DANS LES CAHIERS FRANÇAIS, N° 348, LA DOCUMENTATION FRANÇAISE, PARIS, JANVIER-FÉVRIER 2009

C'est ici-->

 

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30 décembre 2015 3 30 /12 /décembre /2015 10:15

Retour sur quelques unes des notes publiées sur La Cité des sens en 2015.

 

Ce sixième post a été publié le 15 juin 2015.

 

Bonne lecture

 

Bonjour !

Une fois de plus, L'omniprésent Dr K. Bisou signale une contribution branchée :

Si vous voulez comprendre comment l'approche de la culture comme secteur d'activités conduit tout droit à la fin de la responsabilité culturelle publique spécifique, ( et donc seulement à des politiques de régulation des marchés type CNV ou CNC), si vous voulez voir comment la relation culturelle de personnes à personnes se réduit une relation d'achat et de vente de produits contre l'équivalent général qu'est la monnaie, ..alors, lisez l'étude dirigée par Michèle Rioux et intitulée : "Pour une culture en réseaux diversifiée : Appliquer la Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles (CDEC) à l'ère du numérique". L'humanité et ses cultures réifiées en étals de marchandises ! sans un mot pour l'enjeu humain des droits culturels !!! c'est bizarre mais c'est ici et c'est triste pour l'avenir du monde...

 

Introduction de cette étude.

Le numérique, Internet tout particulièrement, transforme fondamentalement l’économie de la création dans toutes ses dimensions, artistiques, sociétales et économiques.

Ces transformations sont accompagnées d’opportunités et de risques pour la diversité des expressions culturelles, que ce soit pour profiter pleinement des opportunités offertes par le numérique ou encore pour faire face aux défis qu’il pose aux acteurs du terrain, aux responsables des politiques publiques ou de la coopération internationale dans le domaine de la culture. L’application de la CDEC dans le contexte du numérique peut permettre aux États Parties de trouver des réponses et des modes d’actions (mesures, politiques ou autres), aux niveaux national et international, susceptibles de créer l’environnement institutionnel requis pour que cette révolution numérique soit un véritable moteur d’innovations et de diversité des expressions culturelles.

Cette étude répond à un appel du MAEDI et du MCC de la France pour répondre aux questions suivantes :

  • Quels sont les enjeux du numérique pour la diversité des expressions culturelles dans l’ensemble des pays, en particulier les pays en développement (PED) ?

  • Quelles sont les mesures/politiques mises en œuvre afin de garantir l’application des principes de la CDEC dans l’environnement numérique, et quelles seraient les conditions de la réplicabilité des bonnes pratiques existantes ?

  • Quelles pourraient être la structure et la valeur ajoutée de directives opérationnelles spécifiques, et quelles pourraient être les modalités d’articulation avec les directives opérationnelles déjà adoptées et les coûts de leur rédaction ?

PRINCIPAUX CONSTATS

  1. Les opportunités qu’offrent le numérique et Internet sont nombreuses et largement reconnues. Toutefois, certaines actions peuvent avoir un impact multiplicateur permettant de tirer le maximum de dividendes du numérique sur le plan de la diversité des expressions culturelles.

  2. Les menaces sont réelles notamment en ce qui concerne le financement, la monétisation, la production et la diffusion de contenus culturels riches et diversifiés, ce qui comporte des pertes plus importantes, pour les créateurs et les artistes. Il existe des incertitudes juridiques et économiques découlant des recombinaisons industrielles inhérentes à la convergence sectorielle et à la prolifération d’accords commerciaux qui affectent les industries culturelles.

  3. Au nord comme au sud, les constats sont les mêmes en raison de la dimension transnationale du numérique. Toutefois, il existe des différences quant aux actions à privilégier et prioriser. Dans les PED, Internet et le numérique sont de puissants vecteurs potentiels de développement susceptibles de permettre un saut technologique. Les risques d’accroissement de la fracture numérique sont aussi importants pour les PED qui souffrent le plus du déséquilibre de l’offre culturelle local/international.

  4. Plusieurs initiatives émergent et les acteurs croient aux opportunités qu’offre le numérique. Cependant, on constate que les actions politiques et autres mesures prolifèrent pour contrer les menaces inhérentes aux transformations induites par le numérique pour la diversité des expressions culturelles. Les politiques comptent !

  5. Si la CDEC n’est pas le seul instrument disponible dans le contexte d’émergence de nouvelles régulations des industries culturelles, elle demeure un instrument important de gouvernance de la culture à l’ère du numérique.

Il est urgent de s’approprier le numérique et de développer une stratégie pour mettre la « culture en réseaux ». Il est nécessaire d’affirmer la neutralité technologique de la CDEC et d’aller même plus loin, en élaborant, par exemple, une directive transversale sur le numérique qui pourrait avoir un impact sur l’ensemble du corpus normatif de la CDEC et des modalités de son application.

L’UNESCO doit, en tant qu’organisation internationale, développer une stratégie proactive pour une « culture en réseaux » qui renforcerait son leadership dans le cadre plus large de la gouvernance de la culture à l’ère du numérique.

[Suite dans les documents joints]

Short english report (PDF - 982.6 ko)

Rapport court en français (PDF - 1013.4 ko)

Rapport complet en français (PDF - 2.6 Mo)

 

 

 

 

 

 

 

 

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28 décembre 2015 1 28 /12 /décembre /2015 10:33

Retour sur quelques unes des notes publiées sur La Cité des sens en 2015.

 

Comme ce cinquième post (publié le 26 mai 2015), elles sont pour l'essentiel liées à ma participation aux travaux de l' Institut de coopération pour la culture et du Comité d'histoire du ministère de la culture et de la communication.

 

Bonne lecture

 

26 mai 2015
L'économie des biens symboliques

En décembre 2014, La Cité des sens a publié la vidéo de l'intervention du sociologue  Philippe Henry aux journées organisées par le magazine La Scène au Théâtre national de Strasbourg sur le thème « Comment repenser les modèles économiques du spectacle vivant ? »

Il avait alors présenté son analyse de la situation socio-économique du spectacle vivant en France et plaidé pour un diagnostic problématisé de ce secteur d’activité, aujourd’hui à la croisée de ses propres tensions internes et de la mutation globale de notre société, en particulier pour ce qui concerne ses modes de production et d’échange symboliques.

 

Revoir l'intervention de Philippe Henry.

 

En février et avril derniers, cette analyse a fourni la matière à deux séances du séminaire de de l'Institut de coopération pour la culture dont on trouvera le très circonstancié compte-rendu ainsi que les diverses contributions des membres de l'ICC ayant participé à ces deux séances : Delphine Cammal, chorégraphe;Christophe Blandin Estournet, directeur de la scène nationale d'Evry;  Thierry Blouet, DGA-adjoint culture à la communauté d'agglomération de Créteil;  Philippe Henry, sociologue; Dominique Legin, directeur du Pôle culture à la ville de Metz;  Jean-Claude Pompougnac;  Didier Salzgeber, directeur de l' Atelier VersoCulture

 

La question de l’économie, ou plutôt des économies des biens symboliques oblige d’aller au-delà d’une vision simpliste de la « science économique ». Cette exploration de la socioéconomie des biens symboliques nous aura permis une première appropriation de ces problématiques trop souvent réservées à des experts.

Par ce travail, nous aurons compris l’importance de reconnecter le sens, les valeurs et l’économie en considérant que les problèmes financiers que connaît aujourd’hui le secteur culturel ne sont pas seulement liés à une restriction budgétaire. Prendre le temps d’explorer le thème des économies encastrées conduit à intégrer la notion de chaine globale de valeur qui ne peut en aucun cas se résumer à la seule gestion financière et comptable.

 

Lire la contribution #7 de l'Institut de coopération pour la culture.

 

 

http://www.institut-culture.eu/investir-en-urgence-dans-des-modeles-economiques-de-la-creation-artistique-plus-cooperatifs-et-solidaires/
 

°

 

 

  

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  • : La Cité des sens. Culture et politique.
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  • : Les politiques culturelles aujourd'hui et leur histoire. Culture et politique, ressources, documents, analyses et débats par Jean-Claude Pompougnac .
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  • Jean-Claude Pompougnac
  • Responsable du service de la recherche à la BPI (Centre Pompidou) puis conseiller au cabinet du Ministre de la culture (Jack Lang), j'ai dirigé ensuite la Délégation au développement et aux formations de ce même ministère. A l’issue d’une alternance politique, très élégamment remercié par Jacques Toubon arrivé rue de Valois je me suis vu offrir le poste de directeur de l'Institut français de Barcelone. Quatre ans après, le ministère des affaires étrangères a jugé mes compétences insuffisamment diplomatiques. En conséquence, à partir de 1999, j'ai dirigé la DRAC Centre à Orléans. Remercié par la Droite,. j'ai ensuite crée l'un des premiers EPCC, ARCADI en Île-de-France. Remercié par la Gauche je suis devenu  DAC de la ville de BONDY (93). Aujourd'hui consultant. Membre de l'Institut de coopération pour la culture et correspondant du Comité d'histoire du MCC où j'ai contribué à la conception de séminaires et de journées d'études.
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